CHAPITRE IV
Anastase , Tliéodoric le Grand, et Clovis.
Odoacre.
Italie sou» Les troubles n'avaient pas cessé en Italie de-
lacre. ^ ■*•
puis qu'Odoacre régnait. Il avait à la vérité conservé aux Romains leurs magistrats et leur police ; mais depuis long -temps ces magistrats et cette
MODKRNE. 33
police n'étaient plus capables de rétablir Tordre ; et les coutumes que les Barbares portaient avec eux durent sans doute augmenter la confusion.
Qu'est-ce qu'un gouvernement qui* s'établit sur les usages d'un peuple où tout est corrompu, et sur ceux de plusieurs nations barbares où rien n'est encore perfectionné?
Ce ne fiit pas sans occasioner bien des désordres qu'Odoacre enleva un tiers des terres aux anciens habitans. Il est vrai qu'il leur en restait encore assez ; car ils devaient être réduits à un bien petit nombre , si nous considérons les dévastations que l'Italie, dépeuplée tout à coup par Constantin, avait souffertes, surtout depuis Valentinien III. Ce nombre diminua sans doute encore pendant la guerre qu'Odoacre eut à soutenir , et qui dura quatre ans.
C'est en 489 que les Ostrogoths entrèrent en fJt'î^'^;"JJJ Italie, et que ïhéodoric défit Odoacre aux environs d'Aquilée et auprès de Vérone. Ces deux victoires le rendirent maître de Milan, de Pavie et de plusieurs autres places. Cependant, trahi par un de ses généraux, il fut obligé de se renfermer dans Pavie ; et la Ligurie fut ravagée par Odoacre, qui reparut avec de nouvelles forces. Elle le fut encore par les Bourguignons, qui, sous prétexte de venir au secours d'un des deux partis, commirent de si grands dégâts, que cette province en fut presque déserte. Enfin Théodo-
Xt.
3/| HISTOIRK
rie, assiégé dans Pavie, eut recours aux Visigoths, avec lesquels il remporta une troisième victoire; 493. et Odoacre s'enfuit à Ravenne , s'y défendit trois ans, capitula, se rendit, et cependant perdit la vie par la main même de Théodoric. Il a régné seize ans et demi, si l'on compte jusqu'au jour de sa mort. On remarque que pendant cette guerre les évéques commencèrent à fortifier des châteaux pour servir de retraite aux fidèles. Guerres des Auastasc 3l régné vingt -sept ans. Après des
Isaures sous -il* i
Anastase. commenccmeus qui semblaient promettre un bon gouvernement, il causa de grands maux dans l'Église et dans l'état, et ne fit voir en lui qu'un prince lâche , avare et parjure,
Zenon avait attiré beaucoup d'Isaures à Constantinople , et il leur payait même cinq cents livres d'or par an ce qu'Anastase supprima. Ces Barbares, devenus plus insolens, causèrent des séditions, et l'empereur les chassa. Mais ayant eu l'imprudence de les renvoyer en Isaurie , sans prendre des mesures pour prévenir tout soulèvement de leur part, ils armèrent cent cinquante mille hommes , et choisirent entre autres pour général Longin, frère du derniep empereur. Cette guerre dura six ans, et finit par la défaite et la mort des chefs.
Autres guerres; Jc uc. parlerai Doiut d'une autre guerre qu'Anas-
les persécutions "^ ^ O T
.ToTbks:^""^' tase eut avec les Perses , ni des incursions des Sarrasins dans la Palestine et dans la Svrie, des
IWODKRNF. vlD
Bulgares daus la Thrace, et de quelques autres peuples du Nord , qui ravagèrent l'IUyrie, et pénétrèreutjusqu auxTherraopyles. Je remarquerai seulement que les persécutions que cet empereur fit aux catholiques troublèrent toute TEglise , occasionèrent de nouveaux schismes, et sasçitèrent plusieurs séditions sanglantes. Les désordres furent au point, que l'esprit de parti pîirut avoir effacé jusqu'aux traces des vertus chrétiennes. Les défenseurs mêmes de la vérité coururent souvent les premiers aux armes pour défendre une religion qui a le sang en horreur , et qui n'enseigne que la charité. Le peuple , en pareil cas , toujours porté au fanatisme, se précipita dans les plus grands excès. Constantinople, pillée, brûlée par ses propres citoyens , offrit plus d'une fois l'image d'une ville prise d'assaut. Enfin les mécontens eurent un chef. Vitalien, petit-fils du fameux Aspai-, parut à la tête d'une puissante armée; il entraîna dans son parti la Scythie , la Thrace , la Mysie ; il remporta deux victoires, et il approcha de Constantinople, où le peuple le demandaitpour empereur. Anastase, sans ressource, demanda la paix à telle condition qu'il plairait à ses ennemis : et il l'obtint en promettant tout ce qu'on exigea de lui : mais quand il crut n'avoir plus rien à craindre , il ne remplit aucun de ses engagemens.
