‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 16 sur 54 · CHAPITRE- VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE- VI

Depuis la mort de Biarc-Aurèle jusqu'à celle de Caracftlla. la flânerie a Commode, lié peu après ravénement de son

fait un monstre 'IL

<ïe Commode, père, est le premier empereur qui ait été élevé dans la pourpre. Il était simple, timide, et par lui-même peja porté au vice , dit Dion , qui a vécu sous SQU «règne ; piais , ajoute cet historien, cette simplicité et cette timidité le rendirent plus facile aux impressions des hommes corrompus qui Tentouraient. En effet , la flatterie, qui le prit au berceau, en fit un monstre.

rau»tine.« Faustlnc i fille d'Antoniti, et fetaime de Marcmère , acontri- ' , ' »

SuutxV*"'^" Aurèle, fut sans doute une des premières causes des vices de son fils ; car cette princesse s'est ellemépie déshonorée par ses dérèglemens. Or, si les carêmes et lescomplaisances d'une mèrç vertueuse sont dangereuses , parce qu% ce sont des feiblesses, que pouvons-nous attendre des caresses et des complaisances d'une mère qui donne l'exempktdu vice?

Fantes de Marc-Aurèlc , qui vit le mal, le vit trop tara,

Marc-Anrëleaa

«ujetdesoafiis. et u^ remédia pas. Il est vrai qu'il écarta les cor-

rupteurs, qu'il mit auprès de son fils des hommes vertueux, et qu'il sacrifia des momens pour l'instruire lui-même. Mais Commode ne se consolait pas d'être séparé des personnes qui flattaient ses vices ; il s'opiniâtra dans son chagrin ; il en tomba malade, et son père, trop faible, eut la complaisance de les lui rendre. Une plus grande faute qu'il commit encore, c'est qu'il le fit déclarer Auguste, chose jusqu'alors sans exemple. Il /allait, ou que la tendresse l'aveuglât, ou qu'il pensât qu'on ne diange pas la destinée.

Gmunode avait dix-neuf ans lorsqu'il parvint à comiwKie«cbè. iempure. Impatient de se aéb|rrasser de la gueiTe, Barbam. il n'eut rien de plus pressé que de faire la paix ««•• avec les Barbares, et il l'acheta. A son retour à Home, il fut reçu avec toutes les marques de l'anîour que le peuple conservait pour les deux Antonins.

U parut d'abord avoir quelques égards pour les Trafic q«*n fait ministres que Marc-Aurèle^lux avait laissés. Mais bientôt il ne donna sa confiance qu'à des affranr chis qui faisaient un trafic des emplois, et il n'eut pas honte de partager avec eux les gains infâmes qu'il leur laissait faire* Afin même d'avoif plus de grâces à vepdre , il désigna , pour une seule année, jusqu'à vingt^cinq consuls. Il porta l'impudence au point qu'il ftisait écrire sur les registres publics ^ actions Jes plus honteuses.

Aussi odieux que méprisable, il suscita contre O0 conspire

^aire lui: m lui plusieuTS conspirations. La première, danslai^ quelle entra Lucile^ sa propre sœur, fut découverte, et coûta la vie à tous ceux que le tyran, cruel X)u avide , enveloppa dans ses proscriptions. Il échappa encore à la seconde ; la troisième en délivra l'univers. Marcia, sa concubine; Létus, préfet du prétoire ; l'affranchi Electe , grand chambellan , découvrirent qu'il avait résolu leur mort, et ils le prévinrent. Ce monstre fut étrâiiglé par un gladiateur, dans la trente-deuxième année de son âge ^ et dans la treizième dé son règne.

tu^"^ ^* Létus donna l'empire à P. Helvius Pertinax , soldat de fortune, â^^é de soixante-sept ans. Sans naissance, ou plutôt d'une naissance vile, ce vénérable vieillard, né d'un esclave , avait passé par tous les eniplois militaires. Marc-Aurèle , dont il mérita l'estime, lui doilna Successivement le commandement des armées dans plusieurs provinces, le fit sénateur, etl'éleva au consulat. Il était alors préfet de Romfe. En acceptant l'empire , il réunit les vœux du sénat et du peuple.

S(His le règne Pcudant quatTc-vinets et quelques années, les

précédent, les . ^ D 1 1 '

f^'e'^^Lt^ Roniams avaient été heureux par les vertus des toupreprodmt.. gpj^j^jg princcs qui les gouvernaient. Les armées,

accoutumées à la discipline, avaient oublié qu'elles

pouvaient disposer de l'empire, et la sagesse des

souverains faisait régner les* lois.

Sous Commode , le désordre se reproduisit tout

à coup. Occupé à corrompre les troupes, ce prince

leur apprit qu'il n'était puissant que par elles ; et dès lors les soldats ne voulurent plus sur la trône que des tyrans qui, odieux comme lui, fussent intéressés à les ménager.

