‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 96 sur 258 · AULTRE ESPITRE DE MAROT QUI MANDOIT AUX DAMOYSELLES · texte numérisé non relu

AULTRE ESPITRE DE MAROT QUI MANDOIT AUX DAMOYSELLES

Treschères seurs, joinctcs par charité, Le nom des vrays amans de vérité

Sonne tant mal aux oreilles de ceulx

Qui de l'oyr sont plus que paresseux,

Qu'en plusieurs lieulx de ce fol monde icy

On ne les veult oyr ne voir aussi.

Les ungs souvant par poyne on persécute,

D'aultres, helas ! par mort on essecute,

Les ungz souvant chassés de leur pays,

Les aultres sont aborrés et hays

De leurs parens. Pour tout cella, mes dames,

Flecliir ne fault : plustot doit en vos âmes

Croistre la foy, voire a chascun qui l'a.

Considérant que Jésus pour cella

Nous aconplit ses paroUes escriptes :

Car tous ses maulx et poynes que j 'édictés

Promist aux siens par son non précieulx :

Mais leur loyer certes est gran es cieulx :

Et pour apprandre aux autres à souffrir.

Droit à la croix premier se vint offrir.

Au serviteur n'est pas bessoing qu'il faillie

Se repouser, quand le maistre travailhe.

Il a premier vérité découverte.

Aussi premier la poyne il a soufferte :

Et tous ceulx là qui contre luy difont,

Poyne au jourduy comme luy souffriront.

Mais la cher seulle endure cette poyne,

Car l'ame franche est de foy toute pleine.

Et de liesse en se corps tant ravye

Par ferme espoir de la segonde vie,

Que les brûleurs, juges et députés.

Sont mille fois' plus que eulx persécutés

Par la collere ardante de laquelle

Mettent à mort l'inocente séquelle

Du grant seigneur, qui s'abatz tout avise,

Et se rit d'eux et de leur entreprise.

Certes, mes seurs, ce forment vioUent

Est de Jésus ce triumphe exellant :

Vous pouves bien escripre, dire ou chanter,

Vous pouves bien hardymcnt vous vanter

Qu'avant mourir vous aves veu sur terre

Crist triumphor, puvs qu'on luy fait la guerre,

Guerre je dis, car, à chascune fois

Que luy seul veult eslever sa voix.

Les homes lors de leur nature menteurs,

Jaloux des loix dont ils sont inventeurs,

Luy courent sus, cuydant par fasson telle

Faire mourir une chose immortelle.

En vérité, filhes de Dieu aymées,

De tant de croix que j'ay icy nommées

Le seigneur Dieu m'en a plusieurs offertes

Que je n'ay pas comme devoir souffertes,

Et de rechief me convyent recepvoir

Par ton sainct nom le mal de ne vous veoir :

Car, pour le bruyct que j'ai, mes seurs bénignes,

D'estre contraire aux humaines doctrines.

On a de moy oppynion mauvaise

En vostre court, qui m'est ung dur malaise :

Lequel a fait, come pouvez panser,

Que d'aller là ne ouse menasser :

Dont à mon Dieu toute gloire je donne,

Puys que le mal vient de cause cy bonne :

Le suppliant, pour ma lectre finir.

Vouloir tousjours aulmenter et tenir

La foy en vous, que j'estyme deux roses

Entre buissons et espines encloses.

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