XI. II
l62 . HISTOIRE
voile, et qu'elle persuaderait à son mari de se retirer dans un monastère pour le reste de ses jours.
i.ouis assemble Louis conseutit que sa femme se fît religieuse ,
les seigneurs et -i i • r«A • • i
les fvêques à et dcmauda Qu'il lui lut au moius Dermis de prendre
(.ompiegne,poiir J. 1 i
prendra kfroc, l'avis des seigueurs et des évéques , avant de se
ou s'i! conservera l'empire, faire, moîne Lui-méme. L'assemblée se tint dans le
palais de Compiègne. Il y parut comme un criminel devant ses juges , n'osant monter sur le trône, ni même y porter seulement ses regards. Il avoua ses fautes, il se reprocha la trop grande ebmplaisance qu'il avait eue pour sa femme; il ratifia la permission qu'il lui avait donnée de prendre le voile; il loua le zèle de ceux qui l'obligeaient à corriger sa conduite , et promit que , si on lui laissait la couronne, il gouvernerait désormais suivant les conseils de ses bons et fidèles sujets. Soit qu'on fût touché d'une humiliation <jui ne devait causer que du mépris, soit qu'on voulût conserver un prince qu'on se flattait de gouverner, on le fit remonter sur le trône. Mais il n'y fut pas long-temps; car, ses troupes s'étant retirées dans le camp de Pépin , où Lothaire venait d'arriver, il fut dans la nécessité de, se livrer à ses fils rebelles.
Lothaire se «ai- Lothairc , alors maître de l'empire, eût voulu
sit dp l'empire, , ^ .
que l'assemblée quc soii Dcrc cut Daru se retirer de lui - même,
avait conserve a x i i 7
dans un monastère. Il s'en ouvrit à des moines, qui promirent de l'y déterminer. Mais comme
avait conservé à Louis
MODKHNK. lG3
Louis, sous un froc, leur devenait tout -à -fait inutile, ils résolurent de lui conserver la couronne, après avoir pris cependant la précaution de traiter avec lui, et de lui imposer les conditions qu'ils jugèrent à propos.
Gombaud, un de ces moines, fut le chef de u» «oinef
' rendent l'eirpirc
cette intrigue. Il réveilla la jalousie des rois de * '""''• Bavière et d'Aquitaine. Il leur fit voir un maître dans Lothaire, et il leur fit espérer un partage plus avantageux, s'ils rentraient dans le devoir. Ils se soumirent, et Lothaire, dont le parti s'affaiblissait tous les jours, fut enfin contraint d'avoir recours à la clémence de l'empereur. On tint ensuite une assemblée à Nimègue , dans laquelle les chefs de la rébellion furent jugés et condamnés à mort. Louis , qui ne savait ni commander ni punir, se contenta de les reléguer dans des cloîtres.
Judith, rappelée de son monastère, ne songea Looud^cuw
^ ^^ / ^ Lolhaire déchm
qu'à se venger de ses ennemis. Plusieurs furent fio„*l"ivSîiiî" exilés : Vala fut renfermé dans un château , sur le bords du lac de Genève, et Lothaire fut déclaré déchu de son association à l'empire. ^
Plus Louis était faible, plus il était imprudent. Il n'y a qu'un moment qu'il avait pris ses sujets pour juges, et actuellement il leur commande en maître. Il défait de sa pleine autorité ce qui avait été arrêté dans une assemblée générale de la nation, et changeant continuellement au gré d'une femme, d'un moine et d'un ministre , il ne permet
l64 HISTOIRE
plus de connaître les lois auxquelles on doit obéir. oniaccusedu- Cc fut suptout cu lui un attentat aux yeux Vies ec-
surper, par cette -, . ^ ,.
