CHAPITRE VIII
De l'empire Grec, dans les siècles neuf, dix et onze.
Eiat déplorable Daus Ic ncuvième , le dixième et le onzième " ^''' siècle , l'histoire de Constantinople offre toujours les mêmes désordres. C'est le tableau de tous les malheurs que l'ambition et le fanatisme peuvent produire lorsqu'il n'y a plus ni loi, ni subordination. Parmi les séditions et les révoltes, le
MODP.RNE. aG3
crime ouvre le chemin au trône, qui conduit d'ordinaire à la mort on dans un cloître. L'empire i\est ni héréditaire , ni électif; il est au scélérat qui ose les plus grands forfaits. Ua prince est précipité par le poison ou par le fer; un autre à qui on crève les yeux est jeté dans un monastère; et souvent celui qui meurt sur le trône n'est pas le moins malheureux. Un exemple vous fera connaître ce que c'était alors que les droits à l'empire, et combien on était éloigné d'en avoir quelque idée.
Michel Paphlagonien , d'abord faux - monnoyeui', ensuite chambellan, parce que son frère était un des eunuques du palais, inspira de l'amour à l'impératrice Zoé , qui médita bientôt la mort d'Argyre, son mari. Le poison qu'on avait employé agissant trop lentement, Romain fut étouffé dans un bain. Alors Zoé épousa Michel, le déclara empereur , et il fut reconnu sans obstacle. Ce malheureux, il faut lui rendre justice, mourut de ses remords , après avoir échappé au poison que sa femme voulait lui faire donner.
Son neveu, Michel Calaphrate, fils de sa sœur et d'Etienne qui avait été calfateur de navire, était César. Zoé qui s'était ressaisie de toute l'autorité, le mit sur le trôse, persuadée qu'elle gouvernerait sous son nom. Elle se trompa : Michel la fit enlever et la mit dans un couvent, où elle fut obligée de prendre Thabit de religieuse.
Cette violence ayant excité des murmures, le préfet de la ville lut en place publique un manifeste par lequel Michel entreprenait de se justifier ; mais il ne fut pas écouté. Une voix s'écria : Nous ne voulons pas de Michel pour empereur. Ce cri devint universel. Michel s'enfuit dans le monastère des studites, prit le froc, et quelques jours après on lui creva les yeux. Alors Zoé sortit du couvent pour remonter sur le trône ; mais ce qui est plus singulier, c'est qu'on lui donna pour collègue sa sœur Théodora , et l'empire fut gouverné par deux femmes. Voilà les révolutions arrivées depuis io34 jusqu'en 1042. Il serait inutile d'en rapporter d'autres.
Parmi le grand nombre des princes qui ont la plupart ensanglanté le trône grec en ces temps malheureux, peu ont eu des talens , ou avec des talens ils ont eu de grands vices. Tels ont été Nicéphore, Phocas, et Jean Zimiscès qui l'assassina pour usurper l'empire. Sous leur règne , depuis 968 jusqu'en 976, les Grecs devinrent redoutables, par les avantages qu'ils remportèrent sur leurs ennemis.
consi;.ntin Mais Ic meillcur empereur qui ait réené dans
Porphirogeiiéte t 1 O
r.n5SorisLlt! l'intcrvallc que nous parcourons, est sans contredit Constantin PorphiiK)genète. Vous savez que nous lui devons des extraits de Polybe. 11 fit recueillir ce qu'il y avait de plus important dans les meilleurs livres. Il fit composer un grand
MODFRNE.
nombre d'ouvrages par les liommes les plus instruits. Il en composa beaucoup lui-même, |>arce qu'il était un des plus savans princes dont il soit fait mention . En un mot il s occupa du bonheur des peuples; il ne négligea rien pour faire fleurir les sciences qui avaient été fort négligées; mais on peut lui reprocher d'avoir quelquefois donné aux lettres un temps qu'il dérobait aux affaires. Pour juger de la considération dont les sciences jouissaient sous son règne, il suffît de remarquer qu un premier écuyer enseignait la philosophie , qu'un archevêque de Nicée professait la rhétorique, qu'un patrice donnait des leçons de géométrie, et que l'empereur recevait à sa tahle les élèves qui se distinguaient, et les récompensait par des emplois honorables. Il mourut en 969, empoisonné par Romain son fils, qui mourut luimême de ses débauches , ou qui, selon d'autres , fut empoisonné.
