CHAPITRE VI
Des Sarrasins dans les siècles huit, neuf et dix ; et de l'Espagne depuis le septième siècle jusqu'à la fin du quinzième.
La trop grande puissance du clergé ne tend qu'à i^i pou»*. produire l anarchie; aussi a-t-elle été et sera-t-elle i'e»"5é«v«i encore une source d'abus et de calamités. La ÎMÛ'ned.'pri
I 1 • cipale» c«at
rrance en est la preuve, et la raison en est sen- à'^ittor^rt*
* ' de la faiblti
sible; car dès qu'il n y a plus de hmites entre la thrtu*l\é^ puissance spirituelle et la puissance temporelle,
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tous les droits sont confondus; la religion fournit des prétextes pour se soustraire à l'obéissance due aux souverains; l'ambition se colore des motifs les plus respectables ; et les ministres de l'autel deviennent les instrumens de l'audace et de la tyrannie.
Plus on réfléchira sur l'histoire des temps barbares, plus on se convaincra de cette triste vérité. Les prêtres, qui se disaient les interprètes des volontés du Ciel , avaient à peine ehoisi l'oint du Seigneur, qu'ils se sont hâtés de l'avilir, et ils ont les premiers violé le serment qu'ils avaient fait prêter aux sujets. A mesure qu'ils deviennent plus puissans, l'autorité du roi s'affaiblit. Alors les lois sont sans force ; le souverain tombé dans le mépris ne les saurait faire respecter; et le clergé, quelle que soit sa puissance, est trop faible pour arrêter des abus auxquels d'ailleurs il s'intéresse; il faut donc que l'anarchie règne avec le sacerdoce. Ces abus , déjà trop sensibles, s'accroîtront encore, et produiront de nouveaux maux.
La confusion Eu Oricut, Ic clcrgé n'avait pas pu s'élever à la
nx puis- A • • •! 5" n • .
est ^avo- même puissance; mais il n influait encore que trop
lU clergé. * 1 IT
dans le gouvernement. Les prêtres grecs , n'ayant pu entrer en part de la souveraineté, virent sans jalousie le prince entrer en part du sacerdoce. C'est qu'il leur importait de confondre les deux puissances même en cédant. En effet un empereur
des deux puissances rable au
MODERNE. ait
théologien «levait rtre gouverné par des prêtres, et donnait de l'importance aux controverses qui divisaient le clergé. Aussi l'invitait-on k être juge en matière de doctrine; et, lorsqu'il abandonnait le soin des provinces pour s'occuper des disputes que les moines ne tressaient d'élever, on le louait de préférer Téglise k l'état. Voilà les désordres qui ont favorisé en Orient les conquêtes des Sarrasins, et peut-être que sans Charles Martel l'anarchie leur eût livré toute la chrétienté.
La France, qui se serait trouvée sans défenseur, i^ p«;,„„ aurait succombé. La facilité avec laquelle les Sar- {.V*"*»;.*'*, rasins conquirent l'Espagne en est la preuve ; '**""'•"• car cette facilité avait principalement pour cause les abus qui naissaient de la trop grande puissance du clergé.
Lorsque Wamba fut détrôné, la couronne était élective, c'est-à-dire à la disposition de la noblesse et du clergé qui opprimaient le peuple, et qui s'opprimaient tour à tour. Les évéques et les abbés mirent sur le trône Ervige, et cet usurpateur reconnaissant affermit leur puissance. H eut, en 607, £giza, son gendre, pour successeur.
Egiza, qui régna jusqu'en 701 , et qu'on met au nombre des meilleurs rois', laissa trois en fans, Witiza qui lui succéda, Oppas, archevêque de Séville, et une fille qui fut mariée au comte Julien. Ce comte avait le gouvernement des côtes de
Gibraltar et de tout ce que les Goths possédaient encore en Afrique.
