‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 43 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De rAllemagne et de Tltalie jusqu'à Rodolphe de Habsbourg, empereur, et jusqu'à Charles d'Anjou, roi de Sicile.

Henri VI, qui avait été couronné du vivant de .,9..

. » , «••ri'Vl.m.

son père , tut reconnu empereur aussitôt qu on f^*^^ eut appris la mort de Frédéric. Guillaume II, *'"'** roi de Sicile, venait aussi de mourir; et ce royaume était divisé entre plusieurs concurrens qui prétendaient à la couronne. Tancrède , du sang des princes normands, parce qu'il était fils naturel de Roger, l'emporta d'abord sur les prétendans qui s'étaient élevés en Sicile; mais il lui restait à se défendre contre l'empereur, qui se préparait à faire valoir les droits de Constance, sa femme. Henri, ayant échoué dans une première tentative, revint avec de plus grandes forces, et conquit ce royaume sur Guillaume III , fils de Tancrède. m^ Ce prince mourut' peu d'aimées après : s'il eut 1197. quelques bonnes qualités, il fut rniel et perfide :

/j36 HISTOIRE

sa conduite avec Richard suffirait pour ternir la

mémoire d'un plus grand homme.

Sa conduite Le Toi d'Aufijleterre ayant été jeté par la t émanée Richard. *-' ^ J i

péte sur la côte de Venise, entreprit d'achever son voyage par terre, et eut l'imprudence de passer par les états du duc d'Autriche, qu'il avait offensé en Palestine. Il fut arrêté et livré à l'empereur, qui eut la lâcheté de le tenir dans les fers, et de lui vendre cher la liberté.

Philippe pst Frédéric , fils de Henri , avait été élu roi des

charge de gou-

pendant'"îen- Romains; ct comme il était encore dans l'enfance, veu Frédéric li. Ics Allcmauds confièrent le gouvernement de l'empire à Philippe de Suabe, duc d'Alsace, frère du dernier empereur. D'un autre coté. Constance conserva la Sicile à son fils, y maintint la tranquiUité pendant un an qu'elle la gouverna, et laissa en mourant Frédéric et le royaume sous la tutelle du pape Innocent III.

Innocent 111, Mais cu Sicilc et en Allemagne les grands ne songeaient qu'à profiter de la jeunesse du prince; et Innocent méditait la ruine de la maison de Suabe, dont la puissance l'enveloppait de toutes parts, et qu'il regardait comme l'ennemie du saintsiége.

Fomente les Plusicurs factious déchiraient la Sicile : les mi-

troubles en Si- . a r r i ' • • i

ciie, nistres et les généraux desunis prenaient les armes

sous divers prétextes. Gautier , comte de Brienne , qui avait épousé une fille de Tancrède, entreprit de soutenir ses prétentions à la tète d'une armée :

qui môdile la ruine de l.imaison de Sualic ,

le pape, qui protégeait celui-ci prononçait des excommunications contre ceux qui refusaient de reconnaître sa tutelle ; et pendant qu'il entretenait ces troubles il en produisit rnroro de plus î^rands en Allemagne.

Son dessein étant de faire passer l'empire dans »»•.•;!••• une autre maison , il excita les peuples à la ré- SuiJi;* ^ volte , il les délia du serment fait au prince Frédéric, et il réussit à former un parti qui élut Othon duc de Saxe : toute T Allemagne fut en armes pendant plusieurs années.

Philippe excommunié eut d'abord des revers, oikMCkt. et il fut réduit à la dernière extrémité : mais il se releva, et eut de si grands succès qu'Othon fut contraint de céder, et de s'enfuir en Angleterre.

Ce vainqueur , pour s'assurer de l'empire , ré- ?\>,\, compensa ceux qui lui avaient été attachés, gagna p^j;.^ par des faveurs les partisans de son ennemi, mit le pape dans ses intérêts en cédant au saint-siége le duché de Spolète et la Marche d'Ancone , et se réconcilia avec Othon à qui il donna sa fille Béatrix, et qu'il reconnut pour son successeur à Tempire. Il fut assassiné l'année suivante.