Les mauvais princes, les révolutions fréquentes, Ponrqnoi cei
^ '■ empire De Iniaba
les vices du gouvernement préparaient la chute de f; Constantinople ; mais les barbares d'Europe, incapables de former un plan réfléchi , et de saisir le moment de l'exécution , se soulevaient pour se faire battre , ou ne savaient pas profiter de la victoire. Les Russes avaient pénétré dans la Bulgarie; ils y avaient remporté de grands avantages; ils menaçaient déjà de s'avancer jusqu'à Constantinople* Jean Zimiscès marcha contre eux
empire i as sous les Bar»
'«•9 et les extermina. Quelques années après , Basile soumit les Bulgares qui avaient ravagé les provinces de l'empire. Ce dernier prince , né pour la guerre, eut des succès brillans; mais* il n'accorda aucune protection aux lettres, quoique petit-fils de Constantin Porphirogenète. — , ,. . . Les ennemis les plus redoutables étaient en
Les divisions i
des Sarrasins â*x r^ 'm. 1 r • 1 t*
eu relardent la Asic. Lcs Grccs auraicut succombe, si les divi
chute.
sions n'avaient de bonne heure affaibli les Sarrasins. En 908 , il se forma «un grand schisme dans la religion musulmane. Obeid- Allah, s' étant rendu maître de l'Afrique, prit le titre de khalife. Ses successeurs , connus sous le nom de khalifes Fatimites , conquirent l'Egypte et la Syrie , et furent toujours les ennemis des khalifes Ahbassides. Au milieu de ces troubles, les Turcs que Motasen avait appelés à son service , acquirent ' tous les jours plus de puissance. Ils embrassèrent
la religion mahométane , et respectèrent le sacerdoce dans le khalife : mais ils lui enlevèrent enfin la souveraineté. Vers la fin du onzième siècle, différentes hordes de ces barbares s'étaient établies dans la Perse, dans la Syrie, dans l'Asie mineure, et formaient plusieurs royaumes sous des chefs toujours ennemis. Un des plus puissans était le sultan Soliman qui faisait sa résidence à Nicée, et qui delà portait le ravage jusqu'aux portes de Constantinople. Alors l'empire Grec ne possé dait presque plus rien en Asie. Il renfermait
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en Europe la Thrace, l^Illyrie, la Macédoine, rÉpire , la Thessalie et la Grèce ; mais toutes ces provinces étaient exposées à beaucoup d'ennemis dont je parlerai ailleurs.
Malgré cet état de faiblesse, Constantinople était encore la première ville du monde : immense, peuplée, opulente, elle était le centre des arts, des sciences et du commerce; elle s'enrichissait par sa situation , par l'ignorance des autres peuples, et par les malheurs même de l'empire. Car sa population augmentait de toutes les familles riches qui abandonnaient l'Asie pour se soustraire à la domination des Turcs.
Après avoir fait cette légère esquisse de l'empire Grec dans l'espace de trois siècles, il me reste à vous faire considérer les troubles de l'Église d'Orient.
La paix y régnait au commencement du neu- i.T,ér»»ie vième siècle ; c'était le fruit du concile qu'Irène jrp"J;[; j;;"*;; avait fait tenir à Nicée. Bientôt la persécution re- "•""*"'• commença contre les catholiques; et elle continua sous plusieurs empereurs, jusqu'au règne de Michel III. Théodora, mère de ce prince, étant alors régente, fit tenir im nouveau concile 14,, où les iconoclastes furent condamnés. Ce fut la fin de cette hérésie qui avait troublé l'Eglise pendant 120 ans, depwis Léon l'Isaurien.
