CHAPITRE IL
Combien les droits des souverains étaient peu connus dans le dixième siècle.
Il faut des lois ou des usages constans pour dé- T««iMdroa. terminer avec précision les droits du souverain J";>J^""*i»<il! sur la nation, et ceux des différens corps qui composent l'état. Il n'est donc plus possible de se faire des idées de tous ces droits, lorsque l'anarchie est parvenue au point de tout confondre; car alors les lois sont oubliées , et les usages varient tous les jours et dans tous les lieux.
• Observations sur l'histoire de France.
L'anarchie avait L'anarchlc commenca sous Louis le Débonnaire,
commoncé sous "
LouLsieDéLon- p^j-cc quc 06 ppincc , tfop faible pour faire régner les lois , obéit tour à tour à l'ambition de sa femme, au despotisme de ses ministres , et aux scrupules que lui donnèrent les moines. Bientôt les différens ordres de l'état ne connurent plus les devoirs qui les subordonnaient les uns aux autres ; les peuples ignorèrent ce qu'ils devaient à leur souverain; le souverain l'ignora lui-même, et chacun se fit des droits de ses prétentions.
Ce prince ne Louis, qui Tcconnaît pour juges des évêques
connaissait pas
lo'auï'**'' '* ^* ^^^ moines; Vala, qui ose déclarer le trône vacant, pour y placer un fils rebelle ; et les formalités mêmes par lesquelles les prélats rétablissent le souverain légitime : tout prouve qu'on ignorait déjà, ou qu'on voulait ignorer les droits de la royauté : il est au moins certain que Louis ne les connaissait pas.
Charles le Charlcs Ic Chauvc et Louis le Germanique les
Chiuvcet l.ouis
les^'TgnorS counaissaieut-ils davantage lorsqu'ils engagèrent egaemeni. ^^^^ clcrgé à déclarcr Lothaire exclus de la succession du dernier empereur? Les connaissaientils lorsqu'ils reçurent de ce même clergé les états qu'ils voulaient enlever à leur frère ? Cette entreprise était d'autant plus imprudente , qu'il fallut y renoncer aussitôt , et traiter avec le prince qu'ils avaient voulu dépouiller.
Toute la conduite de Charles le Chauve prouve combien ce prince ignorait les droits de la royauté.
MODKRITE. aë7
C'est ce qu'il montre surtout, lorsque, se soumettiiut aux prétentions du clergé , il se plaint d'avoir été déposé par l'archevêque de Sens, avant d'avoir comparu devant tous les évéques qui l'avaient sacré roi. Si tous les usages qui s'introduisent font les droits , le clergé pouvait dire qu'il avait celui de juger les souverains et de les déposer : mais il faut distinguer les usages que l'ignorance établit de ceux que la raison autorise ; distinction que l'anarchie ne permet pas de faire.
Dès que les souverains ne savent plus eux- oiuigMCMm mêmes ce qu'ils sont, on n'est pas étonné si les ri^^^i^^ <lésordres s'accroissent encore sous des princes aussi faibles que Louis II, Louis III et Carloman. On est déjà préparé à la déposition subite de Charles le Gros, et on voit sans surprise Charles le Simple exclus de tous les royaumes qui se for- ^ ment des débris de ce vaste empire. Que ce prince, ayant ensuite été élevé sur le trône, voie deux sujets rebelles y monter successivement, et qu'en fin il finisse ses jours dans une prison : ce sont encore là des événemens qui ne doivent plus paraître extraordinaires.
