CHAPITRE XVI
De l'd^age dès systèmes en t)îi>^sîqtie.
Puisque les physiciens dotveik' se borner à mettre en système les parties de la physique qui leur sont connues, leur unique objet doit être d'observer les phénomènes, d'en saisir l'enchal^ nement, et de remonter jusqu'à ceux dont plusieurs autres dépendent Mais cette dépendance ne peut pas consttiter dans un i*apport vague : il
faut expliquer si bien les effets , que la génération en soit sensible.
Le phénomène que nous remarquons comme
le premier, c'est celui de l'étendue; le mouvement
est le second; et,] par la manière dont il modifie retendue ^ il en produit beaucoup d'autres. Mais de ce que nous ne pouvons pas remonter plus haut, il n'en faudrait pas conclure qu'il n'y a que de l'étendue et du mouvement ; il ne faudrait pas non pjus entreprendre d'expliquer ces phé- Hômènes. L'expérience nous manquerait^ et nous ne pourrions imaginer qu6 des priiicipes abstraits dont nous avons vu le peu de solidité.
n est très-'important d'observer, autant qu'il est possible, tous les effets que le mouvement peut produire dans l'étendue, ^t de remarquer surtout les variétés qu'il éprouve lorsqu'il passe d'un eorps à un autre. Mais , afin qu'il ne se glisse dans les expériences ni erteuts ni détails superflus , il ne faut arrêter la vue que sur ce qui offre àei idées nettes. Il ne &ut donc pas entreprendre de déterminer ce qu'on appelle la force d'un corps; c'est là le nom d'une chose dont nous n'avons point d'idée, Les sens en donnent line du inouvement : nous jugeons de sa vitesse, nous en mesurons les degrés relatifs en considérant Tes^ pa^e parcouru dans un certain temps marqué; que laut« il davantage ? Quelle lumière pourrait ^tre répandue 'sur nos observations par les vains
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efforts que nous ferions pour cpnnaître cette force que nous regardons comme le principe du mouvement? Il n'y a qu'un cas où l'on puisse empfoyer le mot force : c'est quand on considère un corps comme une force, par rappoi^t à un corps sur lequel il agit. Des chevaux, par exemple, sont une force par rapport au char qu'ils traînent ; mais alors ce terme n'exprime pas le principe du mouvement, il indique seulement un phénomène. Distinguons donc soigneusement les di£Férens cas où l'on peut observer les mobiles. Sont-ce des corps solides ou; fluides^ élastiques ou non élastiques? Quels sont ceux qui leur communiquent le mouvement ? quels sont les milieux où ils se meuvent ? Comparons les vitesses et les
masses, et remarquons dans quelles proportions le mouvement se communique , augmente , diminue, quand il s'éteint, et comment il prend différentes directions. Si, à mesure que nous recueillerons des phénomènes, nous les disposons dans un ordre où les premiers rendent raison des derniers, nous les verrons se prêter mutuellement du jour. Cette lumière nous éclairera sur les expériences qui nous resteront à faire ; elle nous les indiquera, et nous fera former des conjectures qui seront souvent confirmées par les ob* servations. Par ce ipoyen , nous découvrirons peu à peu les différentes lois du mouvement, et nous réduirons à un petit nombre les phénomènes qui
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doivent servir de principes. Peut-être même trouverons-nous une loi qui tiendra lieu de toutes les lois, parce qu'elle sera applicable à tous les cas. Alors notre système serait aussi parfait qu'il peut l'être, et il ne manquerait plus rien à la partie de la physique qui traite du mouvement des corps.
Tout consiste donc, en physique, à expliquer des faits par des faits. Quand un seul ne suffit pas pour rendre raison de tous ceux qui sont analogues, il en faut employer deux,' trois ou davantage. A la vérité, un système est encore bijen éloigné de sa perfection, lorsque les principes s'y multiplient si fort. Cependant il né faut pas négliger d'en faire usage. En faisant voir une liaison entre lin certain nombre de phénomènes, on peut être conduit à la découverte d'un phénomène qui suffira pour les expliquer tous. Mais une loi essentielle, c'est de ne rien admettre qui n'ait été confirmé par des expériences bien faites.
Plus d'un exemple prouvent combien certains faits sont propres à en expliquer d'autres, et à suggérer des expériences qui contribuent aux progrès de la physique.
Le phénomène de l'eau cjui s'élève au-dessus de son niveau dans une pompe aspirante, et plusieurs autres, ne pouvaient être expliqués par les philosophes aùciens. Prévenue que l'air a une légèreté absolue , ils attribuaient tous ces effets à
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une horreur prétendue de la nature pour le vide. Un pareil principe n^était ni lumineux ^ ni propre à occasioner des découvertes. Aussi tie fut-ce que quand il parut suspect, que lés physiciens songèrent à faire les expériences auxquelles ils doivent la connaissance du vrai principe de ces phénomènes. Galilée observa les effets des pompes aspirantes; et, s'étant assuré que Teau n'y monte qu'à trente-deux pieds, et qu'au delà le tuyau demeure vide^ il conclut qu'on n'avait point connu la vraie cause de ce phénomène.
