CHAPITRE PREMIER
Grégoire VII , pape.
1 ouTE l'Europe était livrée à l'anarchie féodale; iemps dTàésor- partout Ic clergé avait les mêmes prétentions et
dres qu autant L <~> 1
sTirè'pcur'Vn à pcu pFCS la même puissance. Les abus vont
voir naître «n . .^ i-l- • 5\
meilleur ordre, douc contmucr, ct ils sc muitipiieront jusqu a cc que l'ordre naisse de l'anarchie qui se détruira elle-même. Je me propose de vous montrer par quelle suite de développemens les sociétés civiles prendront une forme régulière; je négligerai les détails que vous pourrez lire dans l'histoire de chaque nation, et je ne m'arrêterai que sur les choses qui me conduiront à mon objet.
État de l'Eu- Henri IV, mal affermi sur le trône d'Allemagne,
rope lors de i T
Grégoire Vil. luttait coutrc des ligues puissantes; Guillaume le Conquérant était presque obligé d'avoir continuellement les armes à la main , soit pour s'assurer sa conquête, soit pour conserver ses possessions dans le continent ; Philippe I^^, roi de France , incapable d'application, pouvait tomber si
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ses grands vassaux se soulevaient contre lui ; Tltalie était partagée entre quantité de petits princes ennemis; en Espagne, les Maures et les chrétiens, toujours en guerre, ne paraissaient prendre aucune part à ce qui se passait dans le reste de l'Europe. Les royaumes du Nord nouvellement convertis n'étaient pas moins troublés, et d'ailleurs ils croyaient à la monarchie du pape comme à l'évangrle, parce qu'on leur prêchait l'un et l'autre en même temps. En un mot, comme il n'y ^
avait proprement ni souverains, ni magistrats, ni sujets, on ne voyait que des princes faibles, des tyrans et des peuples opprimés.
Tout était donc divisé et dans un mouvement continuel , où rien ne se pouvait conserver dans le même état. Il y avait seulement une faction qui, se répandant de toutes parts, agissait toujours et partout avec les mêmes vues. Semblable en quelque sorte à cette âme universelle qui , selon les anciens philosophes , remuait le chaos ; mais avec cette différence qu'elle le remuait seulement pour le conserver, et pour empêcher la lumière de naître. Il semble que cette faction, devait enfin tout subjuguer. Or elle était ellemême soumise aux papes : je veux parler du clergé.
Si dans de pareilles circonstances la cour de c««Mi...>« q^i Rome se fût conduite avec circonspicction et sans j;"^r*'îi!r rien précipiter, le pape serait devenu le seigneur suzerain de toute l'Europe , et son empire aurait
taact.
duré tant qu'il n'aurait point abusé de son autorité, , ou qu'il aurait maintenu l'ignorance. Il fallait que ,
parlant et agissant seulement comme le premier pasteur des fidèles, il n'usât de sa puissance que pour ramener l'ordre; qu'il se donnât pour arbitre entre les souverains, sans paraître vouloir être leur juge ; qu'enfin il ne s'élevât que contre les abus, d'abord contre les plus crians, et dont tout le monde avait à se plaindre. Les peuples, accablés ^ depuis si long-temps sous le poids de l'anarchie ,
étaient préparés à se soumettre à un législateur qui serait devenu leur père; les censures qu'on redoutait auraient hâté l'ouvrage , si on les eût employées avec sagesse, et cet empire eût été beau parce qu'il eût été juste.
Une conduite Mals au coutrairc les papes ont cru augmenter paréieurchuie. leur autorlté en augmentant les désordres. Leur maxime a été de diviser pour commander; maxime triviale de ces petits politiques qui réussissent quelquefois par des moyens injustes, et qui sont tôt ou tard la victime de leur ambition. Une puissance qui se forme dans le désordre ne peut être que passagère, parce qu'elle est détruite par les mêmes causes qui l'ont produite. Parcourez l'histoire , et vous verrez que les souverains les plus justes ont toujours été les plus puissans et le plus solidement établis. Auguste en était bien persuadé, puisqu'après s'être élevé par des attentats, il se crut forcé à devenir juste pour ne pas tomber.
