‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 27 sur 58 · CHAPITRE 'pREJfi · texte numérisé non relu

CHAPITRE 'pREJfi

Dç Tétat <lr 1,1 l'rance à rnv( nriîi.tii de Hugae*. Clapet.

Ija Provence^ Iq P^upbiné, le 4^qnn^S| le Maçonnais, la Bourgogne tra^sjur^p^j.ijaç partie -'de la Franche-Comté ^ et quelques 4utrç3 teixi,tpires formgiient le.,r.oy^Mnie d'Arles, tout-à-f^t indépendant de la couronqe de france. ha t^i4|t^ jLorraine appartenait à Tempereur Qtham XILjjÇt la basse, qui comprenait je Brabai^t y le ;^aj,n,au,t; , le pays de Liège et le Luxembpurgj était un.^f de l'empire d'AHexuagne > et avait été don^é^e à Charles , frèi^ç de; Loth^ire. l^jfin les derwi^xs Carlovingiens n'avaient conservé aucunç autorité sur les provinces d'Espagne. Ai|^i;»i la: France, é^ait renfermée entre les Pyrénées, le royaume d'Ajl(S$, la Lorraine et la mer.

Les principaux vassaux de la couronne étaient qo.i. <••.».! le duc de Gascogne , le duc d'Aquitaine , le cowte (le Toulouse, le duc de Bourgogne, le comte de Flandre, le duc de France, le duc de Normandie,

28o HISTOIRE

duquel la Bretagne relevait, le comte de Vermandois, le comte de Troyes, etc.

I Le» arrière- Lcs seififoeurs du second ordre , c'est-à-dire ceux

vassaux. ^

qui relevaient immédiatement des vassaux de la couronne, se nommaient en général barons, quoique plusieurs portassent le titre de comte. Ces barons avaient au-dessous d'eux d'autres vassaux , qui en avaient encore d'autres. Ainsi la France était subdivisée en fiefs et arrière-fiefs, de sorte que les seigneurs de la dernière classe n'avaient souvent qu'un château.

conirae^piips C'cst la uéccssité qui multipla si fort les vassaux.

vassaux s'étalent — , , * i

«nuitipiiéi. Comme le peuple était trop opprimé pour être de quelque secours à la guerre, les seigneurs firent des démembremens de leurs domaines, et les donnèrent 'en fiefs à des hommes qui par- là étaient obligés et intéressés à les servir. Il arriva même qu'on jugea de la dignité d'une seigneurie par le nombre des fiefs; et au défaut de terres, oh donna en fiefs des charges, des pensions, des fours banaux, et' même des essaims d'abeilles:, les droits res- I^^s droits rcspcctifs des seigneurs puissans n^é-

pcctifs des sfci- . ,, . r t i ^'

gnenrs n'étaient taicut ouc ucs pretcntions contestées. Les obliga-

fonde's que sur •'-A O

tions réciproques n'étaient réglées par aucune loi : les usages variaient suivant les temps et les lieux; et l'anarchie, qui continuait toujours, entretenait les désordres qu'elle avait produits, 6\i même les multipliait encore. Elle armait tous ces tyrans. Tous croyaient avoir le droit de guerre,

que la force*

MODKRNK. a8l

ettoas Tavaient en effet; car n'y ayant point de pnissance publique capable de les rc'primer, chacun d eux était en droit de se faire justice par les armes. Juge dans sa propre cause, chaque seigneur, sous prétexte de se faire justice, soutenait ses prétentions, quelles qu'elles fussent; et le droit était toujours pour le plus fort.

Ainsi comme ia France était divisée en fiefs et o q... r.*.i

tin« »«iirre àt

en arrière-fiefs, elle l'était, si je puis m'exprimer **'»»'«*"»• ainsi , en guerres et en arrière-guerres. C'est ihi chaos où les élémens se combattent dans tous les points de l'espace, et qui ne se peut débrouiller que bien difficilement. Les grands vassaux, ne cherchant qu'à se rendre indépendans de la couronne, s'embarrassaient dans des guerres dont les barons profitèrent pour se rendre eux-mêmes indépendans; et lorsque les barons se soulevaient contre leurs suzerains , leurs propres vassaux se soulevaient contre eux , et s'exposaient à de pareils soulèvcmens de la part des vassaux qui leur devaient l'hommage : de la sortéSme guerre en faisait naître plusieurs autres , et tout était en armëii

Tous les seigneurs exerçaient un empire absolu i'au.o.rab.oi. dans leurs terres. Leur volonté dictait les lois. Us •'*"♦'-■' avaient des justices , où se jugeaient les délits qui se commettaient, et les affaires qui survenaient parmi les sujets. Cependant le despotisme des plus faibles était toujours limité par quelque- éhdroit ; car les suzerains, jaloux d'être les seuls des-

HISTOIKK

potes , laissaient à leurs vassaux le moins de part possible à la souveraineté. Ils ne leur permettaient pas de faire les mêmes usurpations qu'ils faisaient eux-mêmes : ils s'arrogeaient, comme plus forts, différens droits sur leurs terres , et se réservant la connaissance des principales affaires, ils y avaient ce qu'on appelle la haute justice.