Le trisagion, c'e.st-à-dire une hymne qu'on irimagione»
qiien5
3G lîISTOIRE
rause de fré- chaiitait Gii l'honncur de la Trinité, fnt souvent la cause des séditions. Elle était conçue en ces termes : Dieu saint ^ saint fort ^ saint immortel^ ayez pitié de nous; les eutjchéens y avaient ajouté : vous qui avez été crucifié pour nous; addition que les catholiques rejetaient à cause du mauvais sens dont elle pouvait être susceptible. Lors donc qu'on avait occasion de la chanter , les deux partis ne manquaient pas d'en venir aux mains : les moines criaient dans les rues que le temps du martyre était arrivé : le peuple s'ameutait; on renversait les statues d'Anastase, on le chargeait d'injures, et on demandait un autre empereur.
La plus grande sédition arrriva en 5 1 1 , à l'occasion d'une procession qu'on faisait tous les ans , pour remercier Dieu de n'avoir pas permis que Constantinople fût consumée , l«rsqu'en 47^ ? cette ville fut couverte des cendres du mont Vésuve. Le peuple, qui crut voir l'air tout en feu, ne douta point que Dieu n'eût accordé un miracle à ses prières. Mais lorsqu'il lui rendait grâces d'avoir écarté ce prétendu feu , il fut sur le point de consumer Constantinople par un incendie. L'addition faite au trisagion arma les orthodoxes et les hérétiques : ils mirent le feu à la ville , plusieurs maisons furent brûlées , et le soulèvement vint au point, qu'Anastase fut forcé à s'enfuir et à se cacher. Cette sédition dura trois jours. Enfin l'empereur ayant osé se montrer au Cirque, sans
MOhhltNK. ^'J
couronm cl en état de suppliant, le peuple se calma, et comptant sur les promesses qui lui furent faites, il ne se vengea d'Anastase qu'en chantant devant lui le trisagion sans l'addition.
Ce prince mourut âgé de plus de quatre-vingt- g^„„^,|'J;^,,„ huit ans. Lorsqu'il parvint à l'empire, l'Occident, *'••*'"»"*• l'Egypte et l'CJrient formaient déjà trois communions différentes. Il entretint ces divisions, et il en fit de nouvelles; parce qu'à force de disputer, les évéques d'un même parti finissaient par se séparer encore. Les uns rejetaient le concile de Chalcédoine, d'autres le regardaient comme règle de foi , et quelques-uns voulaient qu'on s'en tînt à l'hénotique de Zenon , quoique d'ailleurs ils ne s'accordassent pas sur bien des points.
Pour défendre Constantinople contre les courses iMur éier^p»
Anastase. ,
des Barbares, Anastase avait élevé un mur d'environ dix-huit lieues , fortifié de tours d'espace en espace , et qui allait du septentrion au midi , depuis l'une des deux mers qui baignent Constantinople jusqu'à l'autre. Cet ouvrage, loué à cause de son utilité , n'était , dans le fond , qu'un monument de la faiblesse de l'empire.
Pendant qu'en Orient l'Église était persécutée xhëodonc et
. # . Clovij conlem»
par un prmce chrétien, elle était protégée en p*»"»"»- Italie par un prince arien, et en France par un prince né idolâtre. Je veux parler de Théodoric et de Clovis.
