XI
4 5o HISTOIRE
tait pas seulement parce que les peuples étaient superstitieux ; c'était surtout parce que les princes eux-mêmes étaient ignorans ou faibles ; Frédéric notait ni l'un ni l'autre. Il savait choisir ses ministres ; il savait leur communiquer ses lumières ; il faisait penser l'Europe. Le légat, avec toutes ses intrigues, ne souleva les A^llemands que contre le pape ; le clergé même resta fidèle.
Grégoire est Ccs mauvais succès déterminèrent Grégoire à
forcé à deinan> "
deriapaix. |^ palx ; ï\ Cil fit mèmc les premières avances. Il voyait que ses intrigues tournaient contre luimême. On se soulevait à Rome ; il n'y était plus en sûreté, et il fut même bientôt obligé d'en sortir. Tel était le sort des papes ; ils prétendaient disposer des royaumes , et ils troublaient l'Europe , sans pouvoir s'assurer à eux-mêmes un seul village,
jeandeBricn. Jcau dc Brienuc , général de Grégoire, était
ne, empereur de ^
consianlinopie. pj^g hcurcux : Car, par une suite de révolutions qu'on ne voit que dans des temps de troubles, il venait d'être élu empereur de Constantinople. Il est vrai que cet empire se bornait presqu'à cette seule capitale ; et que trois autres souverains se disaient encore empereurs , l'un à Nicée , l'autre à Trébisonde , et un autre à Thessalonique. Révolte de La paix ayant été faite , Frédéric ne s'occupa que des moyens de rétablir la tranquillité. Il y réussissait, lorsque son fils Henri, qu'il avait eu de son premier mariage , et qu'il avait fait couronner roi des Romains, se souleva, et entraîna
Henri.
dans sa r(Wolto plusieurs seipiciirs nllrnnaii(!«( cl plusieurs villes de Lomhanlie; mais tout se soumit à l'approche de Frédéric : il déposa sou fils ««j*. dans ime diète tenue à Mayence, et il le condamna k une prison perpétuelle.
Les Lombards cependant formaient une ligùl! utm'è^i.m. puissante. En vain l'empereur tanta de les réduire par la voie des négociations ; il fallut enfin prendre les armes. La victoire célèbre de Cortenuova , qu'il remporta sUr les Milanais , jeta la terreur, et toutes les villes se soumirent, k la réserve de Milan, de Bologne, de Plaisance et de Faenza.
Comme la trêve qu'il «vait faite avec le Soudan in,,<,i,t„ d'Egypte allait expirer, le pape se proposa de pré- »• tlU^î?* cher une nouvelle croisade , et de donner surtout la croix à Frédéric, moins sans doute pour secourir la Terre-Sainte, que pour occuper partout ailleurs qu'en Lombardie le courage de l'empereur. Il ne voulait que l'éloigner; mais une nouvelle trêve de dix ans, que ce prince fit avec le Soudan , para ce coup.
Un autre sujet de querelle s'élève entre le pape c,i,,i„,rt et l'empereur, Grégoire prétendant que la Sar- cMJTrrMtfm. daigne était un fief du saint-siége , et Frédéric sou* tenant que cette île devait relever de l'empire. On arme. L'empereur excommunié entre sur le»* terres du saint-siége. Le pape publie une croisade contre ce prince : car enfin il fallait bien qa'olt' se croisât pour la défense du patrimoine* dé
saint Pierre , comme pour la conquête de la Palestine. Mais les croisés, si souvent malheureux contre les infidèles mêmes , ne sont pas plus heureux contre un prince chrétien tel que Frédéric; et Grégoire en conçoit un chagrin dont il meurt.
i24i. Célestin IV, qui lui succéda, ne fit que passer.
Innocent IV, ' ^ ' ni
3an$ Vef intt'! Lc saiut-siégc fut ensuite vacant pendant vingt ricjexcommul mois. Eufiii OU élut Innocent IV, qui avait tou-
nie lorsqu'il est
L^guèrredlpb! j^urs paru dans les intérêts de Frédéric. On s'at- *°^'"'* tendait donc à voir la concorde renaître entre
l'Église et l'empire. On en faisait déjà compliment à ce prince : il prévit qu^û perdait un ami.
En effet Innocent marcha sur les traces de Grégoire. Contraint de quitter l'Italie, il se réfugia à Lyon, et il y tint un concile, dans lequel il cita Frédéric, l'excommunia et le déposa ; il sollicita les Allemands à nommer un autre empereur, et quelques évêques élurent un landgrave de Thuringe, qu'on appela le roi des prêtres. Cette plaisanterie , qui faisait voir que les yeux commençaient à s'ouvrir , était d'un mauvais augure pour les papes. Cependant la guerre, qui s'alluma plus que jamais, continua jusqu'à la mort de Frédéric, arrivée en ii5o. Il eut sur la fin de sa vie, quelques revers. Malgré les troubles dont son règne fut agité , il embellit les villes de son royaume de Sicile; il en bâtit ; il fonda des universités, et il fit fleurir les lettres.
MODmivi. 4SS
Depuis la mort de ce prince jasqii*eii 1 273 que ^^*»nij»' Rodolphe de Hapsboiirg fut élevé à l'empire, l'Ai- Kil lomagiie, sans chef on sons des princes sans autorité, fut livrée k tous les désordres de l'anarchie. Ce fat alors que plusieurs villes formèrent des associations pour se défendre contre les tyrans dont elles étaient environnées. Déjà quelqttes« unes, profitant des guerres civiles, étaient devenues des républiques presque indépendantes. Elles avaient secoué le joug des seigneurs particuliers en se mettant sous la protection des empereurs, et Ton voit que Henri IV "et ses sucesseurs leur ont accordé de grands privilèges pour s'assurer les secours qu'ils en retiraient.
Dans l'intervalle, depuis i^So jusqu'en 1^73, Tempire fut trop faible pour faire valoir des droits sur l'Italie. Ces circonstances étaient favorables à la liberté ; il se forma plusieurs républiques ; mais les guerres qui s'élevaient au dedans et au dehors ne leur permettaient pas de s'établir solidement : il en coûtait bien du sang pour être libre , et on ne l'était pas.
La Sicile ne fut pas moins agitée. Les papes y portèrent la guerre , persuadés que le royaume d'un prince déposé dans un concile ne pouvait appartenir qu'au saint-siége. Us excommunièrent Mainfroi , fils naturel de Frédéric II : ils armèrent contre lui des croisés; enfin, ne pouvant conquérir ce royaume pour eux , ils l'offrirent à des princes
étrangers ; d'abord au frère de Henri III, roi d'Angleterre, et ensuite à Charles d'Anjou , frère de Louis IX , roi de France.
Charles iiAn- Charles accepta et conquit ce royaume en 1 266, Deux-sîciie5. gur Maiufroi, qui perdit la bataille et la vie. Deux ans après ayant fait prisonnier Conradin, petît- .268. fds de Frédéric , il lui fit trancher la tête. Charles était pourtant l'usurpateur. La maison de Suabe s'éteignit avec Conradin : c'est ainsi que le frère da plus saint des rois fiit l'instrument de l'injuste ambition des papes.