‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 4)Chapitre 46 sur 51 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

bes cas où l'on peut faire des systèmes sur des principes

constatés par Texpérience.

iPaivla seule idée cpt'on doit se Êiire d'un sys* tème^ il^st évident qu'on ne peut qu'improprement appeler ^sternes ces ouvrages où l'on prétend expliqua la nature par le moyen de quelques {principes abstraite*

Les hypothèses, quand elles so»t faites suivait les règles que iious en avons données^ peuvent être le fondement d'un système. Nous en avons &it voir les avantages.

Mais,. pour ne laisser rien à désirer dans un système , il faut dbpcner les différentes parties d'un art ou d'une science dans un*ordre où elles s'expliquent les unes par les autres, ^t où elles se rapportent toutes à un premier £iit bien coustaifév dont elles dépendent uniquement. Ce fait sera le prindpe du système ^ parce qu'il en sera le cûorn^enoement. -

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Il est érident qu'on tenterait inutilement de les disposer de la sorte, si on ne lès connaissait pas toutes , et si on n'en voyait pas tous les rapports. L'ordre qu'on imaginerait pour les parties qui seraiept connues, ne conviendrait point à celles qui ne le seraient pas; et, à mesure qu'on acquerrait de nouvelles connaissances , on remarquerait soi-même l'insufiEsance des principes qu'on se serait trop hâté d'adopter.

Ceux qui, exempts de prévention, ont essayé de faire des systèmes, peuvent, par leur propre expérience , se convaincre de ce que je dis. Ils reconnaîtront que , tant qu'ils n'avaient pas assez développé la matière qu'ils voulaient expliquer, ils n'étaient point l$xes dans leurs principes. Ils étaient obligés de les étendre, de les restreindre^ d'en changer, et ijs né les rendaient précis^ qu'à, proportion que, creusant davantage Teur sujet, ils en distinguaient mieux toutes les parties.

Ce serait donc bien vainement qu'on entreprendrait de faire des systèmes sur des matières qu'on n'aurait pas encore approfondies. Que serait-ce si on l'entreprenait sur d'autres qu'il ne sait pas possible de pénétrer ? Je suppose qu'un homme, qui n'a aucune idée de l'horlogerie, ni même de la mécanique , entreprenne de rendre raison, des effets d'une pendule : il a beau observer les sons qu'elle rend à certaines périodes, et remarquer le mouvement de l'aiguille , privé de

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là connaissance de la statique, il lui est impossible d'expliquer ces phénomènes d'une manière raisonnable.

Engagez-le à faire des observations sur les' choses qui ont conduit à l'invention de l'horlogerie, il pourra parvenir à imaginer un mécanisme qui produirait à peu près les mêmes effets, car il ne paraît pas absolument impossible qu'up art, dont les progrès sont dus aux travaux de plusieurs personnes , ne fût l'ouvrage d'une seule.

Enfin ouvrez-lui cette pendule , expliquez-luien le mécanisme; aussitôt il saisit la disposition de toutes les parties , il voit comment elles agissent les unes sur les autres, et il remonte jusqu'au preiùier ressort dont elles dépendent. Ce n'est que de ce moment qu^il connaît aviec certitude le vrai système qui rend raison des observations qu'il avait faites.

Cet homme, c'est le philosophe qui étudie la nature. Concluons donc que nous ne pouvons faire de vrais systèmes , que dans le cas où nous avons assez d'observations pour saisir l'enchaînement des phénomènes. Or nous avons vu que nous ne saurions observer ni les élémens des choses, ni les premiers ressorts des corps vivans; nous n'en pouvons remarquer que des effets bien éloignés. Par conséquent les meilleurs principes qu'on puisse avoir en physique, ce sont des phénomènes qui en expliquent d'autres, mais, qui II. 19

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dépendent eux-mémea de causes qu'on ne connaît point.

Il n'y a point de science ni d'art où l'on ne puisse faire des systèmes : mais , dans les uns y on se propose de rendre raison des effets ; dans les autres 9 de les préparer et de les faire naître. Le premier objet est celui de la physique; le second est celui de la politique. Il y a des sciences qui ont l'un et l'autre , telles sont la chimie et la médecine.

Les arts peuvent aussi se distinguer en classes, suivant celui de ces objets qu'on y a plus particuUèrement en vue. C'est pour produire certains effets y qu'on a imaginé des leviers, des poulies, des roues et d'autres machines. Ainsi dans les arts mécaniques on a commencé par le^ £adts qui devaient servir de principes à un système.

Dans les beaux-arts^ au contraire, le goût seul a produit les effets : on voulut ensuite chercher lès prmcipes , et on finit par où l'on avait commencé, dans les autres. Les règles qu'on y donne sont plus destinées à rendre raison des effets qu'à apprendre à les produire.

Tels sont les cas où les sjrstèmes peuvent avoir des faits poiu: principes. Il ne reste qu'à traiter des pi^écautions avec lesquelles on doit les former» Je commencerai par les systèmes de politique , parce qu'ils soiit les moins parfaits.

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