Louis VII était mort deux ans auparavant , et
Sa morl. ^ ^ ^ 1 \
Philippe II, son fils , qui était monté sur le trône, ne cherchait que l'occasion d'enlever au roi d'Angleterre les provinces qu'il avait en France. Après des hostilités sans succès, il réussit à soulever Richard ; et Henri mourut de chagrin , soit de la révolte de son fils , soit d'un traité désavantageux auquel il fut forcé. Richard lui succéda. phîi.ppeAu- Il y avait déjà quelques années qu'Héraclius ,
guste et Richard *' J T. 1 X
kils^inr"'''' patriarche de Jérusalem, était venu en Europe prêcher une croisade, et que Richard et Philippe ' s'étaient engagés à marcher au secours des chré-
tiens de la Palestine. Impatiens d'accomplir leur vœu, ces deux rois firent la paix, et marchèrent ensemble contre les infidèles. Afin même de fournir aux frais de cette entreprise , Richard aliéna tous les domaines de sa couronne , et vendit plusieurs places au roi d'Ecosse.
Frédéric Bar. L'cmpercur Conrad III était mort en 1 152, et
s«cc"d?à con- son neveu Frédéric F^ , surnommé Barberousse ,
rad IIl. ^
MODUIHE. 417
lui avait été doiiiié |K>ur successeur. Alors de nouveaux désordres naissaient des désordres précédens. Plusieurs villes de Lombardie , secguant le joug de 1 empire, s'érigeaient en républiques. On 11^ savait point encore à Kome à qui appartenait la souveraineté, et c'était un sujet de discorde entre le pape, qui voulait dominer, et le peuple, qui voulait être libre. Enfin en Allemagne, où les droits n'étaient pas mieux réglés, les prétentions armaient continuellement les vassaux les uns contre les autres. Ce règne sera donc fort agité; mais il mettra dans un plus grand jour l'activité, le courage et la sagesse de Frédéric.
Après avoir tenu une diète et rétai)li la tran- s«« *••» quillité en Allemagne, Frédéric passa les Alpes, liSJ. soumit rapidement les principales villes de Lombardie, et accorda.son secours au pape Adrien IV, que le peuple avait contraint de sortir de Rome. Cependant il ne pouvait pas y avoir une confiance entière entre un empereur d'Allemagne et un pape : ils se craignaient lors même que l'intérêt commun les forçait à se réunir. Ainsi leur entrevue fut précédée d'une négociation où le pape promit de couronner Frédéric, et où Frédéric jura de conserver au pape la vie, les membres, la liberté, l'honneur et les biens. C'était en pareil cas la formule des sermens. Il est bien étrange de se croire obligé d'exiger de pareils sermens de ceux à qui on demande des secours ;
et cela seul suffirait pour faire connaître les mœurs de ce siècle.
Adrien, ayant été conduit à la tente de l'empereur, se trouva fort embarrassé; il ne savait comment descendre de cheval, parce que* Frédéric refusa de tenir l'étrier. Il descendit pourtant ; mais il refusa le baiser de paix à ce prince, jusqu'à ce qu'il lui eût rendu les honneurs dus au successeur du chef des apôtres. Frédéric, après s'être informé des usages, consentit à servir d'écuyer le lendemain au pape : il s'y prit fort maladroitement, s'excusant sur ce que cet emploi était nouveau pour lui.
Le peuple romain avait aussi ses prétentions : il croyait être encore ce qu'il avait été autrefois, quoiqu'il sût à peine ce qu'il avait été. Le sénat fit donc offrir à Frédéric par ses ambassadeurs sa bienveillance, les honneurs du triomphe et la couronne impériale , lui prescrivant d'ailleurs les largesses qu'il devait faire, et les lois auxquelles il devait s'assujettir.
Il y avait bien long-temps que ce langage n'était point d'usage, et Frédéric, interrompant une harangue dont l'orgueil l'offensait : Rome, dit-il, n'est plus ce qu'elle a été ; Charlemagne et Othon l'ont conquise , je suis votre maître; je vous dois la justice et la protection ; je fais mes libéralités comme il me plaît ; mes sujets ne me donneront pas la loi. Il fut ehsuite couronné, et il conduisit
le pape à Rome : il y eut cependant des âottlère» mens et du sang répandu.