Il y a eu peu de controverses sur les dogmes pendant le cours de ces trois siècles. Les héré- D'âiiicana.»
d!uïfu!vanl on ^iarqucs ne se forment guère, lorsque les peuples fe'Xgme*" '"' uc sont pas assez oisifs pour entrer dans des disputes futiles. L'ignorance ne permettait pas même d'en agiter. D'ailleurs les principaux évêques ne songeaient qu'à étendre leur juridiction, ou qu'à se rendre indépendans ; et tous les ecclésiastiques pensaient aux moyens d'augmenter ou de défendre au moins leur temporel. Parmi les désordres qui régnaient de toutes parts , ces objets étaient plus que suffisans pour occuper le clergé , tous les esprits se tournèrent de ce côté ; les prélats travaillèrent à se rendre riches , puissans ou même souverains ; et leur ambition fut la source de bien des maux.
Linstaiiaiion La paix , rcuduc à l'Église par Théodora, ne
dePhotiussurle O 1
t1minoJie^°"es"t ^'^^^ P^^ ^^"g ' tcmps. L'cmpcrcur , ayant fait schîsm'ï'qui se- cnfermcr cette princesse dans un monastère, fit
para l'église
IIueTalilt.'^^" déposer Ignace, patriarche de Constantinople , qui s'élevait hautement contre cette violence , et lui donna Photius pour successeur. Photius joignait à une naissance illustre un génie vaste et une science presque universelle ; il occupait alors deux des premières charges de l'empire, car il était premier écuyer et premier secrétaire d'étai:. On le fit passer en six jours par tous les degrés. Le premier jour on le fit moine , le second, lecteur , ensuite sous-diacre , puis diacre , prêtre , enfin patriarche le jour de Noël. Cet événement ^3y. est remarquable , parce qu'il est l'origine du grand
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schisme qui sépare l'église d'Orient de celle d'Occident.
Photius ne pouvait pas se flatter d'être reçu k la communion des églises d'Occident , si le pape n'approuvait son élection et la déposition d'Ignace. Il députa donc quatre évéques pour obtenir l'approbation du saint-siége.
Alors les papes commençaient k étendre leur Pr^u««îo«.d« * » * Mint-»if^ Ion-
juridiction, et faisaient continuellement des ten- l^iVcrl'luT
tatives pour se rendre seuls juges des différens qui naissaient dans l'Eglise : ils fondaient leur prétention sur une collection de plusieurs lettres, qu'on prétendait avoir été écrites par les papes des trois premiers siècles, et par les'quelles ils paraissaient avoir été les juges de tous les évéques de la chrétienté. Ces lettres , connues sous le nom de fausses décrétales, parurent pour la première fois sur la fin du huitième siècle , c'est-à-dire , dans des temps où l'on avait trop peu de lumières pour en découvrir la supposition : elles acquirent donc une autorité dont les papes se prévalurent. Mais la fausseté en saute aux yeux ; et elles prouvent seulement ce que peut l'imposture, lorsque les hommes sont ignorans et crédules.
Nicolas I occupait alors le siège apostolique. Il n'avait garde de laisser échapper une occasion de mettre l'église de Constantinople dans sa juridiction. Il croyait de la meilleure foi du monde aux fausses décrétales, et il en avait pris la dé-
Nicolas I
fense contre les évêques des Gaules qui doutaient de leur autorité. Il se plaignit de n'avoir pas été consulté sur la déposition d'Ignace ; il désapprouva qu'on lui eût donné un laïque pour successeur; et il fit partir deux légats pour prendre connaissance de cettte affaire.
Les légats furent séduits et gagnés , car Photius employait toutes sortes de moyens pour se maintenir. On tint un concile composé de trois cent dix-huit évéques. Ignace y comparut et fut déposé, en présence et avec l'approbation des légats.
Conduite de Nicolas , iustruit de ce qui s'était passé , écrivit aux évêques de l'Orient , pour leur ordonner par l'autorité du saint-siége de condamner avec lui l'élection de Photius et la déposition d'Ignace. Mais cette lettre ayant été saos effet, parce que ces évêques n'étaient pas dans l'usage de recevoir de pareils ordres , il excommunia Photius , et punit les légats qui avaient abusé de sa confiance. J'omets plusieurs circonstances, qui font voir que ce pape montrait plus de zèle que de prudence , et qu'il soulevait les esprits par ses prétentions et par ses hauteurs.
