‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 22 sur 54 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des opinions des philosophes païens avant Jésus -Christ, et dans les premiers siècles de FÉgUse.^

Les révolutions des opinions suivent les ré- ^ sowAiexan-

t dre Icfsecteao*

volutions des empires. Ainsi nous ne pouvons pas pa,îd«ren adouter que les conquêtes d'Alexandre n'aient produit de grands changemens dans ce que les Perses , les Indiens et les Égyptiens appelaient philosophie. Ce fut alors que les sectes de la Grèce se répandirent, et portèrent chez les Barbares des systèmes qu'ils ne connaissaient pas, quoiqu'ils en eussent fourni les principes. Sans doute que les mages , les gymnosophistes et les prêtres d'Egypte, prévenus d'abord contre la nouveauté de ces opinions, dédaignèrent d'en prendre même connaissance; mais dans la suite plusieurs causes concoururent à diminuer leur prévention , et à les rapprocher des philosophes grecs.

Vous vous souvenez que les vainqueurs s'allièrent avec les vaincus, et se hâtèrent , d'en prendre les mœurs. Les Grecs cessèrent donc bientôt de paraître étrangers. Dès lo^s leiu*s opinions parurent aussi moins étrangères : on eut la curiosité de les connaître; et les mages, qui

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en firent une étude , s'en rapprochèrent peu à . peu , lorsqu'ils découArrirent dans la mythologie et dans les systèmes des Grecs des principes qu'ils adoptaient eux-mêmes. Ils se firent en quelque sorte platoniciens , comme Alexandre s'était fait Perse; et les sectateurs de Zoroastre s'allièrent avec ceux de Platon. Il faut seulement remarquer qu'en se prêtant aux opinions des Grecs, les mages songeaient plutôt à se concilier avec eux, qu'à renoncer aux opinions qu'ils avaient suivies jusqu'alors.

La protection qu'Alexandre donnait aux lettres, et sa préférence marquée pour les philosophes de la Grèce , durent aussi contribuer à cette révolution, qui fiit encore plus grande en Egypte qu'en Asie. Ce conquérant , occupé à peupler la ville à laquelle il donna son nom, y fit venir des colonies de-divCTs endroits 5 il y transporta même des Juifs; et, voulant y attirer tout^ les nations , non-tseulement il accordja de grands privilèges aux habitans, il leur permit encore d'exercer librement toute espèce de cultes.

Elles s'éiabiù- Depuis la mort de ce conquérant , Afexandrie

sent en Egypte

" ptoiémee- gç peupla dc plus en plus. Les Grecs surtout, et les savans dans tous les genres, y accourent sous le premier des Ptolétnées; soit parce que ce prince ne négligearrieh pour les attirer, soit parce que l'Egypte jouissait seule de la paix, tandis que les autres provinces de l'empire d'Alexandre étaient

ÈOUS

Soier.

♦roublées par la guerre. Ptolémée, ayant conquis la Phénicie, saisit encore cette occasion pour augmenter la population de l'Egypte , car il y fit conduire un grand nombre de Juifs ; et , comtpe il leur accorda dans. Alexandrie les mêmes droits qu'aux Macédoniens , d'autres vinrent bientôt s'y . établir d'eux-mêmes, cherchant dans ce royaume un repos qu'ils ne trouvaient pas en Asie.

Philadelphe suivit la même politique, et pro- Jf*'**'j'*j4;|; tégea.les arts et les sciences avec encore plus de *•**"»•«• passion. Il augmenta considérablement la bibliothèque /que son père avait commencée ; et il bâtit le Musée , cette école célèbre qui devint l'asile de toutes les sciences et de toutes les sectes. Les pythagoriciens, qui avaient été chassés de la grande Grèce vers le temps de Philippe et d'Alexandre, se réfugièrent siu-lout en Egypte, parce que c'était le seul lieu où ils étaient soufferts.

Évereète marcha sur les traces de Soter et de soasiwsuc-

o m cesscursd tytr-

Philadelphe :mais depuis, comme je l'ai déjà dit, fopVelfùiîn/r les rois d'Egypte ne furent plus que des monsftes. Physcon, le septième des Ptolémées, fit presque * un désert de la ville d'Alexandrie. Les savans , forcés de fuir pour échapper à ses persécutions , se répandirent dans l'Orient. Ils y étudièrent la philosophie de Zoroastre; et, lorsque les circonstances leur permirent de revenir en Egypte, ils y apportèrent ce système d'émanations dont j'ai feit le précis.

