‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 4)Chapitre 18 sur 51 · RÉFUTATION DU SYSTÈME DES MONADES · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DU SYSTÈME DES MONADES

J'ai cru devoir exposer au long le système dfis monades , soit parce qu'il est assez ciurieux pour mériter qu'on le fasse connaître, soit^parce que c'était un moyen p;:iopre à m'en assurer à moi-même l'intelligence. Si j'avais voulu me h6j> lier aux seuls principes que je me propose de, critiquer, je n'aurais pas combiné autwt que je l'ai fait les différentes parties de ce système et je me serais souvent écarté de la pensée de son auteur. C'est ce qui arrive ordinairement à ceux qui enjti:eprennent de réfuter les opinions des autres. .]VI*cJu3ti 6n est ifXï exemple. Jl expose à la vérité le principe qui sert de foii^ement à: tout le système de Leibnitz; mais, parce qu'il n'a pas eu la précaution de suivre ce philosophe dans l'usage qu'il en fait, il lui suppose des idées qu'il n'a jamais eues, et fait une critique qui ne tombe point §ur le système dps monades '.

\ En voici un exemple. Après avoir remarqué avec raison , S 5, gue les êtres simples ne peuvent point remplir d'espace , il fait dû*e à Leibnitz , § 8, qu'il faut une raison suffisante

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ARTICLE PREMIER

Sur quels principes de ce système la critique doit s'arrêter.

It y deux inconvéniens à éviter dans un système; l'un de supposer les phénomènes qu'on

pour qu'un être simple soit dans un endroit plutôt que dans un' autre; que chacun d'eux, § 149 occupe un point dans 4**espaee; que par- là plusieui? ensemble iiemplissent l'espace '^|:':p^i^uîsent l'étendue.

' ..Un. être simple ne remplit point d'espace , dit-il ensuite , § 49 9 mais plusieurs ensemble remplissent un espace. Peut-on se contredire plus manifestement ? II emploie plusieurs paragraphes po'ir prouver que cela est contradictoire. Pense-t-il ' donc qu^ Leibnit:^ ait pn tomber dans une absurdité aussi "gtîossicre? Il faudrait être bien sur de son fait ayont d'attri- . ))uer de pareilles méprises à un homme d'autant d'esprit, fiX qui, ^ tous. égards , f^it beaucoup d'honneur à l'Allemagne. Pour moi, plus j'étudie le système dçs monades, plus je vois que tout y est lié. Il pèche , mais c'est par des endroits que M'. Justi n'a pas relevés. L'exposition que j'en ai donnée suffit' pour faire évanouir toutes les contradictions que ce critique droit y apercevoir. Il ne parait pas avoir apporté asseE de soin' pour saisir toujours la pensée de Leibnitz^ et, quand il la saisit, il la combat avec des raisons qui ne me Semblent ni assez claires ni assez solides.

Pour réfuter, par exemple , ce principe , il y a des composés; donc il y a des êtres simples; il fait, §22, j^3, 24^ un raisonnement dont voici le précis. Le simple est une notioç. géométrique, le composé est une notion métaphysique. Or Tobjet de la géométrie est imaginaire, celui dé la métaphysique est réel; donc la conclusion de Leibnilz mêle

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eatreprend d'expliquer, l'autre d'en rendre raison par des principes qui ne se conçoivent pas mieux que les phénomènes. Les cartésiens tombent dans le premier, lorsqu'ils disent qu'une substance n'est étendue que parce qu'elle est composée de substances étendues ; mais les leibnitiens tombent dans le second, si, lorsqu'ils disent qu'une

quelque chose d'imaginaire à quelc^e chose de réel ; donc elle est fausse. « En considérant avec attention Texplication « du composé, dit- il , § 25, on n» peut penser à rien qui '« pourrait nous mener à l'idée du simple. Les êtres composés a sont des ^tres qui ont des parties. La première conclusion « ne peut donc être que celle-ci : Là où il y a des composés » « il y a aussi des parties. Or, l'idée de partie ne nous conduit « point encore à l'idée du simple. Les êtres simples sont des « êtres qui n'ont point de parties : donc pour aller plus loin, « il faudrait conclure , là où il y a des parties , il n'y a point -« de parties, ce qui ferait une contradiction manifeste.

