CHAPITRE VI
Troisième croisade.
C'était en 1173 que Guillaume II, joj tle .^1- u. ,;.,,.,.„. elle, envoya des secours dans la Terre-Sainte, i:..*:'^ '*;,;;• En 1177, Philippe, comte de Flandre, y vint avec de nouvelles forces; et, en 1 179, le comte de Champagne, Pierre de Courtenai, frère de Louis VII, y conduisit encore une armée de croisés. Cependant, en 1 188, les chrétiens avaient perdu Jérusalem, et ne conservaient plus qu*Antioche, Tyr et Tripoh.
Ils s'étaient détruits par leurs propres divi- CMM«4«bw
Tir 11 r«i»t : i* l.«
sions. Les chefs, ayant abandonne les marqui- ,5,j^'~^** sats, les comtés et les seigneuries qu'ils avaient en Europe, voulurent avoir de semblables principautés en Syrie. Ils y établirent donc le gouvernement féodal avec tous ses vices : il y eut îles princes d'Antioche, des princes de Sidon, des marquis de Tyr, des comtes de Joppé, des comtes d'Édesse, etc. To».s ces tyrans se firent la guerre lorsqu'ils ne la faisaient pas aux infidèles; et souvent quelques-uns s'allièrent avec les mahométans contre les chrétiens.
a° La puis. Lcs papcs j régiiaicnt par la puissance du clergé; flre'lTeVparUes ^^ ^cttc pulssancc s'j excrçait avec les mêmes
étaient sans su- > a t i , ,
bordination; cxccs , OU meiTic avcc de plus grands qu en Europe. Les évéques, qui prétendaient être seigneurs dans leurs diocèses, avaient dés serfs, des vassaux et des armées. Presque toujours désunis, ils étaient peu soumis au roi de Jérusalem; et d'un autre côté ils n'avaient aucune autorité sur les moines, qui se maintenaient dans l'indépendance, parce qu'ils avaient aussi des seigneuries, ou parce que les peuples dont ils nourrissaient la superstition se déclaraient pour eux. Ainsi les seigneurs laïcs, les évêques, les prêtres et les moines, tous se faisaient la guerre.
Les religieux les plus puissans étaient les Hospitaliers et les Templiers , qui avaient été fondés les uns pour garder les malades , et les autres pour veiller à la sûreté des chemins. Ils firent vœu de se battre, et ils se battirent en effet contre les infidèles et contre les chrétiens. Devenus puissans de bonne heure, ils eurent des provinces entières, et ils se rendirent redoutables au reste du clergé comme aux seigneurs laïcs.
Enfin dos vice» Cc qui habitait la Syrie était alors un mélange une superstition dc Juifs, d' Arabcs , de Turcs, de Grecs schismati-
grossière. '
ques, d'Arméniens, de jacobites, de maronites, de nestoriens, d'hérétiques de toute espèce, d'Allemands, d'Italiens, d'Anglais, de Français. Ces nations se communiquèrent leurs vices sans se
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communiquer leurs vertus; et on lit avec horreur les crimes dont elles souillaient la Terre- Sainte. Cependant ces hommes qui avaient si peu «le religion dans le cœur en avaient toujours le nom dans la bouche. C'était pour la religion que les Hospitaliers et les Templiers s'égorgeaient entre eux , que les religieux se battaient dans les processions publiques , qu'ils usurpaient les décimes et les droits des évêques. C'était pour la religion que leclergé devenait parjure en déliant les princes des sermens faits aux mahométans , et les sujets des sermens faits aux princes chrétiens; enfin c'était pour la religion qu'on violait toutes les lois, qu'on méprisait la foi des traités, et qu'on exerçait sur les musulmans les cruautés les plus contraires à l'esprit de l'Évangile. Tel était jusqu'alors l'effet des croisades; et c'est là ce qu'on appelait rétablir la religion chrétienne en Asie : c'est aussi ce qu'on avait dû attendre des hordes féroces et superstitieuses qui s'y étaient répandues.
Pendant que les chrétiens, toujours divisés, 9^u,«,5* cruels et parjures, préparaient leur ruine, régnait en Egypte Selaheddin ou Saladin , prince humain , généreux , fidèle à ses engagemens , et grand capitaine. Il fut d'abord lieutenant de Nouraddin ou Noradin , sultan d'Alep. Fait ensuite grandvisir du khalife Phatimite , il eut ensuite toute l'autorité sous ce pontife. Ixirsque le khalife fut mort, il ne permit pas qu'on lui donnât lui suc-
iadi*.
cesseur. Il fit reconnaître en Egypte le khalife de Bagdad, et il mit fin au grand schisme qui divisait depuis deux cent soixante et quelques années les sectateurs de Mahomet, et qui, armant les deux partis l'un contre l'autre , avait fait répandre des flots de sang pour des opinions dans le fond peu importantes.