Avec Witiza régnèrent les vices , la tyrannie et les désordres. Ce prince devenu odieux, ôta les armes à ses sujets et abattit les murs de quantité de villes , croyant par-là se précautionner contre les révoltes. Mais la dixième année de son règne, il fut détrôné par Roderigue , fils du frère de Récésuinte qui avait occupé le trône avant Wamba. Les Sarrasins Eba ct Sizcbut , fils dc Witiza, se réfugièrent
font la conquête ^ 15 i a
de l'Espagne, çq Afriquc , OU dc couccrt avec 1 archevêque Oppas , leur oncle , et avec le comte Julien qui avait épousé leur tante , ils invitèrent les Maures à passer en Espagne. C'est ainsi qu'on nommait les Sarrasins qui étaient alors maîtres de la Mauritanie. Cette conquête était facile pour les mahométans, puisque depuis Witiza, l" Espagne n'avait ni armes, ni places fortes, et que d'ailleurs Julien leur en facilitait l'entrée. Roderigue ne put leur opposer que des troupes levées à la hâte et mal armées; trahi par Oppas et par Julien qui tournèrent leurs armes contre lui au moment de l'action , il fut entièrement défait à Xérès, l'an 7 1 3. Il disparut et les Maures conquirent l'Espagne en huit mois. Ainsi finit la monarchie des Visigoths , qui durait depuis 419? qu'ils s'étaient établis à Toulouse.
Les chrétiens qui purent échapper aux Maures s'enfuirent dans les montagnes de l'Asturie , où ils
MODKRNE. ai!i
eurent pour chef Pelage, fils de Favila qui était frère de Rt^césuinte , et par conséquent oncle de Roderigue. A ces montagnes près, les Sarrasins conquirent toute l'Espagne , malgré «la mésintelligence qui divisait quelquefois ceux qui les commandaient. Abdérame ayant su les réunir, ils franchirent encore les Pyrénées, subjuguèrent une grande partie des Gaules, et furent toujours vainqueurs jusqu'à cette journée qui coûta la vie et la bataille à leur général, et qui couvrit de 7^'* gloire Charles Martel.
Vers ce temps , les Sarrasins remportaient de iiimi
des a<ranla|««
grands avantages sur les Grecs ainsi que sur les 1^','/,*^;^^ ** Turcs, qui cherchaient à se faire de nouveaux établissemens. Les Turcs étaient des Tartares qui descendaient des anciens Huns, et qui habitaient les monts A4tai. Depuis long-temps ils faisaient des incursions dans la Chine et dans la Perse, et ils s'étendaient alors depuis l'Altai jusqu'aux terres soumises aux empereurs grecs. Ils avaient même déjà fait quelque alliance avec la cour de Constantinople.
Cependant les o;uerres civiles suspendaient sou l*. Abb«.idM vent les succès des Sarrasms. La plus grande re- ^^.*^*** ^"^ volution fut celle qui fit perdre aux Ommiades le khalifat qu'ils possédaient depuis long-temps. Le khalife Mérouan perdit la vie en Egypte, avec quatre- vingt personnes de sa famille; et il n'échappa qu'Abdérame, que nous venons de
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voir en Espagne. Sous les Abbassides, qui se sai sirent du khalifat et qui protégèrent les lettres, l'empire des Sarrasins s'affaiblit, se démembra, et il se forma plusieurs royaumes indépendans. le khalife est Au commeucement du neuvième siècle, le
réduit aux seu- . ^ , 1 > 1
ies fonctions du J^hallfe Motazcm avait confie sa garde a des
sacerdoce. ^
Turcs qui devinrent dans la suite si puissans, qu'ils s'arrogèrent le droit de donner l'empire ; ce fut une source de guerres civiles. Les gouverneurs des provinces se rendirent indépendans; et le khalife se vit réduit au seul territoire de Bagdad. 934. Les Emirs et Omaras, officiers qu'il créa pour remédier aux troubles , acquirent en effet beaucoup d'autorité; mais, ainsi que nos maires du palais, ils s'en servirent pour assujettir les khalifes même. Ils régnèrent bientôt seuls; et à la fin du dixième siècle le khalifat fut ♦borné aux seules fonctions du sacerdoce. Ce fut alors simplement une dignité que les souverains croyaient devoir respecter dans l'ordre spirituel, parce qu'ils étaient mahométans; et à laquelle ils ne croyaient pas devoir obéir dans l'ordre temporel , parce qu'ils étaient souverains.
Lei Sarrasins Ccpcndant tous Ics pcuplcs étant mal gouver-
quoique divisés, ^ ^ ^
X„ia"bl'e?'r?â '^^^? l^s Sarrasins, malgré leurs divisions, étaient c reiientc. çi^cq^^ j^igj^ redoutablcs. En 8^3 ils se rendirent maîtres de plusieurs îles, et entr'autres de celle de Crète, dans laquelle ils bâtirent la ville de Candax , qui donna dans la suite le nom de
AIOIH UNE. U l!)
