‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 19 sur 54 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Depuis ravénement de Pioclétien jusqu'en 3a5, cpie Constantin , seul maître de l'empire, donne la paix à l'église.

Dioclétien, Daliûate, né à Dioclée, d'où il tirait Qa«i «t Dio son nom, avait été, suivant quelques historiens, ,84. l'esclave d'un sénateur qui raffranchit. Sous Aufélien et sous Probus, il parvint par dégrés au commandement. Il fut comte des domestiques' sous Numérien; et, en cette qualité, il commandait un corps que les empereurs, qui redoutaient les prétoriens , avaient créé pour leç garder dans l'intérieur du palais. Il dut sa fortune à ses talens : il montra même des vertus, tout barbare qu'il était , ou plutôt parce quUl était barbare; car les Romainçi, îju'on regardait comme le seul peuple policé, étaient arrivés au dernier degré de corruption-

lOO HISTOIRE

^^n^.wde Dioclétien prit pour collègue Maximien Hercule, soldat de fortune comme lui, né près Je Sirmith, de parens très-pauvres. Il lui donna les provinces occidentales, et il se réserva l'Orient. Mais ces deux Augustes partagèrent moins les provinces que les soins du gouvernement : ils vécurent dans la plus grande intelligence, et l'empire parut n'avoir qu'un chef.

Objet du piam Par lô plan que Dioclétien formait, il se pro-

qn'il formait. . . . .

posait de détruire* l'anarchie militaire. Il pensait que les deux principales armées , contenues par la crainte de trouver un vengeur, contiendraient encore toutes les autres ; €t que par conséquent les deux Augustes se fortifieraient mutuellement ' contre les séditions des soldats.

Gaemi Cependant plusieurs chefs, de rebelles dans les

an't troublaient ^ ' , .

1 empire. Gaulcs, cu Bretaguc et en Egypte, entreprirent encore de se faire proclamer empereurs, et ces guerres intestines n^étaient pas les seules : les peuples du Nord continuaient leurs irruptions, et on avait à se défendre contre les Perses.

DiocKiien ' Pour faire face à tant d'ennemis , Dioclétien ,

et MaKimien

quelque temps après s'être associé Maximien Hercule, imagina de créer deux Césars. Il nomma Maximien Galère , et son collègue choisit Constance Chlore : ils leur donnèrent le titre de père de la patrie, celui de souverain pontife , la puissance tribunitienne ; en un mot , ils les rendirent égaux à eux , au titre d'Auguste près.

«réenl OpMrt, Galère et Conatanoc.

ANCIENNE. •/ .lOI

Dioçlétien confia l'Italie, l'Afiîque et reâ^'Hes v^nn* ^«»

JlTuri* \ •• 1 •***■■ * provinces entre

de la Méditerranée a Maximien Hercule; les ce» quatre pri«i* Gaules, la Bretagne et l'Espagne^ Constance ;*li:*: Grèce, la Thrace et llllyrie à Galère, et il conV*'*: tinua de commander dans les provinces orientales. Ce partage ne divisait pas l'empire. Les lois •. ,..•. se publiaient aux noms des quatre princes; et '•''**•.

Tautorité de chacun d'eux était reconnue dans '/'*

les départemens de ses collègues cornm^ dans le sien.

Ce plan, \icieux en lui-même, se soutint; cepUBTîcîe»»

r . ' , • 1 Tx* ** soutient par

mais ce fat uniquement par le génie. de Dio- Jî/tf"^*^***®" clétien. C'est une espèce d'anarchie que quatre princes égaux , qui avaient chacun séparément des province^et des armées, et il en devait naître des troubles tôt ou tard^ Il est vrai que, tant qu'ils gouverneront de concert et sans jalousie , ils en seront plus puissans pour réprimer les ^bus ; mais cette intelligence ne se maintiendra qu'autant qu'un d'eux prendra sur tes autres une supériorit^MÊ le caractère assure bien mieux que les titrel^Pl fut Dioçlétien : il parut créer des princes égaux à lui , et, dans le fait, il ne créa que des lieutenans.

L'ordre se rétablit donc ; l'empire déploya '^,

' * 1 •/ Circoostances

toutes ses forc(BS contre les ennemis, et les quatre S^^^i^pire? Césars signalèrent chacun ce règne par des vie- ^ toires. C'est dans ces circonstances que Dioçlétien abdiqua. Il sortait (i'^une maladiç longue et

ÏO;^ ^»V" HISTOIRE

4,a^^reuse, qui lui laissait quelques absences : il «•régné vingt ans.