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Dans les siècles crisnorunce on n*en savait pas p*rr* mviw assez ponr combattre toutes les prétentions des \,'"*'" '*• papes; on céda, tant quen cédant on conservait encore quelque chose : quand ils voulurent tout usurper, Fintérét fit naître enfin des doutes. On raisonna d'abord assez mal; mais c'était déjà beaucoup que d'oser raisonner.
Cest Grégoire VII qui a l'avantage d'avoir ouvert les yeux à toute la chrétienté; il a préparé le décadence d'une puissance qu'il a voulu trop y
étendre. Voyons quelle a été sa conduite.
Godefroi, archevêque de Milan, avait été c<«iiie«c.-
. , « \ 11 > • ment de» qat-
excommunié pour être parvenu a 1 episcopat par "ii». «.ir* simonie; et, comme bien loin de se soumettre, il i"'*"^"avait entraîné dans son parti tous les évéques de Lombardie, le premier soin de Grégoire fut de £aiire exécuter l'excommunication qui avait été portée ; et ce fut l'origine des démêlés qu'ils eut avec Henri, parce que cet empereur protégeait l'ar- ,0^3. chevéque de Milan et les évéques de Lombalgie.
Henri, alors occupé de la guerre de Saxe, n'o- n^cr»id*Gr*.
' * *=' ' goire conir» les
sait résister ouvertement au pape; et cependant Ç'^tTeV
il ne voulait pas abandonner les évéques qui s'étaient mis sous sa protection. Il invita le pape à joindre son autorité à la sienne pour remédier aux abus, avouant les fautes qu'il avait faites jusqu'alors , et montrant beaucoup de soumission au saint-siége. Grégoire, content des dispositions où était l'empereur, tint à Rome un con-
Linairr»
imoaia.
concan
qu a ce su se tienne conc magne
36o HISTOIRE
Ï074. cile contre les prêtres simoniaques, concubinaires ou mariés, et il envoya des légats en Allemagne, pour y tenir un nouveau concile , pour y recevoir les décrets de celui de Rome, et pour obliger Henri d'abandonner les évéques de Lombardie. Mauvaise rai- Lcs évéqucs d'Allcmague, simoniaques pour la ^""'.eTifje'ri'i plupart, s'opposaient à la tenue d'un concile, leTnAUc- daus Icqucl ils prévoyaient qu'ils seraient condamnés; et Henri se refusa à la demande des légats, sous prétexte que les archevêques de Brème et de Mayence , établis vicaires du saintsiége par les prédécesseurs de Grégoire, pouvaient seuls convoquer un concile. Cette raison n'était pas bonne; car on ne pouvait pas contester au pape le privilège de pouvoir changer ses vicaires. Si Henri, et les évéques qui le conseillaient, eussent été mieux instruits de l'histoire des premiers siècles de l'Eglise , on ne se fût pas borné à ne pas reconnaître les pouvoirs des légats, on eût encore nié ceux des archevêques de Brème et de Mayence, ceux de Grégoire même , et l'empereur eût répondu que dans ses états aucune puissance n'avait droit d'assembler un concile sans son agrément. Henri reçut d'ailleurs parfaitement bien les légats ; il écrivit au pape pour l'inviter à chercher quelques moyens de conciUation ; il se soumit encore au saint-siége; mais il s'y soumit trop, car il ne pesa pas les expressions dont il se servait, et cependant il donnait des droits sur lui.
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Le décret contre les prêtres simoniaques, ma- T»«iw<i«f«4
ries ou concubinaires, souleva tout le clergé, non- uà^niè,Q94seulement en Allemagne, mais encore en France **"*' et en Italie. Plusieurs déclaraient qu'ils aimaient mieux quitter le sacerdoce que le mariage, et q* a lors le pape verrait où il pourrait trouver des anges pour gouverner les églises à la place des hommes qu'il dédaignait. Telle était alors la corruption.
Cette résistance ne fit qu'allumer le zèle de c ptp* *«.i Grégoire; et il écrivit aux princes d'employer la S'Jrgià'nJforce même pour contraindre le clereé à se sou- ^'iS^-JK
■ *^ qat ce aMjta
mettre aux décrets du concile de Rome. Ce qu'il ** ■•«^• y a de plus remarquable dans sa lettre, dit Tabbé Fleuri , c'est que le pape reconnaît la nouveauté de ce moyen , de faire observer les canons par la force du bras séculier.
Grégoire tint un second concile à Rome , re- 1075.
