‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 4)Chapitre 8 sur 51 · THÉORÈME · texte numérisé non relu

THÉORÈME

Ou proposition à prouver.

. L'amour et la haine ne sont qu'une même chose. j»

BBS STSTÈMES. ^^

DEFirOTIOir PREMIÈRE.

L'amour est un mouvement qui nous porte Vers un objet.

DEFINITION n.

La haine est un mouvement qui nous éloigne

d'un objet.

axiom:e premier.

Ce qui est porté vers un point, s'éloigne par le même mouvement d'un point diamétralement opposé.

AXIOME n.

L'objet de l'amour et celui de la haine sont diamétralement opposés : car l'objet de l'amour est le bien ou l'être, et celui de la haine est le mal ou le néant.

Démonstration du théorème. ^ .

La haine est le mouvement qui nous éloigne d'un objet par la seconde définition ; et par la première, l'amour est le mouvement qui nous porte vers un objet. Or on ne s'éloigne point d'un objet, qu'on ne soit porté par le même mouvement vers un objet diamétralement opposé par le premier axiome ; et l'objet de l'amour et celui de la haine par Je second axiome sont diamétralement opposés : donc c'est par un seul mouvement que nous aimons et haïssons : donc l'amour et 1^ haine

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ne sont qu*urt même ùiouvement, qu'une tnéme chose.

: Maltehrameheidit Iuh tnéme ' que ie mow^ment de la haine est le même que celui de V amour; mais ^ ajoute^'t-il, le sentiment de la haine est tout différent de celui de F amour.... Les mout^emem sont des actions de ta volonté : les sentimens sont des modifications de Fesprit. Voilà donc l'amour et la haine comme actions de la volonté qui ne sont qu'une même chose ^ cfest-à-direqui ne sont proprement qu'une même chose, car on ne s'est jamais avisé de considérer l'amour et la haine au-» trement que comme actions de la volonté. On pourrait donc aknçr et haïr ind^|sadamment de ce sentîm^it qm vient modifier l'esnrit ; et si Mal-* lehrançhe a reconnu quelque difféjc^ce dans le sentiment de ces deux passions, c'est qu'il y a été contraint par sa propre expérience qui lui apprenait assez qu'il ne faisait pas la même chose quand il haïssait que quand il aim^^t.

J'aurais pu apporter pour exemple d'un système abstrait celui de Ma}lebrai;u?hesur lesidée3« i^ajis il eut été long à exposer. D'ailleurs il a peu de partisans, et l'inexactitude des principes que je viens de critiquer n'est peatrétre pas si géûé^ ralement reconnue.

]Vfalle)3i:anche était un des plus beaux esprits

■ lÂT* Yy cbap, 1114 ' ,

1>J£S StftTXMES. gg

^ idemi» siècle : mais malbenreusemeat son ima* ginalio& a^aît trop d'empire sur lui. Il ne verrait*que par «ile, et il croirait €ad:endve les réponses de la sagesse incoréée, de la raison imiversdlle^ du .Verbe* A la vérité quand il saisît le vrai , personne fie lui peut être oompat'é. Quelle «agadité pour tléméler les en^eursdessens^ de rimagimationi, de l'esprit et du cœur l Quelles touohea quand il peint les différeos caractÀDes Ae^.cevLx.cpû s'égarent dans la recherche de la yérité ! Se trompe^tnil kuttnéofee? c'est. d'unei manière, si séduisante, qu'il parait dair jusque dans les endroits où il ne peut s-entendi«.

Il ^connaissait l'honuifte^ mais il le connaissait laMÎas en philosepbe qu'en belreq[nt. Demipcin^ cûpes étaient la cause de son igùorailce .à: . cet égaixl : l'un que nous Toyons tout eci Dîea; L'aflttre que nous n'aimons rien que par l'aoxiQÛriqiiheAttQus avons pour Dieu ou pour le bien en général. £n effet avec de tels principes il n'était pas possible de remonter à l'origine des connaissances et des passions humaines , ni d^en suivre le développement dans tous leurs progrès.

On compare ordinairement Mallebranche et Lôcké, sans doute parce qu'ils ont tous deux écrit sur l'Entendement humain. D'ailleurs on né peut pas se ressembler moinSv'I[x>Gke n'avait ma la sa^dté, ni Fe^^it méthodique^ mies ii^rémens de LIc^Hebranciie ; mais tfosst il n'en aràîtipasi les

■IPO TRAÏT^

défoats. lia connu l'origine de nos connaissances mais il n^en développe pas les progrès dans un détail .assez étendu et assez net. ïl est dans le che* imin de la vérité comme un homme obligé de se le frayer le premier. Il trouve des obstacles , il ne les surmonté pas toujours; il se détourne, il chancelle, il tombe et il fait bien des efforts pour, reprendre son chemin. La route qu'il ouvre est souvent si escarpée^ qu'on a autant de peine à aller à la vérité sur ses traces, qu'à ne pas s'égarer sdr icelles de Mallebranche. Il raisonne avec beaucoup tde justesse 9 souvent même, à l'occasion des choses les plus communes, il &it des observations très^ ^fines^ mais il né me pardi; pas réussir égaliyment sur les niatièresr difficiles*' Moins bèl-esprit que philosophe, il. instruit plus dans: sdn £ssai sur T£a!VtendemeDt humain que Mallebranche dans la' Ref^rohe de la vérité.

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