‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 24 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De l'Allemagne et de l'Italie depuis 888 jusqu'en 1073. 888. Arnoul, reconnu roi d'Allemagne, portait en-

L'AUemagneel , 15t T

î'iajiesois Ar- ^orc ses vues sur la France et sur l Italie , et ambitionnait surtout le titre d'empereur; mais il était trop mal affermi pour faire face aux obstacles qui s'offraient de toutes parts. Il voyait au dehors des concurrens déjà établis , et au dedans des factions toutes prêtes à se former. Comme les gouvernemens étaient héréditaires , les ducs et les comtes ne songeaient qu'à se rendre indépendans sous un prince qu'ils venaient d'élire, et qui était forcé de les ménager. Le duc de Moravie surtout ne cachait pas qu'il voulait se soustraire à toute domination. Il fallut le caresser pour le gagner ; il fallut même augmenter sa puissance , et encore ne fut-il pas possible d'éviter la guerre. Dans ces conjonctures , Arnoul reconnut Eudes pour roi de France ; Rodolphe pour roi de la Bourgogne transjurane; et Louis, fils de Boson pour roi de Provence.

Il fut défait par les Abodrites, peuple qu'on dit être Vandale d'origine , et qui habitait sur les bords de l'Elbe. Il le fut encore par les Normands qu'il vint cependant à bout de vaincre ; et il gagna plusieurs batailles sur les Sclavons.

1MODERNF. J.A

Cependant Tltalie et le titre d'empereur étaient toujours Tobjet de l'ambition d'Arnoul. Il eût été plus sage à lui d'assurer son autorité en Allemagne, que de marcher à de nouvelles conquêtes. Qu'importe d'acquérir des provinces , quand on est si peu maître de celles qu'on a déjà ? C'est l'Allemagne qu'il fallait d'abord conquérir. Les factions commençaient à naître entre les seigneurs laïques et les seigneurs ecclésiastiques; c'était le moment de les étouffer. Il ne le fit pas; et elles seront la soiurce de bien des guerres sanglantes.

Gui , duc de Spolette , était maître de l'Italie, et g. Arnoul avait déjà envoyé un de ses fils au secours de Bérenger , duc de Frioul qui , ayant été dé- Hfait , avait eu recours à lui. Il y passa lui-même à la sollicitation du pape Formose qui voulait se soustraire à la domination de Gui et de quelques autres ducs. Il prit Bergame, Milan, Pavie, Plaisance, repassa les Alpes, et fit reconnaître roi de Lorraine son fils Suent ibold.

Cependant Gui était mort, et Lambert son fils avait été couronné empereur par Formose. Ce pape n'était pas maître paisible de la chaire de saint Pierre. Il avait eu pour concurrent Sergius qui tentait tout pour le chasser, et qui était soutenu d'Adalbert , marquis de Toscane. Il crut donc mettre Lambert dans ses intérêts; mais voyant que malgré ses ménagemens, il ne pouvait pas compter sur ce prince, il pro<isa \v roi d'AlIemafifiir

de passer une seconde fois en Italie , et lui offrit la couronne impériale.

sei-ment des Amoul viut , assiégca Rome que le parti de

Romains, lors- r i • t n r

qu'il est cou- Lambert défendait , la força , fut couronné em-

ronne empereur. 7 i '

pereur par le pape, et reçut les noms de César et d'Auguste. Le serment que lui firent les Romains était conçu en ces termes : Je jure par tous les divins mystères que, sauf mon honneur, ma foi et ma fidélité pour le pape Formose,je suis fidèle, et le serai toujours à Vempereur ArnouL Cette clause, sauf ma fidélité pour le pape, est remarquable.

Mort d'Amoui . Aprcs avoir sévi contre les ennemis de Formose, Arnoul poursuivit Lambert avec vigueur, mais inutilement. Il ne put lui enlever la couronne, ^99- et il revint en Allemagne où il mourut. Lambert contre qui plusieurs conspirations s'étaient formées périt la même année.

Louis ly, son Louis IV, seul fils légitime d' Arnoul , fut élu

èls, dernier des

cariovingiens. ^q^ d' Allemagne , quoiqu'il n'eût encore que sept ans , et bientôt après il fut proclamé roi de Lorraine à Thionville. Les Lorrains se donnèrent eux-mêmes à ce prince. Suentibold, qui s'était rendu odieux par sa tyrannie, entreprit inutilement de défendre ses droits ; il perdit la bataille et la vie.

