‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 33 sur 58 · XI. a · texte numérisé non relu

XI. a

l'anneau, il les accusa de s'arroger le droit de donner la puissance spirituelle, dont la crosse et l'anneau sont les symboles : il nomma les investitures le don de l episcopat , et cette dénomination suffisait pour soulever contre cet usage ceux qui se laissent tromper par un mot, c'est-à-dire le plus grand nombre.

Plusieurs évÊ- Tous Ics évêqucs n'approuvèrent pas néanmoins

ques condam- , , ^

..eut son entre- cctte eutrcprise de Grégoire. Plusieurs reconnu-

pnse. i. CJ

rent avec raison que les suzerains laïcs ont le droit de donner l'investiture des biens de l'Église, et qu'il importe peu qu'ils se servent à cet effet de l'anneau, de la crosse, ou de tout autre chose. Malgré Grégoire et ses conciles, l'empereur conserva ses droits à cet égard : il en fut de même du roi de France et de celui d'Angleterre. Grégoire ex- Pcmlant qu'ou disputait sur les investitures, la

communie Hen- ,

for'ce"'tians°rc'» gucrrc coutiiiuait e« Allemagne. Rodolphe avait "™^^o8o. eu même quelques avantages. Ils n'étaient pas décisifs ; mais Grégoire mal instruit crut n'avoir plus de ménagemens à garder. Il adressa donc encore la parole à saint Pierre et à saint Paul; et, leur rendant compte de ce qui s'était passé , il renouvela l'excommunication contre Henri, le liant par l'autorité apostolique, non-seulem€nt quant à l'esprit , mais quant au corps , et lui ôtant toute prospérité,. en sorte qu'il n'eût plus aucune force dans les combats , et qu'il ne gagnât de sa vie aucune victoire. Ce pape prétendait donc régler le

sort des armes en vertu du pouvoir de lier et de délier. Cette prétention était un peu trop hasardée; mais, si Févénement eut répondu à ses vues, satis doute que de ce jour- là les papes auraient été eu possession de donner la victoire. Grégoire n'en doutait pas lui-même, car il menatja des plus grands malheurs en cette vie et en l'autre ceux qui resteraient attachés au parti de Henri ; et il promit à ceux qui seraient fidèles au saint-siége les plus grandes prospérités dans ce monde , en attendant la vie éternelle : afin même d'assurer la couronne à Rodolphe , il lui en envoya une autoin: <le laquelle était un mauvais vers latin.

L'empereur, avant assemblé un concile où Hi^ rei*«d«t debrand fut déposé pour la seconde fois , et où ^f^; «iii*" Guibert, archevêque de Ravenne, fut choisi pour coôcii..*" " occuper le saint-siége , marcha contre Rodolphe, qui fut défait et perdit la vie.

Grégoire avait eu La prudence de s'assurer un or/coir. »•<. secours, en se réconciliant avec Robert Guiscard ^'^ îiî'.?'"** qu'il avait d'abord excommunié. Mais ce prince venait de s'engager dans une guerre lorsque Henri passait les Alpes pour contraindre le pape à changer de conduite. Il avait armé en apparence pour l'empereur Michel Ducas, dont le fils avait épousé sa fille Hélène, et qui avait été détrôné et enfermé par Nicéphore Botoniates. Afin même d'attirer les Grecs dans son parti, il menait avec lui un imposteur qui se disait l'empereur Michel, échappé

des fers; et, quoique par une nouvelle révolution Alexis Comnène eût chassé du trône Nicéphore, et rendu la liberté à la princesse Hélène, il ne changea rien à son premier dessein, parce que dans le vrai il ne cherchait qu'un prétexte à de nouvelles conquêtes. Il s'était rendu maître de ^ Corfou , et il avait remporté de grands avantages

en Bulgarie, lorsque, cédant aux pressantes lettres de Grégoire, il laissa le commandement de l'armée à Bohémond, son fils aîné, et revint en Italie. io84. Pendant cette £:uerre d'Orient, quoique les

Qui le déllvrp, ^ ^ T. T.

tereaSns Allcmauds eussent donné Ilerman, comte de

le château Saint- ,- i \ -r\ i i i tt

Ange. Luxembourg pour successeur a Rodolphe, Hennv

après avoir surmonté les difficultés qu'il rencontrait en Italie, assiégea Rome, força cette ville, fit introniser Guibert sous le nom de Clément III , reçut la couronne impériale des mains de cet antipape, et forma le siège du château Saint-Ange, où Grégoire s'était renfermé ; mais il fut contraint de se retirer à l'approche de Robert, parce qu'il n'avait pas assez de force pour lui résister. 11 se relire à Grégoirc , qui, ambitionnant l'empire de la

