‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 3 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'empire Grec sous Zenon.

L'empire des Grecs, c'est ainsi que je nomme- Pourquonvnirai désormais l'empire d'Orient, ne subsistait en- »'»•>•»"""• core que parce que les conquêtes que les Barbares avaient faites étaient plus que suffisantes pour eux. Ennemis les uns des autres, ils se détruisaient mutuellement; et ils avaient trop de peine à s'établir, pour pouvoir former de nouvelles entreprises. Toute la politique des empereurs était d'entretenir ces divisions; politique qui demandait peu d'art , parce que les Barbares étaient naturellement divisés.

D'ailleurs l'empire était dans la plus grande on ne maii faiblesse. Déchiré par une multitude de sectes, naîidMdruiu»

* ' I cmniiT.

que les variations du gouvernement fortifiaient tour à tour, il était exposé à des révolutions

l'empire.

continuelles. On ne savait plus quels titres donnaient des droits au trône : on y parvenait par les femmes , par le peuple , par le sénat , par les armées, par les prêtres, par les moines. Les empereurs Comme les prétres entreprenaient de se mêler

s'arrogent les

doce."^"''"" des affaires civiles , les empereurs, sous prétexte de protéger l'Église, voulaient aussi décider des choses qui concernent la foi. Ainsi la puissance impériale et la puissance sacerdotale se confondaient : on ne savait plus à qui obéir ni à qui croire. «Les princes dans ces temps-là, dit M. de Burigny, prenaient beaucoup plus de part aux affaires ecclésiastiques qu'ils n'en prennent maintenant. Ceux à qui les usages de ces siècles reculés ne sont pas connus sont extrêmement surpris lorsqu'on leur dit que les empereurs publiaient des confessions de foi , prononçaient des anathèmes , ordonnaient des excommunications , menaçaient les évêques de déposition, déclaraient déchus de l'épiscopat, ceux qui avaient été élus au préjudice des ordonnances impériales, réglaient la forme dont les prières se devaient faire dans l'église , les degrés de juridiction dans les causes criminelles des clercs, et établissaient des fêtes de leur propre autorité. C'est cependant ce que faisait Justinien avec l'applaudissement de l'Église et l'approbation des papes , qui ont parlé de ses lois, comme servant de règles dans l'église romaine. »

MOOEUNK. 27

Cet usage peut être un reste des prérogatives j.J.'j'JJJ^ dont les empereurs jouissaient en qualité dépouilles, lorsqu'ils étaient encore païens. Quoique après leur conversion ils n'aient pas pensé que le sacerdoce fut encore un attribut de l'empire , ils se sont néanmoins souvent conduits comme s'ils avaient encore été pontifes. C'est que l'exemple est d'ordinaire l'unique règle des princes , et que, sans réfléchir sur la différence des circonstances, ils font ce q#ils savent que leurs prédécesseurs ont fait. Les papes sans doute n'approuvaient Justinien , que parce qu'il n'ordonnait rien qui ne fût conforme aux canons ; mais reconnaître en lui une autorité dont il n'abusait pas, c'était lui accorder un droit dont il pouvait abuser. On voit par-là que l'ignorance , qui avait brouillé toutes les idées sur la succession à l'empire, avait répandu d'égal es ténèbres sur les droits du sacerdoce. On se fût fait des idées plus nettes, si l'on fût remonté à la nature des deux puissances; mais on ne jugeait de l'une et de l'autre que par l'usage, et l'usage cependant ne pouvait être qu'une source d'usurpations et d'abus. En effet que deviendra la religion si le souverain, presque toujours jouet des passions de ceux qui l'entourent, se croit juge en matière de foi? Que deviendra-t-elle, surtout chez un peuple qui agite tous les jours de nouvelles questions, et qui les traite avec les mêmes subtilités qu'il traitait autrefois les questions philosophi-

sous Zenon.

rebelles

28 HISTOIRK

qiies ? Nous verrons les empereurs , abîmés dans des disputes théologiques, oublier entièrement l'état qu'ils ont à gouverner. Cependant l'empire sera détruit , et l'Église perdra toutes les provinces de l'Orient.

Guerre civile Zéuou régnait, c'est-à-dire la mauvaise foi, le parjure, la bigoterie, l'avarice et la cruauté. Constantinople fut bientôt le théâtre d'une guerre civile.

11 soumet les Marcicu , fils d'Anthemius, emdrreur d'Occident , avait , comme Zenon , épousé une fille de Léon, et il prétendait que l'empire lui appartenait, parce que sa femme était née depuis que Léon avait été fait empereur. Il fut défait, ordonné prêtre, et relégué dans un monastère.

Zenon perfide L^s Goths piUèrcut la Thrace; ils se montrè- * rent jusque sous les portes de Constantinople , et cette guerre fut une occasion à Zenon de montrer sa lâcheté, en achetant la paix, et sa perfidie, en manquant à ses engagemens.

uiestenvcrs C'était lUus qui avait défait Marcien. Zenon,

Ilius, qui se . , . , • . ^ , ^

joint à Léonce qui lui uevait trop pour ne pas le cramdre, entreprit de le perdre. Mais ce général, ayant échappé à ses assassins, se souleva, et se joignit à Léonce, qui fut proclamé Auguste par l'armée de Syrie. '

vérinc prétend Vérlnc , veuvc de Léon, et belle-mère de Zé-

donner l'empire

à Léonce. j^qu , avait été reléguée en Cihcie. Elle se joignit aux rebelles, et déclara, par une lettre adressée

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aux gouverneurs de Syrie et irÉgypte, que Tempire lui appartenant, elle Totait à Zenon, et le tlonnait à Léonce. Les peuples de ces provinces se soumirent, soit parce qu'ils n'en savaient pas assez pour juger des droits que cette femme s'arrogeait, soit parce que Zenon leur était odieux.

