‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 8 sur 258 · XII NOTICE · texte numérisé non relu

XII NOTICE

avec son autorité et sa science, encourager les débuts et corriger les défauts du jeune poète qui, après la nature, eut bientôt pour seule et unique « maistresse d'escolle » la cour de Marguerite et de François I^r. Son père, Jehan Marot, après avoir beaucoup voyagé, après avoir beaucoup plus regardé qu'étudié aux foires de Lyon, d'Anvers, du Lendit, de la Guibraie et de bien d'autres lieux, avait enfin réussi à se faire recommander à Anne de Bretagne par Michelle de Saubonne, épouse de Jean de Parthenay, seigneur de Soubise. Cette reine, élégante et bonne, qui savait le grec et le latin, dont la cour était comme le royaume de femenye, et qui aimait les litterez, c'est-à-dire la science et la poésie, accueillit avec faveur le poète qui lui était présenté et bientôt l'aima le plus de tous ceux qui alors avaient l'art de rimer. C'était en 1507 : à partir de ce moment Jehan devint le facteur de la reine, Anne de Bretagne, conmie on disait à cette époque. Quand elle mourut, vers 1514, le bon roi Louis XII, qui ne se distinguait pas précisément par ses goûts littéraires, se hâta de renvoyer de la cour les comédiens et les baladins, et les humbles poètes purent bien sortir en leur compagnie. Jehan Marot dut donc chercher un refuge contre la pauvreté, car il n'était pas riche : échapper aux angoisses du besoin, c'était toute l'opulence à laquelle il prétendit jamais. Il se tourna vers le duc de Valois qui venait d'épouser Claude, la fille aînée de la reine décédée. Le chagrin, des préoccupations de toutes sortes lui inspirèrent une ballade et un rondeau où, pour attendrir sur son sort le duc, il lui retrace le douloureux tableau de son dénûment :

« Ainsi que Joi), souffrant maulx à planté. Et qu'il soit vray, il y a près d'ung an Que demouré je suis nu comme Adam, Mince de bien et povre de santé. »

Et, par manière de péroraison, il s'écrie :

« Prince excellent, plus beau que le dieu Pan, Je vous supply par vous soit débouté Malheur raauldit qui tant me fait de tan.

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