CHAPITRE II
Louis le Débonnaire.
Louis P^, surnommé le Débonnaire, que Charlemagne son père avait associé à l'empire, fut Etiennely.^" Tccounu dc uouveau pour empereur et roi de France par les seigneurs qui se trouvèrent à Aix-la-Chapelle. Deux ans après, 816, Etienne IV, élevé sur la chaire de saint Pierre, fit prêter le serment de fidélité aux Romains, au nom de l'empereur , et se rendit à Reims , où il sacra Louis et sa femme Hermengarde.
Dans quelles Eu 8o6 , Chârlemagnc avait partagé ses états
circonstances
chariemagne eutrc SCS trois fils , ChaHcs , Pépin et Louis , vou-
avail pari âgé ses ' ' l '
troisfi*"!"' *" lant prévenir les troubles que ce partage aurait pu" causer après sa mort. Lorsqu'il eut perdu les deux aînés , il donna le royaume d'ItaUe à Bernard , fils de Pépin, et il s'associa Louis en 81 3. Il faut remarquer que la puissance de Charle-
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mague était d autant plus assurée, que toutes les volontés se réunissaient en lui comme dans un chef qui faisait la gloire et le bonheur de la na-^ tion. Ses victoires le rendaient redoutable aux ennemis , et ses sujets respectaient en lui le protecteur des lois qu'ils se donnaient eux-mêmes. Il pouvait donc communiquer la souveraineté sans s'exposer au danger de la perdre : T amour des peuples l'assurait de l'obéissance de ses fils.
Louis se trouvait dans des circonstances toutes iouiiâu
tropdr fairpun
différentes : cependant il crut pouvoir faire dès p*"'* ?*''*«'• les premières années ce que Charlemagne n'avait, fait qu'après en avoir régné trente-huit. Ayant déclaré dans l'assemblée d'Aix-la-Chapelle qu'il voulait associer à l'empire un de ses trois fils, il ordonna un jeûne de trois jours pour obtenir les lumières du Ciel. Après ce terme, il choisit pour collègue Lothaire, son aîné; il donna le royaume d'Aquitaine à Pépin, et celui de Bavière à Louis, son troisième fils ; les trois princes furent couronnés avec solennité , et les deux rois partirent chacun pour leur royaume.
A cette nouvelle Bernard se révolta, parce s. conduite
, , Al *^**^ Bernard
qu étant roi d Italie, et fils du Irere amé de Louis, i»' »« «'»'«*• il prétendait avoir seul des droits à l'empire; mais ayant été abandonné de ses troupes , il mit toute sa ressource dans la clémence de celui qu'il avait offensé. Louis le reçut avec sévérité, lui fit avouer ses complices ; et ne voulant pas être seul
juge dans cette affaire , il la renvoya à rassemblée générale de la nation. Il commua ensuite la peine de mort, à laquelle les rebelles furent condamnés, et il ordonna de déposer ou de bannir les ecclésiastiques , et de crever les yeux aux autres. Bernard mourut des suites de cette opération.
Louis avait trois frères encore jeunes, Drogon,
Thiéri et Hugues. Pour prévenir toute révolte de
leur part, il les fit raser et enfermer dans des
monastères.
iiseurepent Cependant peu d'années après , revêtu d'un
pour ne montrer * '
Xsse.' '* '^'' liabit de pénitent , il parut dans l'assemblée d'Attigni-sur-Aisne, confessant publiquement ses crimes , c'est-à-dire le jugement rendu contre Bernard et ses complices ; la violence qu'il avait faite à ses trois frères en les reléguant dans des cloîtres, et la disgrâce de quelques courtisans qui avaient eu du crédit sous Gharlemagne.
Un prince se rend estimable lorsqu'il reconnaît ses fautes pour se corriger : il devient l'objet du mépris s'il ne les avoue que par faiblesse. Louis avait encore l'imprudence de faire une injure à la nation, puisqu'il s'attribuait comme un crime le jugement qu'elle avait porté.