Depuis Marc-Aurèle, l'Italie n'avait jamais été Lit-i.eflori»
santé sousThéo- oliis florissantc qu'elle le fut pendant trentetrois ans que régna Théodoric , a compter depuis la mort d'Odoacre. Il se fit aimer de ses sujets et respecter des étrangers : il mit l'Italie à l'abri des invasions des puissances voisines ; il sut discerner les hommes de mérite ; il eut assez de défiance de ses lumières , pour aimer à les consulter; il ne craignit , ni de les employer , ni de les élever ; enfin il rétablit l'ordre partout, et il protégea les arts et les sciences , quoique lui-même il ne sût pas écrire son nom. Parmi les savans auxquels il donna sa confiance, on compte Cassiodore, Boëce et Simmaque. Mais il fit périr les deux derniers , faussement accusés de tramer une révolution, et d'avoir, pour cet effet, des intelligences à la cour de Constantinople. La mortfde ces deux hommes , qui flétrit sa mémoire , est une tache que son repentir n'a point effacée. Ce prince ne Quoiquc aricii, il ne persécuta point les catho-
persécnJc pas
les catholiques, jiques ; il entretint au contraire l'union parmi eux : il leur inspira une si grande confiance en sa droiture, qu'ils ne craignaient pas de le prendre pour juge; et il n'approuvait pas qu'on embrassât l'arianisme par complaisance pour lui. Cependant, la dernière année de son règne, il se proposait d'ôter les églises aux catholiques, pour les donner à ceux de sa secte ; mais c'était pour forcer l'empereur à laisser aux ariens de l'empire le libre exercice de lem- religion. Quoique ce motif ne
MODKHiNK. .^9
l't'xcusc })as , il le rend ccpeadaul moins coupable : mais Dieu ne lui permit pasd'exéculersoii projet.
l! ordonna Tobservation des lois romaines ctuu,ncmn auxquelles il soumit les Goths, ainsi que les Ro- f^iuiunT.r'* mains; conservant les anciennes magistratures;, les conférant indifféremment à ceux de Tune ej: de l'autre nation , et n'excluant les Romains qu^ (les seuls emplois militaires. C'était encore l'usage qu'un des deux consuls fût £ait en Italie, suit que l'empereur l'eût élu lui-même, soit qu'il confirmât l'élection qui en avait été faite. Mais cet usage n'était pas constant : car il ne pouvait avoir lieu qu'autant qu'il ne survenait point de sujet de division entre les deux cours. Théodoric «nourut l'an 5^6. Le suunom de Grand , qu il a „«. mérité , le distingue de tous les autres Théodoric.
Clovis, qui avait commencé son règne en 43a, i til,lr.lelhis- , . ^ ? \ 1 • toire df France.
était mort en 5ii. Cest a lui proprement que commence l'histoire de France; histoire que vous (levez étudier, et parce qu'elle vous intéresse plus particulièrement, et parce qu'elle prépare à celle de plusieurs autres peuples. Vous ne vous ferez pas d'idée exacte du gouvernement des principales nations de l'Europe, si vous ne commencez par observer les fondenrens sur lesquels la monarchie française va s'élever. Quant à l'histoire de r<»mpire, elle commence à devenir moins nécessaire; et je n'en parlerai plus qu'autant qu'elle
Clovis ne renaît p:
)ute la française
4o HISTOIRK
influera dans les révolutions qu'il ne faut pas vous laisser ignorer.
Clovis n'avait que quinze ans lorsqu'il succéda
fo"ute 1/ nation à son oèrc Childéric. Tournai était la capitale de son royaume ; mais il ne régnait pas sur toute la nation française : car elle avait formé plusieurs autres petits états, gouvernés par des rois indépendans , et dont quelques-uns étaient du sang de Clovis.
11 projette la L» couquéte dc toute la Gaule était l'objet de
SieS!' '' l'ambition de Clovis. Il fallait pour cela détruire deux royaumes plus puissans que le sien, celui des Bourguignons et celui des Yisigoths; soumettre les Armoriques et les autres rois, et achever de renverser la puissance romaine, dont Siagrius soutenait encore les restes. Je ne vous dis rien sur les limites de ces états , parce qu il n'est pas possible de les marquer exactement.
lise rend maître Clovis cût échoué SI l'on cût péuétré son ambi-
desétatsdeSia-
s""^- tion. Il ne pouvait réussir qu'en subjuguant ces
puissances les unes par les autres. Sa première démarche fut donc de s'allier avec les rois de sa nation , parce qu'ils avaient le même intérêt que lui à la ruine des Romains. Il défit Siagrius près de Soissons, le poursuivit jusqu'à la Loire, se le fit livrer par Alaric , roi des Visigoths , chez qui ce général avait cherché un asile, et lui fit ôter la vie. Soissons devint alors la capitale de son royaume, augmenté des états de Siagrius.
Clovis se fortifia ensuite de ralliance de Gon- «i ••••••« *
Goiiilcbaud.
debaud, roi de Bourgogne, contre Alaric, qui, jaloux de ses progrès, ne lui pardonnait pas d'avoir été forcé de livrer Siagrius, pour éviter la guerre. Il était naturel de présumer que, s'il suspendait les effeîs de sa jalousie et de sa vengeance, c'était uniquement dans l'attente d'un moment favorable; et il était également avantageux aux deux autres rois de se réunir, parce que séparément chacun d'eux eût été trop faible. Afin même de resserrer, au moins en apparence , les nœuds de cette union , Clovis demanda en mariage Clotilde, nièce de Gondebaud. Mais ce n'était peut-être là qu'un prétexte ; car il pouvait avoir d'autres vues.