Par la cérémonie du couroruiemcnt Frédéric '^•'-•^« w élait reconnu souverain de Home : ainsi le pape, 'fîîlXTi'i pour soumettre le peuple, devenait lui-même *•"•*••"••*• sujet de l'empereur ; mais c'était beaucoup qfue d'avoir subjugué les Romains, d'autant plus qu'en interprétant la cérémonie du couronnement, Adrien pouvait prétendre avoir donné l'empire ; aussi écriviè-il à tous ceui à qui il fit part de ce couronnement, qu'il avait conféré à Frédéric le bénéfice de l'empire romaki; et ce mot de bénéfice faisait entendre qu'il l'avait donné comme fief du saint-siége. On se faisait des idées si exactes, que le pape paraissait tout à la fois et le sujet et le seigneur suzerain de l'empereur.
Cependant de nouveaux troubles avaient rap- prOMc,^ pelé Frédéric en Allemagne. Il tint une diète, où »•• y^^*^^* les princes qui avaient pris les armes fiirent cités, ^^^^,ST. et condamnés, comme perturbateurs du repos public, aux peines portées par la loi, c'est-à-dire, les comtes à porter sur le dos un chien d'un comté à l'autre ; les gentilshommes une escabelle, et les autres la roue d'une charrue.
L'empereur ayant ensuite appris les lettres que le pape avait écrites, s'en plaignit hautement, reçut fort mal les légats du saint-siége, résolut même de faire un second voyage en Itahe; et il se fit précéder par des commissaires qui devaient
tout observer, et faire reconnaître partout son autorité. Le pape effrayé renvoya des légats qui saluèrent Frédéric comme empereur et souverain de Rome, et qui lui remirent des lettres de sa sainteté. Adrien l'assurait qu'en se servant du mot de bénéfice, il ne prétendait pas lui avoir conféré un fief, mais seulement que c'était un bienfait, une chose bien faite de lui avoir mis la couronne sur la tête. Quelque forcée que fût cette interprétation , elle était un aveu des droits de l'empire, et Frédéric s'en contenta : cependant il n'abandonna pas le projet de passer en Italie. | ,,59. Il y revint en effet, aussitôt quil crut avoir as-
d'Adrien. ' sure, la tranquillité en Allemagne, et il fit des recherches pour assurer les droits de l'empire sur les villes de la Lombardie. Il était occupé à soumettre les plus rebelles, lorsque le pape désapprouva l'hommage qu'il exigeait des évéques; demandalarestitutionde plusieurs fiefs, entre autres, de ceux de Mathilde, qu'il disait avoir, comme ayant été donnés au saint-siége par cette princesse ; et prétendit que les régales et les magistratures de Rome ne pouvaient appartenir qu'à saint Pierre. C'était s'arroger la souveraineté dans cette ville : cette contestation n'eut pas de suite , parce qu'Adrien mourut. 1159. A peine Alexandre III eut été élu, que trois
La mort d' A- ^ ^
dw"schismï' cardinaux élurent Victor IV. L'empereur, qui
ii6ot
avait des raisons pour exclure le premier, fit
MODF.RNF.. 4 'il
tenir tiii concile k Pavie, où le second fut reconnu. Alexandre prononça anathème contre Victor et contre Frédc^ric , et déclara les sujets de Terapire absous du serment de fidélité. ]>a France et l'Angleterre se déclarèrent en sa laveur, et Louis VII lui ayant donné un asile dans ses états , il y prononça de nouveaux anathèines.
Cependant, comme les Milanais étaient les plus puissans des peuples qui portaient impatiemment •••»••. le joug de Tempire, Frédéric résolut d*eii faire un exemple. La ville , forcée après un long siège , ftit démolie entièrement, à Texception des églises: on y passa la charrue, et on sema du sel sur ses débris. Mais les troubles qui recommencèrent en ,,«. Allemagne demandaient encore la présence de l'empereur; il alla les apaiser, et revint.
Pendant son absence, plusieurs peuples s'étaient soulevés à la sollicitation d'Alexandre, qui avait cru la circonstance favorable pour s'établir à Rome. Frédéric soumit les peuples, chassa le •••*• pape, et mit^ascal III, successeur de Victor, en possession du saint-siége. Mais une maladie contagieuse qui se mit dans ses troupes ne lui permettant pas de soutenir ses avantages, il repassa les Alpes. Alors presque toute l'Italie secoua le ,,f>: joug. Les Milanais rebâtirent leur ville , et Alexandre affermit sa puissance de plus en plus. Cependant des affaires retenaient l'empereur en Allemagne.
