CHAPITRE H
De la rrance et dv. l'Angleterre, pendant le règne de Philippe-Auguste.
nefonrdeHi- Pcudaut l'abscuce de Richard, il s'éleva des
r.harH en An- ^
gieierre. troublcs cu Auglctcrre , et Jean , son frère , surnommé Sans-Terre, profitant de ces circonstances, se mêla peu à peu de l'administration , et tenta de se fcayer une route au trône. Son parti cependant iny,. était encore trop faible, lorsque Richard, qui arriva après une absence de quatre ans, fut reçu avec les acclamations dont le peuple n'est jamais avare envers un prince courageux. Ce roi intéressait par ses malheurs : son imprudence ne paraissait que le défaut d'une ame généreuse, et on ne
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pensait à sa prisuti que pour détester Henri VI. Ayant trouvé les esprits ainsi cHs|>osés , il soumit bientôt tous ceux qui lui avaient été contraires. H cita Jean, qui s'était retiré en France, et il le fit déclarer déchu du droit de succéder à la couronne.
Richard se hâla de faire la guerre à Philippe- ii(.,iu«.«m Auguste , qui s'éfait opposé à sa délivrance , et qm f«'* •• ■^• avait favorisé les projets de Jean. l-rcs succès furent variés , et les hostilités, quelquefois suspendues, durèrent jusqu'en 1 i99,que Richard mourut. Ce prince laissa par testament ses états à Jean, son frère , avec qui il s'était réconcilié.
Ce testament était pour Jean un titré bien fai- j,^ s,^
t t wT I T»rTt lai »•«•
ble. Un autre prince paraissait en avoir un plus '***'• "^^r^ fort; c'était Arthur, duc de Bretagne, car il était *^U wt^kE fils de Geoffroi, frère aîné de Jean. Mais on doutait si en pareil cas le fils pouvait représenter son père ; il n'y avait point de loi précise , et Ton pouvait apporter des raisons pour et contre. Ces questions , qu'il appartiendrait au peuple de décider , sont toujours un sujet de guerre. Quoi qu'il en soit, Jean fut reconnu en Angleterre et en Normandie ; mais le Poitou , la Tourraine , le Maine et l'Anjou se déclarèrent en faveur d'Arthur , et Philippe -Auguste prit les armes pour ce prince, ou plutôt pour saisir l'occasion d'enlever quelques provinces au roi Jean.
Philippe avait répudié Ingelburge, princesse p|„î;"*2«! de Danemarck, sous prétexte de parente, et il "p—^*^
ne^Arthu?*^""' ^^^^* épousé Marie , ou Agnès , fille du duc de Méranie. Le roi de Danemarck porte ses plaintes au pape ; et bientôt des légats viennent en France ^ prennent connaissance de ce divorce, tiennent des conciles, et jettent des interdits sur le royaume; mais Philippe sut toujours faire respecter son autorité. Enfin en i 200 , lors de la guerre avec l'Angleterre , voulant mettre fin à tous ces -troubles , il consentit à reprendre Ingelburge ; il se prêta même à la paix à laquelle le légat le sollicitait , de sorte qu'Arthur fut abandonné, et Jean prit possession des provinces qui s'étaient données au duc de Bretagne. Innocent III , qui troublait alors l'Allemagne et l'Italie, avait jugé cette paix nécessaire pour favoriser la croisade qu'il faisait prêcher.
Lafiuerrero- La paix 116 dura pas. Quelques factieux ayant
rommenre, et
Arthur pcra 1. excité un soulèvement en Normandie , Jean les
vie. /
cita à son tribunal. Ils refusèrent de comparaître, prétendant n'avoir d'autre juge que le roi de France: Philippe les prit sous sa protection, et arma. Alors Arthur , jugeant cette conjoncture favorable à ses prétentions , se mit à la tête des Poitevins qui venaient de se soulever ; mais , battu et fait prisonnier, il perdit bientôt la vie par les ordres, ou, selon quelques-uns, par la main même de son oncle.
jpanosjaccnsô Constaiicc , mèrc d'Arthur, demanda justice à
Ae l'avoir fait , .|.
n.ourir, et ses phihppc, qui cita Jcan comme son vassal pour ré-
MODFRfrt. 457
)>on(1rc sur le crime dont il était acctisë. I^e rot Mb mm «m. «rAiigleterre n'ayant pas comparu, la cour des pairs le condamna comme convaincu de parricide, et déclara tous les fiefs qu'il possédait vu l'rnnce confisqués à la couronne.
