revint à Rome où il mourut. Les Grecs auraient
pu se rendre maîtres de cette ville, s'ils s'étaient
hâtés d'y marcher.
Il eut, comme Othou fut aussi favorablc au clergé que son père
fausse poiit'que ['avait été» C'est par les bienfaits de ces deux
d élever le cicr- 1
° ■ princes que les évéques de Trêves , de Mayence,
de Metz, de Strasbourg, de Spire et plusieurs autres sont devenus des vassaux trop puissans pour le suzerain qui les avait faits. Les empereurs croyaient abaisser la noblesse en élevant le clergé, et se flattaient faussement d'être mieux obéis , placés entre deux puissances qu'ils opposaient l'une à l'autre. Mais, par cette politique ils se donnaient de nouveaux maîtres , et des maîtres plus redoutables; car les évêques croyaient même indigne d'eux de prêter le serment de fidélité. Estil juste, disaient-ils, que des mains qui ont été consacrées par une onction céleste, et que la langue des évêques, qui est devenue la clef du ciel, soient profanées par des sermens qui ne conviennent tout au plus qu'à des laïques ?
Nouveaux trou- Othoii II cut pour succcsscur son fils Othon III, dont on ne sait pas exactement l'âge, mais qui était encore dans l'enfance. Ce règne commença donc encore par des troubles. Il suffit cependant
Lies à l'avénemenld'OthonlIl.
d'imaginer à peu prôs ceux qm aj^ihiinl T/Vlleniagnc; car riiLstoire que j'en donnerais ne ferait que remettre sous vos yeux les vices déjà connus d'un gouvernement monstrueux. Il n*en eist pas de même des désordres de Tltalie; il faut les observer, parce qu'ils préparent de nouvelles révolutions.
Les troubles recommencèrent à Rome à l'arrivée de Boniface. Ce pape fit enfermer dans le château Saint-Ange, Jean XIV, qui avait succédé à Benoît Vil , et l'y laissa mourir de faim. Étant mort lui-même quelques mois après , on mit en sa place un Romain qui mourut avant d'avoir été sacré, et après lequel ou élut Jean XV.
Cependant Crescentius ayant pris le titre de consul, régnait à Rome , soulevait le peuple contre la domination <les Allemands, et profitait de la jeunesse d'Othon pour affermir son autorité. Jean XV, qui lui était opposé, fut d'abord obligé de se retirer en Toscane; et, ayant ensuite été rappelé par le peuple, il ne fut ménagé que parce que Crescentius craignait les Allemands, que le pape appelait à son secours. Tel était l'état de Rome depuis 983 jusqu'en 996 , qu'Othon passa les Alpes.
Tout se soumit à son approche, et le sénat lui l<> Romain* <#
*oaa«llciilitoa
envoya des députés pour prendre ses ordres tou- •pp^'»«cliant l'élection d'un nouveau pape; car Jean XV venait de mourir. Brunon, Saxon d'origine, son
parent, sur qui tomba son choix, fut élu sous le nom de Grégoire V, et le couronna empereur. Crescentius obtint son pardon à la prière de Grégoire, et le roi ayant rétabli la tranquilUité à Rome et dans d'autres villes , repassa en Allemagne.
La tranquillité n'était qu'apparente. Les Romains, à la sollicitation de Crescentius, s'étant soulevés contre un pape qu'ils n'avaient pas choisi , élevèrent sur le saint-siége Jean XVI. Grégoire, qui s'était retiré à Pavie , tint un concile dans lequel il excommunia l'antipape et Crescentius. Othon revint en Italie. Rome fut assiégée et prise. Crescentius et l'antipape perdirent la vie. 999. Le roi dans ces circonstances fit un décret
Décret qu'il
rionTîempel P^^ Icqucl il arrêta que les Allemands auraient seuls le pouvoir et le droit d'élire l'empereur romain, et que les papes n'auraient à cet égard - d'autres prérogatives que de le proclamer solennellement et de le couronner lorsqu'il viendrait à Rome. Ce décret fut confirmé par Grégoire, qui mourut quelque temps après.