ft L'essence du composé, dit -il encore, § 3o, consiste né- « cessairement dans la composition. Ce qui se présente le «( premier à notre esprit , quand nous réfléchissons sur une « chose , et ce qui fait qu'elle est ce qu'elle est , c'est son « essence. Rien que la composition se présente le premier. à « notre pensée , quand nous considérons des composés , et « c'est la composition uniquement qui en fait des êtres coma posés; donc l'essence des composés consiste dans la com- « position. » C'est de pareils raisonnemens que M. Jnsti infère qu'on peut rendre raison des composés sans avoir recours à des êtres simples. Au reste , je crois devoir avertir que cet auteur a écrit en allemand, et que je ne puis juger de s£| dissert(ition que par la traduction que l'académie de Berlin a fait imprimer à la suite.

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sù'bstance n'est étendue que parce qu'elle est Paggi^égat de plusieurs substances inétendues , ils ne conçoivent pas mieux la substance inétendue^ que celle qu'on suppose réellement étendue. En effet serait-on plus avancé de dire avec eux que Te phénomène de l'étendue a lieu parce que les premiers élémens des choses sont inétendus, que de dire avec les cartésiens qu'il y a de l'étendue parce que les premiers élémens des choses sont étendus ?

Je Conviens que le composé, toujours composé jusque dans ses moindres parties, ou plutôt jus^ qu'à l'infini, est une chose où Tesprit se perd. Plus on analise cette idée, plus elle paraît renfermer de contradictions. Remonterons-nous donc à des êtres simples ? mais comment les imageronsnous? Sera-ce en niant d'eux tout ce que nous savons du composé? En ce cas, il est évident que nous ne les concevons pas mieux que le composé. Si on ne conçoit pas ce que c'est qu'un corps, on ne conçoit pas davantage un être dont on ne peut dire autre chose, sinon qu'aucune qualité du corps ne lui ajppartient. Il faut donc pour concevoir les monades, non -seulement savoir ce qu'elles ne sont pas, il faut encore savoir ce qu'elles sont. Leibnitz a bien senti que c'était une obligation pour lui de remplir ce double objet. Aussi a-t-il iPait tous les efforts dont il était capable, dans la vue de faire connaître ses monades par quelques

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qualités positives. Il a cru y découvrir deus^ choses, une force et des perceptions dont lc| ^ caractère est de représenter l'univers. S'il donne une idée de cette force et de ces perceptions., il fera concevoir ses monades, et il sera fondé à s'en servir pour l'explication des phénomènes. Mais, si cette force et ces perceptions sont des mots qui n'ofirent rien à l'esprit, son système devient tout-à-fait frivole. Il se réduit à dire qu'il y a de l'étendue, parce qu'il y a quelque chose qui n'est pas étendu; qu'il y a des corps , parce qu'il y a quelque chose qui n'est pas corps, etc. Je vais donc me borner à examiner ce que disent les leibnitiens pour établir la force et les perceptions des êtres simples.

ÂRTJCL£ IL

Qu'on ne saurait se faire d'idée de ce que Leibnitz appelle

la force des monades.

Pour juger si nous avons, l'idée d'une chose, U ne faut souvent que consulter le nom que nous lui donnons. Le nom d'une cause connue, la désigne toujours directement : tels sont les mpts de balancier^ roue^ etc. Mais quand une cause çs): inconnue , la dénomination qu'on lui donne n'indique jamais qu'une cause quelcppque avec up rapport à l'effet produit, et elle se forn^e toqjours des noms qui marquent l'effet. C'est ainçi qu'on a imaginé les termes dp forcé centrifqge, centri-»

pète, vive, morte, de gravitation, d'attraction^ dHmpulsion, etc. Ces mots sont fort commodes ^ mais pour s'apercevoir combien ils sont peu propres à donner une vraie idée des causes qu'on cherche, il n'y a qu'à les comparer avec les noms des causes connues.

Si je disois : la possibilité du mouvement de l'aiguille d'une montre a sa raison suffisante dans l'essence de l'aiguille, mais de ce que ce mouvement est possible , il n'est pas actuel ; il faut donc qu'il y ait dans la montre une raison djB son actuaUté : or cette raison je l'appelle roue^ balancier^ etc. ; si, dis-je, je m'expliquais de la sortCy donnerais-je une idée des ressorts qui font mouvoir l'aiguille?