Cet arrêt eût été ridicule s*il n'eût pas été soutenu par les armes ; mais Philippe n'eut que des succès. Il conquit rapidement la Normandie, le Maine , l'Anjou, la Tourraine, le Poitou. Il y avait alors deux cent quatre-vingt-douze ans que la Normandie avait été cédée k Raoul.
Cet événement, qui est l'époque de la ruine de l'anarchie féodale , exige que nous fassions quelques réflexions sur les causes qui l'ont préparé. D'ailleurs après tant de troubles , de désordres et de guerres , il est temps de nous délasser : nous n'aurons que trop occasion de nous fatiguer encore.
ne pouvait têtre jugé que par ses pairs. Le parle- '/, ment , c'est ainsi qu'on nomma dans le treizième
Dans .les principes du gouvernement féodal on u co«r «u*
[rmrnl, n« il«.
«ail ttr* CMB-
«•«MBS imi- # diai».
siècle la cour des assises du roi, devait donc n'être composé que des vassaux qui relevaient immédiatement de la couronne. Il fallait en exclure les barons du duc de France , ceux du comte de Paris et ceux du comte d'Orléans; car ne pouvant juger leurs supérieurs , ils ne devaient être admis que dans les assises des seigneuries dont ils relevaient. Eu un mot les rois de France auraient dû avoir
autant de cours féodales qu'ils avaient de seigneuries différentes.
Comment les Mais Ics Capétieus , nédieeant les titres de duc
arrière-vassaux *■ o O
y eurent entrée, ^j ^^ coHite , ue prlrcut quc cclui dc roi; de sorte que la royauté enveloppa toutes les autres dignités, et on s'accoutuma peu à peu à ne voir plus qu'elle dans la personne des Capétiens. Or, dès qu'on eut confondu le comte de Paris avec le roi de France, on confondit bientôt les vassaux du comte avec ceux du roi; et le parlement, parce qu'on le nommait la cour du roi, parut être la cour des pairs , quels que fussent les seigneurs qui le composaient. Les grands vassaux, qui avaient toujours reconnu la cour du roi comme leur tribunal , continuèrent donc de la regarder comme telle; et ne remarquant pas que ce n'était plus la cour des pairs , ils reconnurent leurs inférieurs pour juges. L'abus d'une expression occasiona leur méprise. Je vous ai fait voir l'influence du langage sur les opinions ; je pourrais tout aussi facilement vous faire voir son influence sur les révolutions des peuples : les siècles que nous venons de parcourir en fourniraient plus d'un exemple. Heureusement l'abus des mots va dans cette occasion produire un bien ; mais c'est peu pour tout le mal qu'il a causé dans d'autres, et qu'il causera encore.
Le parlement Daiis l'origlnc , la cour du roi veillait aux iii-
s'occupe des , ^ I - . ,
moyens d'abais- tcrcts clcs ffraiids vassaux , puisque eux seuls y
ser les grands *^ ■'Il •/
vajsaux. avaieiit entrée. Ce ne fut plus la même chose quand
MOOSRIVE. 4S9
elle se trouva com|>osée ile seigneurs de tout ordre. Alors les membres de ce tribunal furent pour la plupart dévoués au roi; et, jaloux des vassaux immédiats jusqu*au\queb ilsiie pouvaient s élever, ils ne travaillèrent qu a les faire descerulre.