Cependant l'armée de l'empereur marcha con- . Théodorir,

t 1 vainqueur d II»

tre les rebelles. Théodoric, qui avait été en otage p\\'^i\^,iTmU

. , . , , . - contre Z^non

a Gonstantuiopie, était un des généraux qui la v»^j^ voulait commandaient; et il eut la principale part à la défaite d'Illus et de Léonce, dont on envoya les têtes à Zenon.

Théodoric ayant découvert , à son retour, que Zenon ne cherchait qu'à le perdre , se retira dans ses états d'Illyrie; et, après avoir défait les Bulgares, il ravagea la Thrace jusqu'aux portes de Constantinople, et se proposa de mettre le siège devant cette place. Les Bulgares étaient utf peuple qui, après avoir habité les pays qu'arrose le Volga, était venu s'établir au nord du Danube. Nous aurons occasion d'en parler.

Zenon fut assez heureux pour persuader à z^non ini per-

*■ *■ snade de mar-

Théodoric de porter ses armes en Italie contre cSi'reodoac'r!.! Odoacre; et il fit un traité avec lui, par lequel il lui céda la souveraineté sur cette province. Les Romains ont prétendu que cette cession se bornait à la personne de ce conquérant : les Goths au contraire ont soutenu qu'elle s'étendait à toute sa postérité. Mais, avant d'agiter cette

3o HISTOIRE

question, il aurait fallu déterminer quels droits Zenon lui-même avait conservés sur l'Italie. 4g,. Zenon mourut quelques années après, dans la

Anastace sue- -, . , , , , 1

cède à Zenon, dix-septicme année de son règne, a compter depuis la mort du jeune Léon, son fils. Mais, avant lui, plusieurs personnes périrent , parce qu'il consulta les magiciens et les astrologues , dans le dessein de faire mourir son successeur. Il en eut un cependant qu'Ariadne , sa veuve , lui donna ellemême : c'est cet Anastase, à l'élection duquel Euphème , patriarche de Constantinople , forma des oppositions.

Acace, pa- Sous Ic règuc dc Zenon commença un schisme,

triarchedeCons-

fahcbSèrdu ^^^^ ^^^^ P^^^ ^^ quarante ans. C'était l'usage que dHfjeànTaYa"a" Ics nouvcaux évcqucs des premiers sièges fissent part de leur élection aux patriarches, afin d'en obtenir une espèce de confirmation et des lettres de communion. Un accident fit qu' Acace, patriarche de Constantinople , ne reçut point la lettre que lui avait écrite Jean Talaia, élu évéque d'Alexandrie. Acace , se croyant méprisé , le rendit suspect à Zenon. En conséquence les ordres furent donnés pour chasser Talaia , et on mit en sa place Pierre Mongus , sectateur d'Eutychès. iifutexrommn- Lc papc FéUx III, dout Talaia implora la pro-

nié par le pape ^

Fciixiii. tection, prit connaissance de cette affaire, et tint un concile dans lequel Acace fut excommunié avec tous ceux qui ne se sépareraient pas de lui. Le patriarche de Constantinople méprisa ce juge-

M^ODKRNE. 3l

ment, et se vengea du pape en otant des diptyques le nom de Félix. C'était un double registre dans lequel on écrivait les noms des vivanset des morts pour qui l'Église prie plus particulièrement.

Dans ce même temps , Zenon , incapable de gou- H^noiiqnf d« verner 1 état, se crut fait pour gouverner l'Eglise. Il fit un écrit célèbre , connu sous le nom d'Héuotique , c'est-à-dire une confession de foi , par laquelle il entreprit de ramener les hérétiques à la communion des orthodoxes. Il y jugeait , il y ordonnait de tout , comme si la foi eût dépendu de sa volonté, et qu'il n'eût pas été permis d'avoir une autre croyance que la^sienne. Mais ses jugemens erronés et confus augmentèrent les troubles , et firent naître de nouvelles divisions.

Il força tous les évéques de l'empire de signer q„; occasion. son Hénotique, et leur ordonna de communiquer ""•!« qne"îet

* * papej ne con-

avec Acace et Mongus. Tous obéirent, à la ré- ^»™n*«»' réserve d'un petit nombre, qui abandonnèrent volontairement leurs sièges , ou qui en furent chassés. Ainsi les églises d'Orient , gouvernées par des intrus ou par des prévaricateurs, furent toutes séparées de communion de celle de Rome, et regardées comme hérétiques, ou du moins comme schismatiques. Il faut cependant remarquer que , quoique les papes fussent bien éloignés d'approuver rilénotique , ils n'en ont point donné de condamnation formelle, et qu'ils n'ont jamais fait

un crime aux Grecs de l'avoir signé. Comme ils craignaient d'irriter le prince et de le porter à de nouveaux excès, ils épargnaient tout ce qui portait son nom : mais cette condescendance, quoique prudente, autorisait les entreprises des empereurs sur le sacerdoce; et, entretenant la confusion des idées , faisait que la plupart des chrétiens ne savaient plus qui était juge en matière de foi. Les choses en étaient donc venues au point , que quelque parti qu'on prît , on n'évitait un inconvénient que pour tomber dans un autre. Fin du schisme. Il sciTible qu'après la mort d'Acace et de Zenon , le schisme aurait dû cesser : il continua cependant, parce que ceux qui occupèrent le siège de Constantinople refusèrent d'effacer des diptyques , les noms d'Acace et de Mongus , et la réunion des églises d'Orient et d'Occident ne se fit qu'en Sig , sous le règne de Justin et sous le pontificat d'Hormisdas.

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