‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 22 sur 58 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'état de l'Angleterre aux neuvième et dixième siècles.

Au commen cernent du iieu

Vers la fin du sixième siècle , la Grande -Bre-

emeni ou lieu- r, -, n . i ' \ • i r>

.ièraesiècie,Eg- tague ctait enim tombée sous le loug des Saxons

bert rc'unit (es '^ ,

soussldoni'ina! ^^ dcs Augkis , quc les Bretons avaient aj)pelés à leur secours en 449; ^t 1^ P^js se trouvait divisé entre sept chefs ou rois , ce qu'il a plu d'appeler heptarchie. Mais après bien des guerres , tous ces petits états furent réunis, en 828, sous la domination d'Egbert, roi de Wessex. Ce prince avait passé quelque temps à la cour de Charlemagne , et pouvait y avoir pris des leçons sur l'art de conquérir et de régner.

Quelle a été la L'Angletcrre , que l'arrivée des Saxons avait

ruéïusainlsiel rcplongéc daus l'idolâtrie , était alors catholique ;

ge,etde lapuis- 1 O X

n«"n An"ie- ^^ ^ès l'au Sgy , l'évangile y avait été prêché avec succès par le moine Augustin, que le pape saint Grégoire y avait envoyé. La religion continua de s'y répandre, précisément dans ces siècles où le clergé augmentait continuellement sa puissance ,

terre.

MODFRNE. ao3

et (k)nnait ses prétentions pour des droite. Les Anglais, qui confondaient les prétentions et les dogmes , parce qu'on les leur prêchait ensemble, se soumirent au clergé comme à la foi , et surtout au pape qui leur avait envoyé des missionnaires. Voilà pourquoi ils furent de bonne heure plus dévoués à la cour de Rome qu'aucun autre peuple; jusque-là que leurs rois se rendirent tributaires du saint -siège. En 853, Ethelwolf publia un éilit par lequel il donna aux églises la dîme de tous les revenus du royaume. Il envoya ensuite , par dévotion , son fils à Rome : il y vint luimême deux ans après, fit de grandes libéralités, promit d'envoyer toutes les années une certaine somme, tant pour les besoins du pape que pour ceux des églises, et à son retour il assura des fonds à cet effet, en assujettissant tout son royaume au romescot, ou denier de saint Pierre, impôt qui jusqu'alors n'avait été levé que dans quelques provinces. Les Anglais d'aujourd'hui, à qui ce tribut déplaît , ne veulent voir dans le denier de saint Pierre que la pure libéralité d'un prince pieux. Mais qui ne sait que ces libéralités sont tôt ou tard des tributs? Les successeurs de ce prince n'ont pas oublié d'ordonner la dîme et le romescot; les conciles d'Angleterre ne l'ont pas oublié non plus : ils prétendaient même que les églises ne doivent être chargées d'aucun impôt.

Egbert venait de se fendre maître des sept sou* i^gicn i**

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royaumes, lorsque les Normands abordèrent en Angleterre pour la première fois, et vainquirent. Ils revinrent deux ans après, et furent défaits; ils continuèrent sous Ethelwolf , fils d'Egbert, gagnant et perdant des batailles , mais ruinant toujours les pays par où ils pénétraient.

II» sont chasses Alfred , le quatrième des fils d'Ethelv^olf , mé-

sous Alfred, qui

îlaZT "'*' rite de n'être pas passé sous silence. Il régna après ses trois frères, et se proposa de chasser les Normands, qui avaient déjà envahi une partie du royaume. Cependant la fortune lui fut d'abord si contraire, qu'il fut réduit à se cacher dans la chaumière d'un berger. Mais six mois après , s'étant couvert de haillons , il osa venir dans le camp des ennemis, et observer en jouant de la harpe ce qui s'y passait. Lorsqu'il eut tout reconnu par ses yeux , il alla se mettre à la tête de quelque peu de troupes qu'il avait fait rassembler secrètement, tomba tout à coup sur les Normands, et remporta une victoire complète. Il n'eut plus que des succès. Ses ennemis devinrent ses sujets : ceux qui ne voulurent pas se soumettre furent contraints de sortir d'Angleterre ; et il assura la paix dans ses états. Ce temps de repos fut employé à veiller à la sûreté des peuples, à leur donner des lois , et à faire fleurir le commerce , les arts et les sciences. Une flotte croisait continuellement sur les côtes: des corps de troupes étaient disposés de manière à ^pouvoir se porter facile-

MOPF.RNK. aoS

ment partout : et pendant que par ces sages mesures Alfred écartait les Barbares, il appelait les savans, il faisait venir des livres, il jetait les fondemens de l'académie d'Oxford, et il poliçait tout son royaume. Il connut un art qui devrait être celui de tous les princes : car il mit tous ses sujets dans la nécessité de veiller les uns sur les autres ; et il se mit lui-même en état de pouvoir être toujours instruit de la conduite et de la profession de chaque particulier; voici par quel moyen. Il divisa son royaume en shires ou provinces, les provinces en centaines de familles, les centaines en dixaines; il ordonna que chacun se ferait inscrire dans quelqu'une des dixaines, sous peine d'être poursuivi par les lois comme vagabond ; et il voulut que chaque père répondît pour sa famille, chaque dixaine pour les pères, et chaque centaine pour les dixaines. Par cet arrangement. Tordre s'établit et se maintint. Ce grand prince mourut en 900, à l'âge de cinquante-deux ans, et après en avoir régné vingt-huit , dont les douze derniers avaient été paisibles. Sa, famille conserva la couronne tant qu'elle fournit des princes actifs et courageux : elle la perdit par le long règne d'Ethelred, tout à la fois lâche, avare éternel; et l'Angleterre, en 1017 , tomba sous la domination de Cannut, roi de Danemarck.