Idées fausse* Uu priuce peut prendre tels titres qu'il veut ,
qu'on se faisait 111 X '
à ce sujet. g|. j|g j^j appartiennent dès qu'ils ne lui sont pas contestés par les autres souverains. Les Allemands pouvaient encore donner à leur chef celui d'empereur d'Allemagne, sans que les puissances voisines dussent en prendre ombrage , et pussent refuser de l'appeler aussi empereur d'Allemagne.
MQOF.RNK. 24 5
Mais puisqu'ils n*avaient des prétentions sur Rome que parce que les papes les y avaient appelés, ils n*y avaient certainement aucun droit de souveraineté , d'autant plus que les Romains ne s'étaient jamais dormes librement; et que toutes les fois qu'ils avaient été libres, ils avaient révoqué les sermens que la force leur avait arrachés. Il était donc ridicule aux Allemands de prétendre élire un empereur romain; ce qui était plus ridicule encore, c'est la prétention des papes qui croyaient jouir du droit de donner l'empire.
Toutes ces prétentions étaient fondées sur des mots auxquels on n'attachait que des idées confuses. On voyait que les Othons , les Charlemagne et les jCésar avaient porté le titre d'empereurs. On jugeait donc qu'ils étaient tous empereurs de la même manière, et que par conséquent , ils avaient tous les mêmes droits sur Rome. On voyait aussi les papes couronner les empereurs au nom de Dieu; et quoique nous jugions avec raison que ce ne soit là qu'une cérémonie, il n'est pas bien sûr qu'alors on en jugeât comme nous. Au contraire, il est certain que Charlemagne voulut paraître tenir des papes la couronne de l'empire, comme Pépin avait voulu paraître tenir d'eux la couronne de France; et s'ils <uii voulu faire illusion aux peuples , ils n'y ont que trop réussi. Au;^i Louis le Bègue ne prit-il j>oint
2i46 HISTOIRE
le titre d'empereur, parce que Jean VIII n'avait pas voulu lui donner en France la couronne impériale. Si les princes italiens forcèrent quelquefois le pape à les couronner, ils ne se crurent jamais empereurs qu'après le couronnement. Enfin les rois d'Allemagne attendirent d'ordinaire, pour se dire empereurs romaiils , d'avoir été couronnés par le pape. Cette conduite prouve qu'au neuvième siècle et au dixième, on contestait au moins faiblement les prétentions du saint- siège. C'est une chose bien singulière : certainement l'empire romain ne subsistait plus; et cependant on croyait le voir , on croyait le donner , on croyait le prendre, et on répandait des flots de sang.
Othon donna pour successeur à Grégoire V, Gerbert, évéque de Ravenne, qui prit le iionï de Silvestre II. Cet évêque avait eu de grands dé* mêlés avec le saint-siége auquel il avait résisté avec fermeté; mais quand il fut pape, il prit un autre langage , etjugea qu'aucune puissance n'était comparable à celle des successeurs de saint Pierre. Il pouvait facilement prouver toiit ce qu'il voulait ; car il était l'homme le plus éclairé de son siècle.
t)thon , malgré son décret , était si peu maître daiis Bome, qu'il se vit tout à coup assiégé dans son palais. Il eut bien de la peine à s'échapper par des souterrains; et il songieait à se venget lorsqu'il mourut. On Ta surnommé d'abord l'En-
MODERNE. a47
V fant, ensuite le Roux, enfin la Merveille du monde. Je vais rapporterqnelfjnes traits (\\n montreront s<i simplicité, et feront connaître l'esprit de son siècle.
