CHAPITRE ni
coLT'^uîi'hît ^^ temps les plus heureux sont les moins fé- *"""• conds pour rWstoire. Le règne d'Antonin offre si
peu d'événemens, qu*on peut oublier L'empire pour ne s'occuper que du prince. Ce n'est pas ' que l'administration d'un souverain éclairé et .vertueux ne puisse fournir un grand nombre d'observations intéressantes et instructives ; mais ces observations sont précisément ce qui échappe au commun des historiens^ D'ailleurs, il faut l'avouer, l'histoire des monarchies est bien aride; si les monarques sont faibles, on paraît ne faire que des satires qui se ressemblent; et s'ils ont des lumières et des vertus, on paraît ne faire que des panégyriques qui se ressemblent encore. le vertueu* Autouin était originaire de Nîmes, Sa famille, bonheur à êire tres-ancieune, mais étrangère à Rome, ne parvmt que tard aux magistratures. Il montra sur 1^ trône toutes les vertus. Il n'eut aucun vice ; et il fit son bonheur d'être aimé des peuplear. Que je serais malheureux , si je découvrais que je suis hai d'un grand nombre de mes concitoyens ! dit-il à l'occasion d'une conspiration qui se forma dès le commen-
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cernent de son règne, et dont il arrêta les recherches.
Sans précipitation et sans faiblesse, il veillait j,}|^f'*^*^*'"" sur toutes les parties du gouvernement avec une égalité d'âme qui assurait le bonheur des peuples, et qui le rendait en quelque sorte invariable. Il réparait au moins, par ses soins éclairés et généreux, les maux que la prudence humaine ne peut ni prévoir ni empêcher. Il y eut des incendies à "Rome, à Narbonne, à Antioche, à Çarthage; et un tremblement de terre ruina les villes de Cos, de Rhodes, et plusiçùrs encore dans la Lycîe et dans la Carie. Je rCai rien a moi^ disait Antonin , depuis que^je suis empereur; et sa bienfaisance, qui ne se lassait jamais, se montrait surtout dans les calamités publiques. Alors il n'avait en effet rien à lui; son patrimoine même était employé au soulagement des malheureux.
Simple dans ses mœurs, la nature semblait u sfmçîicSr n
11 • /• • 9-1 /^ • -ri • • • 1 jouissait des a-
I avoir tait tout ce qu il était. Il jouissait des avan- vamagès de son tages attachés à son rang comme s'il en eût toujours joui ; et il s'en passait d'autant plus volontiers, sans s'apercevoir qu'ils lui manquaient. Contre la coutume des autres empereurs, il voulut n'être senri que par des esclaves.
Avant lui , on était dans l'usage de récompei^er ,^ Jf^^^JjJ^^^t im gouverneur de province , en lui donnant un ws. " ^''*" meilleur gouvernement. Au lieu de déplacer ceux qui se^onduisaient bien, Antonin les laissait où*
. * ils se trouvaient, et les récompensait d'ailleurs.
Il les choisissait avec un tel discernement, qu'on eût souvent dit qu'il leur communi^ait ses lumières et son intégrité.
caiculu^p"* *' Incapable de jalousie et de soupçons, il donnait de la considération au sénat, dont il ne paraissait que le ministre. Il respectait le peuple; il protégeait les lettres ; il vivait avec confiance au milieu de ses amis. Il y a un trait de sa vie qui peut faire juger de la douceur de son caractère. Lorsqu'il était proconsul d'Asie, il se logea, en arrivant à Smyme, dans la maison du sophiste Pol^mon , qui était alors absent. Polémon , étonné à son retour de trouver sa maison ^occupée, se plaignit , et demanda qu'elle lui fût rendue. Bien . des proconsuls auraient prouvé à ce sophiste que sa maison n'était pas à lui. Ântonin aima mieux la lui rendre ; quoique ce fût au milieu de la nuit, il délogea sur-le-champ. Lorsqu'après son avènement, Polémon vint à Rome pom* lui faire sa coiu*, il le reçut ôomme un ancien hôte 9 voulut le loger dans son palais; et, ayant donné des ordres à cet effet , il ajouta : Surtout qû*on ne le d^logepas.
Il éiai»re«pec. Chéri dcs Romalus, Antouin fut ADusidéré chez
éjMngèpes.'*'" toutes les na,tions. Vologèse, roi des Parthes,
marchait pour se rendre maître de l'Arménie;
l'empereur lui écrivit : ce roi se retira. Les Bar-
t bares le prirent souvent pour arbitre ^e leurs
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différens , et les rois s'empressèrent de lui rendre (ks hommages. Il parut régner sur tous les peuples connus. ^
Dès la seconde année de son rèsne, il donna choisqnunfait le titre de César, et .sa fiUe Faustine,.à Anmus Vérus, connu sous le nom de Marc-Aurèle. Il le désigna pour être consul avec lui Tannée suivante; et, quelques années après, il lui assura Vempire, auquel il l'associa. Quant à L. Commodes , il ne paraissait le souffrir que parce qu'Adrien le lui -avait donné ; il ne lui accorda jamais le titre de César, et il ne l'éleva qde tard au consulat. Il pennit seulement qu'on le qualifiât de^^ (T^Juguste.
Antonin mourut dans la soixante-qus^torzième s* inort. année de son âge, après un règne de vingt-deux tî^nXiemw ans. Ses vertus lui méritèrent le surnom de Piusj ,6.. mot pour lequel nous n'avons point d'équivalent; et elles firent du nom d' Antonin un titre auguste , que ses successeurs furent jaloux de porter, ou qu'ils refiisèrent par modestie.