CHAPITRE VIII
En quoi consiste tout l'artifice du raisonnement.
La méthode que nous avons suivie dans le cha- n y a ceux
choses dansune
ion à ré-
re ; l'énoncé
des données, ou
rnisonnenen'
pitre précédent a pour règle qu'on ne peutdécou- jgjjjj
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vrir une vente quon ne connaît pas, qu autant retatdeiau.es
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qu'elle se trouve dans des vérités qui sont connues; f*™™1^",; et que par conséquent toute question à résoudre suppose des données où les connues et les inconnues sont mêlées, comme elles le sont en effet dans les données du problème que nous avons résolu.
Si les données ne renferment pas toutes les connues nécessaires pour découvrir la vérité, le problème est insoluble. Cette considération est la première qu'il faudrait faire, et on ne la fait presque jamais. On raisonne donc mal, parce qu'on ne sait pas qu'on n'a pas assez de connues pour bien raisonner.
Cependant si l'on remarquait que, lorsqu'on a toutes les connues, on est conduit, par un langage clair et précis, à la solution qu'on cherche ; on se douterait qu'on ne les a pas toutes, lorsqu'on tient un langage obscur et confus qui ne conduit à rien. On chercherait à mieux parler, afin de mieux raisonner, et l'on apprendrait combien Qftf deux choses dépendent lune de l'antre.
Rien n'est plus simple que le raisonnement, lorsque les données renferment toutes les connues nécessaires à la découverte de la vérité; nous venons de le voir. Il ne faudrait pas dire que la question que nous nous sommes proposée était facile à résoudre ; car la manière de raisonner est une : elle ne change point, elle ne peut changer, et l'objet du raisonnement change seul à chaque nouvelle question qu'on se propose. Dans les plus difficiles il faut, comme dans les plus faciles, aller du connu à l'inconnu. Il faut donc que les données renferment toutes les connues nécessaires à la solution ; et, quand elles les renferment, il ne reste plus qu'à énoncer ces données d'une manière assez simple pour dégager les inconnues avec la plus grande facilité possible.
Il y a donc deux choses dans une question : l'énoncé des données, et le dégagement des inconnues.
L'énoncé des données est proprement ce qu'on
entend par l'état de la question , et le dégagement
des inconnues est le raisonnement qui la résout.
ce quon doit Lorsque je vous ai proposé de découvrir le
entendre par 11*. •> • i 1
îétat de îa nombre de jetons que j avais dans chaque main, j'ai énoncé toutes les données dont vous aviez besoin; et il semble par conséquent que j'aie établi moi-même l'état de la question. Mais mon langage ne préparait pas la solution du problème. C'est pourquoi , au lieu de vous en tenir à répéter
mon énoncé mot pour mot , vous l'avez fait passer par différentes traductions , jusqu'à ce que vous soyez arrivé à l'expression la plus simple. Alors le raisonnement s'est fait en quelque sorte tout seul, parce que les inconnues se sont dégagées comme d'elles-mêmes. Établir l'état d'une question , c'est donc proprement traduire les données dans l'expression la plus simple, parce que c'est l'expression la plus simple qui facilite le raisonnement , en facilitant le dégagement des inconnues.
Mais, dira -t- on, c'est ainsi qu'on raisonne en mathématiques, où le raisonnement se fait avec des équations. En sera-t-il de même dans les autres sciences, où le raisonnement se fait avec des propositions? Je réponds qu équations, propositions, jugemensy sont au fond la même chose, et que par conséquent on raisonne de la même manière dans toutes les sciences.
En mathématiques , celui qui propose une ques- L'artifice du
raisonnement
tion , la propose d'ordinaire avec toutes ses don- "J^™^™! nées; et il ne s'agit, pour la résoudre, que de la qui à prôuT* traduire en algèbre. Dans les autres sciences, au contraire, il semble qu'une question ne se propose jamais avec toutes ses données. On vous demandera, par exemple, quelle est l'origine et la génération des facultés de l'entendement humfain, et on vous laissera les données à chercher, parce que celui qui fait la question ne les connaît pas lui-même.
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45o LA LOGIQUE.
Mais , quoique nous ayons à chercher les données, il n'en faudrait pas conclure qu'elles ne sont pas renfermées au moins implicitement dans la question qu'on propose. Si elles n'y étaient pas, nous ne les trouverions pas; et cependant elles doivent se trouver dans toute question qu'on peutrésoudre. Il faut seulement remarquer qu'elles n'y sont pas toujours d'une manière à être facilement reconnues. Par conséquent les trouver, c'est les démêler dans une expression où elles ne sont qu'implicitement; et, pour résoudre la question, il faut traduire cette expression dans une autre où toutes les données se montrent d'une manière explicite et distincte.
Or, demander quelle est l'origine et la génération des facultés de l'entendement humain , c'est demander quelle est l'origine et la génération des facultés par lesquelles l'homme, capable de sensations, conçoit les choses en s'en formant des idées; et on voit aussitôt que l'attention, la comparaison, le jugement, la réflexion, l'imagination et le raisonnement sont, avec les sensations, les connues du problème à résoudre, et que l'origine et la génération sont les inconnues. Voilà les données dans lesquelles les connues sont mêlées avec les inconnues.
Mais comment dégager l'origine et la génération, qui sont ici les inconnues ? Rien n'est plus simple. Par l'origine, nous entendons la connue qui est
le principe ou le commencement de toutes les autres; et, par la génération, nous entendons la manière dont toutes les connues viennent d'une première. Cettepremière, qui m'est connue comme faculté, ne m'est pas connue encore comme première. Elle est donc proprement l'inconnue qui est mêlée avec toutes les connues , et qu'il s'agit de dégager. Or la plus légère observation me fait remarquer que la faculté de sentir est mêlée avec toutes les autres. La sensation est donc l'inconnue que nous avons à dégager, pour découvrir comment elle devient successivement attention, comparaison, jugement, etc. C'est ce que nous avons fait; et nous avons vu que, comme les équations x — 1=7+ 1, et x-\- i — nj — i , passent par différentes transformations pour devenir /•= 5 , et #=7; la sensation passe également par différentes transformations pour devenir l'entendement.
L'artifice du raisonnement est donc le même dans toutes les sciences. Comme en mathématiques on établit la question en la traduisant en algèbre , dans les autres sciences on l'établit en la traduisant dans l'expression la plus simple; et, quand la question est établie, le raisonnement qui la résout n'est encore lui-même qu'une suite de traductions, où une proposition qui traduit celle qui la précède est traduite par celle qui la suit. C'est ainsi que l'évidence passe avec l'identité
depuis Ténoncé de la question jusqu'à la conclusion du raisonnement.