Clotilde, quoique élevée dans une cour arienne, Po..rqnoi ii dc-
f • 11' 11 «1 A mande Clotilde
était catholique. Il devait donc être agi^éable aux «'"n"'»6«- Gaulois de l'avoir pour reine, et parce qu'ils trouveraient en elle une protectrice de leur religion, et parce qu'ils pouvaient se flatter que Clovis n'était pas loin de se convertir. Cette seule espérance pouvait les accoutumer a la domination des Français, surtout s'ils considéraient les persécutions que les Goths et les Bourguignons faisaient aux catholiques.
Gondebaud avait réuni la plus grande partie de la Bourgogne sous sa puissance , en faisant périr Chilpéric, père de Clotilde. II est donc vraisemblable qu'un des motifs de Clovis, en
4 2 HISTOIRK
épousant cette princesse, était d'avoir un prétexte pour faire la guerre à Gondebaud , si jamais il était en état de faire valoir les droits de sa femme. C'était une raison pour la lui refuser ; cependant il l'obtint. Arédius , ministre du roi de Bourgogne , et qui était alors absent , revint trop tard , et n'arriva que pour désapprouver son maître.
On commence La joic QUC Ics catholiqucs conçurent de ce
à espérer sa cotv> J X 1 3
version. maHage augmenta lorsque Clovis permit de baptiser les enfans qu'il eut de Clotilde. Il paraît que ce prince songeait dès lors à se convertir; mais il ne voulait pas aliéner les Français, pour s'attacher les Gaulois. Je vous écouterai volontiers, disait-il à Clotilde et à saint Rémi, qui l'en pressaient, mais il y a une chose fort importante à considérer : c'est que je suis chef d'une nation qui ne souffre pas qu'on abandonne ses dieux.
BauiiiedeTou Pcu dc tcmps après , les Allemands avant v>ris
biac. Vœux de . . .
Clovis. les armes, Clovis marcha contre eux, et les joi-
gnit près de Tolbiac, aujourd'hui ZulpichT. Mais Sigebert , roi' des Français établis à Cologne, ayant été blessé , le désordre se mit dans l'armée , et la déroute devint générale. En vain Clovis tentait de rallier ses troupes; en vain il invoquait ses dieux. Il eut enfin recours à celui de Clotilde, et il fit vœu d'embrasser le christianisme , s'il remportait la victoire. Aussitôt la fortune change : le roi des Allemands est tué ; ils fuient. Le vainqueur
MODERNB. 4^
soumet tout le pays qu'ils habitaient; et il étend sa domination jusqu'au Danube, ou même au delà.
Clovis, empressé d'accomplir son vœu, assem- s. conrcnioa. bla les Français pour leur communiquer le dessein et les motifs de sa conversion. Non-seulement ils l'approuvèrent, mais trois mille reçurent le baptême avec lui. Ce roi fut baptisé par saint 4fi. Rcmi, évéque de Reims, dans l'église de Saint- Martin; et son exemple fut peu à peu suivi de tous les Français. ^
Cette démarche, agréable à une partie de ses Eiumetiesca-
*^ *■ tholiqurs dans
sujets, et approuvée de l'autre, mit dans ses in- u*i"™otiqL« lérèts tous les catholiques des Gaules. Ils auraient rJuTror"**" voulu dès lors passer sous sa domination; et ils on souffrirent plus impatiemment les persécutions des Bourguignons et des Visigoths. Clovis t'tait trop ambitieux pour n'avoir pas prévu ces dispositions, et pour négliger d'en tirer avantage. Il commençî^ par ouvrir une négociation avec les Armoriques, qui jusqu'alors avaient refusé toute alliance avec une nation idolâtre. Il leur fit part de son baptême ; il leur fit sentir la nécessité de s'allier avec les Français; et enfin il leur persuada de le reconnaître poyr roi.
Outre Chilpéric , Gondebaud avait encore fait vainqueur de
, . - , Gondebaud , il
périr Gondemar , un autre de ses frères. Cepen- ly', «««^ »«»^ (lant il lui en restait encore un troisième dans Csodégisile , et il formait le projet de lui ravir ses
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états. Clovis, appelé par ce dernier, saisit l'occasion de faire la guerre à Gondebaud. Il le défit ; et lorsqu'il était sur le point de le forcer dans Avignon , il lui rendit ses états , et ne lui imposa qu'un tribut.