Le moine vSaint Komuald lui conseilla d'aller i, .„pfr,iitio„
, . > • 1 1 • 1 • dOihon III •
par pénitence, a pieds niids, en pèlerinage au tonir.i.a^ » iv Mont-Cassin, et ensuite à Saint-Michel du Mont- ^"''"«^• Gargan. Il le fit; mais il n'eut pas la complaisance d'embrasser l'état monastique, comme le . lui conseillait encore le même saint. Par une dévotion que quelque moine sans doute lu^ avait encore inspirée, il fit faire un habit sur lequel on avait brodé rajX)calypse. Enfin un jour qu'il était avec un archevêque, ils s'entretinrent de ce qu'ils pourraient faire pour le salut de leur Ame; et après y avoir bien réfléchi , ils imaginèrent de fonder un monastère. Vous jugez bien , sans que je le dise, que cet empereur a beaucoup contribué à augmenter la puissance et les richesses des ecclésiastiques. On remarque que les trois Othons ont donné aux églises les deux tiers des biens de l'Allemagne.
Othon n'ayant point laissé d'enfans , plusieurs princes prétendirent à l'empire : Henri , duc de sliî Bavière , et arrière-pet it-fils de Henri TOiseleur, l'emporta sur ses concurrens. Il fut proclamé à Mayence dans le même temps que les Lombards élisaient à Pavie Hardoiiin, marquis d'Ivrée. Il eut presque toujours la guerre avec quelquesuns des princes allemands. Il passa deux fois les
Henri II derairr delamaiioa d*
Alpes pour marcher contre Hardouin, qui enfin n'ayant plus de ressource, prit le parti de se jeter dans un cloître. La Lombardie se soumit; Rome même le reconnut , et le pape le couronna; mais le reste de l'Italie fut toujours troublé.
Il y avait douze ans que Henri régnait lorsqu'il s'ouvrit à Richard , abbé de Saint-Yanne de Verdun, sur le projet qu'il formait depuis long-temps d'embrasser la vie monastique. On s'imaginait alors qu'on ne pouvait servir Dieu que dans un cloître. Mais Richard qui ne pensait pas comme Romuald , lui fit abandonner ce dessein , et lui persuada qu'il servirait Dieu en gouvernant l'empire, pourvu qu'il donnât tous ses soins à rendre la justice et à procurer le bonheur des peuples. Ce prince fut plus libéral envers les églises qu'aucun de ses prédécesseurs. Il promit dans son couronnement obéissance au pape, ce qui était sans exemple, et ce qui fait voir l'idée qu'il se formait du saint-siége et de l'empire ; il contribua à la conversion d'Etienne, en faveur duquel il érigea la Hongrie en royaume ; il mourut et fut canonisé. Pendant son règne il y eut un schisme à Rome ; et vers le temps de sa mort, le saint-siége fut vendu à un simple laïque, Jean XIX. ,0,4. Henri II , qui ne laissa point d'enfans , paraît
duc'de Franco- êtrc Ic demicr prince de la maison de Saxe ; car
me successeur l
le sentiment le plus vraisemblable est que son successeur Conrad, dit le Salique, duc de Fran-
me successeur de Heari II
onie, ne lui appartenait que par les femmes. Les troubles se multiplièrent sous ce nouvel empereur, et l'obligèrent de passer et de repasser bien des fois les Alpes, parce qu'on se révoltait partout où il n'était pas. Rome n'était pas la seule ville d'Italie qui voulait se soustraire à sa domination. Il eut pour successeur son fils, Henri III.
L'Allemagne ne pouvait presque pas être sans ^^^^«^n ^^ guerre. C'était un effet du gouvernement féodal 3J'rn*Tiu-
... n»gnc.
que tant de prmces puissans armassent les uns contre les autres, ou se soulevassent contre l'empereur. Parmi ces troubles, Henri III eut plus de succès qu'il n'essuya de revers.
L'Italie, plus épuisée et plus faible, ne pro- Fi»oit.iit*i
^ \ * ^ ' * ilf4itrf*»erlc»
duisait que des factieux plus faciles à soumettre. p^"'!ô'rVn*«î Henri est cependant le dernier roi d'Allemagne *'""■'"*»"'*• qui ait su y conserver son autorité. Il la fit si bien respecter, que les Romains s'accoutumèrent à lui demander des papes , et à recevoir sans opposition ceux qu'il nommait. C'était l'avantage du saint-siége; car les papes que les empereurs y plaçaient de leur choix , devaient être meilleurs que ceux que les factions faisaient, et l'étaient en effet.
