LIVRE QUATOllZIEME CHAPITRE PREMIER
Nerva et Trajan.
difficuîlïe"?^ ^^ ^ ^^ ^^ peine à comprendre que la nature qoeRomegu.!- jjmjjjQ^e puîsse être dégradée au point où elle l'a vernéc été SOUS les règnes de Galigula, Claude, Néron,
Domitien. Mais quand on a vu ce que la tyrannie osait se permettre, on a peut-être plus de peine encore à comprendre que Rpme puisse jamais être gouvernée par une suite de princes vertueux. Nous allons cependant commencer un siècle où cinq empereurs ont successivement fait le bonheur des Romains.
Nerratsirer- Lescoujurés élevèreut à Ten^pire M. Coccéius
tnenZf nûstrop
foibie. Nerva, né à Narni en Ombrie, d'une famille ori-
ginaire de Crète. C'est le premier empereur qui n'ait pas été Romain, ou Italien d'origine.
Agé de 65 à 70 ans, Nerva, quoique éclairé et vertueux, parut trop faible pour le fardeau dont il s'était chargé. On se plaignit que tout fut permis sous son règne, comme tout avait été cri^ minel sous le précédent.
ANCIENNE. 4l
Il sut allier, dit Tacite, deux choses auparavant incompatibles, la monarchie et la liberté. Il paraît cependant qu'il ne fut pas capable de les maintenir dans un juste équilibre ; un trait prouve tout à la fois sa faiblesse et sa bonté. Dans le temps même qu'il faisait sévir contre les délateurs, il en avait à sa table. La conversation étant tombée sur un de ces hommes infâmes : Que ferait-il aujourd'hui^ demanda Nerva, s'il vii^ait encore? Quelqu'un lui répondit : Il mangerait ai^ec nous;
et Vempereur ne s'offensa point de cette repartie. Les gardes prétoriennes, à qui les mauvais n commît le
^ besoin qu'il a
princes étaient toujours chers, se soulevèrent, et f,WPî"if„'* demandèrent la mort des meurtriers de Domi- **"' tien : il ne fat pas au pouvoir de Nerva de les contenir; et on égorgea soiîs ses yçux ceux qui loi avaient donné l'empire. Il ne se dissimula pas samort. sa faiblesse : il adopta et prit poiu* collègue M. Ul- gs. pius Trajanus Crinitus, qui commandait alors sur le bas Rhin. Il mourut peu après. Rien ne lui a feit plus d'honneur que d'avoir choisi, hors de sa famille, un prince tel que Trajan: il a régné seize mois. • Trajan était d'Italica, ville d'Espagne. Il n'y Trajan e.tdi.
1 •!! • 1 r • 1 • gne du trône.
avait point eu d'illustration dans sa famille, jusqu'à son père, qui parvint au consulat ; mais on trouvait en lui les vertus et les talens qu'on peut désirer dans un souverain.
Qrand capitaine, il rétablit la discipline, et il ceprh.ce a u
4^ HISTOIR£
têtedesestron. cut dcs sunoiées redoutables et victorieuses: il
pej.
marchait toujours à pied i la tête de ses troupes, se nourrissant des mêmes alimens que les soldats, supportant, comme eux, la faim, la soif, la fatigue, et dispensant avec discernement les peines et les récompenses.
Ses guerres Sa première guerre fut contre les Daces : hon-
contre lesDaces. * ^
teux de payer le tribut auquel Domitien s'était assujetti, il saisit le premier prétexte que lui fournit Décébale, le vainquit, et lui fit la loi.
Quelques années après, Décébale n'ayapt pas été fidèle à ses epgagemens, Trajan reprit les ^rmes; cette seconde guerre, plus longue que la première, fiit terminée par la conquête eplière du pays des Daces. La coloqne trajane, qu'on voit encore à Rome J est le monument de^ victoires remportées dans ces deux guerres.
Ses conquêtes Jaloux d'exécuter le projet de Jules-César ,
•n Orient, ^ m. a y
Trajan marcha contre G>srhoès , roi des P^hes^ qui ayait disposé de la couronne d'Arménie; l'empereur, qui regarda cette démarche onnipe une usurpation sur ses droits , conquit ce royaume, la Mésopotamie , l'Âdiabène , l'Assyrie , Babylooe^ Ctésipbon, capitale des Parthes , et l'Arabie heureuse. Il eût désiré d'être plus jeune, afin de porter ses <$onquêtee aussi loin qu'Alexandre ; mais il avait alors soixante-trois ans, et c'était la dix-neuvième année de son règne. L'empire ce- ^apâssionpour pcudaut n'était déjà que trop étendu ; et la pas-»
ûoD des conquêtes est d'autant plus blâmable i«si»aqnfttete$<
'■ *^ ^ blÂsnablc.
dans Trajan, qu'il était fait pour une gloire plus réelle et plus solide. C'est sous ce point de, vue que je vais le considérer.