Pourquoi. Pour comprendre ce traité, auquel on ne s'attend pas, il faut considérer deux choses : l'une que Clovis , autant qu'on peut conjecturer , avait déclaré ne prendre les armes qu'en faveur de la religion, prétexte qui s'évanouit, parce que Gondebaud s'^gagea à cesser de persécuter les catholiques , et à s'instruire de leurs dogmes , ce qu'il exécuta. L'autre chose à considérer est que, pour s'assurer l'alliance de Godégisile , il lui avait promis toute la Bourgogne. Or il n'était pas de son intérêt de réunir ce royaume entier sur une seule tête : il lui importait , au contraire , d'y laisser deux rois qui, étant ennemis, seraient moins à redouter pour lui : il se crut donc heureux de pouvoir dire à Godégisile que Gondebaud promettant de faire cesser la persécution , on n'était plus en droit de le dépouiller. Gondebauase Cependant ce qu'il avait cru empêcher arriva :
rend maître de ^
gTe?''*^""'^^"" toiite la Bourgogne n'eut qu'un maître. Car à peine se fut-il retiré, que Gondel^ud enleva les états de 'son frère , et lui fit ôter la vie. Clovis aurait dû prendre des mesures pour affermir Godégisile.
TiSo,wrc'''1e La réunion des deux royaumes de Bourgogne
Grand , la lui I . -, , -
eaiève. cugagca Ic roi de France a reprendre les armes ;
d'autant plus qu'il ne man(|uait pas de raisons pour mettre la justice* de son côté. Mais il crut devoir se liguer avec Théodoric le Grand. Le traité portait que les deux rois partageraient entre eux les états de Gondebaud , et que celui qui ne se trouverait pas à la conquête aurait néanmoins la part qui devait lui revenir , pourvu qu'il payât une certaine somme à son allié. On accuse Théodoric d'avoir agi de mauvaise foi, n'ayant paru qu'après avoir laissé les Français combattre et vaincre seuls. Clovis tint sa parole.
Théodoric, qui était alors le roi le plus puis- niaïuirend sant de l'Europe, n'avait d'autre intérêt que d'être Tallié des Visigoths. C'était donc un voisin dangereux pour les Français, et un obstacle aux projets que Clovis méditait contre Alaric. Le roi de France se repentit de l'avoir approché de lui. Sa faute était sensible ; mais il la répara en rendant à Gondebaud la portion de la Bourgogne qui lui était échue, et en persuadant à Théodoric de rendre aussi celle qu'il lui avait livrée. Il aima mieux voir tout ce royaume entre les mains d'un faible, que de le partager avec un prince puissant.
Il fit sagement, car il était au moment de faire cioTisfaii la
*-' gaerre à Alaric,
éclater ses desseins contre Alaric. Il y avait déjà 'r^iTgf^l"'"** long -temps que ces deux rois se menaçaient : Théodoric n'avait rien négligé pour maintenir la paix entre eux, et ils paraissaient l'un et l'autre négocier de bonne foi dans la viie de l'établir; mais
Il fait la con-
chacun n'attendait qu'une conjoncture favorable. Clovis la trouva le premier, et la religion fut son prétexte. Je souffre impatiemment , disait-il, que ces ariens aient un établissement dans les Gaules. Ce qui rendait la circonstance favorable pour queie des Aqu.- ^^ ^^^ ^^^ Francc , c'cst que Théodoric avait alors
la guerre avec Anastase : guerre à la vérité peu considérable par ses suites, mais qui ne permettai pas d'abandonner l'Italie, pour aller an secours des Visigoths. Clovis d'ailleurs avait lié des intrigues avec les évéqués catholiques, sujets d'Alaric, et il entraînait dans son parti Gondebaud, dont l'intérêt cependant n'était pas de détruire la puissance des Gaules , qui seule pouvait balancer celle des Français. Alaric ayant été vaincu et tué dans les plaines de Vouillé , près de Poitiers , Clovis conquit les trois Aquitaines. C'est alors qu'il fit de Paris la capitale de son roya' me. DéfaitaAries, Gondcbaud s'était chargé de la conouête des
il Jes reperd. ^ ^
deux Narbonnaises, défendues par Gésabric, fils naturel d' Alaric , et il assiégeait la ^ille d'Arles , lorsqu'une armée de Théodoric passa dans les Gaules. Clovis se hâta d'aller au secours de son allié ; mais ils furent défaits. La déroute fut même si grande , qu'ils perdirent presque toutes leurs conquêtes , et Théodoric joignit à ses états la plus grande partie du pays que les Visigoths avaient occupé dans les Gaules.