îl?'Tôiu"'''de clésiastiques mecontens, que d avoir voulu dislEgiise. penser les Français du serment de fidélité qu'ils avaient fait à Lothaire : c'était , selon eux , usurper sur les droits de l'Église. Il fut troublé, quand il connut combien on murmurait : il eut de nouveaux remords; et, malgré la reine, il suivit les conseils de quelques évéques et de quelques moines , qui lui persuadèrent de pardonner à tous les rebelles et d'accorder une amnistie générale. Vala ne voulut pas profiter de cette amnistie, parce qu'il ne se jugeait coupable d'aucun crime. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'empereur, qui venait de dégrader Lothaire , crut devoir négocier avec ce moine rebelle, pour l'engager à souscrire au partage fait en faveur de Charles.
iijvoUecjuin';. Bcmard , qui revint alors à la cour, trouva
^-...Iç suite. ^
^^'- que Gombaud avait toute la confiance de l'empereur. Offensé de cette préférence , il engagea les princes dans une nouvelle révolte. Elle n'eut pas de suite cependant, parce qu'elle fut découverte avant qu'ils eussent réuni leurs forces. L'empereur leur pardonna , et dépouilla Bernard de ses charges et de ses gouvernemens.
Auirerévoiiedes I)s avaicut juré d'étrc désormais fidèles à leur père : mais ces fils dénaturés, incapables, de repentir , n'attendaient qu'une circonstance où ils pourraient violer leur serment. Pépin ayant
pas
fils de Louis.
MODFRNE. 16.^
donc repri s encore les armes , Louis le déshé- a^j. rita , et donna FAquitaine à Charles , soit qu'il fut irrité de tant d'ingratitude, soit qu'il obéit aux désirs de Judith. Cependant, quelque justice qu'il y eût à punir un fils si souvent rebelle, ce coup d'autorité fut presque généralement désapprouvé, tant l'empereur connaissait peu l'art de disposer les esprits.
Lothaire et le roi de Bavière vinrent au se- Gr^^oireiYMt cours de Pepm , et les armées de ces trois princes marchèrent en Alsace , où elles se réunirent. Le pape Grégoire IV, que Lothaire avait amené, venait, disait-on, pour excommunier l'empereur et les évéques de son parti , si l'on ne satisfaisait pas aux prétentions des princes. Sa présence dans l'armée des rebelles donnait d'autant plus d'inquiétude , que le peuple pouvait facilement se persuader que la justice était où il voyait le pontife, qui sacrait ses ^ rois au nom de saint Pierre, et qu'il respectait comme interprète des volontés du Ciel. Sujet rebelle lui-même, il vient en France sans avoir eu le consentement de son souverain. Il commande, il menace; en un mot il parle en maître qui doit juger les rois , et qui ne connaît point de juges. C'est le premier pape qui ait osé de pareils attentats.
Il eut pour lui Vala , qui sortit encore de son l. pi» m;».
. , ., . 1 1 partie da clergé
monastère, ou il était revenu, beaucoup de moi- ;'.;„';„^°';j*'^p.*; nés et quelques évéques. Cependant la partie la VdaTé'fe'nV."
l66 HISTOIRE
plus saine du clergé lui répondit avec fermeté , lui faisant connaître ses devoirs, et menaçant de le renvoyer excommunié lui-même, s'il était venu pour excommunier les autres. Grégoire eût été embarrassé de répondre, si Vala et d'autres savans de ce siècle ignorant n'eussent ramassé , avec aussi peu de jugement que de critique, des passages de l'Écriture et des pères , pour prouver que la puissance des papes est celle de saint Pierre et de Dieu; qu'elle est par conséquent bien supérieure à celle des rois , et qu'ils sont faits pour juger les souverains comme les sujets.
Louis au pou- Cependant les deux armées s'approchent. Elles
>'oirdeses hls.
