XI. S
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Denis. La reine Bertrade , et les deux fils de Pépin , Charles et Carloman , reçurent aussi l'onction royale. Le pape, au nom de saint Pierre, conjura les Français de maintenir la couronne dans la famille de Pépin , et les menaça de toutes les censures de l'Eglise, s'ils se départaient jamais de la fidélité qu'ils devaient à des princes que Dieu, par une providence toute particulière , avait choisis pour la défense de l'Église et du saintsiége apostolique.
Cette intrigue , Quoiqu'ou uc puissc pas justifier cette intrigue , TrantStes*!' l'ignorancc du siècle peut l'excuser en partie ; car je suis persuadé qu'on ne sentait pas combien on abusait de la religion. On ne prévoyait pas non plus de quelle conséquence cet exemple pouvait être un jour, et qu'il viendrait un temps où les papes prétendraient avoir le droit de disposer des couronnes au nom de saint Pierre. Etienne conféra encore à Pépin et à ses deux fils le titre de patrice de Rome : je ne vois pas de quel droit ; car cette ville était encore sous la puissance de l'empereur, et le pape était un sujet de l'empire. «îolr'^^'romis ^^ ^^^ ^^ Fraucc passa en Italie. Astolphe, l: forcé d'entrer en négociation, promet par serment d'évacuer l'exarchat, et d'abandonner toutes ses prétentions sur Rome. Néanmoins à peine ses ennemis se sont retirés, que bien loin de remphr ses engagemens, il met le siège devant cette capitale. Il fallait que Pépin fût bien pressé, puis-
d'évacuer 1 chat , Rontp
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qu'il n'avait point pris de mesures pour assurer
l'exécution du traité ; mais nous savons très - mal
l'histoire de ce temps.
Etienne écrivit au roi pour l'instruire de ce qui F.tMnn. demande de* M-
se passait, et pour l'inviter à venir au secours de ^,^«"'2'^; Rome. Je rapporterai le précis de ses lettres , d'après l'abbé Fleury, et j'y joindrai les réflexions de ce sage écrivain.
« Je vous conjure, par le seigneur notre Dieu, Premier. ieti« « sa glorieuse mère, toutes les vertus célestes, et « saint Pierre, qui vous a sacrés rois ( car la lettre « est aussi adressée aux princes ses en fans ) de faire a tout rendre à la sainte église de Dieu , suivant <c la donation que vous avez faite à saint Pierre,. « votre protecteur ; et de ne vous plus fier aux a paroles trompeuses de ce roi et de ses grands ; ce car nous avons remis entre vos mains les intérêts « de la sainte église , et vous rendrez compte à « Dieu et à saint Pierre, au jour du terrible jute gement, comment vous les aurez défendus. C'est « à vous que cette bonne œuvre a été réservée « depuis tant de temps : aucun de vos pères n'a été a honoré d'une telle grâce. C'est vous que Dieu a a choisis pour cet effet, par sa prescience, de « toute éternité; car ceux qu'il a prédestinés , il les « a appelés; et ceux qu'il a appelés, il les a jus- « tifiés. » C'est ainsi que le pape Etienne applique les paroles de saint Paul à des affaires temporelles.
Dans une autre lettre il ajoute de nouveaux s«co«de uutt.