Une substance change. 11 y a donc en elle une raison de ces changemens. J'en conviens : je consens encore qu'on appelle cette raison du nom de force, pourvu qu'avec ce langage on ne s'imagine pas m'en donner la notion.

J'ai quelque sorte d'idée de ma propre force quand j'agis, je la connais au moins par conscience. Mais, lorsque j'emploie ce mot pom* expliquer les changemens qui arrivent aux autres substances, ce n'est plus qu'un nom que je donne à la cause inconnue d'un effet connu. Ce langage nous fera connaître l'essence des choses, quand les notions imparfaites que j'ai données des roues ^ balanciers^ etc., formeront des horlogers:

Si notre âme agissait quelquefois sans le corps, peut-être nous ferions-nous une idée de la force d'une monade : mais toute simple qu'elle est, elle dépend si fort du corps, que son action est en quelque sorte confondue avec celle de cette substance. La force que nous éprouvons en nousmêmes, nous ne la remarquerons point comme appartenant à un être simple, nous la sentons comme répandue dans un tout composé. £lle ne peut donc nous servir de modèle pour nous représenter celle qu'on accorde à chaque monade.

Mais souvent c'est assez de donner à une chose que nous ne connaissons point le nom d'une chose connue , pour nous imaginer les connaître également. Rien ne nous est plus familier que la force que nous éprouvons en notis-mémes ; c'est pourquoi les leibnitiens ont cru se faire une idée du principe des changemens de chaque substance en lui donnant le nom de force. 11 ne faut donc pas s'étonner s'ils s'embarrassent de plus en plus, à proportion qu'ils veulent pénétrer davantage la nature de cette force. D'un côté ils disent qu'elle €st un effort, et de l'autre qu'elle ne trouve point d'obstacles. Mais par la notion que nous avons de ce qu'on nomme eifort et obstacle, l'effort est inutile dès qu'il n'y a point d'obstacle à vaincre. Par conséquent, s'il n'y a point de résistance dans les êtres simples, il n'y a point de force; ou, s'il y a une force, il y aussi une résistance, v

De tout cela il £giat conclure que Leibuîtz n'est pas plus avancé de reconnaître une force dans les êtres simples qu« s'il s'était borné à dire qu'il y a en eux une raison des changemens qui leur arrivent, quelle que soit cette raison. Car, où le mot de force n'emporte pas d'autre idée que celle d'une raison quelconque, ou, si on lui veut faire signifier quelle chose de plus, c'est par un abus visible des termes; et on ne saurait faire connaître les idées qu'on y attache. On voit ici les défauts ordinaires aux systèmes abstraiHi , des notions vagues et des dioses qu'on ne connaît pas, expliquées par d'autres qu'on ne connaît pas davantage.

Article 111.

Que Leibnitz ne prouve pas que les monades ont des perceptions.

Notre âme a des perceptions, c'est-à-dire qu'elle éprouve quelque chose, quand les objets font impression sur les sens. Voilà ce que nous sentons : mais la nature de l'âme et la nature de ce qu'elle éprouve, quand elle a des perceptions, nous sont si fort inconnues, que nous ne saurions découvrir ce qui nous rend capables de perceptions. Comment donc ridée imparfaite que nous avons de l'âme pourrait-elle nous faire comprendre que d'autres êtres ont des perceptions comme elle? Pour expliquer la nature des monades par la no-

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tion de notre âme, né faudrait-il pas trouver dans . cette notion la nature même de cette substance ?

Les monades et les âmes sont des êtres simples : voilà en quoi elles ébnviennent, c'eât-à-dire qu'elles conviennent en ce qu'elles excluent également Tétendue et les qualités qui en dépendent, telles que la figure^la divisibilité, etô. Mais de ce que des êtres s*accol:dent à ti'avoir pas certaines qualités, s'ensuit-il qu'ils doivent s'accorder à avoir à d'autres égards les mêmes ? Et cette conséquence serait-elle bien juste ? Les monades sont comme nos âmes , en ce qu'elles ne sont ni éteïidûes ni divisibles; donc elles ont comme elles des perceptions.

Concluons que, pour décider des qualités coinmunes aUx âmes et aux monade^ , ce n'est point assez de concevoir ces substances comme inéténdues, il faudrait encore concevoir la nature des unes et des autres. Les explications de Leibnitz sont dbnc encore ici défectueuses.

Article IV-

Que Leibnitz ne donne point d'idée des perceptions qu*il

attribue à chaque monade.