Loreque Henri monta sur le trône , la simonie régnait à Rome depuis long-temps. En io33, Benoît IX avait succédé à Jean XIX, et acheté comme lui le souverain pontificat qu'il désho- ,,44. nora par ses débauches, par ses rapines et par
l5o HISTOIRE
ses meurtres. Les Romains le chassèrent, et le saint-siége fat vendu à Silvestre. Mais trois mois après une faction rétablit Benoît qui, craignant sans doute d'être encore chassé de cette place , aima mieux en faire de l'argent , et la vendit à Grégoire VI.
io46. Henri vint en Italie, fit enfin cesser ce scan-
dale. Les trois papes simoniaques furent déposés. Mais Clément II, qui leur avait succédé, mourut neuf mois après en Allemagne, où il avait accompagné l'empereur, et Benoît remonta sur le saintsiége pour la troisième fois. Henri envoya d'Allemagne Damas II qui mourut vingt -trois jours après sa consécration, et qu'on soupçonna d'avoir été empoisonné. Alors l'empereur fit élire dans une assemblée qui se tint à Worms, Brunon, évéque de Toul, qui prit le nom de Léon IX, et Benoît se retira.
Léon avait déclaré qu'il n'accepterait que lorsque le clergé et le peuple de Rome l'auraient élu, persuadé que sans cela son élection ne pouvait être canonique ; et en effet, il ne se crut pape qu'après que les suffrages des Romains se furent réunis en sa faveur. Ce scrupule était une nouveauté contraire aux prérogatives de l'empire. Il semble donc que Henri devait le désapprouver, et nommer plutck tout autre que Brunon. Il n'en fit rien , et fit une faute.
Le patrimoine de saint Pierre était alors ruiné
par la mauvaise conduite des papes preredens, et parles usurpations que plusieurs seigneni'savaient faites sur TÉf^lise de Home. Parmi les usurpateurs étaient des Normands éfal>lis depuis quelcpie temps dans la Fouille et dans la ('.alabrc; mais ceci demande que nous rejvrenions les choses d'un peu plus haut.
Lorsque les Lombards conquirent l'Italie, les Fiabiio^mem Grecs conservèrent la plus grande partie des pro- |l»"j^« •»'«'»^* vinces comprises aujourd'hui dans le royaume de Naples. Mais les ducs qui les gouvernaient, profitèrent de la faiblesse des empereurs de Constantinople , et cherchèrent parmi les troubles à se rendre indépendans. lueurs divisions ouvrirent dans la suite ce pays aux Sarrasins. Enfin les rois d'Allemagne, comme empereui;s, y po tèrent encore les armes pour faire valoir leurs prétentions. Telle était la situation de ces provinces déchirées par leurs habitans , par les Grecs , par les Sarrasins, par les Allemands et par des princes descendus des Lombards, lorsque des Français venus de Normandie entreprirent de s'y établir, et y causèrent de nouveaux désordres que les papes acccrurent.
Vers la fin du dixième siècle, une soixantaine de pèlerins normands, qui retenaient de la Terre- Sainte, se trouvèrent à Saleme dans le temps que cette ville assiégée par les Sarrasins se rachetait k pHx d'argent. Cette petite troupe rendit le
courage aux Salertins ; et s'étant mise à leur tête , elle fondit au milieu de la nuit sur les infidèles , les défit entièrement, les chassa dans leurs Yaissaux , et s'enrichit de leurs dépouilles.
Les vainqueurs retournèrent dans leur patrie , avec la gloire d'avoir délivré Salerne ; et bientôt d'autres Normands, voulant recueillir les fruits de la réputation que cet événement leur avait acquise , vinrent chercher fortune dans cette partie de l'Italie , offi?ant leurs services à tous les princes qui étaient en guerre , et servant indifféremment dans les troupes des Grecs, des Allemands, des papes et des ducs du pays. Dès l'an io3o, ils fondèrent près de Naples la ville d'Averse ; et Rainolfe , leur chef, prit le titre de comte.