Salerne, où il

chrétienté , n'avait pas seulement su ménager les Romains, se crut trop heureux d'avoir été délivré. Il se retira à Salerne, où il vécut comme en exil, ne se croyant pas en sûreté à Rome. Il confirma à son libérateur l'investiture des duchés de la Fouille, de la Calabre et de la Sicile; mais il eut assez de fermeté pour refuser d'y comprendre

meur

MODFRNE. 373

la principauté de Salerne , le duché d*Amalfi et une partie de la Marche de Fermo, ymys qu*il prétendait devoir appartenir au saint -siège. Il mourut l'année suivante.

Si Grégoire se révolta contre son souverain, il ,^ ne respecta pas davantage les autres princes de TEurope. Il traita Philippe de tyran , d*hoinme Sï;;;;;.-*'^ chargé de crimes, menaça de le déposer, et écrivit quantité de lettres aux évéques et aux seigneur» pour soulever toute la France; mais les affaires d'Allemagne ne lui permirent pas de soutenir ces premières démarches.

Il menaça aussi de sa disgrâce le roi d'Angleterre : cependant il se conduisit avec plus de retenue, parce que Guillaume n'était pas homme à se laisser facilement intimider.

Il mapaça Orsoque , souverain de Sardaigne , de le dépouiller de cette île , s'il ne se reconnaissait pas pour vassal du saint-siége. Il excommunia Nicéphore, empereur de Constantinople , et il écrivit aux rois chrétiens d'Espagne : « Je crois « que vous n'ignorez pas que depuis plusieurs « siècles saint Pierre est le propriétaire du royaume « d'Espagne; que, quoique ce pays ait été envahi a par les infidèles depuis long-temps, on ne peut « lui en disputer la propriété avec justice, et qu'il « appartient au saint-siége a|K)StoUque. >» Sur ce droit imaginaire, il ne leur permettait de faire des conquêtes sur les Sarrazins qu'à condition

qu'ils lui rendraient hommage et lui paieraient un tribut; ajouta vt que s'ils en usaient autrement il agirait contre eux par les censures et par l'interdit.

En un mot , il s'établit le juge de tous les souverains. Toujours prêt à lancer des excommunications sur ceux qui ne voudraient pas se soumettre , il donnait à tous tantôt des conseils , tantôt des ordres, envoyant dans chaque royaume des légats pour observer ce qui s'y passait , et pour porter ses décrets. Il croyait surtout avoir des droits incontestables sur les peuples nouvellement convertis ; enfin sa vigilance se portait sur toutes les nations chrétiennes , depuis l'Afrique jusqu'en Norwége et en Russie.

Autoriié cju'it Le clergé principalement acheva d'être sub-

g'est arrogé sur ,

ïocc'denf/'" J^^^' I^s droits des métropolitains disparurent sous un pontife qui s'arrogeait à lui-même le gouvernement immédiat de l'Église. L'ancienne police fut abolie. Il ne pouvait rester aucune trace de la hiérarchie ecclésiastique, dès que le pape se fut réservé à lui seul la connaissance des affaires, le pouvoir d'assembler des conciles , la puissance législative, et le droit de juger souverainement de tout. Cependant cet abus devenait la source de plusieurs autres, car il fallait que les affaires fussent jugées à Rome, ou qu'elles le fussent sur les lieux. Dans le premier cas, les évêques étaient dans la nécessité d'abandonner leurs églises. Les

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désordres devaient donc se multiplier de plus en plus; et il n'en résultait aucun avantage, parce que cette marque de soumission au saint -siège assurait d'ordinaire aux accusés un jugement favorable, quelle qu*eût d'ailleurs été leur conduite. Dans le second cas, les affaires étaient jugées par des éveques que le pape avait choisis dans chaque royaume pour le représenter, et plus souvent par des légats qu'il envoyait de Rome, et pour lesquels il avait plus de confiance. Ces prélats , défrayés partout où ils passaient, marchaient avec un faste à charge à toutes les églises; ils exerçaient leur despotisme sans égard pour les usages dont ils ne daignaient pas s'instruire: encore arrivait-il que les jugemens qu'ils portaient à la tête du concile n'étaient pas définitifs. Les parties qui se croyaient lésées pouvaient en appeler au pape , qui ne cherchait qu'un prétexte pour juger par lui-même : il fallait donc encore faire le voyage de Rome. Ainsi l'Église devenait une espèce de monarchie, dans laquelle les éveques n'étaient que les sujets du pape, des courtisans intéressés à soutenir ses démarches, ou des ministres aveugles de ses volontés. Les églises particulières étaient ruinées par les dépenses auxquelles on les forçait ; les affaires étaient jugées par des commissaires , et l'intérêt du souverain pontife était la première loi. Celui qui refusait de reconnaître ce nouveau tribunal était toujoiu^ condamné ; et le coupable.