Le parlement, composé peu à peu de vassaux c»-»^»»!»* de tout ordre , ayant profité de la méprise où SÈIÎ'*'.!» Ion était tombé , et ayant pris la place de la cour »~»des pairs, se trouva autorisé par Tusage, avant qu'on eût ouvert les yeux. Alors il n était plus temps de se soustraire à ce tribunal, ll^ùt fallu au moins que les grands vassaux réunis eussent agi de concert pour corriger un abus qui leur était si contraire ; c est ce dont ils n'étaient pas capables. Les plus puissans, croyant n'avoir rien à craindre , ne prirent aucune précaution, et dédaignèrent de venir dans une cour où ils se seraient confondus avec leurs inférieurs. Le parlement profita de leur absence pour étendre son autorité; et, en soumettant les vassaux faibles qu'on lui abandonnait, il acquit des droits sur les plu%piiissans.
Les Ifeigneurs français n'avaient pas assez de j^^'j'*"*^ prudence pour prévoir la révolution dont ils ÎSÏ'w.*"*** étaient menacés : tout semblait les en distraire et porter ailleurs leur attention. Toujours occupés ou de guerres particulières, ou d'entreprises sur leurs vqssaux, ou de croisades, ils ne voyaient pas que le fxirlemcnt, sans être la cour des pairs^
46o HISTOIRE
en usurpait insensiblement toute l'autorité ; et ils semblaient n'aller en Palestine que pour laisser lin champ plus libre à cette cour de justice. A leur retour ils trouvaient leurs états si ruinés , que quand ils auraient connu tous leurs privilèges, ils se seraient sentis trop faibles pour les revendiquer.
Les officiers Peudaut que les seigneurs étaient si peu attendu roi étaient , *■ ^
r»^n?qti^u- tifs à leurs vrais intérêts , le roi faisait prendre à
fea Jean Sans- , i r î'i • • ' '1
•erre. SOU parlement la forme qu il jugeait a propos; il
y convoquait les seigneurs dont il était le plus sûr; il y faisait entrer son chancelier, son chambellan , son bouteiller et son connétable.
Ainsi les officiers même du roi devinrent les juges des grands vassaux. Cependant cette innovation se faisait sans qu'on s'aperçût d'aucun changement, et le parlement ne paraissait être que ce qu'il avait toujours été. L'autorité de cette cour était si grande sous Philippe -Auguste, qu'on y appelait des justices féodales des seigneurs immédiats, et qu'ils y étaient cités eux-mêmes par leurs feudataires. Ils ne conservaient donc plus qu'une apparence de juridiction. Voilà if parlement qui jugea le roi d'Angleterre ; et son arrêt, exécuté sur le plus grand vassal, constata ses droits sur tous les autres.
Ce jugemcni Cependant ce jugement était injuste. Si Jean Sans-Terre eût été coupable envers le roi , la confiscation de ses domaines aurait été légitime;
éuit injuste.
MonrnNF. 46i
mais il ne l'ctait cju*cnvcrs son vassal; et, en pareil ca^ les coutumes féodales ne le pouvaient condamner qu'à perdre la suzeraineté sur la Bretagne qui était un fief du duché de Normandie.
On s'aveusla. Les grands vassaux ne virent ni i^** r*«^* rinjustice de ce jugement, ni les conséquences iJJJiTpîPi dont il était poiur eux ; et l'ignorance contribua «^ îWmoms à cet aveuglement, que le mépris et la •••^••' haine qu on avait conçus pour le roi d'Angleterre.
Toute la France vit avec plaisir l'humiliation d'un prince sans vertus et sans talens ; les grands vassaux se livrèrent avec passion aux vues de Philippe; ils lui donnèrent des secours, ou du moins ils ne s'opposèrent pas à ses desseins. Ainsi fut exécuté un arrêt qui n'eût été qu'une fausse démarche , si les vassaux de la couronne avaient su réfléchir sur leurs intérêts communs. Cet événement vous fait voir, dans Philippe, ce que peut un prince qui se fait estimer ; et daus Jean , ce que devient un prince qui se rend méprisable.