Au bruit des succès des Normands, les fils aînés de Tancrède de Haute- Ville, Guillaume, surnommé Fier-à-Bras, Drogon et Humfroi, partirent de Coutance et vinrent à Salerne. Ils se mirent à la tète de trois cents Normands; et s'étant joints aux Grecs qui avaient recherché leur alliance , ils leur procurèrent en Sicile une victoire complète sur les Sarrasins. Bientôt offensés des injustices qu'on leur fit, ils s'embarquèrent, descendirent dans la Calabre; et ayant reçu quelques secours de Rainolfe, ils se rendirent maîtres de presque toute la Fouille qu'ils partagèrent. Chaque capitaine eut une ville en partage; ils conservèrent Melfi en commun, pour
MODERNF. a 53
être le lieu où ils se rassembleraient, et ils reconnurent Guillaume pour comte de la Fouille, c*est-à-dire qu'ils choisirent le gouvernement féodal, parce qu'ils n'en connaissaient pas d'autre.
Un conquête si rapide, faite par une poignée d'hommes, a de quoi étonner; mais il faut remarquer qu'on avait dégarni la Fouille pour porter la guerre en Sicile; et que d'ailleurs les habitans de cette province, mécontens de la domination des Grecs, se joignaient aux Français, et devenaient sous ces héros tout autant de soldats.
De plusieurs autres fils qu'avait encore Tancrède, il eut bien de la peine à en retenir im auprès de lui. Robert Guiscard partit pour la Fouille avec deux de ses frères, et beaucoup d'autres gentilshommes. Ils traversèrent l'Italie en habits de pèlerin, voulant se déguiser aux yeux des Romains et des Grecs, qui n'auraient pas vu sans inquiétude l'accroissement de cette race de conquérans.
Henri III, ne pouvant pas s'opposer à leurs î?i;";Vt!!n«"w progrès , prit le parti de leur donner l'investiture """"■'*'• de tout ce qu'ils avaient conquis; et les Normands devinrent feudataires de l'empire d'Allemagne. Ils possédaient alors toute la Fouille, le comté "^id'Averse, et une grande partie du Bénéventin.
Léon IX les excommunia, parce qu'ils avaient i>T<iefit;o«»d« envahi quelques terres de l'Eglise de Rome. Cette u^rZ!t*''il excommunication ayant été sans effet, il eut re- ^'"'*
cours à l'empereur Henri, et il en obtint des troupes auxquelles il joignit tous les aventuriers et tous les bannis qui le voulurent suivre. Il marcha à la tête d'une armée, dont celle des Nor-
^ mands n'aurait pas fait le quart; se flattant de
recouvrer, non-seulement ce qu'ils avaient enlevé à son Eglise, mais comptant avoir encore des droits sur tout ce qu'ils avaient conquis. Les Normands lui ayant offert de se rendre ses vassaux pour les terres qu'il leur redemandait, il rejeta cette proposition, parce que, selon lui, toutes les provinces dont ils s'étaient emparés, appartenaient au saint-siége; que les Grecs iconoclastes avaient mérité de les perdre à cause de leur hérésie, et que la conquête que les Normands en avaient faite de vait revenir au domaine de l'Eglise, parce qu'ils ne l'avaient pu faire que sous le bon plaisir du pape.
uestfaitprison. Lcs Normauds, qui ne s'attendaient pas à ces raisons, comme en effet ils ne devaient pas s'y attendre , défirent l'armée du pape, le firent prisonnier, le gardèrent pendant près d'un an, et le renvoyèrent sans rançon après l'avoir traité avec beaucoup de respect. Léon mourut peu de temps après. On a reproché à ce pape d'avoir porté les armes, mais il n'était pas le premier; il était d'ailleurs d'un pays où il avait vu les évéques et les abbés en faire autant , et il en avait plusieurs dans son armée.