A ie«r rtiour. Ccs révolutloiis dolveiit vous faire comprendre îé/îef «deî!"" q^^ lÉgypte devint insensiblement le centre de tons les arts , de toutes les sciences , de toutes les opinions , de tous les cultes et de toutes les superstitions, Péripatéticiens , stoïciens , sceptiques, pythagoriciens, platoniciens, sectateurs de Zoroastre, idolâtres, Juifs; tous, en un mot, professaient librement leur religion où leur système. Mais cette multitude de sectes étrangères fit beaucoup de tort aux prêtres égyptiens , qui, sous les Ptolémées , lurent toujours moins considérés que les philosophes grecs.

•incSîiîit,^" Les disputes qui s'élevaient continuellement parmi tant de sectes donnèrent lieu au sincrétisme , c'est-à-dire à un système par lequel on entreprenait de concilier toutes les opinions, et surtout celles des principaux philosophes. Comme la cour prenait souvent part à* ces disputes, on voulut paraître se rapprocher des opinions qu'elle goûtait davantage, ou du moins on ne voulut pas paraître les combattre. Or les circonstances étaient •* en Egypte très-favorables à cette manière de philosopher : c'est ce qu'il faut vous faire comprendre. Ignorance et II u'y a poiut dc pays où les nouveaux cultes

Mpirttition des . . .

Éixptiei». gç soient introduits plus facilement qu'en Egypte, parce qu'il n'y en a point où la superstition ait été .plus grande, et où les prêtres aient mieux su s'accommoder aux circonstances; en effet les Égyptiens, toujours tenus dans ime ignorance

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profonde, n'ont pu manquer de devenir le peuple le plus superstitieux. Ils ont recueilli , pour ainsi dire, les préjugés de toute la terre, parce qu'ils se sont trouvés dans la nécessité de se conformer à la façon de penser des différentes nations qui les ont conquis, et que d'ailleurs le commerce des étrangers, qui abordaient de toutes parts en Egypte, a dû peu à peu les familiariser avec des opinions de toute espèce.

Quant aux prêtres, comme ils avaient seuls le condwi. d« secret des sciences et de la religion , rien ne leur q»» ▼euleaitouî était plus aisé que de s'accommoder à l'esprit du * gouvernement. Accoutumés de tous temps aux allégories, ils s'en servirent pour se concilier avec les principales sectes : car il leur importait de ne cédet aux Grecs, ni en connaissance, ni en sagesse, ni en crédit. Ils se rapprochèrent d'abord des pythagoricien^hez lesquels ils retrouvèrent , à bien des égards, la même doctrine qu'ils avaient enseignée au chef de cette secte ; c'était d'ailleurs de part et d'autre la même manière de vivre : ils aimaient tous également le silence, la retraite, le secret et la méditation. Les pythagoriciens et les prêtres d'Egypte , ainsi réunis , se retirèrent dans les campagnes, fondèrent des collèges où ils philosophèrent loin du tumulte des villes, et jouirent de toute la considération qu'on accordait aux Grecs.

Il leur importait encore de n'avoir pas contre

secte».

eux les platoniciens, dont la philosophie avait alors beaucoup de partisans. . Or ' ils se trouvaient déjà d'accord dans les principes que Platon avait * pris de Pythagore; et, dans les autres, ils s'en rapprochaient , en conciliant , par des allégories, les opinions les plus contraires. Les émanations de Zoroastre furent aussi emplbyées à cet effet, parce que Platon en avait lui-même emprunté quelque chose,

Toaic» k» Par-là toutes les sectes s'altérèrent. On ne reconnaissait plus ni Zoroastre, ni Pythagore, ni les anciens prêtres d'Egypte. Le sincrétisme avait fait de tous ces systèmes un chaos, où les opinions se confondaient tous les jours de plus en plus. Tel était, avant Jésus-Christ, l'état de la philosophie dans ce royaume. Xe sincrctisnàe, fondé sur les allégories , y avait fait de si grands progrès , que les Juifs même ratreprirent de concilier Moïse , Pythagore et Platon. Cependant cette méthode absurde ne fiit pas sitôt abandonnée. Elle subsista au contraire long^temps après Jésus-Christ; et les philosophes du Musée, qui se convertirent , donnèrent lieu à bien des hérésies, pour avoir voulu alliçr leurs opinions avec les dogmes de la religion chrétienne.

ongin" J*^ Les disputes qui naissaient du sincrétisme même firent imaginer 1 éclectisme , autre melliode, qui se proposait moins de concilier les philosophes, que de prendre ce qu'il y avait de

fecte.

bon (feins chacun. Ce projet eût été louable , si les systèmes dans lesquels on devait puiser .avaient été faits avec quelque jugement, et si Ton avait pu se flatter de savoir choisir sans préventions. Mais cette seule considération vous fait prévoir que l'éclectisme ne produira que des absurdités, , .