11 est heqreijîV-V ^^ Taisouna différemment sur cette abdication :

dans sa retr«ije? • . ,

:^ ••*Ses partisans admiraient sa grandeur d'âme, elle trouvaient bien sage d'abandonner le gouvernement, lorsque l'empire ne pouvait plus que tomber. Ses ennemis , au contraire , le représentaient comme un homme faible qui avait cédé aux menaces de Galère. Il est vrai que celui-ci attendait ce moment avec impatience ; mais il est vrai aussi que Dioclétien ne se repentit jamais dç sa dé-

* marche. Il vécut encore prè%de neuf ans en Dal-

matie , cultivant son jardin , et disant qu'il n'avait commencé à vivre que du jour de sa retraite.

Maximien Hi^rcule, qui abdiqua malgré lui , se retira dans la Lucanie», et tenta plusieurs fois de reprendre la pourpre. Si vous pouviez voir les légumes que j'ai semés , lui écrivait Dioclétien , qu'il sollicitait de se joindre à lui, vous ne me conseilleriez pas" de changer mon jardin contre l'empire. jn|

ceqniaf.it Depuis Augustc jusqu'à Marc -Ai^^, les Ro-

la puissance des * o •» . X ^

AÏi^rtTjuÊ mains se soutinrent, SOUS les bons empereurs, par leurs propres forces bien ménagées; et, sous les mauvais , par l'habitude où l'on était de les craindre : on les redoutait moins parce qu'ils pouvaient vaincre que parce qu'on se souvenait de leurs victoires.

Depuis Marc - 'Aurèle jusqu'à Dioclétien , tout

ANCIENNï. ro3

concounil: à leur ruine. Les plus grands succès t nrfaiWcs.e fiirent sans fruit : il ne leur resta que la gloire DrociëJï'*^* de se défendre , et ils se ruinaient par leurs vie- » toires. Les guerres civiles et les guerres étrangères concouraient à dépeupler les provinces : les dévastations des Barbares Jes appauvrissaient ; les abus qu'on palliait par intervalles , et qui se reproduisaient avec plus de violence , augmentaient continuellement le désordre; et les impôts, qui se multipliaient d'autant plus qu'il restait moins de ressoturces, achevaient de mettre le comble à la misère.

SoU8Dioclétien,quatreprincesetquatregrandes Depai» dïoarmées furent un surcroît de charges que l'état j'^p^j^" ^« p'"» ne pouvait supporter qu'én's'épttisant de plus en plus. C'est néanmoins dans ces circonstances que le faste asiatique s'inti*oduisit à U cour des empereurs ; faste qui coûtera quelquefois aux peuples autant que l'entretien même des armées.

Alors Rome cessa d'être le centre des richesses de l'elmpire , parce que les empereurs n'y vinrent presque plus : elle s'appauvrissait donc sensiblement, et cependant on continua d'assujettir l'Ita* lie aux mêmes impositions qu'elle payait auparavant.

Enfin l'empire , dont les richesses ^'épuisaient , n mannu* de

* ' r soldats, l»our-

manquait encore de bras pour le défeqdre. ^"^''• Comme , avant Dioclétien, « la condition des « soldats était la seule heureuse, depuis que lea

Io4 HISTOIRE

« armées disposaient de la dignité impériale, et te que prendre le parti des armes , c'était changer <c sa qualité d'esclave en celle d'oppresseur et de « tyran, j'empire trouvait toujours à sa disposi- « tion plus de milice qu'il n'en avait besoin. » Mais , lorsque ce prince eut accoutumé les légions à l'obéissance, « les armées n'étant plus en état « de déposer les empereurs , de piller les peuples, « et de se faire donner arbitrairement des grati- « fications , le sort des soldats ne fut plus envié , c< et personne ne voulut porter les armes : les <c citoyens les plus distingués par leur naissance « n'ambitionnèrent que les magistratures, ou ne « vpulurent être que courtisans sous des empe- ^ reurs qui s'amollirent sur le trône, dès qu'ils ne « craignirent plus de le perdre ^ et qui con^m- « mèrent, en peu de temps, les richesses échap- « péesà l'avidité des Barbares; à 1 égard dupeu- <c pie , quoique accablé sous le poids des impo- « sitions et des charges publiques , il préférait « l'oisiveté et la pauvreté de ses maisons aux pé-

• « rils laborieux tie la guerre. Les légions n'étaient

a plus composées que d'hommes enlevés avec a violence de leiu* famille: et, sans que j'en aver- <c tisse y on doit sentir que les armées perdirent a ce reste de courage qu'elles avaient conservé ce jusque-là.