Conduite de Photius sc vcufijea de Nicolas. Il l'excommunia
otius. *-'
dans un concile ; il le déclara déposé ; il invita Louis II ^ , roi d'Italie , à chasser ce pontife du saint-siége , lui promettant de le faire reconnaître
» Il était empereur, fils de Lothaire , neveu de Charles le Chauve et de Louis le Germanique.
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empereur k la cour de Constantinople ; enfin il écrivit aux patriarches et aux évéques de TOrient une lette circulaire, dans laquelle il montre beaucoup de mépris pour les latins, et entreprend de leur reprocher plusieurs erreurs. Des hommes , dit-il, sortis des ténèbres de TOccident, sont venus corrompre la foi ; ils ordonnent de jeûner le samedi ; ils permettent de manger du fromage et du laitage en carême ; ils en retranchent la première semaine ; ils détestent les prêtres engagés dans un mariage légitime ; ils permettent que leurs prêtres se rasent la barbe ; enfin ils osent ajouter ii„proch«M« de nouvelles paroles au symbole, disant que le £*;;«•• •■•y"- Saint-Esprit ne procède pas du père seul, mais encore du fils. Photius finit par prier les évéques de concourir à la condamnation de cette doctrine, et d'envoyer pour cette effet des légats à Constantinople.
Permi ces chefs d'accusation , le dernier est le seul qui concerne le dogme. Les autres sont des choses de discipline ; et il y en a de ridicules. Mais plus les objets d'une dispute sont frivoles, plus il est à craindre qu'«n ne s'entête de part et d'autre. On s'échauffe d'autant plus qu'on aurait honte de se dédire, et cette chaleur donne de l'importance à des puérilités.
Il y avait déjà long-temps que les églises de Germanie , de France et d'Espagne avaient fait cette addition , dont les Grecs se plaignaient.
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Léon III ne l'avait pas approuvée, quoique trèsconvaincu que le Saint-Esprit procède du père et du fils. Il se fondait sur ce que le second concile général n'avait point mis Xe/ilioque dans le symbole, et que celui de Chalcédoine et d'autres avaient défendu d'y rien ajouter. Cependant l'église de Rome se conforma dans la suite à- cet usag e , au grand scandale des Grecs , qui ne voulaient pas qu'on fît aucun changement dans un symbole fait chez eux.
11 eu déposé. Au fort de cette dispute, Michel III fut assas- ^^7- sine; et son assassin , Basile le Macédonien , étant monté sur le trône , chassa Photius et rétablit Ignace.
La troisième année de son règne , il fit tenir à Gonstantinople un concile , qui est le huitième œcuménique. Les légats d'Adrien II, successeur de Nicolas, s'y trouvèrent. Photius y fut condamné, et on prononça plusieurs fois anathéme contre lui.
Les prétentions Lc coucilc vcuait d'ctrc terminé , lorsque l'em-
des deux pre-
uSglm'i^s pereur fit assembler chez lui les légats de Rome, d'Alexandrie, d'AntiocUe et de Jérusalem , pour savoir si les Bulgares devaient être soumis au pape ou au patriarche de Gonstantinople. Ges peuples avaient embrassé la religion chrétienne en 86o , et leur roi avait envoyé un ambassadeur pour faire décider cette question. On jugea que la Bulgarie devait être dans la juridiction de patriarche
(le Constantinople , parce qu'elle avait été conquise sur les Grecs; que les Bul£;ares n*y avaient trouvé que des prêtres grecs, lorsqu'ils s'en étaient rendus maîtres , et que ce royaume faisant partie de l'empire, il n'était pas raisonnable d'y conserver quelque juridiction à un pontife qui s'était soustrait aux empereurs pour se donner aux rois de France. Les légats de Rome protestèrent , et se retirèrent mécontens. Adrien , encore plus mécontent, se plaignit amèrement ; il déclara qu'il dégraderait tous les Grecs qui feraient quelques fonctions ecclésiastiques en Bulgarie. Jean VIII , son successeur, menaça d'excommunier et de déposer Ignace, s'il ne se désistait de toute juridiction sur ce royaume; et il ordonna aux évéques et aux ecclésiastiques grecs d'en sortir dans trente jours, sous peine d'excommunication. Mais enfin les Bulgares aimèrent mieux dépendre du patriarche de Constantinople.