C'était l'usaffe de donner le consulat auic em- son.uenfioa
O. k faire respecter
pereuTs , le premier janvier après teur avènement. l."e«pie^*' '°" Trajan le refiisa. Il ét^it absent ; il voulut se conformer à une loi plus ancienne que cet usagé. Il vint à Rome l'année suivante. Sa marche ne fut ni k charge aux peuples , ni dispendieuse pour Yétat; il fit son entrée à pied, au milieu des acclamations.
Lorsqu'il brigua le consulat , il observa scrupuleusement toutes les formes usitées, quoique ses prédécesseurs eussent dédaigné de s'y soumettre. U vint aux comices en habit de candidsU;. Après son élection, il se présenta pour faire le serment. 11 le répéta debout, devant le consul, qui était ;^is. Il ajouta qu'il se soûmettak à la colère du del, sll manquait jamais à ses engagemens. Il voulut même que dans les vœux qu'on faisait tous les ans pour lui on insérâip cette condition : 5'i/ gouverne j comme il doit, la république y et s'il procure le bien de tous. Il pensait qu'un souverain qui veut faire respecter les lois doit les respecter lui-même. v
À son avènement, il donna, suivant l'usage , sessomsponr une gratilSication aux soldats. Mais le peuple était r«»pi"* surtout l'objet de ses lai^esses ; on prétend qiie
44 HISTOIKE
SOUS son règne les distributions qui se faisaient chaque mois nourrissaient deux millions de personnes. Il faisait élever les enfans dont les parens étaient dans la misère. Il avait assigné, à cet effet, des fonds à Rome et dans les provinces. Il répara la population. Il multiplia les chariots de poste, qu'Auguste avait le premier établis. Il continua les grands chemins jusqu'aux extrémités de l'empire. Enfin il orna Rome de bâtimens utiles et magnifiques, et il y forma plusieurs bibKoson économie théoues. Il suffisait à toutes ces dépenses par une
et sa vigilance. * Al
économie sage et par une vigilance éclairée. Riche, parce qu'il vivait avec simplicité, il enrichissait l'état , parce qu'il veillait sur tous ceux auxquels il confiait quelques parties de l'administration. Il aurait été difficile de commettre des rapines sous ' un prince aussi vigilant. Eurithme n^est pas Po^ Uctètej ni moi Néron^ disait-*il à des personnes qui craignaient l'intérêt que cet affranchi prenait à une affaire ; et un jour que ce même affranchi appréhendait qu'on ne le soupçonnât d'abuser de son crédit : Je ne crains pas ce soupçon pour vous^ lui dit Trajan, je le craindrais plutôt pour moU même. ' •
Sa simplicité. La'suite de Trajan était modeste. Il n'envoyait pas devant lui des gardes pour écarter le peuple. Il voulait que les rues fussent également libres pour tous les citoyens; et, s'il trouvait de Feçabarras, il attendait qu'il fût dissipé. le veux êtrB
pour les autres^ disait-il souvent, ce que je voudrais qu'un empereur fut pour moi y si je n'étais que particulier.
Il respectait le mérite ; il l'excitait par des ré- 11 ne $e croyait
*■ '• oue le magistrat
compenses. Il aimait smtout à trouver des talens ,i,""ribî^r**"" dans les jeunes gens qui portaient un grand nom ; et, quoique lui-même il eût peu de naissance, il cherchait les occasions de relever les anciennes bmilles. Il est inutile de remarquer qu'il n'y eut point de délateurs pendant son règne, et que la justice ne fut jamais mieux administrée. Les lois régnaient , parce qu'au lieu de se croire le maître absolu de l'empire , Trajan se croyait seulement le premier magistrat d'une république libre. En annant un préfet du prétoire, il lui dit : Servez- . vous de cette épée pour moi^ si je gouverne bien; contre moi,, si je gouverne mal. Le sénat reprit de l'autorité ; mais, par lui-même, il n'était pas capable de la conserver. Elle ne pouvait plus être que le bienfait d'un prince vertueux.
Sous les mauvais princes , l'amitié était bannie; 11 connut iv
^ , . initié et U lit
les particuliers même ne la connaissaient pas ; Trajan la connut, et la fit connaître. Il vivait sans défiance avec ses amis, qu'il sayak choisir. Il allait chez eux sans gardes ; il s'entretenait de leurs affaires; il se mêlait à leurs plaisirs, et il y avait en quelque sorte entre eux et lui un commerce ' d'attentions et de devoirs, comme d'égal à égal. $es vertus ont fait pendant dix-neuf ans le bon-
connaître.
heur des Romains. Il mourut âgé de soixante-trois Sa mon. ans, à Selinonte en Cilicie. On lui donna le nom "7. diOptùnus^ très-bon.