‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 76 sur 258 · A LA DAMOYSELLE NEGLIGENTE DEVENIR VEOIR SES AMVS · texte numérisé non relu

A LA DAMOYSELLE NEGLIGENTE DEVENIR VEOIR SES AMVS

Ne pense pas, trèsgente damoysellc.

Ne pense pas que l'amour et vray zèle Que te portons jamais finisse et meure

Pour ta trop longue et fascheuse demeure. Fascheuse est elle, au moins en nos endroits. Mais ores quand quarante ans te tiendroys Loing de nos yeulx, si auroit-on (pour voir) Records de toy et dueil de ne te veoir; Car le long temps ne l'absence loingtaine Vaincre ne peult l'amour vraye et certaine.

Si t' ad visons, nostre amye trèschere, Que par deçà ne se faict bonne chère Que de t'avoir on ne face un souhait.

Si l'un s'en rit, si l'autre est à son hait, Si l'un s'esbat, si l'autre se recrée, Si tost qu'on tient propos qui nous agrée, Tant que le cueur de plaisir nous sautelle, « Pleust or à Dieu (ce dict on) qu'une telle Fust or icy. » L'autre dit : « Pleust à Dieu, Qu'un ange l'eust transportée en ce lieu. — Mais pleust à Dieu (dit l'autre) qu'Astarot L'apportast saine, aussi tost qu'un garrot. » Voila comment, pour ta fort bonne grâce, Il n'y a cil qui son souhait ne face D'estre avec toy; et ne povons sçavoir Pourquoy ne viens tes amys deçà veoir.

Le chemin n'est ny fascheux ny crotté; En moins d'avoir dict un Obsecro te, En noz quartiers tu seroys arrivée.

Pourquoy donc es de nous ainsi privée?

Possible n'est que bien t'excuser sceusses. Brief, nous vouldrions qu'aussi hault voler peusses Que le hault mont d'Olympe ou Parnasus, Ou qu'eus.ses or le cheval Pegasus, Qui te portast volant par les provinces; Ou qu'à présent à ton vouloir tu tinses Par le licol, par queue ou par collet, Le bon cheval du gentil PacoUet; Ou que ton pied fust aussi legier doncques Que bische ou cerf que le Roy chassa oncques; Ou que de là jusque icy courust eau Qui devers nous te menast en bateau.

Lors n'eu rois tu bonne excuse jamais,

Mais sçauroit on si en oubly tu mets

Les tiens amys; car adonc ne tiendroit

Fors seulement au bon vouloir et droit,

Et à l'Amour, qui aux gens donne soing

De venir veoir les amys au besoing;

Quoy qu'envers toy n'avons paour qu'elle faille,

Mais prions Dieu qu'excuse te défaille,

Affin qu'Amour, qui onc ne te laissa,

A nos désirs t'amène par deçà.

EPISTRE DE MARGOT A HECTOR DE FERRANDE, PENNETIER DE MONSEIGNEUR LE COMTE DE SAINT-POL

SUSCRIPTION

Epistre en laquelle Margot Se dresse sur le maistre argot, Pour tenser, comme une incenséc, Le gros Hector, qui l'a lessée.

Mercy Dieu, gentil pennetier,

A il fallu te nettoyer

Pour choze que je t'aye donnée?

Je ne me suys habandonnée

A aultre que toy pour le faire.

Laquelle choze de cest affaire,

Je te jure par la croix Dieu,

Sans me vanter en auchun lieu,

Que j'en ai esté bien requise

Des gens de Court, des gens d'Esglize.

Et quant ilz me venoient guetter.

Et à ma porte muguetter,

Je leur disoye en preudhe femme :

Haye avant, vous fâchez la dame.

Et, si me tenoient longs caquetz.

Je replicquoys : Petis muguetz,

Vous bravilongnez de cela :

C'est à l'aultre huys, pissez plus là.

Ou si tenoient rude façon,

Je respondoys : du son, du son;

Monsieur du brave, niongne, mongne,

Voyre da. Et quant à ma trongne

Ils venoient m' appeler ribaulde,

Je disoy : Par ni,onsieur Saint Claude

Le bon sainct dont j'ay fait les pas.

Vous mentez, je ne le suys pas;

Effacez cela ou Postez.

En mestant les mains aux costez,

Je cryois à voix esclatante :

Il n'y en a qu'ung qui me hante :

A la chasse, et vous advancez :

Ce n'est pas ce que vous pansez,

J'aymeroy myeulx tumber en l'eau,

Ou sur la poincte d'un Cousteau,

Et perdre encore un escu,

Que faire mon ami coquu.

Ce corps, croix Djeu, ce corps, ce corps,

C'est pour luy, dedans et dehors.

Allez, allez, tara, tara :

Jamais homme n'y montera,

Car c'est luy qui aux champs me maine,

Et qui me baille par sepmaine

Ce qu'il me fault. Il m'a vestue.

Et si m'a quelquesfoys battue.

C'est tout ung. Dieu me gard de mal

Et de morsure de cheval.

O sus, Hector, voy tu pas bien Comment ton honneur et le mien J'ay bien gardé? En suys je chiche?

J'en suys bien maintenant plus riche.

Mon honneur est bien accoustré.

Parbieu, tu ne m'a pas monstre, Villain, que tu es gentil homme.

Car j'eusse esté ju.sques à Romme Pour te chercher, comme dit l'aultre.

Et toutesfois ton corps se veaultre Maintenant près d'une autre fille.

Ne suys je pas assez gentille?

Suys je trop large, ny trop creuze?

T'ay je donné bosse chancreuze, Mal de vit, goutte ne bouton?

Villain, tu en seras mouton.

Je t'en feray porter la corne :

Car tout le jour et sur la forne, La croix Dieu, je le feray tant, Et tant et tant, et si trestant, A tout le monde et ung chascun, Que mes deux trous n'en feront qu'un.

Je y ay déjà bien commencé.

Mais quant j'ay bien par tout pansé.

Je n'en puys myeulx estre vangée.

A Dieu, villain, qui m'as changée.

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