EXPOSITION DU SYSTÈME DES MONADES
ARTICLE PREMIER
De l'exiat^Rce de» nonadet,
ji gf a des composés : àoxïc il y a des étees sim^ plea; car il n'y a rien sans raison su£&sante« Or la raison de ^la composition d'un être nç pçut pas se trouver dans d'autres êtres composés, parcA cpi'on demapderait encore d'où vient la compo-^ skion de ceux-ci ; cette raison se trouve donc aiU ieurs, et par conséquent elle ne peut être qu^ dans des ^res simples. ■ \
En effet? tosut ôe qui est , ^at^un;, ou collectiob dluDÔliés. DûQD'ce qui est un: n'est pas lui-même colleelÂQAy)aMilrà^ il y aurait des çollectio4s d'unités quoiqu'il n'y eût point d'unités, ce qtfi se contredirait visiblement» Ojp l'ujiîlié proprejncm;. difte^ elastràtdire oeUe^qui n'est pas coUeo*' tk)h,qae peiKL convenir à un ét^e eompois»^ c'est^jbr dire qui est Gottecsâosi:» Donc il y a dearétrea qui sbnt simples, <iHii :• pouv cettëf raisan jie leaappe^ lerai'/namiÀ/. ...
Pendant un temps j'ai adopté les atomes, mais dans la suite je m'aperçus qu'on n'y pouvait pas trouver le principe d'une véritable unité, car l'attachement invincible de leurs parties, les unes hors des autres ne détruit pas leur diversité. Je vis donc qu'il n'y a que les atomes formels, c'està-dire les unités réelles et absolument destituées de parties , qui puissent être les principes de la composition des choses.
Les monades , étant simples n'ont point de parties; sans parties, elles sont sans étendue; sans étendue, elles sont sans figure, ne peuvent occuper d'espace, ou être dans vaa^ lieil; n'occupant point d'espace, elles ne sabraient se mouvoir. ^ . i
Des êtres réellement étendus peuvent être distingués par la différence du lieu quHl5< oo* cupent. Il n'en est pas de même des monades* Pour être distinguées il faut donc qu*elles aient des propriétés tout -à -fait différentes. Si :deux monades étaient semblables en tout eUesset*aient deux: par supposition, et ne seraient qu'une dans le vrai. ».
Si l'étendue, la figure, le lieu,* le meuvement ne conviepheht à auc^une monade en pairticulier, ils ne conviennent pas davantage, à un assemblage de monadek Une coUectiooti de choses inétendues ne saurait îaîm de l'étendue : il Isiut raisonner de même sur le lieu , la figure , le mouvemenL L'uni-
DBS SYSTÈMES. Io5
vers, ou l'assemblage de toutes les monades n'occupe donc pas un espace plus réel qu'un seul être simple , et il n'y a proprement en cet assemblage ni étendue, ni figure, ni mouvement; en un mot il n'y a rien de ce qu'on entend communément par corps. Il ne faut donc pas. considérer ces choses comme autant de réalités : ce ne sont que des phénomènes , des apparences , ainsi que les couleurs et les sons. C'est ce dont je dois avertir pour prévenir les méprises que pourraient occasioner mon langage, lorsque je serai obligé d'employer les mots d'étendue , de figure, de mouvement et de corps.
ARTICLK II.
De retendue et un mouvement.'.
Si nous pouvions pénétrer la nature des êtres jusqu'à démêler distinctement tout ce qu'ils renferment, nous les verrions tels qu'ils sont. Les apparences ne viennent donc que de la manière imparfaite dont nous voyons les choses, et ce sera assez de considérer comment nous apercevons les objets pour découvrir l'artifice qui produit les phénomènes.
Nous nous apercevons, et nous avons des perceptions qui produîi^nt à notre égard les apparences dé plusieurs choses que nous distinguons de nous et que nous distinguons entre elles. Mais nos perceptions ne peuvent nous faire distingiier
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les choses de la sorte qu'autant qu^eltes nous les représentent comme étant hors de nous , et hors les unes des autres ; et elles ne sauraient nous les montrer sous cette apparence qu'aussitôt nous ne pensions voir de l'étendue '. Ce phénomène ne suppose donc pas qu'il y ait des êtres réellement les uns hors des autres et réellement étendus. Il suppose seulement que nous avons des perceptions qui nous représentent une multitude rf*être distincts.