Leurs assises. Lcs scigucurs jugeaicut leurs- sujets par euxmêmes, par leurs baillis, ou par leurs prévôts. Ils tenaient pour cet effet des assises à des jours marqués. Les petits vassaux qui avaient de& différens entre eux étaient souvent dans la nécessité de se soumettre à ce tribunal ; car lorsque la guerre leur devenait trop onéreuse , il leur importait bien plus de reconnaître la juridiction de leur suzerain que d'entreprendre de se faire justice par les armes. Ainsi la faiblesse assujettissait seule à des devoirs , auxquels on se dérobait si l'on cessait d'être le plus faible.

Us croyaient Ccs tjraus s'étaicut accoutumés par l'usage à

que tout était à a iî i •

ne connaître daatre loi que leur volonté. Ils croyaient que tout leur avait toujours appartenu; que les roturiers ne possédaient rien que par l'effet de leur libéralité; et que par conséquent ils pouvaient disposer à leur gré de leur bien et de leur personne. En un mot , ils se croyaient autorisés à des usurpations , parce qu'ils étaient dans l'habitude d'en faire.

Le sort du serf Vous pouvcz jugcr par-là quelle était la misère

MODKnNi. u83

du peuple. On distinguait k la vérité Thoinnic j!;:;;,.^,,,,,, libre du serf. Mais au moins les esclaves avaient 1"^.! *"* lin maître intéressé à les faire sul»*^'*''' • '•*> liommes libres au contraire étaient ac le poids de la servitude; chargéss de corvées, d'impositions, de taxes. arbitraires; expo^&àypii' <x)nfisquer leurs biens , et forcés même d'acheter de leur seigneur la permission de sefliarici:.

Cette tyrannie avait commencé dans les caco- i'* r<M»r.,r»

IH>rui««ir»«li«

pagnes, et les phis riches habitais s^^taient ré- ^^-jf*^*^^' fugiés dans les villes, où les lois les protégèrent tant que les comtes rie furent que gouverneurs, Maiapjorsque les gouvernétnens devinrent autant de souverainetés, ces nouveaux seigileurs exerèèrent sur les bourgeois les mêmes vexations que les autres exerçaient sur les jxiy^ns de leurs terrcsi Les yilles furent sujettes comme Iles campagnes à une taille arbitraire, et obUgées :à dét frayer leur seigneur et ses gens quand il y venait : vivres, meubles, chevaux, voitures, tout était enlevé ; et on aurait dit que les maisons étaient au pillage. Ce n'était cependant là que la moindre partie des vexations.

Tel était le sort des roturiers. La petite no- u iMbUi» blesse, je veux dire celle qui ne possédait point »*•»♦-'-•€»». de fiefs, conserva seule quelques droits; les seigneurs ayant été obligés de la ménager, soit parce qu'elle était nombreuse, soit parce qu'ils en ti* raient des services en temps de guerre. D'ailleui^

la seule différence qu'il y eût entre les hommes libres et les serfs, c'est que ceux-ci ne pouvaient s'affranchir que par la pure faveur de leur maître, au lieu que les autres avaient plusieurs moyens de se soustraire au joug de leur seigneur. Ils pouvaient s'anoblir en acquérant un fief ou même en épousant la fille d'un gentilhomme ; ils pouvaient au moins entrer dans la cléricature , et dans tous ces cas ils cessaient d'être soumis aux charges qui accablaient le peuple.

Le clergé avili ^e clcTgé cut licu dc sc Tepeutip d'avoip con- Ieign"eSrs'pu"s- trlbué à l'humiUation des descendans de Charle-

saiis. . ^

magné ; car il devint là proie des seigneui^. qui s'étaient élevés sur les ruines de la puissance royale. Les rais ne pouvant plus les protéger , il put voir qu'il avait détruit lui-même l'appui de sa grandeur.' Il ne fut plus le premier corps de la nation : 'excepté quelques prélats qui, étant comtes ou ducs de leur ville, relevaient immédiar tement de la couronne , tous les autres étaient devenus vassaux de ces^ mêmes comtes ou ducs, qu'ils avaient précédés , et j>ur lesquels la loi leur avait donné le pouvoir le plus étendu. Charlemagne leur avait défendu le port des armes, et ils en avaient en général perdu l'usage , précisément dans le temps où tous les seigneurs laïques s'armèrent contre eux. On voit sous les derniers Carlovingiens quelques évêques guerriers défendre encore leurs possessions : mais on voit aussi

MODEKNK. a85

le plus grand nombre des ecclésiastiques sans défense tous les jours dépouillés de quelques-unes de leurs terres. Souvent ils sont obligés d'en aliéner une partie en faveur d'un seigneur dont ils mendient la protection ; et ils ont ensuite besoin d'une protection contre ce protecteur, qui devient d'ordinaire un usurpateur lui-même. Ces protecteurs se nommaient vidâmes ou avoués.

Voilà quel était en France l'état de la noblesse, du clergé et du peuple, vers la fin du dixième siècle. Vous verrez ces choses exposées avec plus de détail dans l'ouvrage d'où je les ai extraites ^

Page 1