Candie à celle ilc. En 828 les Sarrasins d'Afrique s'emparèrent de la Sicile, où ils furent appelés par Euphume, qui s'était révolté contre Tempereur de Constantinople. Enfin quelques anuées après ils s'établirent eu Italie, profitant des guerres civiles qui occupaient Lothaire , Charles le Chauve et Louis de Germanie. Ils ravagèrent la Calabre et la Pouille,et ils s'emparèrent de Bari, de Tai'ente et de plusieurs autres places. Les Sarrasins d'Espagne y combattaient contre les Sarrasins de Sicile ; les uns pour Siconulfe , prince de Salerne; les autres, pour Aldégise, duc de Bénévent; en sorte que les provinces méridionales de l'Italie étaient en proie à ces deux tyrans, et aux Barbares qu'ils avaient fait venir à leur secours. L'empereur de Constantinople et celui d'Occident étaient hors d'état de repousser les Sarrasins. L'Italie était menacée de passer sous le joug de ces infidèles. Ils assiégèrent Rome, ils battirent un général de l'empereur Lothaire, et ils se fussent rendus maîtres de cette capitale sans les sages mesures du pape Léon IV. Ce pontife était né romain , dit M. de Voltaire ; le courage des premiers âges de la république revivait en lui dans un temps de lâcheté et de corruption; tel qu'un des beaux monumens de l'ancienne Rome , qu'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle. Léon engagea les habitans de Naples et de Caiete à venir <léfendre les cotes et
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le port d'Ostie ; il visita lui-même tous les postes et reçut les Sarrasins à leur descente, non pas en équipage de guerrier, mais comme un pontife qui exhortait une peuple chrétien, et comme un roi qui veillait à la sûreté de ses sujets. C'est en 849 que ce pape eut la gloire d'avoir sauvé Rome.
Us s'affaiblissent L^s Sarrasius eussent pu avoir de plus grands
en Espagne où , xi* »'i r r «-r^i !••,
les chrétiens fon succcs cu Italrc, S ils eussent ete unis. Plus divises
dent plusieurs
royaumes. ç^^ Espaguc, Icur puissaucc y était déjà considérablement diminuée. Les Successeurs d'Abdérame régnaient à Cordoue; une autre famille de mahométans régnait à Tolède ; les émirs ou gouverneurs des provinces se rendaient indépendans ; et nous voyons qu'un d'eux fut soutenu dans sa révolte par Charlemagne.
La puissance des souverains musulmans affaiblie par les révoltes et par les avantages que les Français remportèrent sur eux jusqu'au règne, de Louis le Débonnaire, fut une conjoncture heureuse pour les chrétiens retirés dans les Asturies. Ils en profitèrent pour assurer leur liberté, et pour recouvrer une partie des provinces que les Maures avaient conquises. C'est alors qu'ils fondèrent les royaumes des Asturies, de Léon , de Navarre, et la principauté d'Aragon sous le gouvernement d'un comte.
Guermcon- H sc forma beaucoup d'autres souverainetés,
linuelles en Es-
pagne. taut parmi les chrétiens que parmi les musulmans;
MODFBWF. 217
etThistoire d'Espagne n'offre plus qnc des guerres continuelles, où Tambition fait oublier aux souverains les intérêts de la religion , où les chrétiens même s'allient avec les musulmans contre les chrétiens, et où les princes, trop faibles pour prendre ouvertement les armes, ont recours aux surprises, aux trahisons, aux assassinats et aux empoisonnemens. Mais parce que mon dessein est seulement de jeter un coup d'oeil général sur les principaux peuples, je ne dois pas m'arréter sur l'Espagne , dont les événemens n'influent point sur le reste de l'Europe; et je laisse aux historiens à vous faire des tableaux plus tristes qu'instructifs. Afin même de n'être pas obligé de repasser sitôt dans un pays aussi barbare, je vais parcoinir les siècles qui se sont écoulés jusqu'à l'expulsion des Maures.