Si Richard eût été à la place de Jean Sans- Terre, Philippe aurait échoué, ou plutôt il eût Îbli^"ài"iï1 été assez sage pour ne pas compromettre son par- s.o»-T.rrt. lement. En effet Richard jouissait d'une grande considération : il était généralement aimé ; et d'ailleurs il avait assez de lumières pour dessiller les yeux à tous les vassaux , et pour les entraîner dans son parti.
Si les meilleurs gouvernemens ne peuvent pas l. («.nm.
Il «Va tel M iU »i»*i, ù ni-
Ifil HISTOIRE \
fnenife'oaais'af. toujoiirs subsistcr, celni des fiefs devait à plus
laibtitparceqac J ' T
'ven.ient'?Xs fortc raisoii se détruire. Il se ruinait par ses vices.
villes le droit de f,„ .- ,. .1 , />
se défendre. Deja fort atiaibli avant Philippe-Auguste, il s affaiblit encore davantage sous son règne ; recherchons-en toutes les causes.
Les seigneurs , appauvris par la guerre ou par le défaut d'économie, se virent enfin sans ressource quand ils eurent achevé la ruine de leurs sujets. Alors ils se firent une espèce de droit de la piraterie; les uns par esprit de brigandage, les autres par représailles. On mettait même les voyageurs à contribution, ou, pour parler plus exactement , on les volait : enfin il n'y avait de sûreté nulle part, et le désordre était général, lorsque des seigneurs cédèrent ou vendirent à des villes de leurs domaines qu'ils ne pouvaient défendre, le droit de se défendre elles-mêmes. L'empereur Hçnri ÏV en donna le premier exemple en Allemagne , vers la fin du onzième siècle; et Louis le Gros, qui suivit cet exemple au commencement du douzième , le donna aux seigneurs de son royaume.
Alors com^ Plusicurs vlUcs deviennent des espèces de ré-
menée le gou- 1 1 • r 1 • • •
vernemeni mu- puDuques gouvcmees par des magistrats qui prirent le nom de consuls, de maires, d'échevins , etc. Toutes n'obtinrent pas les mêmes privilèges, mais elles en acquirent plus ou moins, suivant les traités qu'elles firent avec leurs seigneurs; et ceux dont elles jouirent sont ce qu'on
noininr droit do roniinnnrs on de rommiiiKinifi. OVsl ainsi que le goiivenicmenf f»"nM* *f|>nl îk» quit dos excès de l'anarchie.
« Les bourgeois se partagèrent on compagnies « de milice, formèrent des corps réguliers, se d»- « ciplihèrent sous des chefs qu'ils avaient choisis, « fiirent les maîtres des fortifications de leur villo, « et se gardèrent eux-mêmes. Les communes, « en un mot , acquirent le droit de guerre , non t pas simplement parce 'qu'elles étaient armées, « et que le droit natm^el autorise à repousser la « violence par la force; mais parce que les sei- « gnenrs leur cédèrent à cet égard leur propre « autorité, et leur permirent expressément de « demander, par la voie des armes, la réparation « des injures ou des torts qu'on leur ferait *. »
Les villes commencèrent donc à sortir d'escla- lw^ïuw^w vage, et les seigneurs devinrent plus puissans par ^^^T « la cession même qu'ils firent d'une partie de leur T^^**^ autorité; car ils trouvèrent idans les communes des secours plus prompts et plus sûrs que dans leurs vassaux. Des bourgeois, occupés de leurs familles et de leurs métiers, n'ont pas de plus grand intérêt que de ménager un protecteur qui ne les vexe point; et pour les rendre infidèles à leurs engagemens, il faudrait être injuste à leur égard. Aussi remarque-t-on que l'établissement des communes rendit les empereurs d'Allemagne et les
' Observations sur l'Histoire de France.
rois de France moins dépendans de leurs vassaux, Il produisit encore un autre avantage , c'est qu'il mit un frein à la piraterie des petits seigneurs; car il fallait être puissant pour piller impunément sur le territoire de ces villes; enfin il rendit les guerres moins fréquentes , parce qu'il les Rendit plus difficiles, précisément dans un temps où les seigneurs devenaient plus faibles. Il y en avait peu qui eusssent assez de troupes, ou qui pussent les conserver assez long-temps sous leurs ordres pour faire le siège d'une ville défendue par des fortifications et par des citoyens. Les troupes des communes ne pouvaient même manquer de devenir les meilleures; car des hommes qui défendent leur liberté ont tout un autre courage que des brigands.