L'éclectisme eut pour chef Ammonius Saccas chef a* cette

*■ Mets.

d'Alexandrie , élevé dans la religion chrétienne , et instruit dans le sincrétisme. Il vivait à la fin du second siècle et au commencement du troisième, Lareligioa chrétienne ne lui laissant pas la liberté de se faire nn système, à son choix, il embrassa l'idolâtrie comme plus conforme à son dessein ; et, quoiqu'il se crût destiné pour éclairer le monde, il adopta la méthode secrète des pythagoriciens, et il défendit à ses disëiples de publier Fobjet et la nature de ses leçons. Ils ne furent pas assez* scrupuleux pour observer le silence qu'ils lui avaient juré. •

Les éclectiquics avaient pour maxime que la objet qii«$e vérité est répandue parmi toutes les sectes, et ^ciecUque». <lûe, par conséquent, il ne serait pas raisonnable de s'assujettir à suivre les,opinions d'un seul philosophe. Ils se faisaient donc »une loi de puiser quelque chose dans tous. Il ne faut excepter que les sceptiques, avec qui ils ne pouvaient pas s'acr < corder.

Le platonisme était le fond de leur philoso-

le»

Leur enthon-

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phie, non celui de l'académie, mais celui de l'école d'Alexandrie, d'où ils étaient sortis. Amsi le sincrétisme avait déjà altéré tout ce qu'ils prirent dans ce système.

Leur ambition était surtout d'.accorder Platon et Aristote , comme les deux plilosophes qui avaient le plus de réputation. Pour cela on imagina des distinctions et des subtilités , on fit violence au texte, on l'interpréta arbitrairement, et on parvint à faire dire à tous deux ce qu'ils n'avaient pensé ni l'un ni l'autre.

Si les idées de Platon et de Pythagore conduisaient naturellement à l'enthousiasme, elles y devaient porter avec plus de violence en Egypte qu'ailleurs. Car, de la superstition à l'enthousiasme , le j)ass^e est rapide , et les Égyptiens étaient le peuple le plus superstitieux. Aussi les extases étaient-elles communes parmi les éclectiques; leurs méditations les élevaient au-dçssus du reste des hpmrîies, et ils voyaient tout ce qu'ils voulaient voir. Quelques-^uns pouvaient être de la meilleure foi du monde : car de pareilles extases ne sont, dans le vrai, qi^e le délire d'une imagination faible, crédule, échauffée par tm soleil ardent. On peut en avoir lorsqu'on est éveillé, comme on a des songes lorsqu'on dort.

Plus enthousiates que Platon et Pythagore, les éclectiques croyaient pouvoir, dès cette vie, s'élever par degrés jusqu'à Dieu, s'abîmer dans

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la Divinité , et se déifier en quelque sorte euxmêmes. Les émanations, telles que les Perses les avaient imaginées, étaient le fondement d'une confiance si extravagante : car en ce point , ils préféraient Zoroastre à Platon,

Or, dans ce système, tous les êtres, émanant LMrtprimei- (tun premier principe, sont plus ou moins parbits, suivant qu'ils émanent plus ou moins immé- / diatement. De là les choses visibles et invisibles, qui se distribueift en différentes classes pour former Tunivers. Tout vient de cette première source, les corps comme l^s esprits; et nos âmes en sont séparées par une longue suite de génies, de démons et de divinités de toute espèce. Elles sont à l'extrémité de la chaîne; et, comme elles se sont éloignées par degrés du principe de tout, elles peuvent aussi s'en rapprocher par degrés. Il leur est, par exemple, bien aisé de s'unir aux esprits du dernier ordre, de passer ensuite aux esprits d'mi ordre supérieur ; et^ montant de la sorte de divinité en divinité, d'arriver enfin au dieu suprême. Il ne faut pour cela que des méditations, des retraites, des jeûnes et des mortifications : régime en effet bien propre à donner l'essor à l'âme, parce qu'il exalte d'autant plus les têtes, qu'on Si moins de jugement. Mais si par hasard il ne réussissait pas, ou qu'il ne fût pas du goût de tous ceux qui aspirent à la paéme perfection, on aurait alors recours à des prières , à des évoca-