Les arts de luxe et les vices qu'ils traînent à R"oiiiiJo«ifr<-
A qiientf S et prt-
leur suite, avaient amolli les rois mahométans. *='?•"**• Moins respectés, ils en furent moins craints, moins obéis, et les révolutions se multiplièrent coup sur coup. Elles se succédèrent avec tant de rapidité, qu'on croirait lire l'histoire de plusieurs siècles; et cependant ce ne sont que les événemens d'environ vingt ans. Telle était la situation des Maures au commencement du onzième siècle.
Ces conjonctures auraient été favorables aux Mniiitod. dt
(onvcraios toa-
chrétiens, s'ils avaient été capables d'en profiter; j;"" •• ^^ mais toujours divisés, toujours en guerre les uns
avec les autres, ils étaient eux-mêmes exposés à des révolutions continuelles. Il y avait alors vingt rois en Espagne , quantité d'autres souverains , et beaucoup de chevaliers errans. Ceux-ci étaient des chevaliers armés de toutes pièces , suivis de quelques écuyers , et qui étant indépendans , allaient de province en province, offrant leurs services aux princes ou aux princesses qui étaient en guerre.
noderigueou Rodcriguc , surnommé le Cid, était un de ces
le Cid.
chevaliers. Il servit d'abord dans les armées de Ferdinand qui, étant roi de Castille, de Léon, des Asturies , de Galice et de Portugal , était un ennemi redoutable pour les Maures, mais dont la puissance s'évanouit parce qu'il partagea ses états entre ses trois fils et ses deux filles.
Le Cid aida dom Sanche , fils aîné de Ferdinand, à dépouiller ses frères Alphonse et dom Garcie , et ses sœurs Urraque et El vire.
Après la mort de dom Sanche , Alphonse recouvra le royaume de Léon, qui avait été son partage , et auquel il réunit celui de Castille. Le Cid paraît s'être alors attaché à ce prince , et lui avoir fait remporter de grands avantages sur les Maures; il prit Tolède et conquit toute la Castille neuve ; ayant ensuite eu quelques dégoûts , il s'éloigna de la cour, porta la guerre aux infidèles en son nom, et se rendit maître du royaume de Valence, qu'il conserva jusqu'en 1099 , qu'il mou-
aiuDJiiNE. aiç)
rut. Au reste l'iiistoire de ce chevalier est remplie de fables ; mais Corneille ne me permettait pas de la passer sous silence. C était d'ailleurs une occasion de vous donner une idée des divisions qui affaiblissaient les chrétiens. Sur la fin de ce siècle, de nouvelles armées de Maures vinrent encore d'Afrique en Espagne, et causèrent de nouveaux désordres , même parmi les mahométans.
Au commencement du douzième siècle , l'An- i?,,, ée ifi-
p<i£Qe dans le
dalousie, une partie de la Murcie et la Grenade «Jo««i*"*»i»cie. appartenaient aux Maures ; les royaumes d'Aragon et de Navarre étaient réunis sous un prince chrétien ; Barcelone était une principauté dont les souverains , sous le titre de comtes , rendaient hommage aux rois d'Aragon; le comte Henri, fils d'un duc de Bourgogne et descendant de Hugues Capet, était maître d'une partie du Portugal. Enfin Alphonse, dont je viens de parler, réunissait sous sa domination les deux Castilles, Léon, la Galice et Valence.
Cet Alphonse ne laissa qu'une fille nommée Urraque qu'il avait mariée au roi d'Aragon et de Navarre , et qu'il déclara son héritière. Par la réunion de tant d'états , le roi d'Aragon devenait un monarque puissant ; mais , parce que sa femme voulut partager l'autorité , il la répudia , sous prétexte qu'il était son cousin issu de germain, et pour d'autres raisons qu'on en donne encore. Quoi qu'il en soit , les seignoui's de Cas-
tille, de Léon et des Asturies prirent les armes pour conserver ces royaumes à la reine, et ils lui en conservèrent en effet une partie. Cette princesse eut ensuite la guerre avec son fils , le roi de Galice , qu elle avait eu du comte de Galice, son premier mari. Elle l'eut encore avec sa sœur Thérèse, comtesse de Portugal et femme du comte Henri; enfin elle l'eut avec ses sujets.