Toricelli la chercha : c'est à lui qu'on doit la première expérience du tube renversé, dans lequel le mercure se soutient à la hauteur de vingt-sept pouces et demi. Il compara cette colonne avec une colonne d'eau de même base et de trentedeilx pieds de hauteur ; elles se trouvèrent exactement; du même poids. Il conjectura qu'elles ne pouvaient être soutenues que parce qu'elles étaient chacune en équilibre avec une colonne d'air; et ce fut là la première preuve de la pesanteur de ce fluide.
Un hohime célèbre qui a assez vécu pour sa réputatipn, mais trop peu pour le progrès des sciences , Pascal sentit combien il était important d'assurer le sort de la conjecture de Toricelli. Il jugea que, si Tair est pesant, sa pression doit se faire comme celle des liqueurs, qu'elle doit diminuer ou augmenter selon la hauteur de l'atmo-
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sphère , et que par conséquent les colonnes suspendues dans le tube de ToricelU seraient plus ou moins loitgues suivant la hauteur plus ou moins grande du lieu où rexpérience serait faite. Le Puy-de-Dôme en Auvergne fut choisi à cet effet, et l'événement confirma le raisonnement de Pascal.
La pesanteur de Tair étant constatée, on expliqua d'une manière nat^urelle les effets qui avaient fait imaginer que la nature a le vide en horreur. Mais ce ne fut pas là le seul avantage de ce principe.
Le soin qu'on eut de répéter souvent l'expérience de ToricelU, fit bientôt remarquer les variations qui arrivent à la hauteur du mercure dans le tube. On connut que la pesanteur de l'air n'est pas constamment la même , on ob^rva les degrés suivant lesquels elle varie, et on imagina le baromètre, instrument dont les effets sont aujourd'hui connus de tout le monde.
Pour jugei* encore mieux des phéncnnènes produits par la pesanteur de Fair , on chercha les moyens Savoir un espace d'où l'air fût pompé. On imagina la machine pneumatique ^ : alors on vit plusieurs nouveaux phénomènes qui confirmèrent là pesanteur de l'air, et s'expliquèrent par elle.
' Otto de Guérike en est le premier inventeur.
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C'est ainsi qu'un principe doit rendre raison des choses et conduire à des découvertes. Il serait à souhaiter que les physiciens n'eii employassent jamais que de cette espèce. Quant aux suppositions qui ne peuvent pas être l'objet de l'observation , nous avons vu combien l'usage qu'ils en peuvent faire est borné '.
Il y a cette différence entre les hypothèses et les faits qui servent de principes, qu'une hypothèse devient plus incertaine à mesure qu'on découvre un plus grand nombre d'effets dont elle ne rend pas raison , au lieu qu'un fait est toujours également certain , et il ne peut cesser d'être le ^ principe des phénomènes dont il a une fois rendu ^raison. S'il y a des effets qu'il n'explique pas, on né le doit pas rejeter; on doit travailler à découvrir les phénomènes qui le lient avec eux , et qui forment de^ tous un seul isystème.
Il y a aussi une grande différence entre les principes de physique et ceux de politique. Les premiers sont des faits dont l'expérience ne permet pas de douter , les autres n'ont pas toujours cet avantage. Souvent la multitude des circonstances et la nécessité de se déterminer promptement, contraignent l'homme d'état de se régler sur ce qui n'est que probable. Obligé de prévoir ou de préparer l'avenir, il ne saurait avoir les
' Chap. XII.
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mêmes lumières que le physicien [qui ne raisonne que sur ce qu'il voit. La physique ne peut élever des systèmes que dans des cas particuliers , la politique doit avoir des vues générales , et embrasser toutes les parties du gouvernement. Dans l'une on ne saurait trop tôt renverser les mauvais principes, il n'y a point de précaution à prendre, et on doit toujours saisir sans retardement ceux que fournit l'observation : dan^ l'autre on se conforme aux circonstances , on ne peut pas toujours rejeter tout à coup un système défectueux qui se trouve établi, on prend des mesures, et on ne tend qu'avec lenteur à un système plus parfait. Je ne parle pas de l'usage des systèînes dans la chimie, la médecine, etc. Ces sciences sont proprement des parties de la physique : ainsi la méthode y doit être la même. D'ailleurs toutes les personnes instruites connaissent les progrès que la chimie fait tous les jours, et ]es procédés des bons esprits qui la cultivent aujourd'hui sont la méthode qui convient à cette science.
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