Qu'eist-cë qù*uhe perception ? C'est , comme je viens de le dire, ce que l'âme éproiive, quand il se fait quelque impression dans les sens. Cela est vague et n'en fait point connaître la nature : j*en conviens, et après cet aveu on n'a plus de ques-

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lions à me faire. Mais, veux-je attribuer des perceptions à un être différent de notre âme? on me dira que ce n'est pas assez pour en donner une idée de rappeler à ce que nous éprouvons, et qu'il faut encore les faire connaître en ellesmêmes. £n effet, tant qu'elles nb sont connues que par la conscience que nous en avons , nous ne saurions être fondés à en attribuer à d'autres êtres qu'à ceux que nous pouvons supposer en avoir conscience.

Si je disais donc avec Leibnitz que les perceptions sont les différens états par où les monades passent, on m'objecterait que le mot d'état est encore trop vague. Si j'ajoutais pour en déterminer le sens, que ces états représentent quelque chose, et que par-là les monades sont comme des miroirs qui réfléchissent sans cesse de nouvelles images, on insisterait encore. Quelles sont, me demanderait-on, les idées que signifient représenter^ miroir y images j pris dans le propre? Des figures telles que la peinture et la sculpture en retracent. Mais il ne peut rien y avoir de semblable dans un être simple. Par conséquent, ajouterait-on ^ vous ne prenez pas ces mots dans le propre, quand vous pariez dçs monades ; mais, si vous leur ôtez la première idée que vous leur avez fait signifier, quelle est celle que vous prétendez y substituer ?

£n effet ces termes en passant du propre au

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figuré, n'ont plus qu'un rapport vague avec le premier sens qu'ils ont eu. Ils signifient qu'il y a des représentations dans les êtres simples, mais des représentations toutes différentes de celles que nous 'connaissons, c'est-à-dire des représentations dont nous n'avons point d'idée. Dire que les perceptions sont des états représentatifs, c'est donc ne rien dire.

Qu'est-ce en effet que représente l'état d'une monade? c'est l'état des autres monades. Ainsi, l'état de la monade A représente ceux des monades B, C, D, etc. Mais je n'ai pas plus d'idées des états de B, C, D, etc., que de celui d'A. Par conséquent, dire que l'état d'A représente ceux de B, C, D, etc. , c'est dire qu'une chose que je né connais pas en représente d'autres que je ne connais pas mieux.

Ce 'sont proprement les qualités absolues qui appartiennent aux êtres et qui les constituent ce qu'ils sont .^Quant aux rapports, que nous y voyons, ils ne sont point à eux ; ce ne sont que des notions que nous formons, lorsque nous comparons leurs qualités. C'est donc par les qualités absolues qu'il les faut d'abord faire connaître. S'y prendre autrement, c'est avouer tacitement qu'on n'en a aucune notion. On parlera des rapports^ qu?on suppose entre eux, mats ce ne sera que d'une manière bien vague. C'est ainsi qu'on pourrait prétendre donner l'idée de plusieurs tableaux en disant qu'ils se représentent réciproquement les

uns les autres. Or Leibnitz ne fsiit pas connaître les monades par . ce qu'elles ont d'absolu. Tous ses rcfforts aboutissent à imaginer entre elles des rapports qu'il ne saurait détei?0iner qu'avec le secours des termes vagues et figurés de miroir j de représentation. Il n'en a dpnc point d'idée.

(La méfNfise de ce philosophe, en cette occ^sipn^ c'est de n'avoir pas fait attention que des termes, qui dans le propre, ont une signification précise , ne réveillent plus que des notions fort vagues , quand on. St'en $ert dans le.figuré. Il a. cru rendre raison des phiépomènes lorsqu'il n'çjpp^ie que le langage pe^ philosophique des métaphores; et il n'a pas vu que,, quand ont est obligéd'u^o' de -ces sortes d'express^oqs , c'^Q^t une, preuve qu'on n'a psis d'idée, de la chose d<??it pU; parle. Ces méprises sont ordinaires à ceux qui jCo^t des systèmes abstraits.

Qu'on ne comprend pas comment il y jurait une infinité de perceptions dans chaque monade , ni comment elles repré^ ' senteraient l'univers-

iPlus Leiboiitz fait d'efforts pour faire corn*prendre ce qu'il cimt entendre par le mot^^e perception y plus ii embarrassQ l'idée qq'il en veut donner.