étaient en présence . lorsque les princes , pour avoir le temps de débaucher les troupes de leur père, entament une négociation, et Grégoire, qui s'en charge , passe dans le camp de Louis : j'ignore s'il fut le complice de leur mauvaise foi ; je vois seulement , au ton dont il s'était annoncé, qu'il n'était pas fait pour être médiateur. Quoi qu'il en soit , l'empereur abandonné tombe entre les mains de ses ennemis , puisqu'enfin c'est ainsi qu'il faut nommer les fils de ce malheureux père.
itfst dépesé. Aussitôt Yala , à la tête d'une assemblée tumultueuse , déclare le trône vacant ; Lothaire est proclamé empereur : il s'assure de ses frères, en kiugm entant leurs domaines : et l'attentat qu'on
MODFRlf R. I (i;
vient de commettre est ensuite approuvé clans une assemblée générale tenue à Compiègne.
Cependant on pouvait craindre encore quelque révolution. Il s'agissait donc d'exclure Louis du trône, de manière à lui ôter toute espérance (Fy remonter. Des évèques en suggérèrent les moyens à Lothaire. Ce fut de condamner le roi à la pénitence publique pour le reste de ses jours : car on pensait alors que cette pénitence, tant qu'elle n'était paS finie, ne permettait pas à celui qui la subissait de se mêler des affaires civiles ; nouvelle opinion, qui certainement n'était pas connue du temps de Théodose le Grand.
Un concile s'assemble. On fait une liste des onUcoodamM péchés que Louis a commis contre l'Eglise ou contre l'état. On y fait entrer ceux qu'il avait déjà confessés la première fois, et dont il avait bien fait pénitence. On ajoute qu'il a fait marcher une armée en carême jusqu'aux frontières du royaume, et qu'il a tenu une assemblée le jour même du jeudi saint. Sur ces accusations , on le juge sans l'entendre ; on lui fait notifier sa condamnation , et on l'exhorte à profiter de ce malheur temporel pour le salut de son âme.
On le transporte ensuite à Saint -Médard de Soissons ; les évéques s'y rendent : ils se rassemblent dans l'église. Lothaire est sur un trône. Louis paraît; il se dépouille de ses habits ; il jette son épée et son baudrier au pied de l'autel; il se
i faire p^ni* tcnce dant na monasttrr.
prosterne sur un cilice; il confesse ses crimes : il tient à la main Fécrit où ils sont renfermés , le présente aux évéques, et il écoute leurs exhortations avec humilité. Enfin Ebbon, évèque de Reims, qui préside à ce conciliabule, le couvre d'une espèce de sac ; on le conduit en cérémonie dans une cellule du monastère, pour y vivre en pénitence le reste de ses jours.
Et ceux qui le Voilà cct oiut du Seiffneur, ce roi donné aux
f.ondaninèrent
i av!ie'!t d eia"- ^rauçais par l'ordre exprès de Dieu. Ceux qui glèur." '" '" ont établi cette doctrine sont ceux qui le déposent; et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'ils l'avaient introduite pour couronner un usurpateur. Pépin ne prévoyait pas que son petit -fils en serait la victime. C'est ainsi que les souverains fondent quelquefois leur puissance sur des maximes qui doivent un jour la détruire. Les hommes sont fort peu prévoyans, et surtout les princes, Monseigneur.
Jamais prince, dit le père Daniel, n'honora plus que Louis la dignité et la personne des évéques, ne prit plus volontiers et plus souvent leurs conseils, et ne déféra plus à leur autorité. Mais en y déférant beaucoup, ajoute-t-il , il n'eut pas assez de soin de la sienne. Cela n'est que trop vrai. Cet Ebbon , qui l'exhorte au nom des évéques, qui lui donne l'habit de pénitent, était un homme qu'il avait tiré de la condition servile pour l'élever, malgré les lois, à la dignité épis-
M01>JlW\h. 169
copale. Au milieu de toutes ces horreurs , on voit avec une sorte de plaisir que Grégoire et Vala , peu considérés de ceux qu'ils ont servis, se retirent Tun à Rome, et l'autre dans son monastère.