qui devenait innocent par sa soumission seule j s'assurait Fimpunitc à l'abri du saint -siège. Ce n'est là qu'une légère idée des abus qui régnaient. Il faut lire sur ce sujet le quatrième discours de l'abbé Fleuri.

Comment les C'cst vcrs Ic tcmos dc Grégoire VII que les

cardinaux s'e'- l O J-

lèvent. cardinaux, qui n'étaient d'abord que des prêtres,

des diacres, ou seulement des sous-diacres, commencèrent à s'élever au-dessus des évéques, et à avoir la plus grande part à l'élection des papes. Ce nom qu'on leur donnait ne marquait dans l'origine que l'union que les ecclésiastiques étrangers contractaient avec une église à laquelle ils s'attachaient ^; et il y avait des cardinaux dans bien des églises. Mais comme les cardinaux romains étaient souvent les légats du saint-siége , ils en exercèrent toute Tautorité dans les lieux où ils étaient envoyés. C'est pourquoi les évéques se firent une habitude de leur obéir, s'accoutumant insensiblement à les regarder comme leurs supérieurs. Ce premier avantage leur en procura lui autre; car, dès qu'ils occupèrent le premier rang, ils ne purent manquer d'avoir plus d'influence dans les affaires, et par conséquent dans l'élection des ♦ * C'est rexplication que Giannone en donne , et elle peut être conforme aux usages des églises d'Italie. Ce])endant il y avait, dès le second siècle, des prêtres qu'on nommait cardinaux parce qu'ils desservaient les principales églises, et qu'ils étaient alors ce que sont aujourd'hui nos curés.

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papes, il s'élèveront même encore, parce cpril sera de riiitérét du saint-siéf^e d'auffinenter la considération de ses ministres; et nous les verrons se prétendre égaux aux rois, et supérieurs aux autres souverains.

Les écrivains ont jugé :lifféremnient de Gré- r,rV|«f,yii

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••oire. Je ne fouillerai pas dans son Ame ; mais il "*'* me paraît difficile de concilier avec ini zèle sincère sa conduite et ses raissonnçmens. Il fallait qu'il comptâtbeaucoup sur l'ignorance des peuples, ou qu'il fut bien ignorant lui-même. On le met cependant au nombre des grands hommes, parce qu'on juge d'ordinaire ainsi lorsqu'on entrevoit quelque chose de grand. Or Grégoire en effet a causé de grands désordres. Il a vu que ses prédécesseurs s'étaient fait des droits en formant des prétentions, et il a formé des prétentions. Les Allemands se soulevaient contre leur souverain , et il les a armés ; en un mot , il a trouvé de la confusion partout, et il l'a augmentée. Quel bien a-t-il fait?

Il ne faut pas se faire illusion. Si les papes ont cwsimmcm.

aittn 11 Mliii

réussi, c'est moins par leurs talens que par la JTidFxî faiblesse des rois , l'ignorance des évéques et l'im- '«'•^••• bécillité des peuples. Ils n'ont même jamais fait de plan d'usurpation ; mais ils ont pris ce qu'on leur a laissé prendre, parce qu'on ne savait rien contester. Ils ont fait ce que faisaient alors toiis les seignenrs lorsqu'ib étaient les plus forts : ces seigneui*s cependant n'étaient pas tous de grands

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hommes; les papes avaient seulement l'avantage - d'être sur un plus grand théâtre , et c'est ce qui nous en impose.

Cela en imposait à plus forte raison dans les siècles grossiers oii ils s'agrandissaient. On crut voir la politique la plus profonde dans leur conduite; et leur réputation ayant été faite à cet égard, on a continué de voir de la même manière, quoiqu'on eût pu remarquer que leur grandeur diminuait à mesure que les lumières croissaient. Nous disons même encore par habitude que Rome est le centre de la politique; mais j'ai bien peur qu'elle ne soit aujourd'hui que le centre de quelques petites intrigues, propres tout au plus à couvrir d'une calotte rouge la tête d'un prélat ou d'un moine.

met l'Alle-

magne.

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