MODKRJNi;. 255
J^s Romains, n'osant procéder a l'élection «l'nn M«rt.WHt*. nouveau pape, députèrent a l empereur, (jui nomma l'évèque Gebhard , connu sous le nom de Victor II. C'est le quatrième allemand (\m ait été élevé sur la chaire de saint Pierre. Henri mourut .o56. Tannée suivante, et eut pour suGcesseffr son fils , Henri IV, qui avait été déclaré roi des Romains quelque temps auparavant. Ce titre désignait celui que les princes allemands reconnaissaient devoir succéder à l'empire.
Victor II étant mort, les Romains élurent ,057. Frédéric , abbé du Mont-Cassin , qui prit le nom d'Etienne IX, et dont l'élection fut confirmée par l'empereur. Il mourut l'année suivante.
Les Romains divisés élurent alors deux papes ; .o». mais Nicolas II ayant eu l'agrément de la cour |fe^*"';i";" ^ d'Allemagne, monta seul sur le saint-siége, et força son concurrent à se désister. Ce pontife entreprit néanmoins d'ôter aux empereurs la part qu'ils devaient avoir dans ces élections. Il tint un concile, où il fut décidé qu'on choisirait, autant qu'il serait possible, dans le clergé de Rome ceux qu'on élèverait sur la chaii'e de saint Pierre; qu'on les préférerait à ceux des autres Eglises; que l'élection des papes se ferait par les cardinaux, et qu'enfin on demanderait au clergé et au peuple la confirmation du choix qui aurait été fait. On ajouta cependant mie clause pour paraître resj)ecter les droits de l'empereur; mais dans le vrai
on voulait les détruire. Elle était conçue en ces termes : Sauf Vhonneur et le respect dus à notre cher fils Henri^ qui est maintenant roi, et qui sera, s'il plaît à Dieu, empereur, selon le droit que nous lui avons déjà accordé; et on rendra le même honneur à ses successeurs, à qui le saint-siége aura personnellement accordé la même prérogative. Tous les mots de ce décret montrent sensiblement quelles étaient les prétentions et les vues de la cour de Rome. On voit qu'elle s'arroge le droit de faire les empereurs, et qu'elle se propose de se soustraire tout-à-fait à leur autorité. Il s'allie des Cepciidant les Normands continuaient leurs con-
Norniatids aux- ^ . . . -,
aueis il donne Quetes , malgré les excommunications des papes.
l'invcstilnre. T. ' O l r
Nicolas , voyant la faiblesse de ses armes spirituelles , destinées à tout autre usage , changea tout à coup de conduite , et s'allia avec les excommuniés pour se faire un appui contre les empereurs d'Allemagne, auxquels il voulait se soustraire. Cette alliance , vu la façon de penser de ces temps , n'était pas moins favorable aux Normands, parce qu'ils étaient persuadés que l'approbation du saint-siége donnerait un air de justice à tout ce qu'ils avaient conquis , et à tout ce qu'ils conquerraient dans la suite. D'un côté , par le traité qui fut fait , ils furent absous de l'excommunication prononcée contre eux ; le pape confirma Richard dans la possession de la principauté de Capoue , et Robert Guiscard dans celle de la
MODRRNF. a 57
Pouille et de la Calabre; et il promit à celui-ci l'investiture de la Sicile à titre de duché, Tinvitant à chasser de cette île les Grecs et les Sarrasins. D*^in autre côté, Robert, Richard, et leurs successeurs se mirent sous la protection du pape , lui prêtèrent serment de fidélité comme feudataires du saint-siége, et s'obligèrent à payer chaque année un tribut de douze deniers de Pavie pour chaque paire de bœufs. Tel est le fondement des préten- \ tions de la cour de Rome sur les royaumes de Naples et de Sicile.