tours d'éloquence , en disant : « C'est pour cela « que le roi des rois vous a soumis tant de peu- « pies , afin que vous releviez la sainte église ; « car il pouvait la défendre d'une autre manière, a s'il lui eût plu : il a voulu éprouver votre cœur. « C'est pourquoi il nous a commandé d'aller vers « vous, et de faire un si grand voyage au travers « de tant de fatigues et de périls. » Et ensuite : « Sachez que le prince des apôtres garde votre « promesse; et, si vous ne l'accomplissez, il la re- « présentera au jour du jugement. Là seront inu- « tiles les excuses les plus ingénieuses. » Lettre de saînt Eufiu Ic papc , usaut cu ccttc cxtrémité d'un
Pierre, dans laquelle lavierge, artifice sans exemple, écrivit au roi et aux Français
les anges, les r ' »
ksTaSs parlent uuc Icttrc au uom de saint Pierre, le faisant parler lui-même comme s'il eût encore été sur la terre. Le titre , imité des épîtres canoniques , commence ainsi : Pierre appelé à V apostolat par Jésus-Christ y fils du Dieu vivant. Il fait parler avec lui lavierge, les anges, les martyrs et tous les autres saints , afin que les Français viennent promptement au secours de leur régénération et de leur mère spirituelle. « Je vous conjure, dit - il , par le Dieu « vivant , de ne pas permettre que ma ville de « Rome et mon peuple soient plus long - temps « déchirés par les Lombards, afin que vos corps « et vos âmes ne soient pas déchirés dans le feu « éternel, ni que les brebis du troupeau que Dieu « m'a confié soient dispersées , de peur qu'il ne
« VOUS rejette et ne vous disperse, comme le peuple « (risraël. » Et ensuite: « Sivousm'obéissezpromp- «f tement, vous en recevrez une grande récom- « pense en cette vie ; vous surmonterez tous vos « ennemis , vous vivrez long - temps , mangeant « les biens de la terre , et vous aurez sans doute « la vie éternelle. Autrement, sachez que par Tau- « torité de la sainte Trinité, et la grâce de mon « apostolat, vous serez privés du royaume de Dieu a et de la vie éternelle. » Cette lettre est importante pour connaître le génie de ce siècle - là , et jusqu'où les hommes les plus graves savaient pousser la fiction, quand ils la croyaient utile. Au reste elle est pleine d'équivoques, comme les précédentes. L'église y signifie non l'assemblée des fidèles, mais les biens temporels consacrés à Dieu : le troupeau de Jésus-Christ sont les corps, et non pas les âmes. Les promesses temporelles de l'ancienne loi sont mêlées avec les spirituelles de l'évangile; et les motifs les plus saints de la religion , employés pour une affaire d'état.
Voilà les réflexions judicieuses de l'abbé Fleury , jagememip.
. ... , , . I 1 '* f^" Daniel
et voici le jugement que le père Daniel porte de JJJJJji',,"^' la lettre de saint Pierre. Rien n'était plus pressant, dit-il, plus pathétique et plus glorieux à la nation. En effet il était bien glorieux pour les Français d'être traités comme les plus simples,* les plus ignorans et les plus crédules des hommes.
Quoi qu'il en soit. Pépin repassa les Alpes , et p«pi
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l'exarchaide Ra- foFça le Toi dcs Lombards à tenir le traité qui avait
venne au saint-
•'*«'• été fait. Mais on demande s'il donna l'exarchat
en souveraineté au saint-siége. On le dit communément sur la seule autorité d'Anastasius , qui écrivait plus de cent ans après. Cependant il est plus vraisemblable qu'il ne donna que le domaine utile, et qu'il réserva la souveraineté pour lui. Mais cette question nous mènerait trop loin.
Ses précautions Lcs cufaus dc Pcpiu pouvaient être un jour
pour assurer la , „. , ■% ,\ r i
couronne dans humilics. Un graud , eleve sur leur rume, pouvait
sa maison. O -' ' \
être sacré , comme un nouveau David , par un nouveau Samuel : car les biens temporels des papes pouvaient encore être confondus avec les biens spirituels de l'Église , et avoir plus besoin des secours d'un usurpateur que de ceux d'un prince légitime. Aussi Pépin ne se servit-il de Zacharie, de Boniface et d'Etienne que pour couvrir son usurpation d'un titre respectable ; d'ailleurs il ne négligea rien pour faire aimer son gouvernement. Il convoqua souvent les assemblées des évêques et des seigneurs, les consultant sur les choses qui intéressaient le corps de la nation , corrigeant les abus qu'on chérissait, et écartant jusqu'aux apparences du despotisme. Il l'affecta si peu , que voyant approcher sa fin , il assembla les grands , et demanda leur consentement pour partager ses états entre ses fils, Charles et Carjoman. Il reconnut par -là que c'était au moins aux grands du royaume à disposer de la couronne;
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et il fit voir qu'il necomptait pas beaucoup sur les droits que lui avaieut douués les papes Zacharie et Etienne. Ce qui se passa dans cette assemblée parut arrêter que le trône serait héréditaire dans la famille de Pépin, mais électif par rapport aux princes de cette maison. C'est ainsi 768. que les ménagemens d'un souverain qui ne se sent pas assez affermi, décident souvent de la nature du gouvernement. Vous vous rappelez Auguste. Pépin mourut âgé de cinquantre - trois ans, après en avoir régné vingt -sept, en comptant depuis la mort de Charles-Martel.