Lolhaire est empereur; mais rien n'était moins uiuwe mwïm
Ifi etpril*.
assuré que cet empire usurpé par le plus noir des forfaits. Isjnorant dans l-art de ménager les esprits, Lothaire offensa ses frères par ses hauteurs. Il aliéna ceux de son parti qu'il ne put pas récompenser. Il entretint les désordres, ou même il en causa de nouveaux; parce que, toujours embarrassé entre deux ministres jaloux qui ne s'accordaient pas et qui le gouvernaient , il n'ordonnait rien, ou il donnait d'un jour à l'autre des ordres contraires. On se dégoûta donc bientôt du nouveau gouvernement. On plaignit le sort d'un prince trop humilié. Ce ne furent que murmures , qu'assemblées secrètes dans toute la France , et chacun , par des motifs différens , désirait une révolution.
Les partbans que Louis avait conservés profitent Louisreroaw
IX 1 lacoaronne,oa
de cette disposition des esprits. Le roi de Bavière 5lVé!*î«nr"* et celui d'Aquitaine se joignent à eux ; ils arment; ils rendent la liberté à leur père, el Lothaire, après avoir soutenu la guerre pendant quelques mois, se soumet au roi , qui lui pardonne. Alors une assemblée tenue à Thionville rétablit Louis, déposa £bbon et quelques autres évéques, et l'em-
pereiir accorda une amnistie générale. Mais la scène qui se passa huit jours après me paraît surprenante. Tous les évéques se transportèrent à Metz, et Drogon, évêque de cette ville, lut en présence du peuple l'acte par lequel on rétablissait l'empereur. Ensuite sept archevêques, tenant les mains sur la tète de ce prince , lurent les oraisons destinées pour la réconciliation des pénitens, et prenant la couronne impériale, qu'on aVait mise sur l'autel, ils la lui mirent sur la tête. Pourquoi donc rétablir avec tant de cérémonie l'empereur, s'il n'a pas été déposé juridiquement? Pourquoi ces oraisons prononcées sur lui, comme sur un pénitent qui a besoin d'être réconcilié, si la pénitence à laquelle on l'a condamné n'est que le crime de quelques rebelles ? Pourquoi la couronne avait- elle été mise sur l'autel? Louis naurait-il pas dû l'avoir avant d'entrer dans l'église ? A ces contradictions on jugerait que les évêques se réservent encore le droit de disposer du trône.
Judith revient Judith, qui avait été envoyée à Tortone, re-
à la cour, et re-
t^ig"es/" '"■ couvra sa liberté, reprit ses intrigues, et prépara de nouveaux troubles en faisant ajouter la Neustrie aux états déjà donnés à son fils. Les princes dissimulaient cependant , parce qu'ils pouvaient difficilement se réunir, et que les peuples étaient las de la guerre ; mais ils attendaient une conjoncture favorable , lorsque Pcpin mourut.
MODFRIVf':. 171
Alors rimpératrice, assez simple pour compter ch«rUi«^rA-. sur la reconnaissance et sur les serraens de Lo- iu*p'piîV "' thaire, imagina de le faire rentrer dans une partie de ses droits, en le faisant jurer dVtre fidèle aux engagemens qu'il aurait contractés avec Charles. En conséquence deux fils que Pépin avait laissés furent exclus de la succession au royaume d'Aquitaine ; on décida que les états du roi d* Bavière ne seraient pas augmentés ; et on partagea le reste de l'empire entre Charles et Lothaire.
Presque aussitôt le roi de Bavière prit les armes, Nouvelle, rf-
•* * voile», »l mort
et les quitta avec la même promptitude à l'ap- **' ^**"'*proche de son père, qui lui pardonna. Cependant des mouvemens qui commencèrent en Aquitaine, en faveur des fils de Pépin, appelèrent l'empereur d'un autre côté; et le roi de Bavière profita de son éloignement pour se révolter encore. Louis retourna donc sur ses pas contre ce fils rebelle ; mais il tomba malade, et mourut dans un île du Rhin, au-dessous de Mayence. Il était dans la vingt-septième année de son règne, et dans la soixante -troisième de son âge. Vous pouvez compter parmi les causes de ses malheurs sa femme , ses fils , des évéques , des moines , ou seuleihent son incapacité.