‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 17 sur 54 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Jusqu'à Favénement de Valérien.

Les désordres qui/^nt commencé à Commode ^^o^^^ÏmI^ continueront, et iront même en croissait jus- jîlïu»*Diwilqu'au règne de Dioclétien : dans cet intervalle , qui est d'un siècle , je n'ai d'autre objet que de considérer comment le despotisme, qui met toute sat confiance dans les soldat^, et qui compte pour rien le reste des citoyens , dégénère en une anar* diie militaire, pendant laquelle les despotes, précipités presque aussi rapidement qu'élevés, paraissent monter sur le trône comme sur un écha* s Éiud où ils doivent perdre la vie.

Macrin, né en Mauritanie dans la condition la M«erîn,Mc-

' ce5sear de Ca-

plus vile , obtint l'empire- Les troupes , qui regret- "S!!* ïrtîîl taient Caracalla, ignoraient qu'il en (ut l'assassin- Mais il ne tarda pas à les aliéner, parce qu'il voulut les assujettir à la discipline, et les réduire à la solde qu'elles avaient eue sous Sévère, Elles furent vaincues par les Parthes , et elles rejetèrent sur lui la honte de leurs dé&ites. Enfin elles découvrirent ou soupçonnèrent au moins qu'il était le meurtrier de Caracalla. Une femme prc^ta de ce mécontentement , et donna un chef à l'empire.

Sévère avait épousé une fille de Bassien , pon- "«•» *^' ^^

^ ^'fi^KrHé^. tifedu soleil, ou d'Élagabal à Émèse en Phénicie;

d?M«rb.*'°'* et Mœsa, autre fille de ce pontife, venait de quit- >?«• ter la cour après la mort de Caracalla , et s'était retirée à Émèse avec ses deux filles , Soémie et M amée , et ses deux petits-fils Bassien et Alexien. Elle fit pontife du soleil le plus âgé de ses petitsfils , connu sous le nom d'Éliogabale ; et bientôt après elle osa tenter de le faire empereur. '

On commençait déjà à croire que la naissance donnait quelques droits à l'empire. Il fallait même qu'on pensât que le fils naturel d'un Auguste pouvait y prétendre avec autant de titre qu'un fils légitime ; car Mœsa, pour faire réussir son projet, répandit qu'Éliogabale était né d'un adultère de Caracalla avec Soémie. Des soldats, qui étaient aux environs d'Émèse , et qu'elle corrompit par des largesses , feignirent d'ajouter foi à ce bruit scandaleux , et saluèrent empereui: Héliogabale. Macrin envoya des troupes qui se joignirent aux rebelles.- Vaincu peu après ^ forcé de s'enfuir, il fiit arrêté, et perdit la vie après un an et deux moiè de règne. Mœsa opîne Héliogabalc n'avait que quatorze ans. Mœsa régna ; elle accompagnait son petit-fils au sénat : elle prenait place auprès des consuls, et opinait; une femme sénateur était une chose qu'on n'avait point encore vue, et qu'pn ne vit plus depuis. sapuii5.nre sâ puissaucc était néanmoins mal affermie.

rst mal affer- , . ■■ ,

"""• Héliogabale , sans jugement et sans mœurs , se

rendait tous les jours plus méprisable par ses ex-

«dans ie s^nal,

travagances et par ses sales débauches ; et il était d'autant plus difficile de le ramener à ses devoirs, que Soémie, sa mère, l'entretenait dans le dérèglement. Ce ne fut pas ^kz pour lui de se livrer stupidement aux vices les plus honteux ; il voulut encore insulter aux dieux que Rome adorait. Il les chassa des temples , et il offrit au peuple , comme unique objet de culte , le dieu dont il avait été le pontife. C'était une pierre noire, ronde pailej^as, et qui s'élevait en forme de cône. Si d'autres monstres avaient été soufferts, on ne pouvait donc pas souffrir long-temps Héliogabale. Les soldats mêmes, malgré ses prodigalités, étaient toujours au moment de se soulçver. , Mœsa chercha un appui ; et l'empereur, à sa Eiie cherche

•1 • 1 !• ii»i 1^*^ appui dans

considération, adopta Alexien. Il lui donna les f^-^Xpuï**"*^ noms de M. Se ver us Alexander, le fit César, et le désigna consul pour l'année suivante. Il conçut d'abord de l'amitié pt)ur ce fils adoptif. Il se flattait sans doute de l'entraîner dans ses désordres : mais quand il ne vit dans ce jeune prince que des inclinations honnêtes , il résolut de le faire mourir, ou de casser au moins son adoption. Il ne MortdHëUo.