Les Hongrois, Vcrs la fiu du neuvième siècle, une nouvelle

qui s'étaient e'ta- . loi -ii'' >!»•

biîs eu panno- natiou Qc Scvthes qui habitaient a 1 orient du

nie, accroi. sent ^ A

les trouble*, qui Yolga , sc répaudit en Europe. Ces Barbares se

MODKRNK. a 29

jetèrent d'abord sur les Russes ; ils traversèrent J'^^'^j'^SÎ ensuite la Russie Polonaise , vinrent jusqu'au bord du Danube, passèrent ce fleuve, et s'établirent dans une partie de la Pannonie, dont les limites étaient à peu près les mêmes que celles qui bornent aujourd'hui le royaume de Hongrie. De là, ils firent de nouvelles irruptions; et au commencement du dixième siècle ils ravagèrent plusieurs fois rAllem.igne, l'Italie, et une partie de la France. Tous ces pays étaient ouverts parce qu'ils manquaient de places fortes, et encore plus, parce qu'ils étaient mal gouvernés. On croit que les Hongrois, c'est ainsi qu'on nomme ces Scythes, ont la même origine que les Turcs.

Le rèone de Louis ne fut qu'une suite de troubles jusqu'en 911, qu'il mourut. Il fit une paix honteuse avec les Hongrois; il en fit une autre tout aussi honteuse avec les Normands; et TAllèmagne fut déchirée par une guerre civile si sanglante que presque tous les chefs y perdirent la vie.

L'Allemagne comprenait alors la Francdnie, la province de Bamberg, Constance, Bâlc, Berné, Lausanne , la Bourgogne, Besahron , la Lorraidè,' Metz, Liège , Cambrai, Arras, la Flandre, la Hollande, la Zélande, Utrecht, Cologne, Trêves, Mayence , Worms , Spire , Strasbourg , la Frise , la Saxe , la Hesse, la Westphalie, la Thuringe, la Wétéravie, la Misnie , la Mai'che de Brandebourg, la Poméranie, Rugen, Stetliuv le Holstein, l'Au-

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triche , la Carinthie , la Stirie , le Tyrol , la Bavière ,^les Grisons , et tous les pays qui dépendaient de ces provinces.

Conrad, roi Louis IV cst le dcmicr prince allemand de la

d'Allemagne au , . . i i i • i

refus d'oibon. ^acc carlovingicnne. Charles le Simple , qui régnait en France , étant trop faible pour faire valoir ses droits , la nation eut la liberté de se choisir un chef. Othon , duc de Saxe , refusa la couronne à cause de son grand âge , et conseilla de la donner à Conrad, duc de Franconie; action d'autant plus généreuse que Conrad était son ennemi et avait du mérite. Le duc de Franconie fut élu. Ces élections se faisaient dans des assemblées, où les évêques et les princes se trouvaient ^yec les députés des principales vijles.

X Arnoul , duc de Bavière, qui avait aspiré au trône , prit les armes et fut défait. Gisilbert, duc de Lorraine , et Burchard , duc de Suabe , eurent le même sort. Mais Conrad , moins heureux avec les Hongrois qui profitèrent de ces troubles , fut contraint d'acheter la paix et de s'obliger à leur payer un tribut. Il avait régné sept ans ou environ , lorsque s'aperçevant qu'il avait peu de temps à vivre , il engagea les seigneurs à reconnaître pour souverain Henri , fils d'Othon , se piquant d'être aussi généreux que son bienfaiteur. En effet, il ne l'était pas moins ; car Henri n'avait jamais cessé de le traverser ; il avait même tenté de le faire empoisonner.