Pertinax, occupé à réformer les abus, veillait us»seMed(t sur toutes les parties du gouvernement* Il acquit* a ê"f ^^'V/* tait les dettes de Tétat , il rétablissait les finances, il encourageait l'agriculture, il remettait la disci- 193. pline en vigueur et on voyait déjà naître les temps des Antonitis. Tant de vertus soulevèrent les gardes prétoriennes. Létus lui-même les arma contre uiï prince qu'il n'avait élevé que par des vues d'ambition; et Pertinax fut masssftré, après un règne de trois mois.

Flavius Sulpicianus, son beau-père, demanda utmpire à l'empire aux soldats. Il§ lui déclarèrent qu'ils en "' / disposeraient en faveur de celui qui leur e^donnerait davantage, et aussitôt ils le mirent à l'enchère. M. Didius Julianus osa se présenter; Les deux concurrens enchérirent l'un sur l'autre, et l'empire fut adjugé à Didius.

Le sénat ne fit aucune difficulté de reconnaître „ „. ,^. ^^ cet empereur. Mai9pendant qu'il s'humiliait , le ^conielîîement" peuple, moins capable de dissimulation, se souleva. Il traita Didius d'usurpateur, de parricide; il fit des imprécations contre lui, contre les soldats ; et il se retira dans le champ de Mars, où il pass^ la cuit et le jour suivant à implorer le ^e-

cours de tous les généraux , et nommément celui de Niger qui commandait en "Syrie.

Troîs Aagnstes c. Pesccnnius Nieer, d'une naissance médiocre,

proclame» par , o ' '

îSr/er. *'*"^'' mais grand capitaine j avait eicercé le constJat avec di^inction. Appelé par le peuple de Rome, aimé dans son gouvernement et généralement estimé, il fut reconnu dans toutes les provinces de l'Asie. Mais dans le même temps deux autres généraux fiirent pipclamés par leurs ti'oupes, Décîmus Clodius Albinus en Bretagne , et L. Septimius Sévérus / en Illyrie, Aibinns. Albinus avait de la naissance et du courage,

et Marc-Aurèle, qui l'avait employa, avait paru en faire cas. Il fallait pourtant qu'il eût bien des vices, puisqu'on l'appelait le Catilina de son siècle.

m^irehelRoSîi Sévèrc était un mélange de bonnes et de mauvaise qualités. Actif, vigdant, laborieux, faux, sans probité, sans foi, il était, capable de tout oser, et de porter dans ses entreprises la hardiesse la confiance, et la promptitude. Il marcha siur-le-champ à Rome.

?Se"liéîûI A cett^ nouvelle , les prétoriens' abandonnèrent

Didiu^ , qui leur avait promi^lus qu'il n'avait pu

'95. leur donner ; et le sénat, qui le condamna aussitôt

à mort , le fit exécuter dans le palais mén*. Sé-

^/w/nT* a ^^r^5 à son arrivée à Rome, reprocha aux gardes

véîieî^r"' prétoriennes, le meurtre de Pertinax, l'empire

mis à l'enchère, leur infidélité envers I)idius,et

' il les cassa. Il créa ensuite une nouvelle garde,

AWCIENKJt. 79

qu'il composa de soldats de tous pays, et qui , par cette raison , devenait plus difficile à discipliner. Il parait même qu'il la forma quatre fois plus nombreuse ; ce qui fut une nouvelle charge pour Tétat, parce que la paye des gardes prétoriennes était plus forte que celle des autres troupes. ^

Cependant cette garde , quelque puissante JSif„7*"';^; qu'elle fut, ne pouvait plus se promettre de dis- *o"»«*^^^^«poser de l'empire. Les armées lui enlevaient ce droit, et le choix d'un empereur devait être le sujet d'une guçrre civile. L'Orient et l'Occident armaient contre Sévère.

^ Dans l'impoissance de faire face à tous ses ennemis. Sévère, feignant de rechercher l'amitié d'Albinus , le désigna pour son successeur, afin de ne ravt)ir pas pour concurrent. Albinys y fut trompé. ' '

Nifier perdit trois batailles et la vie. Sévère ne Nîgerestvaîn-

^y t^ ^ ^ ca et tac«

pardonna ni aux provinces, ni aux villes, ni aux particuliers qui s'étaient déclarés pour son ennemi. Il n'eut aucun égard à la nécessité qui avait pu les engager d^ns ce parti ; et ses proscriptioas forcèrent les soldats de Niger à se retirer chez les Parthes, auxquels ils apprirent l'usage <^s aimes romaine^.