Un discours que tint Louis d'Outremer dans u» un concile où il venait implorer le secours d'Othon »*•'•■»'. H.*» le Grand, achèvera de vous convaincre que les descendans de Charlemagne ne savaient plus à quel titre ils étaient rois. « Après la mort de Ro- « dolphe, dit-il, Hugues et les autres seigneurs
•ar <
« français envoyèrent des ambassadeurs en An- « gleterre pour me rappeler. Je revins sur leurs « sermens ; je les trouvai tous à Boulogne, où ils <r me rendirent l'hommage à la descente du vaiscc seau , et je fus sacré aux acclamations des sei- « gneurs e% du peuple. Mais Hugues, oubliant ses a promesses, s'est déclaré le premier contre moi : « il a employé jusqu'à la trahison pour me perdre; « il m'a retenu un an son prisonnier, et je. ne suis « sorti de ses mains qu'en lui cédant la ville de « Laon, la seule de toutes les places qui restaient « à la reine Gerberge pour faire sa demeure : « voilà ce que j'ai souffert de mes sujets. Si quelce qu'un me reproche de m'étre attiré tous ces « maux par quelques crimes , que j'aie commis (c depuis mon rétablissement, je suis prêt à m'en ce justifier de la manière que le concile et le roi « de Germanie le jugeront à propos; j'offre même ce de prouver mon innocence par le combat sinc< gulier. »
Quand on est au temps de ce malheureux prince , on trouve une si grande confusion dans la façon de penser et dans les usages, qu'on est presqu'aussi embarrassé que lui, pour déterminer les droits de la maison de Charlemagne. Car enfin à qui appartient le trône, quand les Carlovingiens sont déposés , qu'ils reconnaissent pouvoir l'être , et que la couronne passe dans d'autres familles? Voilà cependant les usages qui s'introduisent.
D'un autre côté il n'y avait point de loi. ex- *•'•«• u» presse qui réglât la succession. On dit bien encore îTccMlIiSîMl
aujourd'hui que la famille de Charlcmagne avait seule droit à Tempire, parce que ce prince Tavait conquis; mais si c'était là une raison, pourquoi de nouveaux conquérans n'acquéraient-ils pas ce droit pour eux et pour leurs descendans ? 1 1 paraît que cet empereur lui-même ne se fondait pas uniquement sur le droit de conquête, et qu'au contraire il comptait pour quelque chose le consentement des peuples. Car, ayant fait le partage de ses états entre Charles, Pépin et Louis, il arrêta que si l'un des trois laissait un fils, les oncles conserveraient à cet enfant la succession de son père , supposé que les peuples du pays le voulus sent pour roi.
Il consulta même les principaux de la nation sur ce partage; et ses successeurs, à son exemple, firent d'ordinaire agréer aux grands les dispositions qu'ils faisaient de leurs états. Il est vrai que cet agrément n'était pas une élection, mais il y / ressemblait beaucoup; car le demander, c'était reconnaître qu'on pouvait le refuser. Il ne fau* drait donc pas s'étonner si , sous les derniers Carlovingiens , où toutes les idées étaient confuses , on eût imaginé que la couronne était élective.
Mon dessein , Monseigneur, n'est pas de prouver q„„„ jj^, que Hugues Capet n'a pas commencé par être un 3" 'droTu'al usurpateur; je veux dire seulement que de son XI. 19
temps on ne se faisait pas là-dessus des notions bien exactes , parce qu'on en jugeait par les dernières, révolutions qui avaient confondu tous les droits. Mais pour en mieux juger , il faut remonter plus haut.
La couronne ayant passé de Pépin à Charlemagne, et de Charlemagne à Louis le Débonnaire, le droit héréditaire est établi sur le consentement présumé de la nation , car il ne faut pas chercher de droit ailleurs que dans les usages qui tendent le plus à la tranquillité des peuples, et qui se sont introduits lorsque les lois étaient en vigueur. Les usages contraires, survenus dans la suite, ne sont que des abus nés de l'anarchie; et par conséquent ils n'ont jamais pu enlever aux derniers Carlo vingiens des droits transmis par leyrs aïeux. Telles sont les idées que nous devons nous faire à ce sujet. Mais si nous en jugions par celles qu'on avait au dixième siècle, il faudrait dire que la couronne n'était ni héréditaire ni élective, et qu'elle appartenait au plus fort. Voilà où les choses avaient été réduites par l'incapacité des rois , d'un côté , et de l'autre par l'ambition des vassaux.
lfOD£Rir£. 291
CHAIMTHE m.
