ARTICLE X
Des transformations des animaux. .
Uo corps organisé est celui dont les parties ont entre elles une harmonie qui les fait toutes concourir à une même fin dans un ordre où elles ne paraissent agir que dépendamment 1^ unes des autres. Le corps humain, par exemple, est organisé parce que tout y est dans une pro'portion propre à transmettre en apparence à l'âme des perceptions quelquefois obscures et confiises , d'autres fois claires et distinctes jusqu'à un certain degré. Or chaque monade est unie à un corps par lequel elle se représente l'univers : chaque monade a donc un corps organisé; elle a un aggrégat d'êtres simples qui lui sont tous subordonnés. A cet égard je l'appelle entéléchie dominante.
Par-là on conçoit que rien n'est mort dans la nature : tout y est sensible, animé y et chaque por tion de matière est un monde de créatures, d'âmes, d'entéléchies et d'animaux d'une infinité d'espèces. Parmi tant d'êtres vivans, il en est peu qui soient destinés à paraître sur ce grand théâtre où nous jouons tant de rôles différens; mais partout la scène est la même, ils naissent, se multiplient et périssent comme nous.
Cependant il n'y a nulle part ni naissance ni
DES STSTÈMÈS. t ag
mort proprement dite* Puisqu'il est de la nature de la monade de représenter Tunivers , chacune a été unie à un corps pour n'en être jamais séparée. La conception , la génération , la destruction ne sont que des métamorphoses et des transformations qui font passer les ailimaùx d'une espèce à l'autre. C'est de la §orte qu'une chenille devient papillon. Par conséquent une machine naturelle n'est jamais détruite quoique par la perte de ses parties grossières elle soit réduite à une petitesse qui n'échappe pas moins aux sens que celle où était Tanimal avant ce que nous appelons sa naissance. Par différentes transformations elle se dépouille quelquefois d'une partie des «très dont elle était l'aggrégat , et d'autres fois feUe en acquiert de nouveaux : par-là elle paraît tantôt étendue, tantôt resserrée et comme concentrée quand on la croit perdue ; mais elle continue toujours d'être un corps organisé. Chaque monade demeure donc unie au corps dont elle est l'entéléchie dominante. Par ce moyen les animaux subsistent comme les âmes et sont indestructibles comme elles.
Dans ces transformations tout tend vraisemblablement à la perfection, non -seulement de l'univers en général , mais encore de chaque créature en particulier. Ainsi les corps ne se développent que pour transmettre aux entéléchies dominantes des perceptions toujours plus claires