Le roi d'Aragon , qui ne cessa presque pas de faire des conquêtes sur les infidèles, leur enleva Saragosse dont il fit sa capitale ; et les guerres qu'Urraque fit à Thérèse, n'empêchèrent pas le comte Henri d'avoir aussi de grands succès sur eux , et de les chasser de plusieurs places. Il semblait donc que les Chrétiens allaient enfin subjuguer les Maures ; mais ils s'affaiblissaient au moment qu'ils paraissaient plus puissans. En effet le roi d'Aragon étant mort sans enfans, les Aragonais élurent dom Ramire son frère, moine et prêtre ; les Navarrais proclamèrent dom Garcie Ramirez ; et cette division causa des guerres continuelles entre les deux royaumes.
Le comte de Galice, Alphonse Raymond , après la mortd'Urraque,sa mère, prit les armes, et fut reconnu dans les royaumes de Léon, des Asturies, de Tolède et de la plus grande partie de la „33. Castille. Se voyant alors le plus puissant monarque d'Espagne , il se fit proclamer empereur ; titre fastueux que ses successeurs ne prirent pas.
MODFRNr. aaf
Il mérita mieux celui de conquérant; car il prit aux Maures Cordoue , Boëra, Almérie, Calatrava , Jaën, Andujar et Cadix. Il s'était allié avec le fils du comte Henri, qui s'était fait proclamer roi de Portugal, et avec Raymond Bérenger, comte de Barcelone, qui, ayant épousé la fille de Ramire, gouvernait l'Aragon. Ce comte était puissant; car, à l'exception de Lérida et de Tortose que les Sarrasins avaient conservées, il était souverain de toute la Catalogne, de Montpellier et du comté de Provence. Ces deux princes eurent aussi de grands succès. Le roi de Portugal enleva Lisbonne, Alanguez, Obsdos, Ebora, Elvas, Miu'a, Serpa, Béja, en un mot presque tout le Portugal. Le comte de Barcelone ravit Lérida, Tortose, Fraga, et plusieurs autres places. Les Maures ne se relevèrent jamais de ces pertes ; mais l'empereur Alphonse, qui mourut en ii57, ayant divisé ses états entre ses deux fils, laissa deux rois moins puissans que lui , et donna lieu à de nouveaux troubles.
Cependant les Maures firent encore de cran- D«a*ie«r*îdes pertes dans l'intervalle de laSo à laSa : Jac- Jî,^é'ieSH'' ques, roi d'Aragon, conquit l'île de Majorque, celle de Minorque, Ivica et le royaume de Valence ; et Ferdinand III, roi de Cordoue, celui de Murcie, Séville, la plus grande partie de l'Andalousie, et mourut en 1262, lorsqu'il songeait à porter ses armes en Afrique. Ce prince ne fut
pas seulement conquérant; il s'occupa du soin de policer ses peuples , et fit de sages lois.
Alphonse X , son fils et son successeur, régna jusqu'en i ^^84- On l'a nommé l'Astronome ou le Sage , parce qu'il protégeait les sciences et qu'il les cultivait avec succès. Il gouverna d'ailleurs sagement , et dans dés temps difficiles. Il eut le chagrin d'être forcé de vaincre son fils qui se souleva contre lui, et la gloire d'être appelé à l'empire d'Allemagne.
Dansicqua- Pcudant Ic quatorzièmc siècle, l'Espaene fut
forzièmeetdaus . ^ ' T O
îes^Aïaur'eTs'fmî déchiréc par les guerres que se firent les rois chrétiens et par les troubles qui naissaient fréquemment dans leurs royaumes. L'usage qui faisait passer la couronne aux femmes , et parconséquent multipliait les prétendans, était souvent la source des désordres. La Castille fut à cette occasion le théâtre d'une guerre où l'Angleterre et la France prirent part, et dont nous parlerons lorsque nous* serons arrivés au règne de Charles V. Elle continua d'être agitée jusqu'à la mort de Henri IV, arrivée en 1472. Ce prince avait été déposé par un parti puissant qui avait pour chef l'archevêque de Tolède ; et il n'était remonté sur le trône qu'après avoir exclus de sa succession sa propre fille Jeanne , et avoir reconnu sa sœur Isabelle pour sa seule héritière.
