AXIOME VI
ce Une idée vraie doit convenir avec son objet, i» Quand les - cartésiens ont dit : nous pouvons affirmer d*uB:e chose tout- ce qui est renfermé daiis Pidée claire et distincte que nous eii avrils ^, c'e^ qu'ils ont snjipdsé que ces sortes d'idées ' Sdirt vraies ou conformes aux objets auxquels on lé^ rapporte. Aihsi ce que J'ai remarqué à l'ocèàsiôti de leur principe, petft s^appliquër à ce si)cièftiè axiome. J'y renvoie»
P£S SYSTEMES. l85
Spinosa, fonné par4a lecture des ouvrages de Descartes, ne connaissait ni l'origine ni la génération des idées; on en peut juger par la manière dont il les définit.
(c J'entends par idée, dit-il ', le concept que « forme l'esprit, comme étant une chose pence santé. Je l'appelle concept ^ et non perception, a parce que le mot àe perception paraît indiquer « que l'esprit pâtit, au lieu que celui de cor^pept « exprime l'action de l'esprit. »
Mais comment cette idée ^ produite par l'action de l'esprit, peut-elle être vraie ou conforme à un objet, et a quel signe peut-on s'en assurer? C'est à quoi Spinosa n'a pas de réponse. Il se contente de supposer qu'il y a des idées vraies , et il croit, sans doute, que ce sont les siennes.
Il est aisé à l'imagination de se faire des idées , il lui est aussi facile de se persuader qu'elles sont vraies. On conclura donc , avec l'axiome de Spinosa , qu'elles sont conformes à l'objet auquel on les rapporte; et^ en ne raisonnant que siu* des .notions imaginaires ,, on croira approfondir jus- .qq';à la natticéi ioém/e.dea choses. Voilà ce qui est arrivé à ce f^losophe.
. ./ AXIOME vri.
« L'essence d'iihe chose ne renferme pas l'exis-
' Deuxième part , péf: iii.
l88 TRAITÉ
PREMIÈRE PROPOSlTIOXr.
ce La substance est de nature antérieure à ses tf afFections. »
Démonstration.
«c Cela paraît par les définitions III et Y. » C'est-à-dire, que ce qu'il appelle substance , soit qu'il y ait dans la nature quelque chose de semblable, ou non, est, selon la façon dont.il le conçoit, antérieur de nature à ce qu'il appelle affections. Car il faut renrarquer que cette proposition et sa démonstration ne peuvent être appliquées qu'aux mots substance et affections , puisque Spinosa n'a pas encore prouvé qu'il y ait nulle part des êtres auxquels les définitions de la substance et des modes puissent appartenir. Quand on s'est fait l'idée du sujet delà substance de la manière que j 'ai indiquée, on réalise cette idée^ toute vague qu'elle est , et aussitôt on conçoit ce sujet comme existant avant les modes qui viennent successivement s'y. réunir. On remarque ensuite ce rapport , et on dit : le sujet est antérieur à ses modes j U faut qu'une chose soit avant d'être teUe, etc.. Cela signifie qu'après les abstractions violentes qu'on a réalisées, on conçqit que lejsujetest avant les modes, qu'une chose est<^vaat d'être telle: propositions bien fi:ivoles, et qui ne méritent d'être si fort répétées par les philo-
sophes, que parce qu'il ne leur faut souvent que 4es mots. En effet , qu'importe de savoir le rapport qu'il y a entre des abstractions réalisées? Qu'on abandonne cette méthode ridicule , et on verra bientôt qu'une chose ne peut être , qu'elle ne soit telle ; et qu'une chose ne peut exister , qu'elle n'ait des affections, etc.
Mais cette manière de raisonner est si généralement adoptée, que Spinosa a raison de s'en servir avec toute la confiance d'un homme qui ne soupçonne pas qu'on puisse rien trouver à reprendre dans ses raisonnemens. On voit par-là et par tout ce qui a déjà été dit , que son système n'emprunte souvent le peu de force qu'il paraît avoir, que delà faiblesse de ses adversaires.