Il parait que les «rois saxons étaient dans l'u- PMî„.,„red« sage de convoquer le clergé et la noblesse , et de ""•. " p"«-

2o6 HISTOIRE

cipaicment des les coDSulter suF ics lois qu'il convenait de pu-

moines; désor- '^ '■

dresqniennais- j^jjgj.^ C'cst Qussi (laus ces assemblécs qu'ils étaient reconnus ou même élus ; car, quoiqu'on les prît toujours dans la même famille, on excluait cependant l'héritier le plus prochain, lorsqu'il était trop jeune pour gouverner. Le clergé devait être puissant, soit par l'influence qu'il avait dans les assemblées, soit par la piété libérale des princes, presque tous portés à faire du bien aux églises, et à donner leur confiance aux évêques. Edred , après avoir bien gouverné lui-même, crut par principe de dévotion devoir remettre le soin de ses états au moine Dunstan, abbé de Glaston. Edwy , son neveu, qui lui succéda en 9^5, rendit aux ecclésiastiques séculiers les biens qu'on leur avait enlevés pour les donner aux moines. Ceuxci, offensés d'avoir été forcés à cette restitution, se plaignirent avec si peu de modération , qu'ils obligèrent le roi à sévir encore et à les chasser de leurs monastères. Dunstan fut même banni. On se souleva : Edwy fut réduit à partager ses états avec Edgar, son frère, qui s'était mis à la tête des mécontens, et mourut bientôt après de chagrin.

Edgar rétablit les moines dans leurs monastères , leur en bâtit de nouveaux , et les combla de biens. Après la mort de ce prince, l'Angleterre fut menacée d'une guerre civile, parce qu'il y avait un parti qui voulait ramener les

moines à l'esprit de leur première institution; et que craillcurs on était divisé sur le choix d'un successeur entre Edouard et Ethelred, tous deux iWs d'Edgar. Les moines montrèrent alors quelle était leur puissance: car non -seulement ils se maintinrent, mais encore ils mirent eux-mêmes la couronne sur la tète d'Edouard. Duustan le sacra, s'empara de la régence, et profita de la minorité de ce roi pour affermir les moines dans leurs possessions et dans leurs privilèges. Vous voyez que l'Angleterre est le pays où les moines avaient alors le plus d'autorité. Ils jouissaient de la faveur des rois , ils parvenaient presque seuls aux dignités de l'Église, et ils tenaient dans l'avilissement le clergé séculier. Ils n'avaient vraisemblablement une si grande puissance, que parce qu'ils avaient été les premiers missionnaires en Angleterre, et que le zèle de la religion n'avait pas étouffé en eux tout autre intérêt. Je ne dois pas omettre un fait qui vous fera voir jusqu'où ils portaient leur audace. Edwy, prince très-vicieux, celui même dont j'ai déjà parlé, vivait avec une concubine. Odon , archevêque de Cantorberi et moine, essaya par ses exhortations de faire cesser ce scandale, et l'on ne peut jusque -là qu'applaudir à son zèle. Mais le roi ayant été sourd à ses remontrances, des gens armés enlevèrent celte femme par son ordre au milieu de la cour même : on In défigura, ou la marqua d'un

fer chaud, on l'exila en Irlande; et comme elle osa reparaître quelque temps après, Odon la fit reprendre encore, et la fit mourir dans les tourmens. Voilà ce que pouvait un prélat en Angleterre.

Abus dans la Lcs coucilcs donnaicut beaucoup d'attention

discipline. ^ ^

à la discipline de l'Église. Les rois eux-mêmes paraissaient en faire leur principal objet; et les lois qu'on multipliait dans cette vue , et qu'on renouvelait sans cesse, sont un monument des désordres qui régnaient dans le clergé : on ne cherche des remèdes que contre les maladies qui sont connues. Aussi les rois et les conciles se plaignaient-ils souvent de ces désordres.

Pour un adultère on ordonnait sept années de jeûne, dont trois étaient au pain et à l'eau. On appelait pénitence profonde celle d'un laïque qui quitte les armes, va en pèlerinage au loin , marchant nu - pieds , sans coucher deux fois en un même lieu, sans couper ses cheveux ni ses ongles, sans entrer dans un bain chaud ni dans un lit mollet, sans goûter de chair ni d'aucune boisson qui puisse enivrer ; allant k tous les lieux de dévotion sans entrer dans les églises , etc. , Dunstan , devenu évéque de Gantorberi après Odon , imposa une pénitence de sept ans au roi Edgar , pendant laquelle il lui défendit de porter la couronne, lui ordonnant de jeûner deux jours de la semaine, de faire de grandes aumônes, de fonder

un monastère de filles, de chas>t*r lUs v^^U^vs les clercs mal vivans, et d'y mettre des moines en leur place.

Quelque sévères que paraissent ces pénitences, elles devenaient commodes par la facilité de se racheter des jeunes auxquels on était condamné. Un denier ou deux cent -vingt psaumes, ou encore soixante génuflexions et soixante pater tenaient lieu d'un jour de jeûne. Une messe en valait dou»e. Enfin un homme riche pouvait foire jeûner pour lui , et accomplir en trois jours les jeûnes de sept ans; il lui suffisait de payer un certain nombre de moines qui voulussent se charger en même temps de sa pénitence. Le peu que je viens de dire suffit pour vous foire connaître la puissance, l'ignorance et les mœurs du clergé d'Angleterre.

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