ET DECEVOIR
Non pour vouloir de rien vous requérir, Non pour plus fort vostre grâce acquérir, Non pour distraire aucune vostre emprinse, J'ay le papier, l'encre et la plume prinse, Et devers vous ce mien escript transmis; Mais, pour autant qu'il afiftert aux amys Et serviteurs jamais ne celer rien A leurs aymez, soit de mal ou de bien. J'ay bien voulu vous esctire, ma Dame, Chose qui n'est en congnoissance d'ame Fors que de moy, et de vous n'est point sceue, Parquoy pourriez en fin estre deceue; Et je ne veulx vous laisser décevoir
Tant que mon œil pourra l'apercevoir.
Or est ainsi, que me trouvant au lieu Où j'esperoys vous pouvoir dire adieu, Triste devins sçachant vostre haultesse Desja partie. Et adonques l'hostesse Me va monstrer lettres de vostre main, Là où teniez propos doulx et humain A un vieillard à qui vous les transmistes. Lors à mon cueur soudainement vous mistes Deux pensemens, voyant vostre jeune aage Favoriser un si vieil personnage.
Mon pensement premier au cueur me dit Que par Amour il n'a vers vous crédit; Car je sçay bien que Venus, jeune et coincte, Du vieil Saturne en nul temps ne s'accoincte.
Mon pensement second me feit comprendre Que pour espoux le pourriez vouloir prendre; Et ne veulx pas de ce vous divertir, Mais je veulx bien au vray vous advertir Que, long temps a, il fut mis soubz le joug De mariage au bas pays d'Anjou, Et est cncor; si voulez (toutesfoys) Il s'y mettra pour la seconde foys, Combien pourtant que bien foible me semble Pour labourer à deux terres ensemble.
Donc, si voulez vostre blonde jeunesse Joindre et lier à sa grise vieillesse, Il sera bon vous enquérir avant Si j'ay parlé du cas comme sçavant, En ceste epistre assez mal composée, Vous suppliant l'avoir pour excusée Si elle n'est en termes élégants; Et rcccveoir vueillez aussi les gants Que de bon cueur vous transmetz pour l'cstraine De l'an présent. La chose est bien certaine, Que voz deux mains, tant blanches de nature. Méritent bien plus digne couverture :
Mais s'ilz ne sont à voz mains comparez, Du bon du cneur (pour le moins) les aurez,
Airi'-i i'^ndray mon propos accomply
En cest endroict. Et avant vous supply
Si rencontrez rien dur en cest epistre,
De l'oublier et n'en tenir registre :
Car bien à tard vouldroit l'homme desplaire,
S'il n'est trop fainct, qui met peine à complaire.
A CELUY QUI l'injuria PAR ESCRIPT ET NE s'osa nommer
Quiconques soys, tant soys tu brave, Oui ton orde et puante bave Contre moy as esté crachant.
Tu es sot, craintif et meschant.
Ta sottise on voyt bien parfaicte En l'epistre que tu as faicte Sans art et sans aucun sçavoir; Toutesfoys tu cuydes avoir Chanté en rossignol ramage; Mais un corbeau de noir plumage Ou un grand asne d'Arcadie Feroit plus doulce mélodie.
Et pour venir au demourant, Tu crains fort, ô povre ignorant, Tu crains qu'envers toy je m'allume; Tu crains la fureur de ma plume.
Pourquoy crains tu? Il fault bien dire Qu'en toy y a fort à redire; Car il est certain, si tu fusses Homme de bien, et que tu n'eusses Quelque marque ou maulvais renom, Tu ne craindrois dire ton nom.
Quant est de la meschanceté, Elle vient de grand' lascheté.
D'injurier celuy qui onques Ne te feit offenses quelconques.
Et quand je t'auroys faict offense,
Es tu de si peu de deffense,
Si couard et si babouyn,
De n'oser parler que de loing?
L'epistre venue de moy, Pour femme qui vault mieulx que toy, N'est autre cas qu'une risée Où personne n'est desprisée; Mais toy, lourdault mal entendu, En ta response m'as rendu Pour une risée une injure.
Si je te congnoissoys (j'en jure), Tu sentiroys si mes lardons Ressemblent roses ou chardons.