MERCURE
Mille douleurs te feront souspirer, Si en mon art tu ne veulx inspirer Le tien esprit par cure diligente :
Car bien peu sert la poésie gente, Si bien et loz on n'en veult attirer.
Et s'autrement tu n'y veulx aspirer, Certes, amy, pour ton dueil empirer, Tu souffriras de foys plus de cinquante Mille douleurs.
Donc si tu quiers au grand chemin tirei D'honneur et bien, veuille toy retirer Vers d'Alençon la duchesse excellente.
Et de tes faictz, tels qu'ilz sont, lui présente, Car elle peult te garder d'endurer Mille douleurs.
l'aucteur
Après ces motz, ses ailes esbranla Et vers les cours célestes s'en alla L'éloquent dieu : mais à peine fut il Monté au ciel par son voler subtil, Que dedans moy (ainsi qu'il me sembla) Tout le plaisir du monde s'assembla.
Les bons propos, les raisons singulières. Je vay cherchant, et les belles matières, A celle fin de faire œuvre duisante Pour dame tant en vertus reluisante.
Que diray plus? Certes les miens esprits Furent deslors comme de joye espris.
Bien disposez d'une veine subtile De vous escrire en un souverain style.
Mais tout soudain, dame trèsvertueuse, Vers moy s'en vint une vieille hideuse, Maigre de corps et de face blesmie, Qui se disoit de Fortune ennemye; Le cueur avoit plus froid que glace ou marbre, Le corps tremblant comme la fueille en l'arbre, Les yeulx baissez comme de paour estraincte, Et s'appeloit par son propre nom Crainte; Laquelle lors d'un vouloir inhumain Me feit saillir la plume hors de la main, Que sur papier tost je voulois coucher, Pour au labeur mes espritz empescher.
Et tous ces motz de me dire print cure, Mal consonants à ceulx du dieu Mercure.