Le pape avait profité de ces guerres civiles pour

«'•»Mrt !>■»•

laaocral m

établir sa souveraineté dans plusieurs villes d'Italie; «»•• Jou». il voulut encore profiter des commèncemens du d",Kr'r"' règne d'Othon pour s'assurer de nouveaux droits, comptant sur la reconnaissance de ce prince . ci iir l'intérêt qu'il avait alors «le ménager le saint-

siège. Dans cette vue il projeta de le lier par des sermens; et, comme la cérémonie du couronnement en fournissait l'occasion , il offrit de le couronner s'il voulait passer en Italie.

s'^tani irom- Othou fut douc courouué ; et , sans trop consi-

pé, il excom- *

l^i'J'sAiS^Dds dérer les conséquences, il prononça un serment fkiî. " * tel que le pape le désirait. Dans l'article qui concernait le patrimoine de saint Pierre , et par lequel il promettait de conserver à l'église de Rome tous les domaines qu'elle possédait, on avait compris les terres de la comtesse Mathilde, et plusieurs autres qui appartenaient à l'empire. Ce fut aussi une des premières choses dont l'empereur se repentit, et il ne songea plus qu'à saisir un prétexte pour rompre avec le pape. Il se présenta bientôt à l'occasion d'une dispute survenue entre les Romains et les soldats allemands , car il exigea des satisfactions; et, mécontent de celles qu'on lui fit , il entreprit de recouvrer par les armes tout ce qu'il avait cédé, disant que ses premiers sermens étaient de conserver les droits de l'empire. Alors le pape, qui pendant dix ans avait employé des excommunications pour l'élever sur le trône , employa de pareilles excommunications pour l'en faire descendre; et l'archevêque de May ence, qui les publia par son ordre, indiqua une diète où Frédéric, roi de Sicile, fut élu empereur. oihon défait Othon se hâta de retourner en Allemagne , où

à Bovines, ne

îr"r'flmpire""' s'étaut trouvé asscz puissîint pour réduire et punir

les rebelles, il arma contre Phi lippe- Auguste pour le roi d'Angleterre son oncle. On dit que son armée était de deux cent mille hommes. Cependant ...4. Frédéric arriva, et il se faisait reconnaître lorsqu Othon se faisait battre à Bovines. Cette défaite assura Tempire au roi de Sicile , et mit son ennemi hors d état de faire de nouveaux efforts pour le recouvrer. Othon mourut peu d années „^. après.

Frédéric fut couronné à Aix-la-Chapelle en Pf^r^rté* 121 5, et en même temps il fit vœu d'aller à la ^^^'^^^ Terre-Sainte comme pour rendre cette cérémonie T.')!il5«ii«.** plus solennelle, et se concilier plus sûrement la cour de Rome, tt^ fanatisme était tel alors, qu un prince qui aurait montré de Téloignement pour se croiser aurait à peine paru catholique. Un empereur eût été plus suspect qu'un autre : comme son absence pouvait être favorable aux prétentions des papes, ils désiraient de le voir partir pour' la Terre -Sainte, parce qu'ils désiraient de l'éloigner. Frédéric sentait combien cela était vrai, surtout pour lui. Son père et sa mère lui avaient laissé de grands états : à la mort de Philippe son oncle , il avait hérité du duché de Suabe , de celui . de Rotembourg, et de plusieurs autres domaines ; en un mot il était le plus puissant monarque de l'Europe. Les papes devaient donc appréhender qu'il n'eût que trop de moyens pour faire valoir les droits de l'empire sur l'Italie , et par consé-

quent il lui importait de paraître ne songer d'abord qu'à la Terre-Sainte.