Ce roi s'humiliait ainsi , lorsque les Français , accoutumés à vaincre sous Gharlemagne, avaient été défaits plusieurs fois par le duc de la basse Pannonie, qui s'était révolté. Tout contribuait donc à le faire mépriser.
Pieux, mais sans lumières, ce prince n'eut des remords que parce qu'on lui en donna. Il fut le jouet de quelques courtisans qui voulaient faire rappeler des évéques et des seigneurs exilés. Il les rappela donc ; il leur rendit leurs biens ; il demanda pardon à ses frères, et il leur permit de revenir à la cour ; ils aimèrent mieux leur retraite.
Hermengarde était morte, et Louis avait épousé j„di,b'Pî;?"i Judith, fille de Guelfe, duc de Bavière. Il en eut ciIu\T%''io^h. un fils, connu depuis sous le nom de Cliarlesle-Chauve. Il vit alors qu'il s'était trop pressé de faire ^partage de ses états ; car la reine voulait un Jjpaume pour Charles , et il n'en pouvait donner, sans démembrer ceux des autres princes. Ils ne s'y prêtaient pas; Lothaire surtout y était opposé , parce qu'ayant comme successeur à l'empire la plus grande partie des provinces en partage , les états de Charles devaient être pris sur les siens.
Judith employa toute son adresse pour gagner ce prince. Elle lui fit tenir Charles sur les fonts, cérémonie qu'on regardait alors comme un lien sacré, et qui faisait un devoir à Lothaire de protéger cet enfant : en un mot , elle sut si bien le flatter, qu'il consentit au démembrement , et qu'il jura de lui assurer la possession de ce que l'empereur lui donnerait.
Cependant il n'y avait encore rien de spécifié. Louis pouvait donner plus ou moins à Charles ;
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et il était à présumer que Judith, maîtresse de son mari , ferait à son fils le sort le plus avantageux. Lothaire se repentit du serhient qu'il avait fait; il trouva bientôt des personnes qui approuvèrent son repentir et qui l'enhardirent à se croire libre de tout engagement. Il dissimula néanmoins , et parut tranquille pendant trois ou quatre ans; tout mais les troubles se préparaient dans le silence. Troubles qui Commc Ic roi était incapable de faire respecter
naissent à cette
occasion. gQjj autorité , il y avait quatre souverains qui formaient quatre partis différens. Aucun d'eux n'avait ni assez de vues , ni assez de fermi^é^pour suivre un plan soutenu. On s'attachait IfKi uns ou aux autres, suivant les intérêts particuliers que les conjonctures faisaient naître. Les seigneurs , assez puissans pour être ménagés , ne songeaient qu'à se faire craindre; et, profitant de la faiblesse du gouvernement, ils s'agrandissaient par de nouvelles usurpations. En un mot tous les ordres se désunissaient ; les factions se formaient de toutes parts; chacun ne songeait qu'à soi : l'anarchie succédait au sage gouvernement de Charlemagne. Pendant que ce désordre se formait dans l'intérieur du royaume , les armées eurent de mauvais succès en Espagne, et les Bulgares, qui ravagèrent la haute Pannonie, s'établirent sur les terres des Français. Ces revers furent le signal des murmures. On se plaignait du gouvernement présent, qu'on ne cessait de comparer à celui de
MQDERNE. iSq
Charletnagne ; on vit des prodiges qui annonçaient de nouveaux désastres; on demanda la réforme de Tétat. Les partisans de Lothaire profitèrent de ce mécontentement pour fortifier le parti de ce prince.
Le roi , touché des malheurs du peuple , et ^^ Jj**'**»* •*• encore plus frappé des prodiges , n'eut pas de peine à reconnaître que sa mauvaise conduite était cause de tous les maux. Il nomma des envoyés qui visitèrent les provinces, en observèrent les désordres, et vinrent en rendre compte k Tassem- SaS. blée générale, qui se tint à Aix-la-Chapelle.