Il protégeait Après la mort de Noradin , qui mérita l'estime
les chrétiens. *• -^ J-
des musulmans et même des chrétiens , Saladin étendit sa puissance autant par sa politique que par ses armes. Le sultan d'Alep avait persécuté les chrétiens par principe de religion ; celui d'Egypte tint une conduite toute différente. Il abolit les lois qui avaient été portées contre eux ; il leur accorda les droits de citoyen, appela même les plus habiles auprès de sa personne, et leur donna de l'emploi.
Les chrétiens Si Ics chréticus avaient su profiter des disposi-
le forcèrent à * ^
mes"cJnilreur. tious où cc priucc était à leur égard , et s'ils s'étaient fait une loi d'entretenir la paix avec lui, ils se seraient insensiblement affermis ; les secours qu'ils recevaient de temps en temps de l'Europe les auraient mis en état de faire des conquêtes sur d'autres musulmans; enfin après la mort de Saladin ils auraient pu profiter de la division qui devait se faire de son empire entre un grand nombre d'enfans, et donner la loi à des princes qui devaient s'affaiblir mutuellement par des guerres civiles ; mais, toujours infidèles, ils ne firent des
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traités que |>i>ur les violer , et ils forcèrent le sultan «rËgypte à travailler à leur destruction.
C'est le souverain de rEffvpte, de l'Arabie, de riM..„„,NH. la Syrie , de la Mésopotamie et de la Perse , qui ""'• arme pour conquérir le royaume de Jérusalem ; et déjà des Hospitaliers, des Templiers et des chrétiens de toute condition passent dans les états de ce prince , jugeant que la Palestine va tomber sous sa puissance.
Cependant Gui de Lusignan , mal affermi sur c.i é* i^i. un trône d'où une faction menace de le faire descendre, rassemble tous les chrétiens qui lui sont fidèles , ou que le péril commun réunit. Il fait prendre les armes à tous ceux qui sont capables de les porter, dégarnit toutes les places; il marche contre Saladin à la tête de cinquante raille hommes. Cette armée , conduite à travers des déserts arides où elle manquait de tout, fut vaincue sans résistance. Presque tous furent tués ou faits prisonniers ; et du nombre de ceux-ci furent Gui de Lusignan , Geoffroi son frère , Rainaud de Châtillon, les deux grands-maîtres, plusieurs autres seigneurs et plusieurs évéques. Saladin fit tomber d'ua coup de sabre la tète de Rainaud de Châtillon , après lui avoir reproché ses infractions aux traités, et ses cruautés contre les musulmans. D'ailleurs il ne se montra au roi et aux prisonniers qu'humain et généreux.
J^s villes ouvrirent les portes au vainqueur ou j^^^"*»**^^
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"87. résistèrent faiblement; et Jérusalem, qui soutint un siège, fut forcée de se rendre à discrétion. Le sultan mit la rançon des hommes à dix besans d'or , celle des femmes à cinq , celle des enfans à deux , et déclara esclaves tous ceux qui ne pourraient pas payer ces sommes. Cependant il en délivra mille à la prière de son frère , mille autres à la sollicitation d'un chrétien ; enfin il permit à tous les pauvres de se retirer. Alors les femmes en pleurs vinrent lui demander leurs maris, leurs fils ou leurs pères qui gémissaient dans les fers ; il les leur accorda, et il fit même encore des présens à chacune.
inhumaniic lluc partic dc ces infortunés se retira sur les la Palestine, tcrres de Boémond, comte de Tripoli; mais les chrétiens refusèrent de leur ouvrir les portes, et leur enlevèrent le peu qu'ils avaient emporté avec eux. Une autre partie prit la route d'Alexandrie , et les musulmans leur fournirent des tentes et des vivres. Des Génois, des Pisans et des Vénitiens refusèrent de recevoir dans leurs vaisseaux les chrétiens qui n'étaient pas en état de payer : l'émir qui commandait dans Alexandrie paya pour ces misérables.
Nouveaux se- Autiochc, Tripoli et Ty r étaient les seules places
cours que l'Europe leurenvoie. qyi n'avaient pas succombé sous les armes de Sa-
ladin, lorsque toute l'Europe s'ébranla pour aller encore au secours de la Palestine. Anglais, Français, Italiens, Allemands, Danois, tous les peuples
modfrivf:. , ; (
fournirent cîe^ armées de croisés. I^e khalife «le Bagdad promit une félicité étemelle aux musulmans qui mourraient en combattant contre le» chrétiens ; et Saladin réunit sous ses drapeaux tous les princes roahométans qui étaient k portée de lui donner des secours. Il avait d'ailleurs fait alliance avec le sultan d'Iconium, et avec Isaac l'Ange, empereur de Constanrinople.