Factions des II j avait long-temps que les querelles du sacergibciins. doce et de l'empire avaient formé en Allemagne les factions guelfe et gibeline : la première était déclarée pour le saint -siège, et la seconde était toujours attachée au parti des empereurs. Ces deux noms de factions passèrent en Italie , et les deux partis qui la divisaient déjà n'en furent que plus animés ; car en pareil cas les noms font toujours quelque chose.

Tiésorjrcs par- Toutcs Ics villcs d'aillcurs étaient divisées. Les

tout.

unes voulaient être indépendantes : d'autres restaient encore sous la domination de l'empereur , et plusieurs formaient des ligues sous la protection des papes, qu'elles craignaient moins que Frédéric, et qui avaient avec elles les mêmes intérêts. Mais aucune ne jouissait d'un état assuré, parce que les factions guelfe et gibeline prévalaient tour à tour dans chacune , et causaient des révolutions continuelles. Ainsi dans tous les coins de l'Italie on était en armes ou au moment d'y être. Le désordre n'était pas moins grand en Allemagne, où l'on voyait de toutes parts des tyrans toujours en guerre se faire un droit du brigandage.

Frédéric, après avoir réglé les affaires d'Allemagne, passa les Alpes, reçut la couronne des mains d'Honorius III , successeur d'Innocent , et fit des promesses au saint-siége comme ses pré-

KODP.niVf. /|4l

(lëcesseiirs. Cependant le p;n>c entretenait la division pour avoir moins k redouter tin prince si puissant , et les ordres de Tempereur étaient mal ext^cutés dans les villes où le parti des guelfes prévalait. Frédéric dissimula d'abord, parce que les désordres du royaume de Sicile lui donnaient assez d'occupation.

Deux frères du feu pape Innocent avaient excité un soulèvement dans ce royaume. L'empereur les chassa avec quelques évéqnes qui avaient eu part à la sédition , et il nomma aux sièges vacans. Honorius, qui accueillit les rebelles, exigea qu'ils fussent rétablis, reprochant à Frédéric d'avoir osé porter la main sur le sanctuaire, et prétendant que c'était au saint-siége seul à prendre connaissance des injures dont il pouvait se plaindre. S'il fut facile à l'empereur de prouver qu'il usait de ses droits, il était aussi facile au pape d'abuser des siens; mais, l'espérance de voir bientôt partir Frédéric pour la Terre - Sainte suspendit les excommunications.

Sur ces entrefaites on proposa à Frédéric, alors ^^l^ , veuf, d'épouser Yolande, fdîe unique de Jean de ^lïr'îi^.C Brienne, et de feu Marie, reine de Jénisalem. Il ~y*«^***se laissa persuader, regardant comme une dot solide des droits sur un royaume qu'il fallait conquérir. Le pape ne manqua pas d'applaudir i nfi mariage qui concourait si bien avec ses vues.

C'est une chc i étonnante que dans un

Palestine avec deux excominunicalions de Grëgoire IX.

44 3i HISTOIRE

temps où il était si difficile d'être véritablement souverain quelque part , on eût l'ambition de l'être dans des royaumes aussi séparés. Il est vrai que Frédéric, par sa conduite sage et active, pouvait être à la fois en Palestine, en Sicile et en Allemagne : il fera plus sans combattre que toute l'Europe armée.

Il arrive en Cependant il ne se hâtait pas de partir qu'il n'eût assuré la tranquillité de la Sicile. Honorius, qui ne cessait de le presser, eut le temps de mourir. Grégoire IX monta sur le saint-siége , et le pressa encore. Il s'embarqua; mais l'état de sa santé ne lui ayant pas permis de supporter la mer, il fut obligé de revenir à Brindes, après trois jours de navigation. Le pape l'excommunia comme ayant pris un faux prétexte pour ne pas accomplir son vœu. Frédéric se rembarqua l'anné suivante, et acheva son voyage. Grégoire l'excommunia encore, parce que ce prince, disait -il, était parti avant d'obtenir l'absolution des premières censures. Il écrivit même au patriarche de Jérusalem pour défendre de communiquer avec Frédéric. Combien de croisés ont échoué avec des indulgences ! Et cet excommunié va réussir.