Cependant Photius était rentré en erâce auprès pi.o«jd,r.ir^i.. de Basile , et ce prince lui avait même conlïé l'é- f^] ^^j', ^*}^ ducâtion de ses en£ans , l'orsqu' Ignace mourut. «"VîrV '**"^ Dans une circonstance aussi favorable, il lui fut facile de recouvrer le patriarchat ; et ce qui paraît d'abord étonnant, c'est que Jean VIII le reconnut. 11 est vrai qu'il comptait par cette condescendance engager Photius à ne plus prétendre à la Bulgarie, et c'était aussi une de ses conditions. Il voulait encore obtenir de l'eropereur des sexi. 18
cours contre les Sarrasins , et la restitution de quelques terres qui appartenaient à l'église de Rome.
Aussitôt que les légats de Rome furent arrivés, Plîotius fit assembler trois cent quatre-vingttrois évéques qui crièrent anathème contre quiconque ne le reconnaîtrait pas pour patriarche légitime. On lut un symbole sans l'addition^/Zoque^ et avec défense d'y rien ajouter : on ne voulut point reconnaître que la Bulgarie dut dépendre du saint-siége.
jean.déirom- Jcau , mal îustruit de ce qui s'était passé, con-
pé, excommunia ■•■ *
phoiius. firma les décrets du concile , et remercia l'empereur de la cession qu'il croyait lui avoir été faite de la Bulgarie : mais ayant été mieux informé , il monta dans le jubé de son église, condamna Photius, prononça anathème contre ceux qui ne se soumettraient pas à cette condamnation , déposa ses légats, et en fit partir un autre pour Constantinople.
phoiius est Martin II, qui lui succéda, refusa de recon-
èliassé une se- ^ ^ . • i i i
conde fois. naitrc Photius pour patriarche , et la cour de 882. Constantinople refusa de le reconnaître lui-même pour pape. La conduite de Martin fut approuvée ggg et soutenue par ses successeurs, Adrien III et Etienne V : cependant Photius triompha. Ce triomphe ne fut pas long : odieux à Léon, fils et successeur de Basile , il fut chassé une seconde fois; et Etienne, fi:'ère de Léon, fut élevé sur le
MODSBVI.
sii^ge de G>nstantinople. Ce Jjéoti a été le père de Constantin Porphirogenète. On le snrnoinnia le Sage ou le Pliilosophe, à cause de son amour pour les sciences ; il ne mérita pas ce titre par ses mœurs, quoiqu'il ait écrit sur des matières de piété, et que ses ouvrages soient plus dignes d'un moine que d'un prince.
Photius mourut peu de temps après. Le schisme s,mnrt.M<*pit
. . «If» «li«pulf»«fii;
parut cesser : la communion du moins ne lut pas •'••«l'i'.i"» •»'•
1 1 «Icas *!*%*» rc-
tout-à-fait interrompue entre l'église grecque et "•'"•"•'•• l'église latine; mais il était difficile de les concilier, parce que les patriarches étaient jaloux de la prirnatie du saint -siège, et que les papes ne pouvaient renoncer à leurs prétentix)ns sur la Bulgarie. Voilà la vraie cause des disputes qui se sont élevées entre ces deux églises. Elles se seraient accordées sur le dogme, si leurs chefs s'étaient moins occupés de leur agrandissen^ient.
C'est vers le milieu du onzième siècle qu'-elles ,033.
. Yerslemiliea
en vinrent à une rupture ouverte , lorsque Michel t'rûir^.ide'! Cérularius , patriarche de Constantinople , renou- v«"q«'iSllî*J.V vêla les 'accusations que Photius avait faites aux Latins. Il leur reprocha encore, comme autant d'hérésies, de se servir du pain azime pour la célébration des saints mystères, de manger du sang des animaux et des viandes suffoquées, et de ne pas dianter X alléluia pendant le carême. Sur ce fondement il chassa des monastères les abbés et les religieux latins qui ne voulurent pas re-
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noncer à ces usages, et il fit fermer toutes les églises qu'ils avaient à Constantinople.