Frédéric fait
4fl» HISTOIRE
Quoique clans son dernier voyage en Italie il Alexandre îrr cût des succès , des revers encore plus grands et des révoltes dont il était menacé en Allemagne, le forcèrent d'entrer en négociation avec le pape. Cependant, ne voulant pas recevoir la loi, il fit un dernier effort ; et ayant vaincu , il envoya des
"77- ambassadeurs pour traiter de la paix. Elle fut ratifiée à Venise, où il eut une entrevue avec Alexandre, qu'il reconnut pour pape, et qui lui donna l'absolution. Il accorda une amnistie générale aux villes d'Italie; il leur rendit leurs privilèges, et elles lui prêtèrent serment comme à leur souverain. L'antipape se soumit aussi.
,.79. Le concile général de Latran, qui se tint à
Les cardinaux
^dudrÔu"d'"i'ré I^ome deux ans après, arrêta que, lorsque les * *"^*' cardinaux ne s'accorderaient pas tous a nommer la méine personne au souverain pontificat, on ne pourrait reconnaître pour légitimement élu que celui qui aurait eu les deux tiers des suffrages. Ce règlement, fait pour prévenir des schismes qu'il ne prévint pas, montre que les cardinaux commençaient à jouir seuls du droit d'élire les papes , et que les droits du peuple et de l'empereur ne paraissaient plus que des prétentions surannées. Aussi la paix d'Alexandre avec Frédéric est l'époque où la puissance des papes commence à s'affermir dans Rome, et ils trouveront désormais moins d'obstacles à se saisir de la souveraineté. Mais il faut convenir que
MODEHMK. 4a3
cette principauté aura coûté plus de sa^n^ que la fondation des plus grands empires, et, si ou réfléchit bien sur la a)nduite des papes, on ne jugera pas de leur politique par leurs succès. lU scraieut devenus souverains beaucoup plus tôt, s'ils n'avaient eux-mêmes retardé le moment en brusquant toujours les circonstances. Était -il sage d'appeler continuellement en Italie des étrangqp plus puissans qu'eux? Ils avaient tant de moyens pour réussir auprès du peuple dans des temps d'ignorance et de superstition. Déjà re^ectables par leur caractère , il ne leur restait qu'à se faire aimer. Cependant, parce que les hommes ne changent pas facilement d'alhire, et qu'ils paraissent condamnés à se copier lorsqu'ils se suivent, les papes continueront à faire les mêmes fautes, et trouveront encore des obstacles. Ils donneront par exemple, le royaume de Naples à plusieiu-s princes, croyant toujours en trouver un qui leur sera sou.mis , et ils ne le trouveront . pas. Ils ne deviendront réellement souverains de Rome que lorsque, forcés à être plus tranquilles sur le saint-siége , il ne sera pas en leur pouvoir d'appeler l'étranger. C'est ce qui arrivera lorsque Laurent de Médicis gouvernera Florence, et donnera la paix à l'Italie.
Vers le commencement du règne de Frédéric, c»****m j'ale royaume de Sicile fut déchiré par une longue $;;;;.'• '^^ guerre civile, où le pape Adrien IV, ayant mêlé
ses armes temporelles à ses armes spirituelles, fut assiégé dans Bénévent. Trop heureux d'obtenir la paix , il accorda plus que ses prédécesseurs n'avaient fait; car il investit le roi Guil- 1186. laume I^' de toutes les provinces que le saintsiége avait contestées jusqu'alors. Ce qu'il y a de plus singulier , c'est qu'Adrien et Guillaume partagèrent entre eux la juridiction ecclésiastique , qui originairement appartenait tout entière au souverain pontife. Le pape se la réserva sur la Calabre, la Fouille et les lieux adjacens ; mais il céda presque toute celle qu'il avait sur l'île de Sicile , renonçant aux appellations et au droit d'y envoyer des légats. Ainsi ce roi , seul roi feudataire du saint-siége, en dépendit cependant moins que toutes les autres. Ce vassal était de tous les princes celui qui redoutait le moins les foudres du Vatican , parce qu'il les voyait de plus près , et que les papes avaient besoin de le ménager. Henri. fils de Guillaumc II, fils dc celui qui avait fait ce
Frédéric, cpou- . .
se iiuriiièrt d» traité avautagcux avec Adrien , envoya une flotte
royaume de Si- ^ ' J
*^'''* au secours des chrétiens de la Palestine , et fit la
guerre à l'empereur de Constantinople. Enfin en 1186, n'ayant point d'enfant, il maria Constance, fille du roi Roger, et seule héritière du royaume de Sicile, à Henri, fils de Frédéric Barberousse ; ce sera l'origine de bien des troubles. Frédéric, ayant joui d'un règne assez tranquille depuis la paix faite avec Alexandre , arma
MODKR19K. 4^5
|K>nr aller au secours des chrétiens de la Terre- Sainte, et partit en 1189.