LIVRE QUINZIEME
CONSIDÉRATIONS Sur les progrès de la religion dans les trois premiers siècles.
Uir est également condamnable lorsqu'on nie Dâmoneie».
t prit on doit éta-
les choses, parce qu'on ne les a pas vues, pu <»«''*«'i«i»»-
parce qu'on ne les comprend pas, et lorsqu'on les croit légèrement , sans avoir examiné l'autorité de ceux qui les rapportent. Un esprit sage évitera donc l'une et l'autre de ces extrémités.
Dieu ne peut ni se tromper ni me tromper. Il serait donc insensé de ne pas croire ce qu'il a. dit :.mais il faut s'assurer qu'il a parlé; car, pour éviter l'incrédulité, il ne faut .pas tomber dans des eireurs injurieuses à la vérité même , et attribuer à Dieu les mensonges des hommes.
Cependant , comme il n'est pas possible à tous de faire ces recherches , Dieu vient au secours des feibles: l'ignorant croit, et sa foi le sauve, parce que la grâce lui tient lieu de lumière; tandis que d*autres fois le savant ne 'croit pas, parce qu'il
IlO HISTOU^E
se refuse à la grâce. Il s'aveugle, ou par trop de confiance , ou par l'ambition de se singulariser, ou par le désir de briser le frein des passions. Mais Dieu confond l'orgueil de son âme ou le dérèglement de son cœur.
Tous ne sont donc pas obligés de raisonner sur la religion; mais tous sont obligés de l'étudier avec humilité. C'est ici surtout que la confiance * est dangereuse. Nous ne saurions être trop en gard^ contre cette raison, qui ne cherche souvent à nous prouver ce que qu'il nous plaît de croire. Ne permettons pas aux passions de nous séduire : ne murmurons pas contre la morale qui les condamne : aimons la vérité qui nous gène; adoronsla , et soiynettons-nous.
Quelle» doi- Plusicurs catéchismes, Monseimeur, vous ont
vent «ire à cet y
d^ûi^pri'ncï!**" appris les vérités que vous devez croire, et celui de l'abbé Fleury, comme plus développé, vous a donné aussi plus de lumières. Un abrégé de l'ancien et du nouveau testament vous a fait connaître l'histoire de cette religion , qui remonte à la naissance du monde : vous avez touché , pour ainsi dire , les fondemens solides sur lesquels elle est établie. Enfin le petit carême de Massillon vous a ftistruit de ce que sa morale a de plus relatif à vos devoirs. Ce sont là des choses sur lesquelles il sera nécessaire de revenir encore; parce que, comjne je vous l'ai dit plusieurs fois, lorsque les vérités sont importantes, on ne les
ANCIENNE. m
connaît pas assez si on ne se les est pas rendues Ëumilières.
Mais cette étude ne suffirait pas encore. Si Dieu ne commande au commun des hommes que de croire et de pratiquer, il exige plus de ceux qu'il établit pour conduire les autres. L'instruction des peuples et la défefte de la religion veulent qu'un théologien ait fait une étude profonde de^ l'histoire ecclésiastique; qu'il connaisse les hérésies, les décisions de l'église, les écrits des saints Pères, et qu'il saisisse tout le fil de la tradition.
Des recherches aussi vastes ne doivent pas oc-; , , cuper un prince , parce qu'il leur sacrifierait un temps qu'il doit à des études plus relatives .à son état. 11 est cependant nécessaire qu'il soit à cet * égard plus instruit qu'un simple particulier, puisqu'il est dans l'obligation de donner l'exemple de la vraie piété, et de protéger la religion.
Vous ne sauriez être trop pieux, Monseigneur; Queiie doit mais, si votre piété n'est pas éclairée, vous oublierez vos devoirs, pour ne vous occuper que de petites pratiques. Parce que la prièrfe est nécessaire, vous croirez devoir toujours prier; et, ne considérant pas que la vraie dévotion consiste, à remplir d'abord votre état, il ne tiendra .pas a vous que vous ne viviez dans votre cour comnie dans un cloî(?re. Les hypocrites se multiplieront autour de vous. I^s moines sortiront de leurs cellules. Les prêtres quitteront le service de l'au-
lia UISTOIHE
. tel , pour venir s'édifier à la vue de vos saintes oeuvres. Prince aveugle, vous ne sentirez pas combien leur conduite est en contradiction avec leur langage : vous ne remarquerez pas seulement que les hommes qui vous louent d'être toujours au pied des autels oublient eux-mêmes que leur de- VQÎr est d'y être. Vous {•endrez insensiblement » leur place , pour leur céder la votre; vous prierez
continuollçment, et vous croirez faire votre salut; ils cesseront de prier, et vous croirez qu'ils font le leur. Étrange contradiction qui pervertit les • ministres de l'église, pour donner de mauvais ministres à l'état!
Protection qu'il Si 4a pîété dcmaudc des lumières dans un
doit à l'églisel .
prince , la protection qu'il doit à l'église en demande encore davantage; c'est à lui surtout de contribuer à la propagation de la religion; de confier l'instruction des fidèles à des pasteurs qui aient les mœurs et les connaissances de leur état; de pourvoir à l'entretien des temples et du clergé; d'assoupir les disputes fi:i voles; d'extirper les hérésies "^par les moyens que la religion et la prudence conseillent; et de faire respecter les ministres des autels, sans autoriser toutes les prétentions qu'ils forment, et qui tourneraient à la ruine de Tétat. Vous n'imaginez pas combien ' ces devoirs sont difficiles à rem^ir : cependant ils ont été jusqu'ici l'écueil des meilleurs princes; et le zèle, pour avoir été trop aveugle, a
AJfCIENNE. Il3
produit une multitude d'abus, qui subsistent encore.
Il faut vous instruire par les fautes des souverains. Voilà J'objet que je me propose, et je négligerai d'ailleurs tout ce qui ne m'y conduira pas; mon dessein étant moins d'écrire l'histoire de l'Église que de vous apprendre dans quel esprit vous devez l'étudier.
La manière dont la religion s'est répandue est le principal objet qui s'offre dans les trois premiers siècles. Vous verrez d'un côté les obstacles qu'elle a rencontrés, et de l'autre les moyens miraculeux qui l'ont rendue victorieuse. Vous serez bientôt convaincu que sa propagation est une nouvelle preuve de sa divinité. Il ne faudra plus que vous transporter au temps de Jésus-Christ, et considérer de là les siècles>antérieurs et les siècles postérieurs; car ce sera le vrai point de vue pour saisir l'ensemble de toutes les vérités qui font le fondement ou l'objet de notre foi.