CHAPITRE Y
Domitien.
Domitien, soupçonilé d'avoir empoisonné son frère, lui succéda, et affecta de le décrier. Cependant il ne fit pas d'abord connaître tous ses vices ,
CommcBcemcnt de DomU tien.
Sacrnaulése montre par de-
et dans les commencemens on crut voir en lui quelques vertus. Il montrait du désintéressement; il paraissait abhorrer le sang; il semblait s'occuper de lu réforme des mœurs; et on prétend que la justice n'a jamais été administrée avec plus d'intégrité. Il était néanmoins peu capable de trar vail.Dès lorà il s'enfermait tous les jours pendant une heure , pour prendre des mouches qu'il perçait avec un poinçon.
Sa cruauté se manifesta par degrés*: dès qu'une fois il eut versé le sang, il en répandit tous les jours davantage. Ce ne fut pas as^ez pour lui de chercher des prétextes : il voulut avoir l'horoscope des principaux citoyens , et il fit mourir ceui^ à qui le sort promettait quelque chose de grs^nd; prouvant à la fois qu'il croyait à l'astrolo^ , et qu'il n'y croyait pas , puisqu'il pensait pouvoir en arrêter les effets.
Il se ruina en spectacles, en bàtimens, en profusions de toute espèce ; et, pour s'attacher les sbldats, il leur donna une augmentation de paye. Alors, ne pouvant plus suffire à ses dépenses, il se livra aux rapines, et devint plus cruel que jamais: pour être criminel à ses yeux , il suffisait d'être accusé , quel que fat le délateur ,rLes actions les plus indifférentes, les paroles échappées, tout fiit un crime de lèse-majésté ; étfpour insulter aux mal-* heureux qu'il condamnait^ il parlait de clémence lorsqu'il allait prononcer un arrêt de mort. On
Jeux de e»
AWCIENKE. 39
redoutait même jusqu'à ses faveurs : car il ne traitait jamais mieux ceux avec qui il vivait familièrement que lorsqu'il avait résolu de les faire périr. Il imagina un jour de donner un souper dans une salle tendue de noir avec tout l'appareil de la mort ; et c'est là qu'il rassembla les principaux des sénateurs et des chevaliers. Quand ils se séparèrent , il voulut qu'ils fussent accompagnés par des gens à lui,; et quelques heures après il envoya encore chez eux, afin de leur donner de nouvelles
frayeurs. C'était des présens qu'il leur faisait;
mais il se réjouissait de les avoir alarma : tels
âaient les jeux de ce monstre.
Les délateurs , répandue ^e toutes parts , étout s» mort, aient jusqu'^uK plus légères, plaintes; on Grai« c^c. gnait ses esclaves, ses affranchis , ses parent, ses amis; et personne n'était aspiré d'édiapper à la cruauté de Domitiep, ni ses afiranchis, ni sa femme , ni ses confidens les plus intimes. On cons* pira enfin , et il fut assassiné dans la quarantecinquième année de son âge , après avoir régné quinze ans. Il a fait la guerre aux Celtes, &a\ Daces, et aux Sarmates. Après quelques succès , il eut des revers, et il finit par acheter la paix de Décébale , roi des Daces.
4o HISTOIRE