Pour assurer la couronne à cette princesse, les rebelles lui firent épouser Ferdinand qui, étant
MODKUIN'K. vj>3
liëritier d'Aragon et de Sicile, était en état de soutenir les prétentions de sa femme. Par ce mariage, Ferdinand devint le roi le plus puissant qu'on eût encore vu en Espagne depuis que les chrétiens s'y rétablissaient.
Les mahométans n'y possédaient plus que le royaume de Grenade. Le roi de Maroc qui était venu à leur secours en i44oi avait été entièrement défait. Depuis ils s'étaient affaiblis de plui en plus ; et , lorsqu'il s'élevait contre eux un ennemi redoutable, ils s'affaiblirent encore par la révolte de Boabdilla contre Alboacen , son oncle et son roi.
Ferdinand fomenta cette guerre civile en donnant des secours à Boabdilla ; mais quand Alboacen fut mort, il attaqua son allié, conquit \r royaume de Grenade, et mit fin à la domination des Maures qui subsistait depuis près de huit cents ans.
Ferdinand, qu'on regardacomme le vengeur de ï^'»» «i» i'e*la religion, parce qu'il avait fait des conquêtes l^^Z. sur les infidèles, fut surnommé le Catholique, et prit le titre de roi d'Espagne, parce qu'il en possédait tous les royaumes , à la Navarre près qu'il envahit dans la suite, et à l'exception du Portugal qui continua d'être un royaume séparé. Il se hâta de chasser les Maures pour leur uter tout moyen de se rétablir; et il chassa encore les juifs qu'on regardait comme des ennemis , parce
qu'ils n'étaient pas chrétiens et qu'ils étaient riches. On prétend qu'il sortit d'Espagne cent soixante-dix mille familles. Il y resta des provinces à moitié désertes , des chrétiens pauvres , sans commerce, sans arts, et l'inquisition que Ferdinand lui-même avait introduite en 1478. Combien cette Ou comptc qu'il a fallu livrer aux Maures
expulsion a coûté de combats. 3yoo combats pour recouvrer l'Espagne dont ils
s'étaient rendus maîtres par une seule bataille. Si l'on eût compté les combats que se sont donnés les princes chrétiens, on en eût trouvé sans doute un plus grand nombre. Jugez par -là de la multitude des révolutions, de la misère des peuples, et de la misère des souverains mêmes. Combien le gou. Lcs prluccs souttoujours malheureux lorsqu'ils royaumes d'Es- nc fout Das résTuer les lois. Plus ils veulent être
pagne avait ete * C
vicieux. absolus, plus ils sont faibles; et les révoltes renaissent comme les têtes de l'hydre. Nous qui sommes autant que vous ^ nous vous faisons notre roi, à condition que vous garderez nos lois^ * sinon , non , disaient les Aragonais , lorsqu'ils
étaient assemblés pour couronner celui qu'ils élevaient au trône. Les Castillans ne mettaient pas moins de bornes au pouvoir de leurs souverains. Ce gouvernement eût été bon , si les Aragonais et les Castillans avaient en effet eu des lois; mais ce qu'ils appelaient de ce nom n'était que les usurpations ou les prétentions des vassaux puissans ; car eux seuls composaient les as-
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semblées ; le peuple en était exclu , et ses droits étaient comptés pour rien. Le ton de liberté que prenaient les assemblées, n'était donc que le langage d'une multitude de tyrans qui craignaient de se donner un tyran pour maître. Ceux qui parlaient ainsi étaient des évéques, des abbés et des seigneurs laïques, qui d'ordinaire n'observaient eux-mêmes aucunes lois dans leurs terres. Ils obéissaient au souverain, ils lui désobéissaient, ou ils lui faisaient la guerre, sacrifiant tout à l'ambition, et ne cédant qu'à la force. Tantôt on marchait à ses ordres, tantôt on refusait de se rassembler sous ses drapeaux, d'autres fois on l'abandonnait au milieu d'une campagne, et les entreprises les mieux concertées ne réussissaient pas, ou se terminaient par des revers. Tant de combats entre les chrétiens et les mahomét^ns font voir que de part et d'autre on ne savait ni se réuriir ni faire la guerre. Tel est le gouvernement ou plutôt l'anarchie que les Barbares avaient établie partout, et qui a été la première cause des malheurs de l'Espagne. Je ne m'arrête pas ici sur les vices de cette anarchie : l'histoire de France, qui vous en a déjà donné une idée, achèvera de vous les faire connaître.
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