naitondcSAB*

MODKRNK. a3l

Henri, surnommé l'Oiseleur, parce qu'il se *•«*.»• dM.nr. plaisait à la chasse des oiseaux , fut élu après la mort de Conrad. I^e pape, voulant se soustraire à plusieurs petits princes qui se disputaient en Italie le titre d'empereur, se hâta de lui offrir la o»» couronne impériale; mais il la refusa, et répondit qu'il se contentait des titres que les états d'Allemagne lui avaient donnés. Plus sage qu'Arnoul, il ne songea qu'à bien établir sa puissance ^ il soumit le duc de Suabe qui refusait de le reconnaître ; s'affranchit par la victoire du tribut que les Hongrois voulaient exiger ; défit les Abodrites et les Danois, rendit tributaires les Sclavons, les Dalmates et les Bohémiens , et força Charles le Simple à renoncer aux droits qu'il voulait faire valoir sur l'Allemagne. Enfin il institua des milices, fit murer les villes, et mit ses états à l'abri des incursions des peuples voisins. Ce qui fait le plus d'honneur à son règne , c'est qu'il eut l'art de réunir les seigneurs allemands , qui jusqu'alors avaient toujours été désunis. Ils lui furent si attachés, qu'ils s'accordèrent tous à lui donner pour successeur son fils Othon.

Je ne m'arrêterai pas sur des guerres continuelles, ^ qui furent pour Othon autant d'occasions d'ac- »»?'' ««urr». quérir de la gloire; il réduisit les rebelles, dompta les Hongrois , soumit à l'hommage la Bohême et le Danemarck , répandit la religion par les armes, suivant l'usage de ces temps barbares, et devint

IaisMiieeciiAIrmagne, paot»

«a ll«lie.

goo.

l'arbitre des princes qui recherchèrent à l'envi son amitié. Mais il faut le suivre en Italie , et voir dans quel état il la trouva.

Après la mort de Lambert, arrivée en 899 , Bérenger, duc de Frioul, recouvra l'Italie pour la perdre presque aussitôt. Louis , roi d'Arles , appelé par une faction puissante le chassa , et prit la couronne impériale. Celui-ci ayant été trahi par ceux mêmes qui l'avaient servi, Bérenger se rendit encore une fois maître de l'Italie, lui fit crever les yeux , et se fit couronner empereur par le pape Jean X.

Quelques années après il se forma un parti en faveur de Raoul ou Rodolphe II, roi de Bourgogne. Bérenger fut défait ; il ne lui resta que Vérone, où il fut assassiné l'année suivante 924.

Raoul ne porta cette couronne que deux ans. Elle lui fut enlevée par Hugues , comte de Provence, à qui les Italiens l'offrirent, et qui, après avoir régné près de vingt ans , crut s'affermir en s'associant Lothaire son fils : cette précaution fut inutile. Les Italiens élevèrent sur le trône Bérenger, fils d'Adalbert, marquis d'ivrée, et de Giselle, fille de Bérenger empereur; Hugues s'enfuit en Provence , et Lothaire mourut à Milan quelques années après.

Bérenger voulut marier son fils Adalbert avec Adélaïde , veuve de Lothaire ; et cette princesse s'y étant refusée , il l'assiégea dans Pavie , la prit

Uli«.

MODKBNE. 'a33

et renvoya prisonnière dans lo château de Garde. Elle trouva le moyen de se sauver, et elle se retira dans la forteresse de Canossfc , où se voyant encore assiégée, elle implora le secours d'Othon, à qui elle offrit sa main et le royaume d'Italie. Othon vint, la délivra et Tépousa. Bérenger conserva toujours cependant son royaume , à la réserve du Véronois et du Frioul, qui furent donnés à Henri , duc de Bavière , frère d'Othon , mais il rendit hommage et prcta serment de fidélité au roi d'Allemagne.

Pour comprendre la cause de tant de troubles, canM«ae»d/-

r ' «ordrei de l'I-

il faut considérei^ue l'Italie était partagée entre une multitude de petits souverains, dont aucun n'était assez puissant ou assez habile pour soumettre les autres. De là naissaient des factions qui, variant comme les intérêts, transportaient la couronne d'une tète sur une autre , et chaque prince se flattait de trouver son avantage dans les giienes qui s'élevaient entre deux concurrens. Si tous ces tyrans s'étaient contentés de combattre entre eux sans appeler l'étranger, ils se serait enfin formé une puissance qui aurait tout subjugué, et l'Itahe aurait pu devenir un royaume florissant. Vous connaîtrez quelque jour quel est aujourd'hui son état; vous verrez qu'il est la suite de bien des désordres , de bien des révolutions et de bien des calamités; vous jugerez que c'est surtout la faute des Italiens, qui n*ont pas cessé

Scandales sur le sainl-sîégc.

d'ouvrir leur pays aux Allemands ou aux Français. Vous aurez lieu de reconnaître que cette conquête ne pouvait qu'être funeste aux peuples à qui elle paraissait destinée.