^ ' Hrnril«f«iia^
nouvela les décrets du premier, déposa des évé- 'SHaîw!***^ ques ou les suspendit, et excommunia plusieurs persoiuies de la cour de l'empereur. Comme la guerre avec les Saxons n'était pas encore terminée , Henri dissimulait par la crainte qu'il avait de se jeter dans de nouveaux embarras ; il promettait donc de satisfaire le pape ; et cependant il n'exécutait aucune de ses promesses. Grégoire démêla les vues de l'empereur, et, voulant saisir un moment aussi favorable, il lui envoya des légats pour lui ordonner de venir à Rome se défendre
des accusations intentées contre lui, et pour lui déclarer qu'il serait excommunié s'il refusait de s'y rendre; mais les circonstances avaient changé; car Henri venait de terminer glorieusement la guerre lorsque les légats lui apportèrent les ordres du pape. Croyant donc n'avoir plus rien à ménager avec un sujet qui osait se porter pour Juge de son souverain ^ , il convoqua un concile qui se tint à Worms, et dans lequel Grégoire fut déposé. 1076 Le pape, à qui cette sentence des évêques d'Aï-
Grégoire ex- ^ ^ ■"■
dansTntSe lemaguc fut signifiée , assembla lui-même un concile à Rome, et prononça contre l'empereur une excommunication en ces termes :
c( Saint Pierre, prince des apôtres, écoutez « votre serviteur, que vous avez nourri dès Ten- « fance et délivré jusqu'à ce jour de la main des (c méchans qui me haïssent, parce que je vous « suis fidèle. Vous m^ètes témoin, vous et la sainte « mère de Dieu, saint Paul votre frère, et tous « les saints que l'église romaine m'a obligé malgré (c moi à la gouverner, et que j'eusse mieux aimé « finir ma vie en exil que d'usurper votre place « par des moyens humains; mais, m'y trouvant « par votre grâce et sans l'avoir mérité, je crois
' Le pape avait été sujet de Henri III , il l'était donc de Henri IV , qui avait succédé à tous les droits de son père. Grégoire VII l'avait reconnu lui-même pour son souverain; car, ayant été élu, ne s'avouait-il pas sujet lorsqu'il demandait que son élection fût confirmée par Henri IV.
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« que votre intention est que le peuple chrétien « m'obéisse suivant le pouvoir que Dieu m*a ce donné à votre place de lier et de délier au ciel « et sur la terre. C'est en cette confiance que , « pour l'honneur et la défense de TÉglise, de la « part de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint* a Esprit, et par votre autorité, je défends à Henri, « fils de Tempereur Henri, qui, par un orgueil u inoui,s*est élevé contre votre église, de gou- « vernerle royaume Teutonique et Tltalie; j'aba sous tous les chrétiens du serment qu'ils lui « ont fait ou feront , et je défends à personne de « le servir comme roi; car celui qui veut donner w atteinte à l'autorité de votre église mérite de « perdre la dignité dont il est revêtu; et, parce « qu'il a refusé d'obéir comme chrétien, et n'est « point revenu au Seigneur qu'il a quitté en com- « muniquant avec des excommuniés, méprisant « les avis que je lui avais donnés pour son salut, « vous le savez, et se séparant de votre église, « qu'il a voulu diviser, je le charge d'anathème « en votre nom, afin que les peuples sachent « même par expérience que vous êtes Pierre, « que sur cette pierre, le fils du Dieu vivant a « édifié son église, et que les portes de l'on for ne « prévaudront point contre elle. »
Cette sentence, qui était sans exemple, fut pu- out bliee; et Grégoire écrivit encore eo Allemaîme "««pi', f.o.« pour achever de soulever le peuple, et pour faire "»"•"*»"•
élire un autre souverain , si Henri ne se convertissait pas ; exigeant d'ailleurs que la nouvelle élection s'y fît du consentement et de l'autorité du saint-siége. Les moines, qui furent des premiers à se joindre à lui, ne cessèrent dans leurs écrits et dans leurs sermens de traiter Henri de schismatique et d'hérétique; et les ennemis de ce prince, voyant les esprits ébranlés, songèrent à profiter de cette disposition pour l'accabler. Ainsi l'ignorance, le fanatisme et l'ambition, tout armait les peuples contre leur souverain. Elle aliène jus- Il scmblc au moius que les évêques qui avaient
qu'aux évoques
''osé^GrTofrt ^éposé Grégoirc auraient dû faire peu de cas d'une excommunication portée par un homme qu'ils ne reconnaissaient plus pour pape. Cependant, soit faiblesse, soit tout autre motif, le plus grand nombre abandonna l'empereur ; il arriva même que ceux qui lui restèrent attachés le défendirent mal ; car ils ne doutaient pas que l'excommunication ne dépouillât un souverain de tous ses droits , et ils soutenaient seulement qu'u n roi ne peut être excommunié.
