CHAPITRE V
Depuis la mort de Clovis jusqu'au temps où les maires du palais s emparèrent de toute l'autorité.
Partage des La Ffaiice était alors divisée en orientale ,
étals de Clovis. , , . . . '1.1 '
qu ou nommait Aiistrasie, et en occidentale, qu on nommait Neustrie. La première comprenait le pays qui, est entre le Rhin et la Meuse; et la seconde était bornée par la Meuse, la Loire et l'Océan. Thiéri, que Clovis avait eu dune concubine, eut en partage l'Austrasie, les provinces au delà du Rhin, et tout ce que les Français avaient conservé de conquêtes faites sur les Visigoths. Trois princes, nés de Clotilde, régnèrent dans la Neustrie; Childebert à Paris, Clodomir à Orléans, et Clotaire à Soissons.
Leur» voisins Lcs puissanccs voisines ou ennemies des Fran-
ou ennemis. . ,
(îais (ear ces mots , presque synonymes aujourd'hui , l'étaient encore plus dans un temps où l'on n'avait aucune idée du droit public ), ces puissances, dis-je, étaient le roi de Thuringe , celui de Bourgogne , et Théodoric, qui gouvernait le royaume des Visigoths , au nom de son petitfils Amalaric, fils d'Alaric.
On ne prévoit Aucuu dc CCS pcuplcs u'avait su donner encore
pas comment ^ 1 r • •
ces peuples pour 'd son gouvememeut la lorme qui convenait à sa
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situation. Attachés par habitude à des usages qui rom ■• bh* ne leur sufifisent plus depuis qu'ils sont fixés, ils n'en adoptent de nouveaux, qu'autant qu'ils y sont forcés par des circonstances , ou ils prennent sans dicernement , dans les codes romains, des lois qui, n'ayant pas été faites pour eux, produisent nécessairement de nouveaux abus. Quand on réfléchit sur ce désordre, il n'est pas facile d'imaginer comment les peuples de l'Europe s'arrangeront enfin pour se gouverner avec quelque sagesse, et on a lieu de craindre qu'ils ne conservent toujours quelques traces de leur première barbarie.
En vous rappelant les dissensions que des in- onnepreVoii
^ /«Al que dfsperfidie»
térets opposés ont fait naître parmi les Romains, e«i'"6"erro. vous prévoyez que l'histoire de l'Europe ne va plus vous offrir que des guerres et des révolutions. La scène est la même qu'à Rome; mais le théâtre plus vaste sera plus ensanglanté. Ce sont des barbares qui, sans idée de justice, d'équité, de bonne foi, ne connaissent que la force. Il semble qu'on soit transporté dans un amphithéâtre, pour être spectateur des combats de bétes féroces. Vous faire prévoir ces guerres dans leurs causes, c'est vous en faire connaître la partie la plus essentielle : il ne me reste qu'à remarquer les principales révolutions, et je négligerai les détails.
Les quatre frères furent quelques années sans ThJéri eniëv» se faire la guerre, parce qu'ils tournèrent leurs "VuX"/"*^**
armes contre des ennemis étrangers. Thiéri conquit
la Thuringe sur Hermanfroi, qu'il fit périr, quoiqu'il
lui eût promis la vie; et il tendit des embûches à
Clotaire, qui l'avait aidé dans cette conquête.
fiuTciovïdT Sigismond, fils et successeur de Gondebaud,
fiirde^GmiTe. fut vaiucu par Clodomir, Childebert et Clotaire:
et ayant été fait prisonnier, il perdit la vie par la
Cruauté de Clodomir, qui fit encore tuer sa femme
et ses enfans.
Les Français Qq ryeiH coniecturcr que la mésintelligence ne
ravagent la 1 J J- o
Bourgogne. pej^niit p^s aux vaiuqucurs de recueillir le fruit de leur victoire : car Godemar , frère de Sigismond , reconquit toute la Bourgogne , Childebert et Clotaire renoncèrent même à se mêler de cette guerre, et Clodomir,. qui la continua avec le secours de Thiéri , fut tué lorsqu'il poursuivait les ennemis. Les Français, une seconde fois vain- •queurs , ravagèrent toute la Bourgogne , tuant indistinctement les vieillards, les femmes et les enfans. Godemar cependant ne perdit pas sa couronne. Clotaire poi- Thiéri , Clotalrc et Childebert se partagèrent
gnarde deux de 1 D
le royaume de leur frère. Mais Clotildene cessant de leur représenter les droits de leurs neveux , Clotaire en poignarda deux lui-même ; un troisième, nommé Clodoalde, lui échappa , se fit couper les cheveux, entra, quand il fut en âge, dans les ordres sacrés , et mourut en odeur de sainteté dans un village près de Paris , qui a pris de lui le nom de Saint-Cloud.
neveux.
Le grand Théodoric étant mort, Childebert if, rr««ç*j.
fonllnronqu^lc
marcha contre Amalaric, roi des Visigoths, qui ^'J* Door^ofut défait et tué. Les trois frères se réunirent ensuite contre les Goths et les Bourguignons , et se rendirent maîtres de plusieurs places. Thiéri étant mort avant la fin de cette guerre, Théodebert, son fils y lui succéda sur le trône d'Austrasie , et la continua avec ses oncles, quoiqu'ils eussent tenté de lui enlever sa couronne. Elle se termina par la conquête de la Bourgogne, que les troisconquérans partagèrent entre eux. Par-là ces rois ajoutèrent à leurs états , n6n-seulement ce qu'on nomme aujourd'hui la Bourgogne, mais encore le Nivernois, la Savoie, le Dauphiné, une partie de la Provence , et les bords du Rhin , depuis Bâle jusqu'au delà de Constance.