Au dixième siècle , la politique des Romains était d'entretenir les factions dans toute l'Italie, de les multiplier et de les opposer continuellement les unes aux autres ; ils espéraient de trouver parmi les troubles l'occasion de rétablir la république. Les papes employaient le même artifice avec des vues bien différentes. Ils ne voulaient comme les Romains ni roi ni empereur; mais ils étaient encore plus éloignés défavoriser le gouvernement républicain , parce qu'ils voulaient commander eux-mêmes. C'est à force de semer la division dans Rome, dans l'Italie et dans toute l'Europe , qu'ils se saisiront enfin de la souveraineté. Ils appeleront les Allemands pour affaiblir la puissance des princes italiens; et, pour se soustraire aux rois d'Allemagne, ils soulèveront contre eux les peuples.

Il serait difficile de vous donner une idée des maux que l'ambition des papes a produits dans la chrétienté. Je laisse aux historiens à vous faire connaître les pontifes qui ont déshonoré le siège apostolique , dans les temps que nous parcourons. Vous verrez au commencement du dixième siècle une femme nommée ïhéodora , disposer de tout dans Rome par ses intrigues et par sa

galauterie , et mettre sur la cliaire de saint Pierre un monstre connu sous le nom de Sergius III. Cette femme fut mère de Marosie et d'une autre Thëodora, toutes deux aussi intrigantes, aussi galantes, aussi puissantes qu'elle; et qui comme elle firent à leur choix des souverains pontifes. Thëodora, la jeune, fit élire pape son amant, Jean X, à qui elle avait successivement procuré Févéché de Bologne et celui de Ravenne, et quelque temps après, Marosie éleva sur la chaire pontificale Jean XI , son propre fils , qu'elle avait eu d'un adultère avec Sergius III. Tout réussissait à celle-ci, lorsque Alberic, son fils légitime, se mit à la tète des Romains contre elle , et la fit enfermer aussi bien que Jean XI. En voilà assez pour vous faire juger que dans Rome les désordres et la corruption des mœurs étaient portés aux derniers excès. J ajouterai seulement le jugement que porte de ces temps le cardinal Baronius , écrivain qu'on ne peut pas soupçonner d'avoir été peu favorable à la cour des souverains pontifes. « Que la face de « l'église de Rome, dit-il, était alors défigurée! i( Le saint -siège tombé sous la domination de « deux femmes déréglées, leurs amans élevés sur (c la chaire de saint Pierre, les canons des con- « ciles violés, les décrets des papes foulés aux « pieds, les anciennes traditions méprisées , et le (( siège apostolique devenu la proie de la cupidité « et de l'ambition, i^

ison autorité.

Îi36 HISTOIRE

L'Italie ravagée Pendant quc l'Italie , déchirée par des guerres

parlesHongrois . i i /a i i 1

etpariessarra- civilcs était Ic tlicatrc des plus erands scandales, elle avait été ravagée plusieiu;s fois, d'uncôté par les Hongrois, et de l'autre par les Sarrasins. Mais plus les désordres étaient grands, plus on était éloigné d'en voir la fin , et on ne pouvait s'attendre qu'à de nouvelles calamités.

oihoni,appe- Otliou qui avait repassé les Alpes était occupé

le'par Jean XII, , r« i t i i 1

y fait respecter a soumcttre SOU iils Ludolpiie qui , craignant que les enfans d'Adélaïde ne lui fussent un jour préférés, s'était soulevé et avait entraîné dans la révolte plusieurs princes allemands. Il venait de rétablir la tranquillité en Allemagne, lorsque le pape Jean XII, qui voulait se soustraire à la domination de Bérenger , le pressa de revenir en Italie. Tout se soumit à son arrivée. Il fut proclamé à Milan roi d'Italie, dans une assemblée d'évéques où Bérenger fut déposé , et l'année suivante , il reçut à Rome la couronne impériale des mains de Jean XII. Il fit rendre à l'Eglise de saint Pierre les biens qui lui avaient été enlevés. Le pape et le peuple jurèrent de lui être toujours fidèles, et de ne donner aucun secours à Bérenger. Il fut arrêté que la consécration des souverains pontifes ne serait canonique qu'autant qu'elle aurait été faite du consentement de l'empereur; et le clergé de Rome, ainsi que la noblesse, s'engagea par serment à se conformer à tout ce qui fut réglé à ce sujet.