Il y avait eu, Sakdiu était mort en i iqS; et son empire, que

après la mort de

^^uSmecrTi! ^^^ frèrc , ses fils et plusieurs gouverneurs de sadeen.iga. pj-Qy^jj^cs sc partagèrcut , fut troublé par des guerres civiles dont les chrétiens, toujours de plus en plus divisés , ne profitèrent pas.

MODIMB. 443

En 1 195, k la sollicitation de Célestin IIl ,qui faisait prêcher une quatrième croisade, l'empereur Henri VI avait pris la croix avec beaucoup de seigneurs et crévèques allemands. L'armée fut trè»nombreuse : mais ce prince en employa une partie contre les Normands du royaume de Sicile , et il envoya le reste en Palestine sans y aller lui-même. Ces Allemands n'eurent pas de grands succès. Ils repartirent aussitôt qu'ils eurent appris la mort de Henri VI , et ils laissèrent la Palestine dans l'état où ils Tavaient trouvée : ils ne revinrent pas eux-mêmes dans celui où ils étaient partis.

La retraite des Allemands excita le zèle d'In- n y •» a»«ii nocent III, qui venait de monter sur la chaire de q«i>"»««'>^ saint Pierre. On prêcha une cinquième croisade; parmi les prédicateurs, Foulques, curé de Neuilly, eut des succès dignes d'un saint Bernard. Les Vénitiens équipèrent des vaisseaux pour le transport de tous les croisés. Plusieurs chefs néanmoins s'embarquèrent à Marseille avec leurs ,»,. troupes, impatiens d'arriver en Palestine, où ils périrent par la peste et par les armes des mahométans.

Ceux qui se rendirent à Venise, ne pouvant in* paru. d« pas payer aux Vénitiens la somme dont on était j»8»'f". convenu, paraissaient déterminés à s'en retourner, lorsque le doge Dandolo eut l'adresse d'en employer la plus grande partie contre les chrétiens de Zara, qui s'étaient soustraits à sa république.

rroisr*» riait rn« VcailicM.

Il leur promit qu'après cette guerre il leur fournirait des vaisseaux pour les indulgences de la Palestine : et cette guerre ayant engagé dans une autre , on ne songea plus aux indulgences. iisavaîenien- Lc rèffuc d'Isaac l'Anode, dont i'ai eu occasion

suite rclabli le " ^ **

ie ""ônfarcor "^ parler , n'avait été qu'une suite de révoltes , untmopie. occasionécs par la faiblesse et la timidité de ce prince ; et Alexis l'Ange, son frère , lui avait enlevé la couronne en iigS. Mais comme il n'était pas moins lâche , il défendit mal l'empire contre les Bulgares. Il se rendit tributaire de Henri VI pour éviter la guerre, et devint si méprisable, que le jeune Alexis, fils d'Isaac, put se flatter de rétablir son père sur le trône. Il s'adresaaux croisés, qui le proclamèrent lui-même empereur à Durazzo, le conduisirent à Constantinople , chassèrent l'usurpateur ; et le peuple ayant tiré Isaac de sa prison lui rendit l'empire.

L'empereur rétabli fut fort étonné d'apprendre que son fils avait promis aux croisés de leur fournir des vivres pendant un an , de leur donner deux cent mille marcs d'argent , d'entretenir pendant un an la flotte des Vénitiens, d'accompagner les croisés avec autant de troupes qu'il pourrait, de rendre au pape l'obéissance que les empereurs catholiques lui avaient rendue , d'emj^loyer tout son pouvoir pour réunir les églises d'Orient et d'Occident , enfin d'entretenir pendant sa vie dans la Terre-Sainte cinq cents chevaliers. Il ratifia le

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traité , on déclarniit qu'il ne paraissait pas possible <lc remplir toutes ces coudilions.