Cependant des troupes de croisés étaient arrivées par mer, et Lusignan , qui avait recouvré sa liberté en jurant sur Tévangile de ne jamais prendre les armes contre Saladin, avait recommencé la guerre , et se voyait à la tête de plus de quatrevingt mille hommes. Les évêques avaient délié ce roi de ses sermens , et il se crut bien délié.
Le sultan par plusieurs victoires avait déjà bien s.u:k««i»M< diminué cette multitude de croisés, lorsqu'il craignait encore Frédéric, qui, après avoir forcé Isaac l'Ange à lui livrer les passages, battu deux fois les armées de Kilidge Arslan II , et pris Iconium d'assaut , était mort pour s'être baigné dans le ,,y,. fleuve Salif, qu'on croitétreleCydnusd'Alexandre. De cent cinquante mille hommes, le duc de Suabe, fils de Frédéric, n'en put sauver que sept à huit mille qu'il conduisit au roi de Jérusalem. Peu de temps après il perdit la vie auprès de Ptolémaïs que les chrétiens assiégeaient.
Le siège de cette place n'avançait point, quoi- Pi«w-*ri.«qu'on eût reçu de nouveaux secours par mer. lie "
comte (le Champagne était arrivé avec un grand nombre d'Anglais, de Français et d'Italiens; cependant l'armée dépérissait, parce qu'elle souffrait tout à la fois de la disette et d'une maladie contagieuse. Heureusement pour les croisés Saladin était malade , et la contagion régnait aussi parmi ses troupes. On n'imaginerait pas que dans cette situation Conrad, marquis de Tyr, et Lusignan, étaient sur le point d'en venir aux mains pour savoir qui des deux devait être roi de Jérusalem , de ce royaume dont le sultan était alors seul roi lui-même. On suspendit leurs hostilités en les engageant à s'en remettre à la décision de Philippe et de Richard.
Arrivée .le Ccs dcux Tois débarquèrcut , et la contestation
Philippe et de
^'"^^f'u ^^ devint plus vive, parce que Philippe se déclara pour Conrad, et que Richard prit le parti de Lusignan. D'autres tracasseries divisaient encore Philippe et Richard, naturellement jaloux l'un de l'autre , et retardaient les opérations d'une armée qui, dit-on, était composée de trois cent mille combattans. Sur ces entrefaites ils tombèrent malades l'un et l'autre; et, parce que Saladin eut la générosité de leur envoyer tout ce qui pouvait être utile à leur guérison , on publia dans l'armée qu'ils trahissaient la chose commune , et qu'ils étaient d'intelligence avec le sultan.
Enfin Ptolémaïs capitula, et se rendit après s'être défendue près de trois ans. Philippe-Auguste,
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jaloux de la supériorilé que RicliarcI a<||utTnit, se rembarqua pour revenir eu France, ayiuit laissé eu Palestine cinq cents t;riMÎ;iriiHs .1 nûlîifantassins.
Par le traité de capitulation, Saladiu devait ArtiMi-ii*
««ÎM è* Ri
donner en trois paiemeiis mie somme convenue «^'^• pour la liberté des babitans de Ptolémais. Lorsque le terme du premier fut arrivé , il demanda qu'en le délivrant on lui garantit par des otages la sûreté des prisonniers, ou qu'on les lui remît, ofBrant lui-même des otages pour ce qu'il devait encore. Les chrétiens avaient bien mérité qu'on prît ces précautions avec eux ; mais Richard , que cette méfiance offensait , fit égorger aux portes de la ville cinq mille prisonniers; et Saladin usa de représailles sur quelques chrétiens, mai^dissant des barbares qui le forçaient à cette cruauté.
Cependant la division était parmi les chrétiens : plusieurs chefs formaient des prétentions sur Ptolémais ; et il naissait continuellement de nouveaux sujets de discordes. Ck)nrad, ayant fait alliance avec le sultan, se disposait à faire la guerre aux chrétiens lorsqu'il fut assassiné ; et si Richard était redoutable aux mahométans, il était odieux aux croisés. Impatient de revenir dans ses états, où sa présence était nécessaire, il conclut une trêve de trois ans; et, quoiqu'il eût remporté une victoire , il fut contraint de signer les articles que
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Saladin Jui prescrivit. Le succès de cette croisade se borna à la prise de Ptolémaïs et de quelques autres places ruinées ; c'est-à-dire que les chrétiens conservèrent Tyr avec ses dépendances, et toute la côte depuis Joppé jusqu'à Ptolémaïs.
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