*■ cabale.

s'aperçut pas que les soldats s'intéressaient au ^^a. sort d'Alexandre , et il lui en coûta la vie. Les gardes prétoriennes l'égorgèrent, lui et Soémie, sa mère : il étoit âgé de dix-huit ans , et il en avait régné près de quatre. ^ L'épuisement des finances , la licence des GonTeme-

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iMnta«sMre troupes, raviKssement de tous les ordres, et les

Alexandre. r > »

abus sans nombre introduits sous les derniers règnes^ parai^aient demander un prince consommé. Cepehdant les ^mains n'avaient pour les gouverner qu'un enfant de seize ans. Ils furent heureux de l'avoir.

Le jeune Auguste se hâta de renvoyer en Syrie le dieu Élagabal, qui était pour Rome im objet de scandale ; et il chassa les lK>mmes corrompus qui avaient contribué aux dérèglemens du ^ernier empereur. Ces commencemens donnèrent de lui les plus grandes espérances.

Il se laissa néanmoins séduire lui-même. Marnée, sa mère, et Mœaa^ lui avaient .formé un conseil de seize sénateurs , choisis parmi ceux qui passaient pour les f^us éclairés et les plus ver- . tueux. Alexandre , trompé par des flatteurs, qui l'invitaient à gouverner par lui-même, éloigna de lui ces hommes $ages. Hetflreusement il ne fut pas long-temps à reconnaître sa faute. Il chassa ignominieusement ceux qui avaient abusé de sa confiance ; il voulut que le sénat les poursuivit éomme corrupteaxrs , et quelques-uns furent punis de mort. Cet exemple réprima la flatterie; et l'empereur, devenu plus circonspect,. .apprit à choisir ses amis ,. et fit aimer son gouvernement. Finderempirt La quatrième aHuèe de son règne, l'empire dTnTu"«î"fm- ^^s Parthes , qui s^ubsistalt depuis 476 ^^s , finit pire es erse» ^^^^ Artabau , Ic demiet des Arsacides. Autrefois

AKCfEWNE. 87

redoutables^ les Parthes, alors fimollis, avaient préparé leur mine. Un Perse , nommé Artaxerce, souleva «a nation, vainquit Altaban^ et jeta les fiondemens d'une nouvelle motiarchie.

Les prétextes les plus frivoles sont des titres Le,Per«eifoiii pour les conquérans : souvent il ne leur faut LSS^, "* qu'un mot ; et un mot en effet ^ s'il eàt soutenu par les armes, est un titre aux yeux des peuples stupides. Parce que les Perses s'appelaient encore Pctses , Artaxerce prétendit avoir des droits sur toates les provinces qui avaient fait partie dé là monarchie des successeurs de Cyrus , et il arma pour en &ire la conquête/-

Alexandre partit pour l'Orièiit, et totnmanda onnesaup»

^ * les événtraeiit

lui-même ses troupes. On sait qu il motitra du ^« «"• ««•"•• courage, et qu41 rétablit là discipline par sa fér- ^3». meté. D'ailleurs les historiens ne s'adcordetit pas sur les événemens de cette guerre. Il parait seU*lemeht qu'à son retour à Rome l'empereur trioôipha des Perses.

L'année suivante, il marcha coiitre les O^r- sévère aicxm*

dre nardie con-

mains qui avaient fait une irruption dans les *i*^„i" ^"' Gaule», et il les battit.- Cependant il n'avait pas trouvé dans les légions du Rhin la métùe docilité que dans les troupes de l'Orient. Il voulût réfablk* la discipline; il parla de, punir; les soldats nmrmurèrent ; et Maximin, qui entretint leitr mécxmtentemeut , le fil assassiner. Il était âgé de samort. vingt-quatre ans, et il en avait régné ttek^. '^5-

•mpereur.

goâles

Maximiii. Maximin, saldé Auguste par l'armée, s'associa son fils sous le titre de César. De berger devenu soldat, il s'était élevé de grades en grades; et, fait sénateur sous Alexandre, il avait obtenu le commendement d'une légion. Une taille gigantesque et une force extraordinaire le faisaient surtout remarquer. Il était Goth. C'est le premier empereur d'origine barbare. Il ne signala son règne que par des cruautés.

Les deux G or- H était cucorc daus les Gaules, lorsqu'en Afii-

diens crées An- ' lA

que un de ses intendans, le ministre de ses rapines, ayant été assassiné, les meurtriers, pour s'assurer l'impunité, offrirent l'empire au proconsul de la province, Gordien, qui descendait des Gracques. Agé de quatre-vingts ans, ce nouvel empereur prit son fils pour collègue. Il écrivit sur-le-champ au sénat, qui le fit reconnaître, et on arma dans toute l'Italie contre les deux Maximins.