Le jeune Alexis, dans la nëccssili: <U i,ii;iH i au moins du temps, proposa aux croisés dr r< nU 1 un an sur les terres de lempire, promettant de fournir à leur entretien. Ils acceptèrent cette proposition , et lui donnèrent même encore des secours contre son oncle, qui s'était fortifié dans An drinople.

Cependant quelques croisés, ayant par leurs brigandages soulevé le peuple contre eux , arment et mettent le feu à la vilje. L'incendie diu-a huit jours. Au milieu de ces désordres, Alexis, à qui on reprochait d'avoir attiiii ces étrangers, est assassiné , et un nommé Murtzulphe prend la pourpre.

Le légat et les évéques, qui jusqu'alors avaient désapprouvé ce qui avait été fait , parce qu'on avait agi sans attendre le consentement du pape , déclarèrent qu U fallait poursuivre l!usurpateur , et promirent aux croisés qu'ils trouveraient dans l'empire les mêmes indulgences que dans la Terre- Sainte, s'ils pouvaient le soumettre au saint-siége.

Constantinople fut prise, pillée, saccagée, con- p^s„',,';;j;,j,^ sumée en partie : les églises même ne furent pas îrpVÎT^rt.gi respectées.

I^s croisés partagèrent entre eux un butin immense , et procédèrent à l'élection d'un empereur. Le choix tomba sur Baudouin, comte de Flandre,

finpire.

qui investit Boniface, marquis de Mont ferrât, du royaume de Thessalonique, et qui vendit l'île de Candie aux Vénitiens. Mais il fut arrêté que Baudouin n'aurait que la quatrième partie de Constantinople et de l'empire, et que les trois autres quarts seraient également partagés entre les Vé^ nitiens et les Français. On ne vit plus que des , troubles. Il s'éleva des souverains de toutes parts. Baudouin, pris par le roi des Bulgares, que les Grecs avaient appelés , perdit la vie, et Henri son frère lui fut donné pour successeur. Cependant il y avait encore un empereur à Trébisonde , un autre à Nicée , un autre en Paphlagonie : mais il suffit de montrer les commencemens de ces troubles. Revenons aux croisades , puisque l'histoire de Frédéric II le demande.

Une multitude Uttc multitudc d'cnfaus allemands et français

d'enfans s'était . - . , • 1 J • *

croisée. prirent la croix , persuadés que Dieu les destinait

à délivrer la Terre-Sainte. Une partie périt en n ' chemin , et les autres furent vendus en Egypte par les marchands qui s'étaient chargés de les passer .2.3. en Palestine. Voilà le premier effet des prédications que fit faire Innocent III dans le temps que Frédéric recouvrait l'empire d'Allemagne, r.t toutes les Ccpeudaut cette nouvelle croisade entraîna une

nations chré- -

tiennes avaient multitudc étounautc dc persouncs de toutes na-

envoye des ar- l

tTnc! '" ^''"" tions. Les armées , qui ne cessaient de se succéder, arrivèrent toujours à propos l'une après l'autre pour réparer les pertes qu'on venait de faire ; et

MODRUlfF. /|/|^

les croisés se soutinrent jusqu*à l'arrivée de la dernière «irmce, qui ne pouvait pas rtre répai'éc. Les plus grands efforts tombèrent sur TK^yptc. On prit Damiette après dix-huit mois de siège. Ou ne peut pas dire ce que cette conquête coûta ; mais il fallut bientôt l'abandonner pour sauver le peu qui restait de tant de croisés. Un moine espagnol , cardinal et légat , avait voulu commander, fondé sur ce que cette guerre était entreprise par les ordres du pape. Le saint-siége approuva ces prétentions ridicules. Les troupes marchèrent sous le moine général , et ce fut la principale cause des malheureux succès de cette expédition : telle était Tétat des choses, lorsqu'en 1222 Jean de Brienne vint en Europe pour obtenir de nouveaux secours, et donna sa fille à Frédéric. Ce roi était un cadet de Champagne, que Philippe- Auguste avait envoyé en Judée pour épouser l'héritière du royaume de Jérusalem.

