Pendant que ces mouvemens se faisaient en
^France, Carloman, roi de Bavière, mourut. Louis de Germanie ajouta la Bavière à ses états , en cédant néanmoins la Carinthie à Arnoul, fils naturel ' de Carloman; et Charles, roi d'Allemagne, se fit
reconnaître roi de Lombardie, et vint à Rome, où le pape Jean le couronna empereur. L'année suivante, il réunit encore sous sa domination la Germanie et la Bavière , Louis , son frère , étant mort sans enfans.
Etat de l'empire Louis, roi dc Fraucc , mourut en 882, et Car- Gros. loman, son frère, en 884. La jeunesse de ces
882. princes acheva d'affaiblir la puissance royale. Les 88'f. grands auraient pu donner la couronne au fils posthume de Louis le Bègue; mais comme les guerres civiles et les incursions des Normands, tous les jours plus redoutables, faisaient sentir le besoin d'un chef; qu'un enfant, qui n'avait guère que quatre ans, ne pouvait pas l'être ; et qu'aucun d'eux ne fut assez puissant pour se saisir de la régence, ils appelèrent au trône de France l'empereur Charles, que l'on surnommait le Gros.
La réunion de tant d'états, en paraissant former de nouveau le vaste empire de Charlemagne , n'en offrait cependant que le simulacre. Ce n'était plus ce corps dont toutes les parties se soutenaient : elles se détruisaient au contraire, et le souverain, incapable d'y rétablir l'ordre, n'en était que plus faible.
MODERNE. IC)f)
Il restait encore quelque subordination dans la Germanie ; car les lois n'y étaient pas tout-àfait oubliées. «Charles eut donc pu se laire res- |)ecter dans toute l'étendue de iSa domination , s'il eût su faire usage de l'autorité qu'il conservait encore sur les Germains; mais il parut sans puissance en Germanie , parce qu'il en avait peu partout ailleurs.
Il venait de faire, en 88», une paix honteuse avec les Normands, leur ayant cédé une partie de la Frise et des pays compris aujourd'hui sous le nom de Hollande; et dès 887 , ces peuples se répandirent dans la Flandre, passèrent la Somme, brûlèrent Pontoise, et mirent le siège devant Paris. Eudes ou Odon, comte de Paris, fils de Robert le Fort, qui s'était distingué sous Charles le Chauve, défendit cette place avec beaucoup de courage pendant deux ans ; l'empereur ne parut que pour faire encore une paix honteuse, qui, l'ayant rendu l'objet du mépris du public, acheva de ruiner son autorité.
Les flatteurs lui disaient souvent qu'un prince comme lui n'avait qu'à commander ; les royaumes qu'il avait acquis successivement, par la mort de plusieurs princes, semblaient prouver qu'il était né pour être le maître d'un vaste empire : on le compai'ait à Charlemagne , et il croyait en avoir toute la puissance , lorsque , tout à coup déposé, il se vit sans empire « sans sujets, et ré-
Démembrement
200 UISTOIRE
(luit à subsister des charités de l'archevêque de Mayence. Il mourut l'année d'après.
Arnoul , duc de Carinthie , et qui était à la tête d'une armée, fut proclamé roi de Germanie; et le comte Eudes se fit reconnaître roi de France , à l'exclusion de Charles le Simple, âgé de huit la'cU'jSitionde ans. Cepcndaut plusieurs seigneurs, alliés à la
Charles le Gros. . , . . . 1 J * *.
maison carlovmgienne, ou qui en descendaient par les femmes, formaient des prétentions sur ce royaume, ou sur quelques-unes de ses parties. Tels étaient Gui, duc de Spolette, et Béranger, duc de Frioul, qui causèrent une longue guerre en Italie, et qui prirent la couronne tour à tour. Rodolphe, neveu d'Eudes, se fit un royaume de la Bourgogne transjurane. Louis , fils de Boson , conserva celui de Provence. Les ducs et les comtes se regardèrent tous comme indépendans. Enfin les Normands se montrèrent^ de toutes parts. Au milieu des guerres sans nombre que se faisaient les grands et les petits vassaux, un parti se déclara pour Charles le Simple, et lui donna la couronne en 892. Les désordres, qui en devinrent plus grands, durèrent jusqu'en 897, que les deux rois partagèrent la France. Eudes mourut l'année suivante.
8n«. Charles réo;na seul. Ce prince faible n'eut au-
Charles le Sim- . *-' \
pK«|'^^»s^"- cune autorité, et l'anarchie se porta jusqu'aux derniers excès. C'est sous lui que Rolon , chef des Normands, s'établit dans cette province, qu'on
MODERNK. Ai)
nomiHe anjourcriiiii Normandie. Il fallut la lui céder; bientôt après, il fallut encore lui donner la Bretagne. Au reste Rolon eut été digne d'iui plus grand état; car il sut donner des lois et des mœurs à des peuples, qui jusqu'alors n'avaient vécu que de brigandages.
Charles vit deux rebelles prendre successivement la couronne. Robert, frère d'Eudes et duc j" de France , la porta pendant une année ; et ayant été tué dans un combat, son gendre Raoul ou Rodolphe, duc de Bourgogne, l'usurpa. Le roi, qui tomba dans les fers par la trahison d'Herbert , comte de Vermandois, mourut dans sa prison yi)six ans après ; et Raoul , qui continua de régner dm. parmi les guerres et les révoltes, laissa, par sa mort, la France dans l'état le plus déplorable.
Louis IV, dit d'Outremer, s'était enfui en An- u.demWr,
111*111 « C«rlo»iogie«»
gleteiTe lors de la pnson de Charles son père, "f^/^î'jjjj'^' Hugues le Grand, fils de Robert qui avait été roi, le rappela pour le mettre sur le trône; se flattant de gouverner sous son nom , et ne se trouvant pas dans des circonstances à pouvoir se déclarer roi lui-même.
Louis IV, Lothaire son fils, et Louis V,son petit-fils, sont les derniers rois de la race carlovingienne. Ces princes n'avaient plus que le titre de souverains. Presque tous les domaines immédiats de la couronne avaient été aliénés; et I^aon était la seule ville considérable qu'ils eussent couser-
vée. Hugues le Grand, toujours puissant, se révolta plusieurs fois contre Louis d'Outremer; et Hugues Capet, son fils, usurpa le trône après la mort de Louis V, arrivée en 987. La famille de 987. Charlemagne a régné pendant 236 ans.