AU REVERENDISSIME CARDINAL DE LORRAINF
L'homme qui est en plusieurs sortes bas, Bas de stature et de joye et d'esbas.
Bas de sçavoir, en bas degré nourry.
Et bas de biens, dont il est bien marry. Prince trèsnoble, à vostre advis, comment Vous pourroit il saluer haultement?
Fort luy seroit : car petite clochette A beau branler, avant qu'un hault son jecte. Puis qu'il n'a donc que humble et basse value, Par un bas stile humblement vous salue.
Mais qui est il, ce gentil salueur, Qui ose ainsi approcher sa lueur Du cler soleil, qui la peult effacer?
C'est un Marot, lequel vient pourchasser Un traict verbal de vostre bouche exquise, Pour bien tirer droict au blanc où il vise.
Ce qu'il attend en ceste court gist là; Et ce pendant pour tous trésors il a Non revenu, banque, ne grand' practique, Mais seulement sa plume poétique, Un don royal, où ne peult advenir.
Et un espoir (en vous) d'y parvenir.
Touchant la plume, elle vient de la Muse Qui à rithmer aucunesfoys m'amuse; Le don royal vient, certes, d'un octroy Plus libéral que de nul autre roy.
Quant à l'espoir que j'ay en vous bouté, D'ailleurs ne vient que de vostre bonté, En qui me fie; et bref, telle fiance Mettra ma peine au gouffre d'oubliance.
J'entends pourveu que Monsieur le Grand Maistre Vueillez prier vouloir souvenant estre De mon affaire à ces nouveaulx estats ; Car on y voit un si grand numbre et tas De poursuyvans, que grand' paour au cueur ay je De demourer aussi blanc comme neige.
Et puis Fortune en l'oreille me souffle Qu'on ne prend point en court telz chatz sans moufle, En me disant qu'à cause du rebout.
Souvent se fault tenir ferme debout.
Et qu'aux Estatz des roys on ne se couche Facilement comme en lict ou en couche.
Soubz ces propos Fortune l'insensée Languir me faict sans l'avoir offensée : Mais Bon Espoir, qui veult estre vainqueur Jusques chez moy vient visiter mon cueur. En m'asscurant qu'une seule parolle De vous me peult faire coucher au roi le.
Plaise vous donc, noble fleuron royal, Plaise vous donc à ce baron loyal
En dire un mot, pour ma protection, Accompaigné d'un peu d'affection.
Si vous pourray donner ce loz (si j'ose) De m'avoir faict de néant quelque chose. Mais d'où provient que ma plume se mesle D'escrire à vous? ignore ou présume elle? Non, pour certain; motif en est Mercure, Qui (long temps a) de me dire print cure Que vous estiez des bien aymez amans Des dictz dorez et de rithmez romans.
Soit de science ou divine ou humaine.
C'est le motif qui mon epistre meine Devant vos yeulx, espérant que bien prinse Sera de vous, sans en faire reprinse; Non que dedans rien bon y puisse avoir, Fors un désir de mieulx faire sçavoir; Et nonobstant, si petit que j'en sçay, Quand me vouldrez pour vous mettre à l'essay, Et que mon sens je congnoisse trop mince Pour satisfaire à tant excellent Prince, Je m'en iray par boys, prez et fontaines, Pour prier là les neuf Muses haultaines De vouloir estre à mon escript propices, Affin de mieulx accomplir voz services.
EPISTRE DE BAROUIN
Dieu tout puissant en repous te maintienne
De par de là, gentille ame chrestienne.
Si en mes vers ores je ramentoy
Le trop honteulx et dur trespas de toy.
Certainement ce n'est point t'offencer,
Ainçois plus tost pour ta joie avancer :
Car le record de passé qui tourmente
Du temps serain le grand plaisir augmente,
Puys, de jadis la vie tant honneste
Et amytic me incite et admoneste
De te mander ce que de toy fut dict
Après que mort eust faict ce grand crédit
De te gecter hors de ce corps charnel
Pour t'en aller en repos éternel.
Au paravant on m'a bien annoncé
Comment jadis il te fut prononcé
Mourir par feu, dont depuis peu de temps
Tu feuz absoulz, ainsi comme j'entens.
Mais sur le champ et sur cause nouvelle,
Nouvelle peine, hélas, on te revelle,
Te contemnant en amende honnorable
Et à languir en prison pardurable.
Puys tellement ton cas on démena
Que ton appel à la mort te mena :
Et quand deseur tu fleschiz les genoulx.
Disant ainsi : Jhesus, sauveur de nous,
Tu as pour moy souffert la mort tresdure,
C'est bien raison que pour toy je l'endure.
Et là dessus prononças maint beau traict
Consolatif, de l'Evangille extraict,
Qui tant de foy et d'espoir lors te livre
Que allant mourir te sembloit aller vivre.
Lors le bourreau, la main sur toy boutée,
A de ton col la chesne d'or ostée,
Et en son lieu, subit, sa propre main
Mit le cordeau cruel et inhumain,
Non pas cruel, mais plustost gracieulx.
Car par luy es hors du val soucieulx
De ce vil monde. Adonc on te desplace
De la prison et t'en vas à la place
Où ce dur peuple on voit souvent courir
Pour voir .son frère estrangler et mourir,
Et en est aise et si ne scet pourquoy,
Et se on actainct quelqu'un qui ayt de quoy,
Tous font tel chère a sa mort qui aproche.
Comme allant veoir ung jeu de la bazoche :
Dames y vont, hommes chambres leur louent.
Et là Dieu scet les beaux jculx qui .se y jouent
Ce temps pendant que confesser on faict
Le pauvre corps que on va rendre defîaict.
Croy, cher amy, que on ne feit pas telle feste
Quand tu nasquis que quand ta mort fut preste.
Las ! tu mourus comme herese en publicque,
Plain toutesfoys de la foy catholicque,
Sans soustenir contre la loy de Dieu
Ung seul propos, qu'ainsi soit, sur le lieu.
Après ta mort, Merlin, ton confesseur,
Cry^e tout hault : Peuple, je te fays seur
Que cent ans a, or ainsi je le maintien,
Il ne mourut homme meilleur chrestien.
Et sans cella, mon frère en Jhesus Crist,
N'eusse voulu t'envoier cest escript :
Car il n'affiert christianne presye
Louer aucun qui meurt en hérésie.
Si rendz à Dieu louenges immortelles
De ta grand mort. On blcusme les mortz telles
Mais je supply ceulx de ton parentaige
Ne le vouloir prendre au desavantaige
De leur honneur, et penser en eulx mesmes
Que ceulx qui ont estemelz dyadesmes
Lassus au ciel ont bien passé le pas
D'infâme, dur et publicque trespas :
Infâme, dis- je, quant au monde esgaré,
Onquel tel homme en son lict bien paré
Pourra mourir et avoir couverture
En terre saincte et riche sépulture,
En grand danger peult estre de descendre
Plus bas que ceulx par bourreaulx mys en cendre.