Frédéric ne conduisit en Palestine que très-peu Frédéric 11

-^ *■ avait mtni p*«

de monde , et cependant il n'y trouva que dix mille îliejTw*!* *" hommes, les hospitaliers, les templiers et les chevaliers teuton iqu es. Ce dernier ordre avait été créé en faveur des Allemands, peu de temps après la troisième croisade; il deviendra très-puissant.

Le patriarche et le clergé refusèrent de commu- noy... dex niquer avec l'empereur ; les templiers et les hos- '**" "^''• pitaliers déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas obéir à un prince excommunié ; et les chevaliers teuto-

niques parurent seuls lui être soumis. Pour réunir tous ces esprits divisés, il imagina de donner ses ordres au nom de Dieu et de la chrétienté , sans se nommer lui-même, et ce tempérament lui réussit.

Il voulait moins faire la guerre que négocier ; et il paraît qu'il avait déjà pris secrètement ses mesures d'avance. Cependant il n'était pas facile de réussir, parce que le sultan d'Egypte voulait pro fiter de la situation où il le voyait embarrassé ; mais le sultan lui-même n'était pas sans embarras.

u recouvre les Lcs divisions dcs princes musulmans, qui ne cessaient de se faire la guerre, favorisèrent les projets de Frédéric ; il en sut si bien tirer avantage , qu'il conclut une trêve de dix ans, et qu'on lui céda Jérusalem, Bethléem , Nazareth , Thoron , Sidon , .nr-s et les villages par où ces lieux communiquaient les uns aux autres : on lui permit même de fortifier ces places; de son côté, il consentit que les mahométans conservassent le temple de Jérusalem , pour y faire les exercices de leur religion.

Leiraiiéqu'ii P^r cc traité il recouvrait les saints lieux,

afait estdésap- • / i 1 T

prouvé par 1c sans avoir répandu une goutte de sang. Le pa-

patriarchedcJé- *^ ^ C A

rusaiem. triarchc néanmoins y refusa son consentement , et jeta un interdit sur toutes les églises de Jérusalem. L'empereur fit cependant son entrée dans cette ville ; et comme aucun prêtre ne se présenta pour faire la cérémonie du couronnement, il entra dans la principale église, et se couronna lui-même en présence des Allemands qui l'accompagnaient.

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1 1 se hâta ilo revenir en Italie , où sa présence était f^

nécessaire. Grégoire IX avait porté la guerre clans l^^,

la Pouille ; il avait levé une armée qu'il nommait r «T. . A'^nirï!

■ ^ m»t rouir* toi

la milice de Jésus-Christ ; il avait excité à la ré- 'Xt\!'JZ'**** volte tous les peuples de liOmbardie ; il avait sollicité tous les souversdhs à prendre les armes contre l'empereur , et Jean de Brienne avait pris le commandement des troupes du pape contre son propre gendre, portant son ambition jusqu'à vouloir enlever l'empire à Frédéric.

Les princes de l'Europe ne se prêtèrent pdint aux sollicitations de Grégoire. Mais toute l'Italie fut en combustion. Alors éclatèrent plus que jamais les factions des guelfes et des gibelins; on se battait en même temps partout. Le fanatisme , que les excommunications précédaient , traînait aprèsJui la perfidie, la cruauté, et des horreurs de toute espèce. Le pape, qui causait tous ces désordres en Italie , prétendit cependant que le traité fait par l'empereur en Palestine était préjudiciable aux chrétiens. Il excommunia dç nouveau ce prince ; il délia tous ses sujets du setment de fidélité; son légat convoqua une diète en Allemagne ; il y parla contre Frédéric , sans aucune retenue ; en un mot , Grégoire ne négligea rien pour £au*e élire un autre empereur.

Les grands hommes subjuguent jusqu'aux pré- wMirit uk jugés de leur siècle. Si nous avons vu des princes 'Jj^'***''^ plier sous des excommunications injustes, ce n'é-

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