ondéchreque Hcuri , trop faiblc pour agir d'autorité, tem-
Heiiri perdra l/i
dansTn"' an il porisait , lorsqu'il se tint une assemblée à Tibur , de^lrcscôm! dans laquelle les légats du pape, après l'avoir chargé de bien des crimes , conclurent à mettre la couronne sur la tète d'un autre prince : cependant, après plusieurs débats, on convint de tenir luie autre assemblée à Augsbourg , où le pape se
munication.
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Iroiiver.iit, et où, après avoir écouté les raisons des deux parties, il condamnerait l'empereur ou le renverrait absous; et on déclara à ce prince que si dans un an il n'était pas relevé de son excommunication, il serait privé du trône sans espérance d*y remonter.
Henri se hâta de passer en Italie, appréhen- fm fiant les suites d une assemblée ou ses ennenns seraient en plus grand nombre, et se flattant d'apaiser le pape par sa soumission. Il croyait d'ailleurs pouvoir compter sur l'impératrice Agnès, sa mère , sur la duchesse Béatrix, sa tante , et sur la comtesse Mathilde, sa cousine germaine. Ces princesses, très-puissantes en Italie, avaient en effet beaucoup de crédit auprès de Grégoire; mais elles lui étaient aussi tout-à-fait dévouées; et, bien loin d'être disposées à prendre la défense de l'empereur , elles ne songeaient qu'à le poursuivre* Mathilde, souveraine de Mantoue, de Reggio, de Parme, de Lucques et d'une partie de la Toscane, venait de remettre au pape toutes ses troupes et toutes ses places.
A l'arrivée de Henri, le bruit se répandit qu'il était venu pour déposer le pape : déjà les Lombards lui offraient à Tenvi leurs services; et Grégoire, qui était en chemin pour se rendre en Allemagne, alarmé lui-même, s'était retiré dans le château deCanosse près de Reggio. Cependant •• -: Henri persistant dans son premier dessein, ne
songea qu'à négocier pour obtenir son absolution. Qu'il vienne, dit le pape, et qu'il répare par sa soumission l'injure faite au saint-siége. sonhumiiiaiion. La forteressc de Canosse avait trois enceintes. Henri, introduit dans la seconde sans aucune marque de sa dignité, nus pieds, vêtu de laine sur la chair, passa le premier jour sans manger jusqu'au soir. Pendant deux autres, il attendit de la même manière les ordres du pape. Enfin le quatrième , Grégoire lui donna audience, et convint de l'absoudre , à condition qu'il se rendrait à la diète générale des seigneurs allemands , au jour et au lieu qui lui seraient indiqués; qu'il répondrait aux accusations intentées contre lui, et dont le pape serait juge; que suivant qu'il serait jugé innocent ou coupable, il garderait la couronne ou y renoncerait; que, jusqu'au jugement, il ne porterait aucune marque de sa dignité et ne prendrait aucune part au gouvernement de l'état ; que , si après s'être justifié, il était maintenu sur le trône, il serait toujours soumis et obéissant au saint-siége; enfin que, s'il manquait à quelqu'une de ces conditions, il serait tenu pour convaincu, et que les Allemands auraient la liberté d'élire un autre souverain.
Il arme. Hcnri sc rendit méprisable par cette humilia-
tion; il aliéna les Lombards, qui furent d'autant plus indignés de sa démarche , qu'ils rejetèrent eux-mêmes avec mépris l'absolution que Gré-
goire leur fit offrir. Us parlaient déjà de donner la couronne au fils de ce prince , et d*élire un autre pape, lorsque Henri rompit le traité qu'il venait de faire, et dont il s'excusa en alléguant le bien de la paix. H ramena par ce moyen une partie des Lombards, et il se vit à la tète d'une armée.