L«$^mperean ^^ Daus ccttc cxtrémité, Ics empereur^, pour

sont réJoitt i i • i» • • •

prendre deibar. c( uc pas laisscr 1 cmpirc ouveit aux incursions

AKaENNE. I05

« de ses ennemis, traitèrent avec quelques tribus umàieunoi- « de Barbares, qui, de leur coté, ne subsistaient (c qu'avec peine , depuis que Içs provinces rôa maines , épuisées et presque désertes , n'offraient « plus qu'un butin médiocre à leur avarice- Ces ^ « princes les prirent d'abord à leur solde pour « quelque expédition particulière; ils les reçuce rent ensuite sur les terres de leur domination « comme auxiliaires, et s'en firent un boulevard « contre les autres «Barbares. Ce n'est qu'avec le « secours des Goths que Dioctétien même paci- «f fia l'Egypte, et que Maximien battit les Perseis, « pénétra dans les états de Sapor, et réduisit ce « prince à demander la paix. Il est certain, dit « Jomandés, que, sans les Barbares qui combat* « tirent pour les Romains, jamais les empereurs a n'auraient, depuis Dioclétien, pu former d'en- « treprises (Considérables ; mais il est encore plus « certain que cette ressource de vçiit enfin être « fatale à l'empire » ». En effet, les Barbares, qui apprenaient l'art de la guerre, n'avaient qu'à remarquer qu'ils faisaient la principale force des armées romaines. Voilà l'état où se trouva l'empire sous les successeurs de Dioclétien : on prévoyait que les Barbares feraient la conquête des provinces , lorsqu'ils armeraient pour former des établissemens.

* Observations sur les Romains , liv. VI , pag. 358 et niiVantes.

Sons Galère et Galèrc y Ddoc ct fils d'uii paysan, conservait

sous Constance , ^ \ ,

t'sT.*''" "* *"" toute la grossièreté de sa première éducation; d'ailleurs il était brave et bon capitaine. On trouvait dans Ck)nstance le même courage et la mêmfe connaissance de la guerre, et on lotiait sa modération et sa justice. If était fils de Claudia , nièce de Cfaudius II. Ces deux Augustes gouvernèrent indépendamment l'un de l'autre , et l'empire fat ' réellement divisé.

Sévère Galère créa Césars deux paysans d'Illyrie, Sé-

el Maziroio ^ ^ .

César». -yère et Maximin, qui n'étaient pas connus des soldats. Il leà avait choisis comme deux hommes qui dépendraient entièrement de lui, et auquels il pourrait tout ôter, lorsqu'il aurait dépouillé son collègue.

Sur ces entrefeites, Constance mourut, et eut

pour successeur Constantin, son fils , qui fiit salué

3o6. ^ empereur par l'armée, et qui se maintint, quoique

Galère se refusât de le reconnaître. Il y avait

donc quatre princes : il s'en éleva encore deux.

Maxencepro- Maxeucc , qui était à Rome , ayant été proclamé

clamé Auguste. i i «ii

Auguste par les troupes de la ville, engagea son père, Maximien Hercide, à reprendre le même titre.

MorideSMre. A ccttc nouvcUc , Sévère , ayant eu l'impru- Liciiius*créë*ce'l dcncc de marcher à Rome avec les légions qui avaient servi sous Maximien ^ fut abandonné et perdit la vie. Galère vint aussitôt en Italie; mais, comme il n'avait jamais vu Rome , et qu'il n'avait

Constantin succède à Cdnstan-

Hercule.

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jamais imaginé de prendre des informations sur ia grandeur de cette ville , il ne se trouva pas assez de forces pour en former le siège. Une partie de ses troupes passa même du côté de Maxence, et il fut contraint de se retirer avec le reste. Alors il nomma César, à laplaCe de Sévère, Licinius, autre paysan d'Illyrie.

Au milieu de ces troubles. Maximien Hercule , , Mort

de Maximien

qui tendait des pièges , tantôt à son propre fils , tantôt à Constantin, perdit enfin la vie à Marseille. Fausta , sa fille , femme de Constantin , découvrit elle-même la conspiration qu'il avait tramée contre son mari.

Galère mourut l'année suivante: Licinius et Licmius,niaî.

X ^ tre de tout TO-

Maximm, qui se partagèrent ses états, armèrent "««»• bientôt l'un contre l'autre , et le premier qui resta 3"maître de tout l'Orient.

D'un autre côté, comme Maxence menaçait de Mon

. * de Maxence.

venger la mort de son père , Constantin passa les Alpes, et Maxence vaincu se noya dans le Tibre, lorsqu'il voulut rentrer dans la ville. C'est à cette guerre qu'on rapporte la conversion de Constantin.

Lés deux empereurs qui restaient parurent re- consiantîn ,

^' ^ * . ieul maître de

chercher la pajx. Licinius épousa même la speur »y>pi"de son collègue. Mais , ayant armé quelques an- sas. nées après, il fut vaincu; et c'est alors que Constantin, seul maître de l'empire, fit cesser la persécution contre l'église.

Io8 HISTOIRE

.'âJîïîrîwSÎ Arrêtons-nous , Monseigneur, à cette époque ,

^p^qw. ^^ commence un nouvel ordre de choses. Il s'agit

maintenant de mettre sous vos yeux l'histoire de

la religion : étude qui demandait quelques con*

naissances de l'histoire romaine.

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