De nouvelles ^cs preipièrcs communes répandirent un noukZTuiTvtxew- vel esprit, le peuplesentit qu'il pouvait sortir de
pie despremiè-
«-'• l'oppression , et il osa penser à devenir libre , ou
du moins à diminug: le joug de la tyrannie. On vit alors plusieurs villes se former encore en communes. Les uns traitèrent de leur liberté, d'autres, profitant de la faiblesse de leurs seigneurs, se dirent libres, se fortifièrent, élurent des magistrats, et recouvrèrent des droits que la violence seule avait usurpés, et que la nature revendique toujours. Quand le seigneur entreprit d'attaquer les privilèges qu'elles s'arrogeaient, elles lui demandèrent ses titres, fermèrent leurs portes et
Im»»-
MODSRITK. ^fi^
aniUM'ciit. Le goiivernemcHt municipal |)araissait s'établir partout sur les rninrs de lanarclite féodale.
Si les seigneurs avaient été plus éclairés. Us i^«^iw« auraient respecté la liberté de ces nouveaux â- Cir!!iiS*S toyens, et ils s'en seraient faits des sujets fidèles, TILfXSSi prêts à les secourir de leurs richesses et de leurs forces. Mais ils voulurent être encore tyrans, et ils achevèrent de détruire leur puissance.
La plupart de ceux qui traitèrent avec leurs villes ne cédèrent que par un vil intérêt. Ils avaient vendu des droits; ils voulurent les reprendre pour les vendre encore. De là naquit la défiance entre les communes et les seigneurs. Les villes ne voulurent plus traiter que sous la garantie d'un protecteur puissant , et elles s'accoutumèrent peu à peu à regarder ce protecteur comme leur maître, et à ne voir que des ennemis dans leurs seigneurs.
Cette révolution , ont n'avait fait que des pro- Pfcîiîpr-*.grès lents avant le règne de Philippe-Auguste, ''•****~* éclata lorsque ce prince eut dépouillé Jean-Sans- Terre. C'est alors que les communes recherchèrent à l'envi la protection d'un roi qui était assez puissant pour les défendre , et qui avait le même intérêt qu'elles à l'abaissement des seigneurs.
Philippe devint donc le garant des traités A*a.i«i«^'ii qu'elles firent avec leurs seigneurs, et il en retira plusieurs avantages. Premièrement ce fut un
titre pour lui de prendre connaissance de ce qui se passait dans les terres de ses vassaux, et de se mêler du gouvernement de leurs communes. En second lieu il trouva ces républiques toujours disposées en sa faveur, et prêtes à s'armer pour lui contre des seigneurs dont elles connaissaient trop la tyrannie pour ne les pas redouter. Enfin il en reçut des secours en argent , parce qu'elles consentirent à lui payer un tribut pour s'assurer sa protection. Alors il eut des troupes à sa solde. Il ne fut donc plus , comme ses prédécesseurs et comme ses vassaux, dans le cas de se voir sans armée d'un moment à l'autre.
Il affermit son Lcs grands vassaux comm^encèrent à ménager
autorité, parce . .
qui» n'en abuse Un souvcram plus puissant qu aucun deux en particulier. Cependant, s'ils s'étaient réunis, ils auraient pu détruire une autorité encore mal affermie; ils auraient pu du moins en suspendre les progrès. Philippe, qui le sentit, eut l'adresse de ne pas abuser de sa puisssance, sachant que les hommes se révoltent moins contre l'autorité que contre l'abus qu'on en fait. Les seigneurs ne songèrent donc pas à se concerter entre eux pour se précautionner contre l'avenir, parce que s'ils commençaient à être sous le joug, ils n'en sentaient pas encore le poids.