MODERNR. 237

Jean MI, lioinmc sans mœurs et sans talens, était fils d'Alberic. Ayant succédé à I autorité de son père, il était, en 954, palrice ou souverain (le Rome ; et en gS5 , élevé sur le siège apostolique, il réunissait en lui les deux puissances. Il se repentit donc bientôt de sV'tre donné un maître dans Othon; il oublia tous les sermens qu'il venait de prêter, et croyant pouvoir profiter de Tabsence de Tempereur qui assiégeait Mont-Léon, aujourd'hui Mont-Feltro, où Bérenger s'était renfermé, il se ligua avec Adalbert, fils de Bérenger, le fit venir à Rome , et sollicita les Hongrois à faire une diversion en Allemagne; mais son plan avait été si mal concerté, qu'à l'approche d'Othon, il n'eut d'autre parti que la fuite, et encore eut-il à peine le temps de se sauver.

L'empereur fit son entrée au milieu des acclamations du peuple. On lui renouvela tous les sermens qui lui avaient été faits; et on tint un concile qui déposa Jean, et mit en sa place Léon VITL Othon ne fit sans doute condamner ce pontife que parce qu'il avait conspiré; mais comme il crut devoir ménager ceux qui avaient eu part à la conspiration , on ne parla point de ce crime , et il ne fiit question que des scandales que Jean avait donnés. Othon n'ignorait pas que les Romains souffraient impatiemment toute domination étrangère , et il craignait de les porter à la révolte, s'il paraissait sévir contre le pape, pour

avoir voulu les soustraire à sa puissance. Malgré cette précaution, ils se soulevèrent cependant quelques jours après : il les fit rentrer dans le devoir. •

Sur ces entrefaites Mont -Léon ouvrit ses portes , et Bérenger fait prisonnier fut envoyé en Franconie où il mourut deux ans après. Il ne restait plus à soumettre que Camérino où Adalbert s'était retiré. Othon alla lui-même en faire le siège. ï^éon VIII fut forcé à le suivre de près ; car Jean rentra dans Rome où il exerça toutes sortes de cruautés , et où il déposa Léon dans un concile composé en bonne partie des évéques qui l'avaient condamné lui-même. Il fut tué quelques jours après.

Kcretqui Lcs Romaius , sans demander l'agrément de

donnea Tempe- ^ ^ i i • 1

reuriedroild'é- 1 empcrcur , élevèrent Benoit sur la chaire de

Ure ««papes. 1 '

\ saint Pierre. Othon ayant appris cette nouvelle , abandonna le siège de Camérino , et vint à Rome avec toute son armée. Il pouvait sévir, il pardonna. Benoît parut dans un concile où il se reconnut coupable, et où Léon porta ce décret. « A l'exemple du bienheureux Adrien, pape du K saint-siége apostolique, qui a accordé la dignité « de patrice , le pouvoir d'élire les papes , çt rince vestiture des évêques, au seigneur Charles trèsce victorieux, roi de France et des Lombards, (c moi aussi Léon, évêque, avec le clergé et le c( peuple romain , reconnaissons que le seigneur

u Othon i" , un cl^s Teutons, et ses successeurs •< en ce royaume d'Italie , ont le pouvoir dYlire ceux qu'ils croiront dignes de remplir le saint - « siège apostolique , de choisir les métropolitains « et. les suffragans, de leur donner Tinvestiture « de leur dignité, et de commettre les évéques « pour les ordonner. » Les empereurs rentrèrent, par ce décret, dans les droits dont ils avaient joui, et qu'on leur enleva cependant encore: c'est pourquoi je le rapporte. Mais Othon n'aiurait pas dû souffrir qu'on traitât ses droits comme des concessions faites par le saint-siége; car c'était reconnaître que les papes les lui pouvaient enlever. Il les avait à meilleur titre, c'est-à-dire, comme souverain du peuple romain qui les lui cédait. . L'empereur retourna en Allemagne, et fut 3^obligé de revenir l'année suivante. Les Romains avaient rétabli la république , et s'étaient soulevés contre le pape qui refusait d'entrer dans leur révolte. Les consuls furent exilés, les tribuns du peuple furent pendus , et le préfet de Rome fut promené sur un âne , la tête tournée vers la queue, fouetté dans les différens quartiers de la ville , et jeté dans un cachot où il mourut.