Trois Aoeusies Mais, lorsqu'à Rome on prenait des mesures pour assurer l'empire aux deux Gordiens, ils n'étaient déjà plus. Ils avaient été tués l'un et l'autre quelques jours après leur proclamation. Comme il n'était plus possible de revenir à Maximin, le sénat créa Augustes Maxime et Balbiii; et, parce que le peuple déclara qu'i\ voulait un prince de la famille des Gordiens, il' associa à ces deux empereurs un enfant de treize ans, fils du jeune Gordien, mort en Afrique.

élas par I nat.

Pendant que ces choses se passaient à Rome, J^'^^^^j^/^};*;les deux Maximins, qui assiégeaient Aquilée, fu- ™'''***»^'^'" rent égorgés par leurs soldats , et l'armée rècon- ^as. nut les empereurs que le s^nat avait élus. Mais trois mois après, les gai'des prétoriennes tuèrent Maxime et Balbin , et déclarèrent le jeune Gordien seul Auguste.

Pour être absolus, les empereurs s'étaient mis sonaesempe.

rcurtpoars'clre

dans la dépendance des soldats. Ils périssaient s'ils ai^„d^, al* croulaient rétablir la discipline ; et s'ils ne la réta- '** *"' Wissaient pas, ils périssaient encore. Toujours ex- , posés aux caprices d'une multitude séditieuse , ils n'étaient pas assurés d'un instant de vie. Ils n'avaient que le pouvoir de commettre des crimes.

Gordien n'était pas né pour le vice ; mais à son Rkg^deGorâge il avait besoin d'être éclairé ; et cependant il fut livré par sa mère à des affranchis qui régnèrent sous son nom. Il se serait rendu méprisable et odieux s'il avait eu la faiblesse de se laisser gouverner long-temps par de pareils ministres. Chose singulière dans un prince mal entouré ! il voulut approcher de lui un homme vertueux et instruit , et il le trouva. Cet homme se nommait Misithée ; l'empereur,, pour se l'attacher , en fit son beau-père ; il n'avait alors que seize ans.

Éclairé par Misithée, qui lui dévpila les iniquités de ses ministres, il se hâta de réparer le mal qu'il avait laissé faire ; et , déterminé à suivre désor* mais les conseils de cet homme sage, il le fit préfet •

90 HISTOIKE

du prétoire , et lui donna les titres de père des princes et de tuteur de la république.

Vers la fin de la quatrième année de son règne, il ouvrit le temple de Janus, céi^émonie qui parait s'être alors observée pour la dernière fois. L'empire avait la guerre avec Sapor, fils et successeur d'Artaxerce , et les Romains avaient perdu la Mésopotamie. Gordien repoussa les Perses au delà des frontières de l'empire; mais il perdit son beau -père.

iiesta».a»sin^ Misithée avait été tué par la trahison de Phi-

^ar Philippe; *

qui lui succède, lippe. Gordien, qui l'ignorait, nomma préfet du ^4. prétoire Philippe même. Ce traître le fit périr, et usurpa l'empire ; il était fils d'un Arabe , chef de brigands.

M6ri d« pht- Philippe fit la paix avec Sapor, revint à Rome, deuxauireiAu- et fut égorgé par ses soldats, lorsqu'il marchait contre Décius , que les légions d'Illyrie avaient sa- Itié empereur. Dans cet intervalle périrent encore deux Augustes, qui avaient été proclamés, l'un par l'armée de Syrie, et l'autre par celle de M œsie. Mort d« ni' Décius , d'un bourg d'Illyrie , province qui donnera plusieurs chefs à l'empire, n'a régné que *^- deux ans ; ce furent des temps de troubles. Il p^rit dans la guerre contre les Goths, et vraisembUblem«[it par la (rahison de Gallus, qui lui succéda, et dont on ignore la famille et la patne. De Gallus ei Pour ©btcnir la oaîx , Gallus sc rendit tTibutaife

'Emilien. *

^ 'des Goths; et, après on règne de dix-huit nto^t

CIUS,

AIÎCÏEWNE. 91

pendant lequel la peste ravagea plusieurs pro-^ vinces, ses soldats le tuèrent, pour passer dans^le parti d'Émilien, que les légions de Pannonie venaient de proclamer: celui-ci périt de la même yaifn«»pr<'manière au bout de trois mois ; et P. Licinius Va- î^filscXen! lérianos, qui était venu au secours de Gallus, fut «sa. Élit empereur ; il s'associ^ son fils Gallien.

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