Une fois que nos perceptions ont produit te phénomène de l'étendue , elles suffiront pour produire tous les phénomènes qui en dépendent. Nous verrons différentes parties dans l'étendue ; nous y remarquerons toutes sortes de figures ; les unes nous paraîtront proches , les autres éloignées, qtc.
Les êtres que nos perceptions nous représentent les uns hors des autres , elles peuvent nous les représenter constamment dans le même ordre ; ou elles peuvent varier cet ordre; en sorte qu'un être qui paraissait immédiatement hors d'un autre, en paraîtra séparé par un second , ensuite par iin troisième, et ainsi successivement. Dans le premier
,./, Celant ^uffît |vas; des ^ires.'di&tmçtat sopt ]gfopreip.eQt les uns hors des autres. Pour produire le phénomène de retendue y il ^aut qu'en paraissant contigus ; ils paraissent encore former un continu. '
cas , le phénohiène du repos a lieu ; dans le second, c'est le phénomène du mouv^ent.
Il n*y a rien sans une raison suffisante : par conséquent l'ordre dans lequel nos perceptions lions représentent les êtres, a sa raison dans l'ordre qui est entre les êtres mêmes. La réalité des choses fournirait donc â celui qui la connaîtrait l'explication la plus détaillée de la génération de chaque phénomène. Mais l'ignorance où nous sommes à cet égard nous oblige de prendre une route différente. Au lieu d'expliquer les phénomènes par la réalité des choses , nous jugerons de la réalité par les phénomènes ; et nous imagilierons dans les êtres quelque chose d'analogue aux apparences que les perceptions produisent.
En conséquence voici comment je raisonne :
Lès pihénomènes nous représentent des com*
posés, ou des touts dont les parties ont entre elles des rapports plus immeêïiats qu*avec toute autre chose. Les êtres simples se combinent donc de façon que plusieurs ayant ensemble des rapports immédiats, ils forment quelque chose d'analogue à des composés ; c'est ce que j'appelle des collections, ou des aggrégàts de monades. '^' ]
Les phénomènes nous font voir des composés qui se touchent, qui forment un continu, et d'autres qui sont éloignés^ H y a donc entre les aggrégàts, des rapports propres à produire ces apparences* Que, par exemple, l'aggrégât k a\\
un rapport immédiat avec B ; B avec C ; C avec D : A, B, C, D produiront le phénomène d'un continu, dont A et D paraîtront des points distans.
Enfin, en considérant coipment nos perceptions conservent entre les choses le même ordre , ou le varient, nous jugerons qu'il y a réellement entre les aggrégats de monades un ordre qui varie ou demeure le même. Voilà où se trouve la prer mière raison des phénomènes cju mouvement et du repos.
Pans la réalité des choses, l'étendue n'est donc que l'ordre qui est entre les monades et les aggrégats, et qui fait que nos perceptions nous les représentent existans les uns hors des autres ]. Le repos est cet ordre conservé sans altération ; le. mouvement est le changement qui jrsuryient.
Quand les rapports changent entre plusieurs aggrégats, la raison peut s'en trouver dans un seul ou dans tous. Si elle ne se trouve que^dans un, il paraît seul se mouvoir : si, au contraire, elle se Rencontre dans tous, ils paraissent tous en mouvement. Le phénomène du mouvement a donc sa raison dans l'aggrégat où le changement de rapport à son principe. Quand je marche,, par exemple , c'est mon corps qui se meut , el^ non pas
^ ' C'est la ce qu'entend LeLbhitz , quand il 4it que l'étendue n'est que l'ordre des.co-existans.^
le lieu où je passe, parce que c'est dans liiori corps que se trouve là raison des changeznens de rapports qu'il à avec ce lieu.