Depuis Tavénement de Hugues Capet jusqu'à U mort de Philippe I.
Il y avait long-temps que les assemblées de la H-|«.cyit nation n'avaient plus Ueu;etranarchie, parvenue Jjîi"!*"^'*" à son comble, les rendait même impossibles. Les grands, divisés entre eux, ne cherchaient point à se réunir pour se donner un chef; ils ne songeaient qu'à s'affermir chacun séparément, et il leur importait peu que dans un coin du royaume deux concurrens se disputassent une couronne dont ils croyaient ne plus dépendre. Peut-on ne pas reconnaître leur indifférence à cet égard, lorsqu'on voit Charles le Chauve s'humilier inutilement devant eux, Charles le Simple passer les dernières années de sa vie dans une prison, et Louis d'Outremer réduit à mettre toute sa ressource dans Othon et dans un concile tenu en Allemagne? Charles, duc de la basse Lorraine et frère de Lothaire, ne fut donc pas exclus par la nation ; il fut seulement trop faible pour faire valoir ses droits; et Hugues Capet ne fut pas élu , mais , comme le plus fort, il se fit reconnaître par ses propres vassaux, ne désespérant pas de soumettre les autres avec le temps. En effet Louis V était mort le 21 mai de l'année 987; et Hugues fut
sacré à Reims le 3 juillet de la même année. Cet intervalle ne suffisait certainement pas pour assembler tous les grands du royaume, surtout dans des temps de troubles où personne ne pouvait les convoquer.
u descendait Hugucs Capct était petit-fils de Robert et petit-
de Robert le . , r , it 13
Fort. neveu d Eudes , qui avaient ete 1 un et 1 autre rois
comme lui et de la même manière , et qui avaient
eu pour père Robert le Fort, comte d'Anjou. Au
delà on ne sait point ce qu'étaient ses aïeux.
îi ciierrhe à Duc dc Fraucc , comte de Paris et d'Orléans ,
mellre le clergé
dans ses intérêts. [\ ^j^^j yjj (jgg pjug puissaiis scignclirs de l'état. Pour mettre les ecclésiastiques dans ses intérêts, il parut vouloir les faire rentrei' dans les terres qui leur avaient été enlevées; il commença par restituer quelques abbayes qu'il possédait luimême; et cette protection accordée aux biens temporels des moines et des évêques lui fit donner le titre de défenseur de l'Eglise. Comment les II vaiuqiût Ic duc dc Guienne qui s'était dé-
droits des C.ipé-
i'/"iîim?"°^"^ claré contre lui, et le força à le reconnaître; et Charles , dont il se rendit maître par la trahison de Tévêque de Laon, fut conduit à Orléans, où il mourut peu de temps après. Ce prince n'ayant point laissé d'héritiers, la maison de Charlemagne fut éteinte ^ Hugues et ses descendans acquirent seuls des droits à la couronne par le consentement
* Les historiens donnent deux ou trois fils à Charles; mais ils ne peuvent dire ce qu'ils sont devenus.
(le la nation, et ils devinrent des rois légitimes.
Hugues, voulant attirer dans son parti Arnoul i*r.:Mf.w.t. fils naturel de Lothaire, et par conséquent neveu de Charles, lui avait donnd Tarcheveché de Reims, et Arnoul, quoiqu'il eût prêté serment de fidélité, avait livré Reims à son oncle. Le roi assembla un concile pour faire le procès à cet évéque; mais les pères connaissaient si peu leurs droits ^ qu'ils ne savaient pas s'ils pouvaient juger cette affaire, avant que le pape en eût pris connaissance . L'évéque d'Orléans plus instruit, fit une peinture des désordres de l'église de Rome; et, demandant si l'on était obligé de se soumettre aveuglément à des honmes qui déshonoraient le saint-siége, il conclut, d'après des exemples et des canons, que le concile était en droit de procéder au jugement de l'archevêque de Reims. Arnoul fut déposé , et Gerbert fut élu en sa place.
