ARTICLE IV
Que chaque monade a des perceptions et une force pour les
produire.
J'ai supposé des rapports entre les monades, parce qu'en effet plusieurs êtres ne peuvent exister sans en avoir. D'ailleurs il y en a entre Jles corps ; donc il y en a entré les monades; car les corps n'étant que des aggrégats , la raison de leurs propriétés doit se trouver dans les êtres simples dont ils sont composés. En un mot, il faut imaginer qu'il y a parmi les monades des rap^ ports, et des changemens de rapports, comme parmi les phénomènes , et que de part et d'autre tout se fait dans les mêmes proportions.
Jusqu'ici nous savons* ce que les monades ne sont pas, mais ce n'est pas assez pour se faire une idée des rapports qui sont' entre elles. Si nous n'en pouvions assurer autte chose , sinpn
DES STSTÈMES. I l3
qu'elles ne sont ni étekidues, ni figurées ^ ni mo^ biles, etc. , il s*ensuivrait qu'elles ne seraient rien à nçtre égard. La privation des qualités fait le néant; et pour être il faut avoir quelque chose de positif.
Les monades sont des substances simples. La notion de notre âme peut donc servir de modèle à ridée que nous en voulons former. Nous n*avons qu'à imaginer dans chaque monade quelque chose d'analogue au sentiment et à ce qu'on nomme en général perception. Voilà ce qu'elle aura fle positif, elle éprouvera des changemens lorsqu'elle aura des perceptions différentes.
Mais quel sera le principe de ces perceptions ? D'un côté on ne conçoit pas qu'une monade puisse être altérée ou éprouver dans l'intérieur de sa substance quelques changemens par l'action d'une autre créature; car étant [simple rien ne peut s'échapper de sa substance pour agir au dehors, et rien n'y peut entrer pour la faire pâtir. Les monades n'agissent donc point les unes sur les autres ^ il n'y a point entre elles d'action ni de passion réciproques , et par conséquent les changemens qui leur arrivent n'ont pas pour principe quelque chose qui soit au dehors.
D'un autre côté, si nous consultons l'essence des monades, nous n'y trouverons pas non plus la raison des changemens qui leur arrivent. L'essence ne détermine dans un être que ce qui lui appartient