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Divers amantz de maintes nations Venoient alors pleins de dissentions :
Mais aussy tost qu'à elle survenoient, N'avoient qu'un cueur, duquel ilz la servoient Pour sa beaulté seuUement, comme pense, Car mention n'estoit de recompense.
Laissons, laissons, disoient les bons suppotz, Tous ces fascheux et dissolutz propos : Faisons, faisons ce qu'elle nous commande; Cœur sans amour tous] ours loyer demande, Ayons, sans plus, de bien aymer le sding; La dame sçait ce qu'il nous est besoing.
Tant chemina la belle, qu'elle vint Au fleuve Loire, où des foys plus de vingt Jecta son œil de sur moy la première.
Car mes gros yeulx n'avoient propre lumière Pour regarder les siens premièrement :
S'approche près, et me dict seulement : '( Resveille toy, il en est temps, amy. Tu as pas trop en ténèbres dormy; Resveille toy. » A si peu de parler Je la congneuz, et si sentois aller Hors de mon cueur une pesante charge De griefs tourmentz, dont me trouviz au large, Et au repos de franche liberté, Où paravant n'avoye jamais esté.
Si luy ay dict, « O piteuse Christine, Kctournez vous en la façon pristine?
Long temps y a si grand bien n'aquist l'on Oue de vous veoir; venez vous d'Acquillon? Se vient encor vostrc gent corps offrir Pour les assaulx des niesdisans souffrir? Je vous supply, sy doncques amytié Sent esmouvoir cœur de dame à pitié, Oue me tenez à vostre bonne grâce ; S'il ne vous plaist, je ne sçay que je face Pour l'acquérir, car en moy, pour tous poinctz. N*a riens de bien, de bon encores moins. Plaise vous donc me la donner en sorte ^ue hors de moy jamais elle ne sorte :
En ce faisant tous ces faulx envieux.
Ne pour menace et tourmentz ennuyeux.
Ne Faulx Semblant, ne Danger le rebelle, Ne me pourront séparer de vous, belle, Non pas la mort, quand devant moy seroit, Car d'aultre aymer mon cueur s'abesseroit. »
Dès que Christine eust mon parler ouy.
Elle respond, « Mon cœur est resjouy De ma brebis égarée en la pleine, De la trouver : or oste ceste laine Et la toison que dessus toy je treuve; Il te convient vestir de robbe neufve.
Tu as esté des amantz de Symonne, Mais si tu veulx que d'aymer te semonne, Laisser te fault tous tes vieilles couleurs, Et pour un bien souffrir mille douleurs.
Ne cuyde aucun, tant soit bas, tant soit mince, Ne cuyde aucun, tant soit grand, tant soit prince. Se desmeller d'ennuy, peine et esmoy.
S'il me veult suivre et venir après moy.
Si l'Art d'Aymer tu as leu de bien près, Tu trouveras qu'il enjoinct par exprès A tout amant que des mœurs il s'informe De sa maistresse, et puis qu'il se conforme. De moy souvent donc tu t'informeras, Puis tes effectz aux miens conformeras.
Et mesmement apprendras l'accordance Et la façon de me suyvre à la dancc; Car qui ne sçait avecques moy danser.
Je ne le puis en m'amour avancer.
Dont suis d'adv^is qu'accointance tu prennes A mes amantz, et que d'iceulx apprennes. Et que souvent tu escoutes le son De mon haultboys recordant sa leçon.
De jour et nuit aux livres que j'ay faictz. De révérence et des simples parfaictz.
Sy faictz ainsi, bon danseur deviendras, Lors asseuré devers moy reviendras. »
Les motz fmiz, de grand' célérité Je party lors, et, à la vérité,
J'estoies picqué du grand zèle des zèles, Et puis amour me portoit sur ses aisles. Je traverssay les boys où a esté Ourson d'ung ours en enfance allecté.
Je traverssay la beaulté spacieuse En la vallée humble et délicieuse...
Ycy mourut.