‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 14 sur 54 · ac C6 capii aine · texte numérisé non relu

ac C6 capii aine

frère', qui Finvitait à sévir :

«J'ai reçu votre lettre. Elle décèle une inquié-

« tude qui fait injure .à notre administration'. Si

oies dieux ont résolu de donner l'empire à Cas-

«sius , il n'est pas en notre pouvoir de rerapêcher;

«et s'ils ne J'ont pas résolu, il se perdra lui-

«méme sans queinous devenions cruels. Vous sa-

« vez le mot de votre aïeul Adrien : MmcUs on n'a ♦

^foit mourir son successeur. Ajoutez que nous ne

a pouvons pas faire le procès à un homme que

((personne n'accuse , et qui est aimé des soldats.

irD'ailleurs, dans les crimes de lèse-majesté, le

•public croit presque toujours qu'on fait injus-

«tice à ceux-mêaies qui en sont visibl^ent con-

« vaincus. Avez- vous oublié ce que disait encore

«Adrien : Tel est le sort des princes, on ne croit aux

iicottspiratians qui se font contre eux que lorsqiCon

^les lÀoit assussinés, Domitien est le premier qui

«ait dit ce mo4;; ipais j'ai mieux aimé vous le citer

« d'Adrien , parcje ^ue les pensées des tyrans n'ont

«pas le poi^ de celles des bons princes. Servons-

«nous donc de Cassius, puisque c'e$t u^ grand

ccapitaine,'néces^ire à la république. Qu^t à

âmes enfans, dont vous voudi^i» procurer la su-

« reté par sa mort , qu'ils périssent , si Cassius mé-

«frite plus d'être aimé, et si sa vie est plus utile

«à l'état.»

Quoique l'événftnent ait confirmé les soupçons

de L. Yérus, on ne peut qu'applaudir à la conduite dé !Marc-Aurèle. Il est de la sagçsse de ne pas soupçonner légèrement un homme qui a rendu des services, et qui en peut rendre encore. Il y aurait même de la cruauté et de la pusillanimité à le condamner pour des crimes dont on ne peut pas le convaincre.

cwmence d« Marc-Aurèle gémissait de se voir engagé dans ^d/ciiSr*^ une guerre civile; mais, sans inquiétude sur Févénement ,, il ne désirait la victoire que pour rendre Cassius fidèle à fojrce de bienfaits. Je veux prouver y disait-il, qu*on peuf faire un ïipn usage ^ même de^ guerres civiles. Cassius, trois mois après sa révolte, ayant été tué par un centurion, l'empereur se plaignit qu'on l'eût enlevé à sa clémence, et il ne songea plus qu'à sauver les complices de ce rebelle. Il écrivit au sénat : «Je vous «prie, je vous conjure de vous départir de votre <c sévérité ordinaire , et de ne pas faire ce tort à €c ma clémence, ou plutôt à la votre , de ne condam- «ner personne à la mort. Rappelez même ceux ic que voui avez exilés , et que les proscrits jouisa sent d9 leurs biens ; plût à Dieu pouvoir encore « rendre la vie à ceux qui l'ont perdue ! Je ne ce puis approuverflans un empereur la vengeance « de ses injures personnelles : elle paraît toujours «trop grande, quelque juste qu'elle puisse être. «Pardonnez dont aux enfans de Cassius, à sa «femme, à son gendre. Que <Jls-je ? ils ne sont

«pas coupables. Qu'ils conservent leurs jours,

c leurs biens, leur liberté, pour apprendre qu'ils

«vivent sous Marc-Antoûiii, et pour être, paï'tout

«où ils iront, une* preuve de votre piété et dfe la

«mienne. Ce n'est certainement pas une graij^e

«clémence que de pardonne^ aux enfans et aux

«femmes des coupables. Je vous demande encore

«d'exempter de là mort$ de la proscription, de

«rinfamie et de toute injure, les sénateurs et les

«clievaliers qui ont trempé dans la conspiration.

«Accordez cela aux temps où je gouverne la ré-

«pabUque , afin qu^on excuse la mort de ceux qui

«ont été tués dans le dernier tumulte. » Quand la

vertu se montre avec cette simplicité , quels sen-

timens touchans et délicieui elle répand dans les

âmes honnêtes !

Maro-Aurèle étant allé en Asiel où il rétablit Mârc-Aartie

ea Orient.

l'ordre, tout l'Orient lui reiidit des hommages. Il parut aux peuples et ^aux rois comme une divir nité bienÊdsante qui assure le calme par sa présence. A son retour à Rome, d'où il était |d>sent: depuis sept ans, il fut reçu avec les démonstrations de la joie la plus vive et la plus sincère ; il remit aux provinces- (ïe l'empire tout ce qui était dû au fisc , pour les quarante-six ans qui s'étaient écoulés depuis la remise faite par Adrien.

Cependant les Marcomans , les Sarmates et NonTeiiegner-

' ' re en Germanie.

d'autres peuples de Germanie avaient repris les ^a*^^,tr".4l5!ri armes ; forcé de marcher contre eux , Marc-Aurèle **"* "^''"

demanda au sénat la permission de prendre dans ^ le trésor public les fonds qui lui étaient nécessaires. Cary disait -il, rien n'est à moi; lé palais même que j'habite vous appartient. C'est ainsi qu'il saisissait toutes les occasions de relever le premier ordre de la république; et c'est ausgi de lui surtout qu'on a pu dire qu'il alliait deux choses trop souvent incompatijples , la monarchie et la liberté. Comme Trajan, il dit au préfet du prétoire vJe vous donne cette épjée pour me djfendrey tant que je m'acquitterai fidèlement de mon devoir; mais elle doit sentir a me punir ^ • si j'oublie que mon de9oir esi de Jaire le bonheur des Romains. Il ne l'oublia jamais. Magistrat plutôt que souverain, il fut le salut delà république dans des temps malheureux où les Barbares commençaient à devenir redoutables , et où des fléaux de toute espèce paraissaient conspirer la ruine de l'eiApire. On remarque qu'il a le premier élevé un temple à la bienfaisance. Dans un siècle idolâtre , il était Sa mort, fait pour partager le culte avec cette divinité. .80. Rome le perdit lorsqu'il avait remporté les plus grands avantages sur les Barbares, et qu'il se flattait avec raison de les réduire. Il était sur la fiu de la cinquante-neuvième année de son âge , et il en avait régné dix-neuf et quelques jours. I* laissa l'empire à Commode, son fils. ^

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