Innocent 111 Tclle était la puissance de Philippe-Auguste,
ier*.on" Ta loi'sque Innocent III paraissait vouloir exterminer tous les chrétiens. Ils allaient par troupes se faire
égorger dans la Palestine : ils achevaient dans la ïhrace la ruine de l'empire d'Orient; toute ritalie et toute TAlleniagne étaient en armes; dans le Nord on continuait de prêcher les idolâtres avec des soldats |K)ur missionnaires. O n*était pas assez : ce pape voulait encore faire coider^iles flots de sang en France et en Angleterre; et pour cela il publia deux croisades avec force indulgences, Tune contre Jean et Tautre contre les Albigeois. Sans doute que si TEspagne eût été tranquille , il n'eût pas manqué d'y susciter des guerres.
Le pape avait été pris pour juge entre quelques évéques d'Angleterre et les moines de Saint-Au- **ff gustin , qui se disputaient le droit d'élire l'archevêque de Cantorberi. Il jugea en faveur* des moines; cependant il cassa deux élections qui avaient été faites , et il nomma de son autorité le cardinal Langton. Le roi refusa d'agréer ce prélat, se plaignant d'une entreprise qui attaquait les droits de sa couronne. Innocent répondit que ce n'était pas à lui de nommer aux grands bénéfices; qu'il devait recevoir ceux que l'Église avait choisis, et que s'il n'obéissait pas, il mettrait son royaume en interdit, l'excommunierait lui-même, et délierait ses sujets du serment de fidélité. Des menaces il passa aux effets : il publia une croisade , et il envoya un légat à Philippe-Auguste, pour l'inviter k se saisir de la couronne d'Angleterre.
Uurrv k Pfci-
Jean fait hom- Pendant que le roi de France armait, le légat
mage au saint- ^ ^
si'ïge. se rendit à Douvres, ou il trouva Jean Sans-Terre.
Ce prince lâche se soumit à tout ce qu'on exigea de lui , jusqu'à faire hommage au saint-siége. En présence des seigneurs et du peuplie, il mit sa couronne aux pieds du légat , qui ne la lui rendit qu'après l'avoir gardée cinq jours.
Leiégaidcfend L^ légat , dc rctour en France , déclara à Phipenser à l'An- Hppc qu'il UQ dcvait plus songer à l'Angleterre, parce que ce royaume était un fief de l'église de Rome. Philippe, surpris d'un tel discours, employa ses forces contre le comte de Flandre, allié de Jean ; et il se rendit maître de plusieurs places, pendant que Louis, son fils, défendait l'Anjou contre le roi d'Angleterre , qui avait débarqué à la Rochelle. Bataille de Gc fut alors qu'Othon vint au secours de Jean "4. son oncle. Quoique Philippe n'eût que cinquante mille hommes, et que par conséquent il fût bien inférieur à ses ennemis , il ne craignit point de présenter la bataille. L'action fut vive. Il se vit enveloppé d'un gros d'ennemis exposé à mille traits , renversé de son cheval : mais il remporta une victoire complète.
Jean est forcé Lcs mauvais succès de Jean enhardirent les bacharies. Tons d' Angleterre à se soulever. Ce roi, bientôt
abandonné , fut réduit à recevoir la loi de ses sujets , et il signa deux chartes contraires aux prérogatives de sa couronne. Dans cette extrémité il eut recours au pape , son seigneur, le priant de
Bovines.
MOOKRfTK. /1G9
(Icdurcr nul un engagement contracté sans sou aveu.
Le pape, qui n'ignorait pas la protection qu'on u p doit à ses vassaux, annula ses chartes, et menaça ;;,^';, *;«J^ les barons des censures(lerÉglise,s'ilscontinuaient ^^ * *****' d'en exiger Texécution. Bien loin d obéir, ils offrirent la couronne à Louis , et ce prince partit.