Aussitôt que le traité eut été signé , les Normands firent le dégât dans les terres de quelques seigneurs , qui jusqu'alors avaient commandé dans Rome, et arrachèrent cette ville et les papes à la domination de ces tyrans. Vous comprenez que s'ils continuent d'écarter tous ceux qui voudront faire valoir des droits sur cette capitale, les papes qui n'auront plus d'ennemis à redouter acquerront tous les jours plus d'autorité sur le peuple , et deviendront enfin souverains. Il est assez singulier que les successeurs de saint Pierre aient eu des vassaux souverains, avant d'étye souverains eux-mêmes. Car, quelles qu'aient été les donations de Charlemagne, il est au moins certain que Nicolas II n'avait de fait la souveraineté nulle part.
La mort de Nicolas, arrivée en 1061 , fut suivie de grands troubles. Cadaloùs, évéque de Panne,
que l'empereur avait fait élire, vint deux fois avec une armée pour se rendre maître du saint-siége. Mais Alexandre II , soutenu par une faction puissante , le repoussa toujours^ et fut enfin reconnu pour seul pape légitime.
LVnfance de Tout cc qui arrivc en Italie peut vous faire juger risT'i'ambfiIon ouc Hcnri IV était trop faible pour y faire res-
des papes. '■ 1 1 J
pecter son autorité. En effet, ce prince n'avait que cinq à six ans lorsqu'il monta sur le trône en io56. L'impératrice Agnès sa mère s'était saisie de la régence. Environnée de seigneurs jaloux et puissans qui conjuraient contre elle, elle ne pou • vait pas porter sa vue hors de l'Allemagne ; elle ne put pas même se maintenir long-temps , car son fils lui fut enlevé en 1062 , et elle se retira dans un monastère à Rome.
11 a été mal Heuri , qui était alors dans la douzième année
élevé. ^ ^
de son âge , fut confié aux archevêques de Cologne et de Brème. Le premier ne négligea rien pour lui donner l'amour de la vertu et des études convenables à son état ; mais le second , voulant gagner la confiance de ce malheureux prince, ne chercha qu'à»flatter ses passions. Ce fut la première source des maux qui l'accableront. Les historiens en ont parlé différemment, parce qu'ils en ont parlé avec partialité : mais il a donné des preuves de valeur, d'activité , de patience , de générosité, de clémence , d'amour pour ses peuples; et on voit avec regret qu'il eût été capable de ré-
MODERifB. aSg
pondre aux soins d'une bonne éducation. Sa passion pour les femmes lui a été funeste.
Henri était dans sa dix-neuvième année lors- i,rr.int,rf.,n« qu'il prit les. rênes de Tétat; mais, trop livré à i;",,' Vj,^,'';; ses passions pour donner assez de soins au gouvernement, il s'occupa de ses plaisirs ; une de ses premières démarches fut d'entreprendre de répudier sa femme , pour laquelle il n'avait jamais eu que de l'aversion. Il mit dans ses intérêts l'archevêque de Mayence; et, la chose ayant été proposée dans une diète , on convint de la traiter dans un concile qui fut indiqué à Mayence même.
Il se flattait de faire réussir son projet, lorsqu'il indisposa contre lui l'archevêque de Mayence. Ce prélat, qui changea tout à coup, écrivit au pape pour l'inviter à prendre connaissance de cette affaire. Alexandre en avait déjà été instruit; et son légat, qui était parti avec ses ordres, se rendit au concile, où il menaça d'excommunication les pères et l'empereur. Henri , que toute l'assemblée sollicitait à se désister, reprit sa femme sans quitter son aversion. Il ne revint à elle que quelques années après, et il en eut des enfans.
Depuis long-temps les provinces d'Allemagne Tumiw* r'*"étaient troublées par une multitude de seigneurs ^"* qui se faisaient continuellement la guerre , et qui commettaient toutes sortes de vexations et de brigandages. Ce désordre n'éôit nulle part plus
6o HISTOIRE
grand que dans le duché de Saxe. Henri, voulant veiller à la sûreté publique , entreprit de l'arrêter* Les Saxons se soulevèrent ; il vainquit , il pardonna. Mais trop de clémence enhardit les rebelles , et les troubles recommencèrent.