L'empereur Justinien , qui faisait alors la guerre i « rou fran-
* ^ ^ " çai< s'allient
aux successeurs de Théodoric, envoya une ambas- ;^"l„tiiîeJ**l' sade aux rois français, et les engagea dans son ''"*^**"8*" *• alliance par des présens considérables. Les Ostrogoths, de leur côté, tentèrent d'écarter ces nouveaux ennemis , ou même de les mettre dans leur parti , en leur offrant de grandes sommes et tout ce que les rois d'Italie possédaient encore dans les Gaules. Les Français acceptèrent, et firent un traité secret par lequel ils promirent des secours.
Les Grecs et les Goths étaient campés près de u p«rfid«
• 1 Thr'odcUrt dé.
Tortone, à peu de distance les uns des autres, ["l'oôifr****
lorsqu'ils apprirent que les Français étaient entrés en Italie. Les deux armées les attendaient avec la même impatience, comptant chacune sur eux, comme sur des alliés. Théodebert , profitant de cette sécurité, les surprit toutes deux, et les défit l'une après l'autre. Il pilla toute la Ligurie ; et, ne trouvant plus de quoi subsister dans un pays ruiné , il fut contraint de repasser les Alpes. Grierie civile Lcs rols dc Fraucc commencèrent alors une
terminée parnn
racle!"'" ""'" guerre civile , parce qu'ils n'avaient point d'ennemis au dehors. Clotaire porta le ravage fort avant dans les états de son frère. Mais Théodebert etChildeberts'étant réunis, il se trouva engagé trop avant pour reculer, et il fut forcé de se retrancher dans une foret. On ne concevait pas comment il pourrait échapper , lorsque ses ennemis , croyant voir le courroux du Ciel dans un orage dont ils furent épouvantés, firent des propositions de paix, que Clotaire n'eut garde de refuser. Les historiens ont dit que cet orage miraculeux avait été accordé aux prières de Clotilde. Cette sainte princesse était bien malheureuse d'avoir à prier pour de pareils enfans : car , sans vouloir pénétrer dans les voies de Dieu, il était bien difficile d'obtenir un miracle pour des princes usurpateurs, perfides et parricides.
ehiid(b<.rtet Childebert et Clotaire marchèrent ensuite con-
t^lotaire en dan-
Clrltr" tre Theudis, roi d'Espagne : ils eurent d'abord des succès; mais une défaite entière, et les passages
MODF.RN]:;. ) »
(les Pyrénées fermés h leur retour, les auraient mis dans la nécessité de péril- avec leur armée, si l'avarice du général ennemi ne leur eût ouvert un passap^e.
Théodebert fut plus heureux en Italie, où sou riouire.vi.général Bucelin conquit la Ligurie et la Vénétie. »"»•'• Ce roi formait le projet de porter la guerre jusque <lans la Thrace , lorsqu'il mourut ; et les Français ^^*furent chassés de l'Italie , pendant le règne de son fils Théodebalde. Celui-ci étant mort six ans après son père , Clotaire s'empara du royaume d'Austrasie, et Childebert, alors malade, ne fut pas en état de faire valoir ses droits.
Cette injustice devait renouveler la guerre entre cequioccwion-
«' C ne une guerre.
les deux frères , et en effet elle la renouvela. a!;'ïr«ç"]."'' Cramme, fils de Clotaire , se joignit même à Childebert , qui engagea les Saxons à se révolter contre le roi d'Austrasie. Mais Childebert étant mort en 558, Cramme eut recours à la clémence de son y^s. père, qui lui pardonna; et Clotaire réunit sous sa dommination tout; l'empire des Français.
Cramme se révolta une seconde fois , fut vaincu cruauié de «e
' pnnce enrers
par son père , et brûlé par son ordre dans ime Ji"™"' • ""•
chaumière , où il s'était retiré avec sa femme et
ses en fans. Le roi mourut l'année suivante, lais- ^e^.
saut quatre fils, Chilpéric, Caribert, Contran et
Sigebert.
la France fut divisée en quatre royaumes jus- uFra«rep.r.
* "^ "^ l»gée entre Mt
qu'en 56^, que mourut Caribert, roi de Paris. i»^'" *"««»«'*•
Gontran , roi d'Orléans et de Bourgogne , Sigebert, roi d'Austrasie, etChilpéric, roi de Soissons , se partagèrent la succession de leur frère : mais ils convinrent de posséder Paris ^aTindms^ et qu'aucun des trois n'y pourrait entrer sans le consentement des deux autres.
cenesonique Vous Hrcz daus Ics tiistoricns les horreurs qui
forfaits jusqu'en ^ T T T ' '
6i3 , que cio- se commirent sous ces reenes. Les loriaits s y
taire II règne C ^
'""'■ multiplièrent, et la France fut déchirée par des
guerres civiles, jusqu'en 6i3, que Clotaire , second fils de Chilpéric, régna seul.