Les Gaules furent le théâtre de la guerre contre . Aibinus est

^ *^ vaincD , et M

Aibinus. Après une bataille sanglante, ce général *°** vaincu, s'enferma dans Lyon , où il se tua , et cette «o». ville fut réduite en cendres. Cruel et avare. Se-

8o HISTOIRE

vère poursuivit tous ceux qui avaient eu quelque liaison avec Albinus, et sous ce prétexte il enve* loppa dans ses proscriptions un grand nombre dç citoyens riches, Vainqueuf de ses ennemis , il fit déclarer Auguste , par un décret du sénat, son fils Bassien auquel il î^vait donné le nom d'Antonin , et qu'on nomme Çaracalla, Il marcha ensuite contre les Parthes , sur lesquels il remporta de grands avantages..

Politique roî- H ^vait pour maximc d'enrichir les gens de

lienseJeSëvère. 111 i i •

guerre et de s embarrasser peu du reste des atoyens. Avec cette politique , il acheva de perdre la discipline miUtaire; Cependant il n'enricliissait pas Ips spldats, qu'il, rendait aussi dissipateur qu*avides, et il ruinait l'empire par des exactions de toute espèce. Si cette politique était #uivie par ses successeurs, comme, on avait lieu de le pré? sumer, il devait arriver un temps où les provinces réduites à la misère ne pourraient plus fournir ■ aux dépenses de l'état, et où cependant il serait d'autant plus, difficile d'enrichir les gens de guerre, qu^on les aurait accoutumés à de plus grandes largesses.

xVsi^coùi^nZ Sévère avait donné toute sa confiance à Plautien, préfet du prétoire; et cet homme était auprès d^lui c^ que Séjan avait été auprès de Tibère. Il le gouvernait entièrement. Plautien cependant, de la plus^ basse naissance, banni dan^ sa jeunesse pour des crimes , abusait insolemment

Mort de ce ministre.

* ANCIENNE. 8l

du pouvoir, et s'enrichissait par les voies les plus odieuses. Cette confiance de la part de Sévère étonnait d'autant plus, qu'il était extrêmement jaloux de* son autorité, et que d'ailleurs il savait discerner les hommes de mérite et les employer

Il paraissait ne manquer au préfet du prétoire que de s'allier de l'empereur. Sévère n'eut pas honte de préférer cette alliance à celle des plus illustres familles ; et Caracalla épousa la fille de Plautien , qui lui apporta des richesses immenses. Mais ce mariage prépara la ruine du préfet du prétoire. De tout temps odieux à Caracalla, il lui \

devint plus odieux encore , parce que ce prince avait été forcé d'épouser une femme qu'il n'aimait pas. Il connut , aux menaces du fils de Sévère, à quoi il était exposé. Pour prévenir sa perte, il trama une conspiration ;^et il perdit la vie , lorsqu'il aspirait à l'empire.

Le commandement des gardes»prétoriennes fut Papinien.pré-

. . fet du pre'toire.

donné à Papinien. Comme le prétoire était de- ' venu un tribunal , et que le préfet , au nom de l'empereur, jugeait souverainement, il était de la plus grande importance que cette plaice fut occupée par un homme vertueux , juste et versé dans les lois. Tel étûit Papinien. Ce choix fi.t d'autant plus d'honneur à Sévère, qu'il devint lui-même plus juste et moins cruel , depuis qu'il eut donné sa confiance à ce ministre.

Six ans après, lorsqu'il était en Bretagne, où ^^JJ**'*^* *'"

il venait de terowner heureusement la guerre , a». son fils Caracalla attenta à ses jours y et il mourut d'une maladie à laquelle le chagrin parut avoir beaucoup de part. Il a régné près de dix^huit ans, et en a vécu soixante-six.

caracaiu^(;or. H laissa l'empiro à ses deux fils, Caracalla et

, g* sonfrëreGf- *

ÎSpIpiniTn"' Géta, qu'il avait feits Augustes. De tout temps odieux l'un à l'autre , ces deux princes se haïrent encore davantage ^ lorsqu'ils partagèrent l'autorité. Également vicieux et faits pour les mêmes attentats , ils se tendirent mutuellement des eml>uçhes , et il en coûta la vie au plus jeune : Caracalla l'égorgea dans les bras mêmes de sa mère. Il fit ensuite nvw^ir Papinien , qui , refusant de jus* tifiey ce forfait ^ lui dit qu'il n'était pas aussi Éauâk de justifier un parricide que de le eomniettre; et, pour apaiser les soldats , il leur donna ime augmentation de paye, et il leur prodigua les trésets que son père avait amassés.

Onpourrait appeler Caracallaj nompasunêyran^ mais le destructeur des hommes , remarque M. de »,8. ^flontesquieu. Caligula^ Néron j Domkkny bar* paient leurs cruautés dans Rome : celui^ei allait promener sa /tireur dans tout l'univers. En effet il s'abreuva de sang dans les Gaules , en Asie et en Egypte. C'est ainsi qu'il régujatit depuis six ans, WrsqueOpilius Maorinusy préfet du prétoire, le fit assassiner sur le chemin d'Édesse à Carres. Il était dan^ sa trentième année.

Mort de ce monstre.

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