La Uaison qui est entre tpusf les êtres de l'upivers, lui fait juger .qu'il n'y a point der^iy^apour

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borner les représentations qui se font .dans les monades. Chaque représentation tend, selon lui, à l'infini , et chacune de nos perceptions en en-* vdioppe une infinité d'autres. Ainsi dans une monade il y a des infinis d'une infinité d'ordres d'ordres différens. Dans A, il y a une infinité de perceptions pour représenter les perceptions de B; dans B, une autre infinité pour représenter celles de C, et ainsi à l'infini. A, à son « tour, est représenté dans B,'C, etc. ; et de même que cette 'monade représente toutesdes autres, elle est représentée dans chacune; en sorte qu'il n'y a pas de portion de mattàre où elle ne soit représentée une infinité de fois, et qui ne lui fournisse une infinité de perceptions. On voit par-là de combien d' infinités de manières les. perceptions set combinentdaç» chaque éti«.

Il y aurait' bien: des> remarques à faire sur l'in^ -fini : pour al»*égèr je me bornerai à dire que c'est un nom donzi^à une idée que nous* n avons pas, mais que nous jugeons différente ide celle que nous avons. Il n'offre donc rien de positif et ne sert 4spi'k rendre le système ;de:I^ibnitz,pkis,iniiitelUgible.

Ce philosophe a beau appuyer sur laiiaison de tous les êtres de l'uniii^ers, xm ne compreistdra jamais qu'ilsse concentrent tous dans ohacnn d'eiiucy et que le tout soit représenté si parfaitement dans chaque partie, que qui connaîtrait l'état actuel

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d'une monade, y verrait une image distincte et détaillée de ce qu'est l'univers, de ce qu'il a été et de ce qu'il sera. Si cette représentation avait liey, ce ne serait qu'en vertu de la force que Leibnitz attribue à chaque monade : mais cette force ne peut rien produire de semblable.

Ou les monades agissent réciproquement les unes sur les autres, en sorte qu'il y a entre elles des actions et des passions réciproques (suppositions que quelques leibnitiens ne rejettent pas'; ou elles paraissent seulement agir de la sorte.

Dans le premier cas , on voit dans une monade toute la force active qui lui appartient et tout ce qu'elle peut produire, en supposant qu'elle ne trouve point d'obstacle. On voit encore toute la résistance qu'elle oppose à toute action qui viendrait d'un principe externe ; mais oii n'y saurait voir l'état et la liaison de tous les êtres. .Ces- états et cette liaison consistent daiis des rapports d'action et de passion. La force d'une; monade ne produit pas au dehors tout l'effet dont elle'serak capable; elle n'y produit qu'un effet proportionné à la résistance qu'elle y trouve. Afin de connaître comment, par son action, elle est liée avec le reste de l'univers, il ne suf&t donc pas de l'apercevoir, il faut encore apercevoir toutes les autres substances. On ne peut donc voir dans une seule mo-

' M. Wolf entre autres.

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nade l'état et la liaison de toutes les monades, supposé (Qu'elles agissent ou pâtissent récipro- <|uement.

On ne le peut pas davantage, si, comme le pense Leibnitz , les actions et les passions ne sont qu'apparentes. Dans cette supposition , une monade né dépend d'aucun être; elle est par ellemême et par un effet de sa propre force, tout ce qu'elle est, et renfermé eu elle le principe de tous ses changemens. Celui qui n'en verrait qu'une ) ne devinerait seulement pas qu'il y eût autre chose»

Mais, dira Leibnitz, c'est tine suite de rhàrmonie préétablie , que chaque monade ait des rapports avec tout ce qui existe. J'en conviens.. Donc l'état où elle se trouve exprime et représente ces rapports; donc il représente l'univers entier. Je nie la conséquence.

Si je disais : Un coté d'un triangle a des rapports aux deux autres côtés et aux trois angles, donc ce côté représente la grandeur des deux autres et la valeur de chaque angle en particulier^ on verrait sensiblement le faux de cette conséquence. Chacun ^sait que,' pour se représenter pareille chose, la connaissance d'un côté n'est pas suffisante. Je dis également que la représentation de l'univers ne peut être renfermée dans la connaissance d'une seule monade. En vain l'état de cette monade a des rapports «vec l'état de

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