u n'est plus La bataille d'Arles fut le terme de la gloire de
MODF.RME. 47
Clovis. Je VOUS ai représenté la conduite politique ^l'^j/i'^J'/*" de ce conquérant , d'après mie tlissertation que vous lirez dans les mémoires de l'Académie des belles- lettres * , et qui sera plus instructive pour vous que tous les faits que les historiens accumulent et narrent longuement.
Clovis vécut trop long-temps pour sa gloire. Ce n'est pas la bataille d'Arles qui me fait porter ce jugement; c'est plutôt la conduite qu'il tint depuis cette malheureuse journée ; car on ne vit plus en lui qu'un prince injuste , cruel , perfide. Son ambition, resserrée du côté des Goths, se porta sur les rois de sa nation et de son sang. Politique , courageux et juste , au moins en apparence , quand il tourna ses armes contre des ennemis redoutables , il n'employa plus , contre des ennemis faibles , que les moyens des âmes lâches et sans foi. Il fit assassiner Sigebert par son propre fils Clodoric; et, feignant de venger la mort du père dans le sang du fils parricide, il se rendit maître des état^ de Cologne.
Cararic , surpris avec son fils , tomba entre les mains de Clovis. On ne sait où il régnait. Le père fut ordonné prêtre, et son fils diacre. C'est ainsi que les Barbares, à l'exemple des Romains, prostituaient le sacerdoce à l'ambition , mais bientôt le roi de France sacrifia à ses soupçons ces victimes qu'il avait consacrées à Dieu.
* Tome 20, page 147.
Ranacaire, roi de Cambrai , lai fut ensuite livré par trahison avec son frère Richiaire , et il les poignarda de sa propre main. Les traîtres, qu'il récompensa avec de faux or, se plaignirent de cette fraude; mais il leur reprocha leur trahison, se jouant tout à la fois de la justice et de la perfidie. Dans le même temps Renomer, roi du Maine, un autre frère de Ranacaire, fut assassiné par des gens que Clovis avait subornés , et tous les rois qui restaient encore périrent bientôt après par des voies semblables. Alors, se trouvant seul maître de tous les royaumes des Français , il bâtit des églises et fonda des monastères pour effacer ses crimes. Telle était la religion de ces âmes plus barbares que chrétiennes. On voit bien que de pareils idolâtres avaient été convertis par des moines ignorans. Se croyant chrétiens par le baptême seul, ils ne songeaient point à changer de mœurs : il semble au contraire que la religion les rendît plus vicieux. En effet, pouvait-elle ne pas enhardir à toute sorte d'attentats , lorsque ceux qui l'enseignaient assuraient le pardon aux criminels qui les voulaient enrichir ? Nous n'en verrons que trop d'exemples.
Clovis convoqua un concile à Orléans , pour régler la discipline ecclésiastique. Vous voyez , parce que je viens de dire, que les ministres de la religion avaient grand besoin de se réformer, et même de s'instruire. Mais ce prince pouvait-
MoDF.RrrK. 49
se (louter de ce qu'il y avait à faire; et les moines qifil consultait étaient-ils interressés à le savoir eux -mêmes? Ce concile est le premier qui s'est tenu sous la domination des Français. Clovis sm. moia ut quelques mois après , et n'eut pas le temps d'en faire exécuter les règlemens.
En 5 10, dix-huit mois avant sa mort, Clovis Erreur de or.--
f^oiredc Toari»
reçut d'Anastase, dit Grégoire de Tours, le titre et les ornemens de patrice, de consul, ou même d'Auguste et d'empereur; car cet historien accumule ces termes, dont il n avait que des idées confuses. Cependant, sur des expressions aussi peu exactes, quelques écrivains ont avancé que les premiers rois de France ont été dans la dépendance de l'empire; et que Clovis n'a eu des droits légitimes sur les Gaules que depuis son prétendu consulat : comme si les empereurs pouvaient donner des droits qu'ils avaient perdus depuis long-temps ^et que le consulat eût jamais été un titre de souveraineté. Mais cette opinion a été parfaitement réfutée par le même écrivain, qui a développé la politique de Clovis ^
■ Tome 20, p. 162.