Philippe , qui craignait de se brouiller avec la cour de Rome , avait feint de s'opposer au départ de son fils ; mais Innocent qui ne s'y méprit pas, excommunia et Louis et Philippe.
Louis était maître des principales villes, et il u* A«|i«i.
riUl.
avait été proclamé à Londres, lorsque Jean mourut. La haine des Anglais ne passa par sur Henri , son fils, âgé de huit à dix ans : ils s'intéressèrent, au contraire , pour ce jeune prince. Tout changea , et Louis fut contraint de repasser la mer. Venons à la croisade contre les Albigeois.
Les Albigeois étaient, dit -on, des espèces de u» ahmcmu. Manichéens , et on leur reprochait bien des sortes d erreurs. Ils s'étaient répandus en grand nombre dans le Languedoc, la Provence, le Dauphiné et l'Aragon. Il fallait sans doute travailler à les convertir, mais ce n'était pas avec des croisades. Dans le quatrième siècle , les Ithaciens furent séparés de l'Église, pour avoir condamné à mort les Priscillianistes. Alors bien loin d'employer de pareils moyens, on ne se hâtait pas même de donner le baptême à ceux qui le demandaient ; mais lors-
l\'JO HISTOIRE
que l'ignorance eut imaginé les croisades , on ne prit plus tant de précautions : on prépara les conversions par les armes , et c'est après une bataille qu'on baptisait les idolâtres, qui se convertissaient par la seule crainte d'être encore battus. Raimond , Raimoud , comte de Toulouse , dont un des aïeux
comte de Tou- ' '
mër^n^'a^pal s'était croisé pour la Terre-Sainte , défendait les Albigeois , ses sujets , de sorte que la croisade eut autant pour objet de le de|?ouiller de ses états , que d'extirper l'hérésie et les hérétiques. Il sentit le coup qui le menaçait ; et pour le parer , il se soumit en apparence à tout ce qu'on exigea de lui; c'est-à-dire, qu'il promit d'exterminer tous les Albigeois.
Des conciles II était difficilc qu'un souverain remplît un pa-
tlonncnt ses étais *■ '■ *■
Mon^tS"ciicf l'^il engagement On se méfia de lui; il ne put plus « croises. ^issimulcr, il prit les armes , il appela à son secours le roi d'Aragon , et ce prince ayant perdu la bataille et la vie , les croisées firent de nouveaux progrés; ils étendirent même leurs conquêtes jusque sur les seigneurs qui n'avaient rien à démêler avec les Albigeois. Alors des conciles déposèrent Raimond : ils donnèrent ses états à Simon de Montfort, chef des croisées, et ils en conservèrent seulement une partie pour le jeune Raimond , fils du comte de Toulouse. Philippe- Auguste envoya des troupes contre les Albigeois; Louis, son fils, marcha lui-même : mais il me suffit de remarquer ici que cette guerre dura depuis 1209, jusqu'en 1228»
MODERNE. /l^f
Philippe- Auguste mourut en taa3,dans latin- ^t^f* quante-huitième année de son âge, et clans la qua- Î.T^^lIÎ! ranle-troisicme de son règne. Ce prince a jeté les fondcmens de la grandeur des Capétiens, qui jusqu'à lui avaient toujours été faibles, parce qu'ils ■ravaient pas ses talens. Il réunit à la couronne , non-seulement la Normandie, le Maine, TAnjou, la Tourraine, le Poitou, mais encore l'Auvergne, l'Artois, la Picardie, et plusieurs aut res domaines. Si R ichard eut plus de brillant à la guerre, ou peut-être plus de bonheur, Philippejoi^nait au courage et à la gloiredes armes , une conduite sage et soutenue. Il sut s'agrandir sans donner d'ombrage, et il fit respecter sa puissance encore mal affermie. Je ne lui reproche pas la guerre qu'il fit aux Albigeois : ce reproche tomberait plus sur son siècle que sur lui.