‹ Œuvres complètes de Clément MarotChapitre 97 sur 258 · EPISTRE PERDUE AU JEU CONTRE MADAME DE PONS · texte numérisé non relu

EPISTRE PERDUE AU JEU CONTRE MADAME DE PONS

Dame de Pons, Nymphe de Parthenay, Pardonne moy si ceste carte n'ay Paincte de fleurs à Minerve duysantes Et pour ton sens contenter suffisantes; Ma Muse est bien pour satisfaire habile Aucuns esprits ; mais trop se sent débile Pour toy, qui as lettres et bon sçavoir Autant ou plus que femme puisse avoir,

Avecques œil pour veoir subit les fautes Et discerner choses basses des hautes.

Bien est il vray que ton cueur scait user D'une bonté de fautes excuser, Et de donner aux œuvres bien dictées, En temps et lieu, louanges méritées.

Mais je sens bien que l'heure est advenue Qu'en cest escrit de promesse tenue Plus de besoin de ton excuse auray Que de bon los mériter ne sçauray, Et me suis veu (il n'en faut point mentir) D'avoir promis prest à me repentir; Car dès qu'en main la plume je vins mettre, A peine sceu forger le premier mètre, Et commençay à dire et à penser :

« Presumptueux, que veux tu commencer?

Faut il qu'à honte acquérir tu t'amuses, D'cscrire ainsi à l'une des neuf Muses? »

Ce neantmoins, pour promesse tenir, Ne me suis sceu d'escrire contenir; Mais t'escrivant (ô noble esprit bien né) Trouvé me suis tout ainsi estonné Qu'un villagois simple et pusillanime Qui parle en craincte à un Roy magnanime.

D'autre costé, pour mon epistre orner, Je ne sçaurois quel propos enfourner.

De te parler de science latine.

D'en deviser près de toy ne suis digne; Te deviser des amoureux soûlas, C'est temps perdu : tu aymes trop Pallas; Chanter la guerre et des armes la mode, A ton mary la chose est plus commode; De tes vertus bien blasonner et paindre. Taire vaut mieux que n'y pouvoir attaindre. Parquoy à droit devant toy je m'accuse Que cccy n'est Epistre, mais excuse; Cccy (pour vray) n'a mérité le titre D'Envoy, de Lay, d'Elégie ou d'Epistre; Mais s'il te plaist, nonobstant sa basseur, Le recevoir en gré .sous la douceur

Qui est eu toy par uayve coustume, J'estimeray avoir faict un volume.

Reçoy le donc en gré, je te supplie, Et, l'ayant leu, ne le perds, mais le plie Pour le garder : au moins, quand ce viendra, Que serai mort, de moi te souviendra.

Et si d'icy à grand temps et long aage Du tien Clément se tient aucun langage Là où seras, par manière de rire Aux assistans pourras conter et dire (Qui ne sera pour moy un petit heur) Comment jadis fut bien ton serviteur; Et pour tesmoin de ce que leur diras.

Ce mien escrit sur l'heure produiras.

En leur disant : « Quand Marot m'escrivoit Ces vers icy, à Ferrare il vivoit, Là où j'estois, et lors à grande outrance Le povre gars estoit banni de France, Par le pourchas d'aucuns ayans envie De quoy Vertu perpetuoit .sa vie; Dont il trouvoit sa perte et son .soucy ]\Ioins ennuyeux. » Leur conteras aussi Comment durant ceste mienne destresse Tous deux servions une mesme maistresse, Fille de France, et duchesse Renée, Au gré de qui semble que tu sois née.

Mille autres cas, mille autres bons propos, Quand seras vieille, et chez toi à repos. Dire pourras de moy à l'advenir.

S'il t'en souvient; et pour t'en souvenir, De bon cucur laisse à la tienne excellence Ceste escriture, où j'impose silence.

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