Vala, chef de cette commission, était un de in»oienc« du
^ . . ., , ,., , , moine Vala.
ceux que Louis avait exilés, et qu il rappela lorsqu'il voul; t faire pénitence de ses fautes. Forcé à s'éloigner de la cour, il s'était fait moine pour s'en rapprocher, et il était alors abbé de Corbie. Cet homme, animé par un zèle aveugle et par un esprit de faction , ne se contenta pas de faire le rapport de ce qu'il avait vu ; il déclama encore sur les devoirs des princes, il apostropha plusieurs fois l'empereur ; il l'accusa d'être la cause de tous les maux , et il en prit l'assembée à témoin.
C'est ainsi que Vala jouait insolemment le rôle Homiiuiio»
•11 !• T • **' I-oaif, qui
d un moine orgueilleux , tandis que inouïs sup- p^J^J';**'*^'"" portait cette seconde pénitence avec l'humilité ""'*'"'• d'un chrétien qui ne sait pas être prince. Il s'avoua coupable, et il convoqua quatre conciles, invitant
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les évêques à convenir des choses qu'il fallait réformer dans l'état , dans sa conduite et dans celle de ses fils.
Cependant Judith lui donna de l'inquiétude sur la hardiesse avec laquelle on avait parlé dans l'assemblée d'Aix-la-Chapelle; et elle lui fit craindre qu'on ne tramât quelque conspiration. En effet Vala et les autres mécontens étaient de concert avec Lothaire, et formèrent le projet de forcer Louis à confirmer le partage fait entre ses trois fils du premier lit, sans rien innover en faveur de Charles.
Le roi ouvrit les yeux, se défia de ses ministres, chassa Vala, et donna toute sa confiance à Bernard , duc de Languedoc , que Judith lui conseilla d'appeler à la cour.
La fermeté de Bcmard , aussi ferme que son maître était faible,
Bernard cause
de nouveaux jait S3i volouté à la olace des lois , et publia un
soulevemens. 1 ' I^
^^' édit par lequel le roi donnait à Charles le pays des Allemands, c'est-à-dire ce qui est entre le Rhin , le Mein , le Necker et le Danube , la Rhétie , aujourd'hui le pays des Grisons, et enfin la Bourgogne transjurane, maintenant le pays des Suisses et Genève. Une pareille entreprise ne pouvait que soulever les évéques contre un prince qui venait de les prendre pour juges. On murmura; le roi sévit : on en murmura davantage; et bientôt ce fut un déchaînement général contre le ministre, quon accusait de troubler l'état, de mettre la di-
modi:hn£. i6i
vision dans la famille royale et de plusieurs crimes vrais ou sup|K>së8.
Alors Vala sort de sou monastère. Il se déclare pour les trois princes du premier lit : plusieurs évèques et plusieurs abbés se joignent à ce moine : ils s'assemblent, et ils protestent qu'ils tiendront pour rebelles à Dieu et à l'Église quiconque ne les secondera pas dans le dessein qu'ils ont de rétablir Toixlre dans l'état, de procurer la sûreté des peuples, et de pourvoir à celle de l'empereur et de toute la famille royale; car ils prétendaient armer les sujets pour défendre le roi contre le ministre. Ils paraissaient , au reste , d'autant plus redoutables, qu'ils étaient la plupart en réputation de probité , de sagesse et de doctrine. Vala surtout passait pour un grand saint.
Lothaire et Pépin, que les factieux invitaient Lotb.ireetp*-
pin arment.
à se mettre à leur tête, prirent les armes contre **'• leur père, qui marchait contre les Bretons révoltés ; et Louis , roi de Bavière , s'étant échappé de la cour, vint à Corbie trouver l'abbé Vala. Le danger était grand pour l'empereur ; £ar des troupes qui avaient refusé de le suivre s'étaient jointes à Pépin , et plusieurs seigneurs avaient abandonné son armée.
L'empereur crut arrêter la révolte en éloignant jii«iitkpf«ndi«* Bernard et Judith, qui en étaient les prétextes. Mais la reine ayant été enlevée , Pcpin ne lui accorda la vie qu'à condition qu'elle prendrait le