On eut la condescendance d'envoyer au pape Jean XV les actes du concile, et de le prier d'approuver l'élection de Gerbert. Jean, peu content de ce qui avait été fait sans son autorité, interdit les évéques qui avaient déposé Arnouj, et envoya en France un abbé pour assembler un nouveau concile. Le roi qui crut devoir ménager la cour de Rome consentit à tout ce qu elle voulut; de sorte qu' Arnoul fut rétabli. Cet événement fut la cause de la fortune de Gerbert; car, s'étant réfugié auprès d'Othon III , il obtint l'évèché de Ravenne,
et nous avons vu que quelque temp^ après il fut élevé sur le saint-siége.
996' Hugues étant mort dans la dixième année de
son règne, laissa la couronne à Robert, son fils , qu'il s'était associé en 988.
ceiiedeRobert Robcrt avait épousé Berthe, sa parente au
ne leur est pas •*■ *
^ûins favorable, quatrième degré, et il avait eu l'approbation des évéques , qui jugèrent que la dispense n'était pas nécessaire, ou qu'ils la pouvaient donner euxmêmes. Jean XV avait déjà déclaré ce mariage nul. Son successeur Grégoire V, ne laissant pas échap- 997. per une occasion aussi favorable aux prétentions du saint-siége, tint un concile dont le premier décret fut conçu en ces termes : « Que le rôi Robert (c qui a épousé Berthe , sa parente , contre les lois (c de l'Eglise, ait à la quitter au plus tôt, et à faire « une pénitence de sept ans , conformément aux « canons et à l'usage de l'Église ; que s'il n'obéit « pas, il est déclaré excommunié; que Berthe « soit soumise à la même pénitence sous la même « peine; qu'Archambaud , archevêque de Tours, « qui a été le ministre de ce mariage incestueux , « et tous les évêques qui y ont donné leur con- « sentement, soient suspendus de l'usage des sa- « cremens, jusqu'à ce qu'ils soient venus à Rome cf faire satisfaction pour leur faute. »
Le roi se soumit, se sépara de Berthe, fit pénitence , obtint l'absolution , et plusieurs évêques allèrent se jeter aux pieds du pape.
MODERITK. ar)5
Grégoire avait trop rOussi pour ne pas tetiter une seconde démarche; il ordonna de rendre la liberté à rarclievëque Arnoul qu*on tenait encore dans les prisons malgré le concile qui Tarait rétabli, et menaça la France d'un interdit uni. versel , si le roi désobéissait à ses ordres. Robert obéit.
Quelque temps après, le roi joignit à ses do- BoUr.™..!.»^ maines le duché de Bourgogne qui lui appartenait par la mort de Henri son oncle, frère de Hugues Capel,ce prince n'ayant point faissé crenfans légitimes. Mais ce fut le sujet d'une guerre. Robert n'avait pas d'ailleurs l'ambition d'agrandir ses états; car il fut assez sage pour se refuser aux Italiens qui, à la mort de Henri II, lui offrirent le titre d'empereur et le royaume d'Italie. Il aima la paix ; il la maintint dans les provinces qui dépendaient de lui, pendant que les autres étaient déchirées par les seigneurs qui se ruinaient à l'envi ; et il mourut après un règne de trente- ,o3.. trois ans. Les Normands s'établissaient alors dans \p midi de l'Italie, et venaient de fonder la ville d'Averse.
Le règne de Henri son fils, quoique de trente u r»j«» a.
1,11,1 "'"'• * "'•'''• ans,nefournit aucun événement considérable. Il *^'^;;^ ;'^;:
n'y en a point même qu'il soit nécessaire de re- ^****'*
marquer pour la suite de l'histoire. Son mariage
cependant est assez singidier pour en parler , car
il épousa la fille du duc de Russie; et on prétend
ig6 HISTOIKE
qu'il ne fit venir une femme de si loin que parce qu'étant parent de presque tous les princes de l'Europe , il craignait de s'exposer aux censures de l'Église.