Ail reste, nous ne pouvons remarquer le mouvement que lorsque nos perceptions nous représentent si bien les changemens de rapports, que nous les distinguons exactement tes uns des autres: mais, si elles le représentent si coJ<iflisémént, qu'il ne nous soit pas possible de les distinguer, ils deviennent nuls à notre égard , et le phénomène du repos continue. Ainsi , quand nous remarquons du mouvement, il faut que dans là réalité les êtres changent leurs rapports; et, quand nous n'eu remarquonsr pas, il faut que, si les rapports ne demeurent pas les mêmes, nos perceptions rie représentent du moins les changemens que d'une manière fort confuse.
ARTICLE ni.
De l'espace et des corps.
Il n'est pas possible d'apercevoir des changemens, sans imaginer quelque chose de fixe, à quoi on les rapporte. Nous , ne saurions, par exemple ^ nous représenter une étendue qui se meut, que nous ne nous représentions une étendue qui ne se meut point. Nous considé-' rons ensuite l'étendue immobile et l'éteùdue mobile comme deux choses différentes, et la pre-
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mière pous donne l'idée de l'espace, U siacoade celle du corp§. Ces idées ont même été si fort distinguées, qu'on a den^andé s'il y a un espace vide, une étendue sans corps, ou si tout est plein. Mais il n'y a proprement ni vide ni. plein, puisque l'étendue elle-même n'est qu'un phénomène.
Les corps paraissent se mouvoir dans une étendue que nous jugeons immobile ; nous ima-^ ginons cette étendue pénétrable. L'espace emporte, donc l'idée de pénétrabilité avec celle d'immobilité : il semble recevoir les corps, et par-là il devient le lieu de chacun d'ieux.
• Les corps, au contraire, nous doivent paraître impénétrables. Comme mobiles^ nous concevons bi^ qu'ils peuvent se succéder dans Am même espace; mais, comme portions d'étendue, nous nous les représentons nécessairement les uns hors des autres, et par conséquent ne pouvant en même temps occuper le même lieu, c'est-àdire se pénétrer-
Remarquez que, quand on dit que les corps sont impénétrables , c'est qu'on les compare les uns aux autres. Par rapport à l'espace où ils se meuvent, ils sont, pénétrables ; car, puisqu'ils le pénètrent, ils en sont pénétrés, cela est réciproque- Nous concevons également les parties de l'espace les unes nécessairement hors des autres , et par conséquent cdmme ne pouvant se pénétrer ; mai^ nous les jugeons pénétrables, quand nous les
Considérons comme le lieu où les oorps se meuvent.
Ainsi le corps et l'espace ne sont proprement que l'étendue, c'est-à-dire des aggrégats d'êtres simples, considérés les uns hors des autres : mais l'étendue , prise comme immobile et péoétrable , c'est l'espace ; et, prise comme mobile et impéné* trable ^ c'est le corps.
Un corps n'est donc pas une substance étendue, composée à l'infini de substances toujours étendues; il n'y a pas même, à proprement parler, d'autres substances que les êtres simples, et un corps n'est qu'un aggrégat, une collection de substances» Quand je l'appellerai substance, ce ne sera que pour me conformer à l'usage : il ne faudra pas prendre ce terme à la rigueur.
Ces principes posés, il est aisé de résoudre la question $ s'il y a des corps. Il n'y en a point, si, prenant ce jnot au sens vulgaire, on entend par corps quelque chose de réellement étendu ; il y en a, si on entend quelque chose qui n'est étendu qu'en apparence, ç'est-à*dire si on prend un corps pour une collection d'êtres simples qui, pju: la naaniêre dont nous les apercevons , pro* duisent à nQtre égard le phénomène de l'étendue.
Lea corps , n'étanl: que des aggrégats de monades ^ ont une essei:)ce différente, suivant les êtres simples dg^ ils sont formés, et les corn-» binaisons qu'il s'en fait< Or,, toutes les monades
lia ÏRAinÊ
difiEèrent essentiellement les unes des autres ; il n'y a donc pas deux corps parfaitement semblables. Nous, verrons plus bas comment tous les corps sont organisés, comment il n'en est point t}ui n'ait une monade dominante, à laquelle toutes les autres sont subordonnées ; comment enfin il ne se passe rien dans le corps qui ne soit en harmonie avec ce qui arrive à la monade dominante, et réciproquement.