Cependant les Allemands, assemblés à For- EmUrrwd» cheim, venaient d élever sur le tronc Rodolphe, ïôrpi'iïir duc de Suabe, et le pape n'avait pu se rendre en u-Sî.Jiîi. Allemagne ni retourner à Rome. Henri armé "^• l'embarrassait. Il n'osait plus se déclarer contre lui, parce qu'il commençait à le craindre; et il ne pouvait refuser d'approuver l'élection du nouveau souverain, puisqu'il l'avait sollicité. Honteux de reculer, il n'avait pas le courage d'avancer dans la route où il s'était engagé, Il envoyait des légats à Henri comme à Rodolphe : il paraissait reconnaître deux rois à la fois. Ainsi, après avoir divisé l'Allemagne par un faux zèle , il augmentait la division par une timidité qui ne permettait plus de savoir auquel souverain on devait obéir; et cependant il armait tous les citoyens les uns contre les autres. Les Allemantls lui représentaient les désordres qu'il faisait naître en montrant de la réserve pour les deux partis. Nous croyons, lui disaient-ils, que vos intentions sont pures ; mais vous agissez par des vues trop fines pour nous , et nous sommes trop grossiers pour les pénétrer. Grégoire répondait mal, parce
qu'il ne voulait pas avouer son imprudence et qu'il n'osait pas la soutenir.
11 lient deux II eut la Ubeité de se déclarer ouvertement,
on'cilei!. ,
lorsque Henri, forcé de marcher contre Rodolphe, 1078. prit enfin le parti de quitter l'Italie; et il tint deux conciles dans la même année ; mais , comme il avait balancé jusqu'alors, il suspendit encore son jugement : il arrêta seulement qu'il enverrait des
i légats en Allemagne pour juger entre Rodolphe
et Henri , excommuniant d'ailleurs tous ceux qui s'opposeraient à la commission défe légats. Dans ces conciles, il suspendit, déposa et excommunia plusieurs évêques, et défendit, sous peine d'excommunication à tout laïc, quel qu'il fût, de donner l'investiture des bénéfices.
il déRnd aux Jusqu'à Grégoire VII , on n'avait point contesté
{)rinceslaïcs de • 1 i • i i
donner l'inyes- aux souvcraïus Ic droit de donner aux évêques
litaredisbene- il
Jenpcudefo™- et aux abbés l'investiture par la crosse et par
•dément. 1 • , • r 1 /
1 anneau; et ce droit était tonde en raison, surtout par rapport aux fiefs qui faisaient la plus grande partie des richesses des églises. Car dans le gouvernement féodal , tout fief vacant retournait au suzerain; il le pouvait garder ou donner à sa volonté; et, s'il était dans l'usage de le conférer à l'évêque élu , ce n'est que parce qu'il approuvait le choix qui avait été fait. L'élection , la consécration même ne donnait aucun droit à ces sortes de domaines ; on n'en pouvait prendre possession qu'en vertu de l'investiture. Vous voyez
MODRRIVR. Uni
par-là que les princes laïcs avaient la plus grande part dans les élections ; car on ne pouvait manquer d'élire et de consacrer ceux qu'ils voulaient investir, parce qu'autrement les églises auraient été dépouillées de la plus grande partie de leurs biens.
Voilà les investitures que Grégoire VII condamna dans plusieurs conciles. Elles attachaient Jes ecclésiastiques à leurs maîtres légitimes : c'en était assez pour être désapprouvées par un pontife qui aurait voulu que le clergé de toute la chrétienté n'eût dépendu que du saint-siége.
Il eût été à souhaiter que dans la solennité des investitures les princes eussent pris la précaution de distinguer les fiefs, de l'épiscopat. Ils y pensèrent d'autant moins que les évéques aimaient eux-mêmes à confondre en leur personne les droits du sacerdoce avec cewf, de la souveraineté. C'est pourquoi par la formule des investitures les suzerains laïcs paraissaient donner l'épiscopat même.
Cependant, comme il était généralement re- »!.,„;,«{. connu que la consécration seule iait leveque, il f.iiàr»ii,«est certain que cette confusion ne pouvait jeter dans aucune erreur. Mais Grégoire VU feignit d'y tomber. Quoique les princes laïcs n'eussent pas la prétention de donner l'épiscopat, il leur soutint qu'ils l'avaient. Parce que dans la solennité des investitures ils donnaient la crosse et