Il était facile aux Latins de montrer la futilité de ces accusations , puisqu'elles ne tombaient que sur des usages qui peuvent varier d'une église à l'autre, et qui sont toujours bons lorsque la tradition la plus ancienne les autorise ; mais comme ces prétendues hérésies n'étaient qu'un prétexte , dont les patriarches de Constantinople se servaient pour humilier la cour de Rome , les papes ne songèrent aussi qu'à défendre leur autorité. H arriva de là que les questions qu'on agitait n'étaient pas ce qui intéressait l'un et l'autre parti : aussi Léon IX, alors pape, ne répondit pas directement à Cérularius; mais il entreprit de montrer la supériorité du saint-siége qu'on attaquait indirectement. Il trouve absurde qu'on accuse d'erreuç l'église de Rome; et il reproche aux Grecs plus* de quatre-vingt-dix hérésies qu'elle a condamnées , et dont il fait l'énumération ; il s'élève contre ceux qui osent blâmer le saint-siége qui , selon lui, ne peut être soumis à aucun juge; et il le prouve par une prétendue lettre du pape Silvestre approuvée, dit-il, par Constantin le Grand et par le concile de Nicée. Il démontre même la puissance temporelle des papes ; et , pour faire voir qu'il ne se fonde pas sur des fables , il rapporte l'acte de la donation que l'ignorance attribuait alors a Constantin.
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Il fit partir ensuite pour Ck)nstantinople des Irgats qui déposèrent dans Téglise de Sainte-Sopliir un acte (rexconiirmiiicalion contre Michel vt s( s sectateurs, et dans lequel il les accusait de venli < le don de Dieu comme les simoniaques; de niK 1 1 < eunuques leurs hôtes comme les valésiens, ( t (\iles élever à Tépiscopat; d'imiter les ariens en rebaptisant des personnes baptisées au nom de la sainte Trinité; les donatistes, en disant que hors de l'église grecque il n'y a plus dans le monde ni église de Jésus-Christ, ni vrai sacerdoce, ni vrai baptême ; les nicolaïtes , en permettant le mariage aux ministres de l'autel; les séYériens,én disant que la loi de Moïse est maudite; les Macédoniens, en retranchant du symbole que le Saint- Esprit procède du fils; les manichéens, en disant (\ue tou,t ce qui a du levain est animé; les nazaréens, en gardant les purifications judaïques, en refiisant le baptême aux enfans qui meurent avant le huitième jour, et la communion aux femmes en couche , et ne recevant point à leur communion (eux qui se coupent les cheveux et la barbe, sui- \ ant Tusage de l'église latine.
Cest ainsi que la passion faisait voir dans les Crées une multitude d'hérésies, quoique la plupart de celles qu'on leur imputait ne fussent que des conséquences qu'on croyait tirer de leur docirine, et qu'ils désavouaient.
Michel Cérularius fit de son coté un <l '
contre ces légats, qu'il feignit de ne pas reconnaître pour envoyés du pape. Il commençait ainsi : Des hommes impies, sortis des ténèbres de l'Occident, sont venus en cette pieuse ville , d'où les sources de la foi orthodoxe se sont répandues dans tout le monde : ils ont entrepris de corrompre la sainte doctrine par la diversité de leurs dogmes, jusque'à mettre sur la sainte table un écrit portant anathème contre nous et contre tous ceux qui ne se laissent pas entraîner à leurs erreurs; nous reprochant , entre autres choses, de ne nous pas raser la barbe comme eux, de communiquer avec des prêtres mariés, de ne pas corrompre le symbole par des paroles étrangères, etc.
Vous voyez combien les esprits étaient loin de se concilier. Cependant comme les papes devenaient tous les jours pluspuissans, les empereurs qui croyaient devoir les ménager, n'accordèrent pas toujours la même protection aux patriarches de Constantinople. Ils tentèrent plus d'une fois de réunir les deux églises, mais ce fut inutilement. La rivalité qui les séparait subsista : le temps et les disputes ne firent qu'augmenter la haine et le mépris qu'elles se portaient réciproquement; et souvent le peuple de Constantinople fut sur le point de se révolter, parce qu'on parlait de se réunir avec les Latins. Si quelquefois desmomens de calme donnaient quelques espérances, elles se dissipaient bientôt, et le schisme dure encore.
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