A l'exemple de ses prédécesseurs , il avait fait
sacrer Philippe, son fils aîné, quelques années
avant sa mort. Cet enfant n'avait encore que sept
ans, lorsque le roi fut attaqué de la maladie dont il
mourut. Henri ne voulut pas confier la régence à
sa femme, encore moins à Robert, son frère, qui
s'était révolté contre lui , et à qui cependant il
avait donné le duché de Bourgogne; il choisit
Baudouin V , comte de Flandre , auquel il avait
io63. fait épouser sa sœur , et la conduite dé Baudouin
jutifia son choix.
îîrs ^!"''c"iî- C'est pendant cette régence que Guillaume ,
NomiaVdi'J^^.eu duc dc Normaudic , fit la conquête de l'Angle-
fitlaconquêle. . ,
terre. Nous avons vu qvi'en 1017 Canut, roi de Danemarck, s'était rendu maître de ce royaume. Il se l'assura en faisant périr tous ceux qui pouvaient lui donner de l'ombrage. Il envahit ensuite la Norvège; et, lorsque son ambition fut satisfaite, il ne s'occupa plus que des moyens d'expier les péchés qu'elle lui avait fait commettre. Aidé des lumières d'un archevêque de Cantorberi , il vit qu'il suffisait de bâtir des monastères , et d'aller à Bome faire des libéralités an saint-siége. C'est une chose à remarquer que dans le dixième et le onzième siècle on a mis le voyage de Rome
MODFRNF. >97
au nombre des actes pieux qui effacent les péchés. On a donné à ce prince le surnom de Grand, parce qu'il a fait des conquêtes ; et il était grand autant qu'un homme cruel et superstitieux peut Tëtre. Il brouilla si bien Tordre de la succession, qu'après lui on ne savait plut à qui la couroHine d'Angleterre appartenait : aussi ne resta - 1 - elle pas long- temps dans sa famille; car en io4a Édciard 111, fils d'Éthelred 11. remonta sur le trône de ses ancêtres. |t
C'est après la mort de ce dernier roi que Guil- u«.b.ii»dA.
' *■ U%»min II •«!
laume entreprit la conquête de l'Angleterre. Son "tSi^Sii!! premier titre était un testament vrai ou faux par lequel Edouard l'appelait à sa succession ; comme si un roi pouvait disposer d'un royaume à sa volonté. Le second titre , plus extraordinaire encore , était une bulle par laquelle le pape Alexandre II lui donnait l'investiture de l'Angleterre, et cette bulle était accompagnée d'un anneau d'or et d'une bannière bénite. La hardiesse d'Alexandre qui dispose d'une couronne fait voir que le moine Hildebrand qui le gouvernait s'essayait à être pape lui-même. Au reste il ^tait bien naturel que les papes commençassent par disposer d'un peuple qui s'était mis df ^^" même sous le joug du saint-siége.
Cependant Harald , seigneur/wtssant, occupait objij^»«^n déjà le trône. Il le devait même à l'affection des Anglais, et il se les atU«chait encore par h ma-
nière dont il les gouvernait. Baudouin suscitait des ennemis au duc de Normandie, parce qu'il voyait combien l'agrandissement de ce vassal étâït contraire aux intérêts du roi ; et les barcms normands se refusaient à une expédition où ils ne ,066. trouvaient aucun avantage pour leur pays. Guillaume surmonta tous les obstacles. La bataille de Hastings, où lïarald fut tué, décida du sort de l'Angleterre. Ainsi finit la domination des Anglais Saxons. Guillaume gouverna tyranniquement, et fut obligé de prendre continuellement les armes pour soumettre des peuples qu'il ne cessait de vexer.