Henri IV donne Uu cmpirc aussi agité prenait trop sur les plaides de'goûuà .«on *- . .
^itreT ''"''' ^^^^ ^^ Henri. Il eût voulu bien gouverner, et il en eût été capable , s'il eût su se gouvernef luimême. Il songea à se débarrasser entre les mains d'un autre des soins du gouvernement. Il eut au moins la sagesse de jeter les yeux sur Hannon , cet archevêque de Cologne qui avait voulu faire de lui un prince vertueux. L'ordre se rétablissait déjà. Mais le ministre s'aperçut bientôt que pour plaire à son maître , il fallait approuver ses débauches ; il vit qu'il n'était plus agréable, et , prévenant sa disgrâce , il se retira.
Les troubles Aussitôt Ics Saxous se soulevèrent, et dépu-
croissenl ; et ^ '
ûlrAenri. " tèrcut au pape pour lui porter des plaintes contre l'empereur qu'ils lui représentaient comme un tyran, un débauché et un simoniaque. Alexandre II cita l'empereur à comparaître devant lui pour se justifier des crimes dont on l'accusait. Cette entreprise paraît bien étonnante , quand on se rappelle la dépendance des papes sous le règne précédent. C'est ainsi que dans les temps d'anarchie, chacun se fait des droits suivant les circonstances; et que celui qui a obéi un jour , commande un autre. Cette somnlation cependant n'eut point de
MODERNK. a6l
suite , parce que Henri la méprisa , ou peiit-ctrc encore parce qu'Alexandre mourut.
Il V avait alors k Rome un moine nommé Ilil- H.id»br««doB
«/ ftrrgoir* Vil.
debrand , intrigant, riche, puissant. Il faisait les papes , il les gouvernait ; il se fit pape lui-même. C'est par ses conseils que Léon IX voulut n'être élevé sur le saint-siége que par les suffrages des 1073. Romains. Depuis ce pontificat , Hildebrand fut toujours maître dans Rome. Il chassa Cadaloùs, il maintint Alexandre; et, ayant pris la qualité de chancelier du saint-siége , il avait l'administration de tous les revenus, et le gouvernement de toutes les affaires.
Depuis le pontificat de Léon IX, Hildebrand avait formé le projet d'enlever aux empereurs toute influence sur l'élection des papes et des autres évéques. Mais pour l'exécuter, il fallait d'abord s'affermir sur le saint-siége, et par conséquent obtenir l'agrément de Henri. Or , demander cet agrément, c'était reconnaître les droits de l'empereur. Hildebrand prit néanmoins ce parti ; étant d'ailleurs bien déterminé à protester quel-* que jour contre une démarche dont les circonstances lui faisaient une nécessité. Il trouva des obstacles à la cour d'Allemagne; il les vainquit par une soumission apparente; son élection fut confirmée, et il prit le nom de Grégoire VII.
Dès qu'il se vit assuré sur la chaire de saint Pierre , son ambition n'eut plus de bornes. Il se
crut non-seulement le seul dispensateur des biens de l'Église , mais encore il se regarda comme le seul souverain de la chrétienté , commandant aux rois, les traitant comme sujets du saint-siége, et disposant des couronnes. Nous verrons dans la suite les maux que l'ambition de ce pontife a produits.
Si les empereurs s'étaient fixés à Rome, ils auraient étouffé toutes les factions , et leur autorité se serait affermie en deçà des Alpes. Mais comment auraient -ils conservé l'Allemagne, où les factieux étaient des princes puissans qui les avaient élus, et d'où , comme nous le verrons, ils ne pourront pas conserver l'Italie? C'est pour leur malheur et pour celui des peuples qu'ils ont voulu régner tout à la fois en Italie et en Allemagne ; et c'est un mot , un vain titre , qui a nourri en eux cette ambition, et a causé des guerres sanglantes.