Les dernières années d'Othon, surnommé le Grand ajuste titre, furent tranquilles; il mourut après un règne de trente-six ans. On le loue d'avoir 3

comblé de biens plusieurs églises. En effet , c'est M Ini ])rlnripalemeîit qno le clergé d'Allemagne

24o HISTOIRE

doit ses richesses et sa puissance , car il lui abandonna des duchés et des comtes. Il est vrai que pour le tenir dans quelque dépendance , il établit des avoués qui devaient gouverner conjointement avec les prélats, et qui étaient à la nomination des empereurs ; mais dans la suite le clergé secoua tout-à-fait ce joug.

La jeunesse Othou II u'avait QUC dix-huit ans lorsqu'il suc-

a'Olboallocca- ^ , * . p ij • i

Bionne en Aile- (j^da a SOU Dcrc 1 ct sa leunessç fut l occasion de

magne des Irou- 1 ' J ^ ^

blés qu'il apaise, j^^^^ dcs troublcs , qui furent dissipés par ses victoires. Il vainquit et soumit le duc de Bavière, les Danois et le roi de Bohême; mais, à peine avait-il rendu le calme en Allemagne , qu'il se vit tout à la fois appelé en Lorraine et en Italie. Pour opposer un obstacle aux entreprises de Lothaire, roi de France , il donna en fief la basse Lorraine à Charles , frère de Lothaire , cherchant un appui dans la division de ces deux princes. Le roi de France entra néanmoins dans la Lorraine, et fut reconnu par les états assemblés à Metz. Othon arma, chassa Lothaire, et parcourut la Champagne et l'île de France ; cependant son arrière-garde ayant été défaite dans sa retraite , il abandonna la souveraineté de la Lorraine , se hâtant de faire la paix avec Lothaire, pour ne songer plus qu'à l'Italie. Eut de l'Italie. La puissaucc des princes italiens s'était considérablement affaiblie par les partages qu'ils avaient été obligés de faire de leurs domaines, par les guerres qu'ils s'étaient faites les uns aux autres ,

MODERNE. a4 1

et par le séjour d'Othon le Grand en Italie. Ne pouvant donc se soulever ils obéissaient; et Fempereur avait sur eux un pouvoir presque absolu.

Mais Rome quoique faible ne pouvait se soumettre. Plus les empereurs appesantissaient le joug , plus les citoyens faisaient d'efforts pour le secouer; et les papes, qui voulaient commander eux-mêmes, étaient également ennemis et des Allemands et de la liberté. En un mot, cette ville était un théâtre de dissentions , où les chefs de parti et les tyrans se succédaient.

A la mort d'Othon I^*" , circonstance propre à renouveler tous les désordres, une faction étrangla le pape Benoît VI , mit en sa place Boniface VII ; et presque aussitôt après une autre faction chassa Boniface pour élever Benoît VII sur le saint-siége.

Boniface s'enfuit à Constantinople avec les tré- lug

». té» par

sors de l'Eglise de saint Pierre , et pressa les em- [;;•,;"„ ,„ pereurs Basile et Constantin de passer en Italie. ^"ndênim^irM Ces princes ne balancèrent pas; car sachant d*i«c*»«»>r». qu'Othon II était retenu par la guerre de Lorraine, ilsjugèrent pouvoir reprendre facilement la Pouille et la Calabre , qu'Othon le Grand avait enlevées à Nicéphore Phocas ; c'est ainsi que les Italiens se livraient à ceux à qui ils s'étaient soustraits, et cherchaient de tous côtés de nouveaux maîtres et de nouveaux ennemis.

Les Grecs, soutenus des Sarrasins d'Afrique, o»b«in,^i

*■ marche conir*

avaient déjà soumis la Pouille et la Calabre, lors- •"• ••* •**'"*

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irtctiiiTiléi par Boni-

par la trahison qu'Othoiî oarut , IcuF Uvra la bataille et la perdit

des Italiens. T. 1 *

par la trahison des Italiens. Il tomba même entre

les mains des ennemis ; mais , ayant eu le bonheur

de s'échapper, il leva une nouvelle armée, et

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