Philippe i,pi«s Baudouin mourut après avoir gouverné la
heureux qu'appliqué, s'en fait France pendant sept ans avec autant de sagfesse
iin ennemi. r F o
que de désintéressement; et Philippe prit les réiies de l'état. Occupé de ses plaisirs, ce roi fut assez heureux pour n'être d'ordinaire que témoin des guerres que se firent ses vassaux, et pour ne prendre point de part aux entreprises qui agitèrent et troublèrent toute l'Europe. Il soutint le duc de Bretagne qui s'était révolté contre le duc de Normandie ; mais cette guerre ne fut pas longue, car Guillaume, après un échec considéi^ablt se hâta de faire la paix. La France et l'x^ng^eterre ne lui fournissaient déjà que trop d'ennemis. Cepem\^ut il reprit les armes en 1087 , et, pour se venger d'une plaisanterie du roi de France , il réduisit Mantes en cendres , et porta
MOOF.R1VT.. ^99
le fer et le feu jusqu'aux portes de Paris. Vous voyez, Monseigneur, combien les plaisanteries conviennent peu aux princes, puisqu'elles coûtent des larmes à leurs peuples ; mais les princes inappliqués, comme Philippe, sont plus portés à être mauvais plaisans, et n'en sont que plus méprisables^ Guillaume mourut dans cette dernitVe exptklition d'une chute de cheval, et laissa de» grands troubles dans ses états par le partage qu'il en fit entre ses trois fils.
Il parait que le dessein de Philippe était d'en- î^'.'/" ^^ ^^^^, tretenir parmi les princes ime division qui assu- [[Tt'm,^"^' rait le repos de son royaume; mais une affaire qu'il se fit avec la cour de Rome ne lui permit pas de s'occuper long-temps des guerres de ses voisins.
Les divorces avaient toujours été fréqiiens en France, en Allemagne et en Italie; et celui de JjOthaire, roi de Lorraine, est le premier dont les papes aient pris connaissance. Jusqu'alors ils s'étaient contentés de les désapprouver; depuis , devenus plus puissans, ils se crurent faits pour juger les rois.
L'Église défendait alors les mariages entre parens jusqu'au septième degré. Philippe se prévalut de celte loi pour répudier Berthe, sa femme et sa parente dont il était dégoûté, et il épousa solennellement Bertrade qui se sépara de son mari. Foulque, comte d'Anjou. Bertrade donna
5oO HISTOIRE
pour raison qu'elle ne pouvait pas vivre en conscience avec Foulque qui avait encore deux femmes vivantes , et qu'au contraire elle pouvait épouser le roi, dont le mariage était nul. Foulque, Bertrade et Philippe étaient tous trois coupables, puisqu'ils ne se couvraient des lois que pour assouvir leurs passions. Cependant le premier ne fut pas jugé digne des foudres de Rome, quoiqu'il eût déjà répudié deux femmes, et le roi fut excommuniédansleconciled'Autun, qu'Urbain II
'«oi- fit tenir. L'année suivante, le pape étant venu ^ en France tint un autre concile à Clermont , et confirma cette excommunication, quoique Berthe fut morte; il défendit même aux Français, sous la même peine, d'obéir à Philippe et de lui donner le titre de roi. L'excommunication fut cependant levée sur la promesse que fit le roi de ne plus vivre avec Bertrade; mais, comme il ne tint pas
1100. sa parole, le pape l'excommunia pour la troisième fois.
Une excommunication si souvent réitérée pouvait servir de prétexte à des vassaux puissans qui ne cherchaient que l'occasion de se soustraire. Philippe prévint les troubles dont il était menacé en faisant sacrer son fils Louis , qu'il avait eu de Berthe. Ce jeune prince, âgé de vingt ans, étouffa les séditions et assura la tranquillité dans
tto8. le royaume. PhiUppe mourut après avoir régné quarante-huit ans.
HODERNE. Soi
La famille de Hugues Capet était alors afTermic r..^^,^, u, sur le trône, et trois choses y avaient contribué : \l^^^*' ••' •* la longueur des règnes, le caractère peu entreprenant des rois et les guerres que les vassaux se faisaient entre eux.