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lions, à des céï'émonies extraordinaires, et à des superstitions de toute espèce. Car il fallait absolument commencer avec les esprits^ soit en s'élevant à eux, soit en les faisant descendre à soi; c'était le vrai moyen d'obtenir tout ce qu'on pouvait désirer, et de faire des miracles. Ainsi la philosophie, qui se piquait de prendre, avec choix, dans tous les systèmes , n'était, parmi les éclectiques que ce qu'elle avait été parmi les Chaldéens, c'est-à-dire de la magie.

u* défendent L'objct dc CCS philosophcs était surtout de s'op-

ridolâtrie par \ t i i« • ^ , * t.

des aiiëcories. poscr aux progTcs QC Irréligion chrétienne, et d'étayer l'idolâtrie , qui penchait vers sa ruine. S'il eût été possible d'y réussir, Ammonius, plus qu'un autre , eût pu se flatter du succès. Élevé parmi des chrétiens , qui pouvait mieux les combattre? eût-il ignoré la faiblesse de leurs preuves? et ne leur eût-il pas porté des coups dont ils ne se seraient pas relevés ?

Mais les éclectiques' se gardèrent bien d'attaquer directement le christianisme : ils s'attachèrent plutôt à défendre l'idolâtrie. Il fallait justifier cette mythologie, cesfahlesmonstrueuses fjiu déshonoraient la raison , et qui étaient même Tobjet de la raillerie des hommes sensés du paganisme. Il fallait répondre aux pères de l'église, qui en montraient l'extravagance , et qui opposaiefit à ces absurdités l'autorité même des philosophes païens.

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L'allégorie vint au secours des éclectiques. Ils interprétèrent toute la mythologie à leur gré : ils ne virent plus dans Jupiter , dans Junon , et dans les autres dieux, que les divinités qu'ils voyaient émaner du dieu suprême : en lœ mot , ils prouvèrent au monde idolâtre que ce qu'il avait cru jusqu'alors n'était pas ei) effet ce qu'il avait cru.

Satisfaits d'avoir trouvé ces subtilités , ils s'applaudissaient , et ils croyaient pouvoir dire aux chrétiens : Nou$ n admettons qu'un Dieu ainsi que vous; mais^ commevous reconnaissez des esprits , des anges j des démons, nous reconnaissons y avec tous les philosophe^ , des divinités qui remplissent r intervalle entre le Dieu suprême et nous. Elles sont ses ministres : c'est pgr elles que ses ^âces descendent jusqu'à nous.

De là ils concluaient qu'il n'y a, dans le vrai , qu'une religion. Ils la voyaient la même parmi toutes les sectes et parmi tou^ les peuples. Leurs allégories faisaient disparaître toutes les différences, et paraissaient concilier, toutes les opinions , en les renfermant dans le système qu'ils s'étaient fait ; afin même de se rapprocher du christianisme , ils imaginèrent une espèce de trinité , u'^andonnant point la maxime de prendre partout ce qui pouvait s'aliter ayec leurs principes. Par ce sincrétisme, ils croyaient prouver que la religion chrétienne n'enseignait rien de nouveau ; qu'elle était inutile; et que, par con-

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. séquent , on ne devait pas la permettre , ou qu'elle devait elle-même souffrir Tidolâtrie.

iii «nptoieni Cependant les chrétiens renversaient facile-

«OBtrt U reli. *■

£**i«I^îêVt nient tout cet édifice, parce qu'ils ne se bor- ^**"' naient pas à combattre le culte des idoles par des raisonnemens. Ils .prouvaient encore la vérité de, leur doctrine par des miracles, que les éclectiques n'osaient ni nier, ni mettre parmi les prestiges. Le sincrétisme ne trouvait point ici de moyen de conciliation ; et. les éclectiques eurent recours aux blasphèmes , aux menson- ' ges ^ aux impostures. Ils dirent que Jésus- Christ n'était lui-même qu'un philosophe, qu'il av^it reconnu la multitude des dieux , qu'il les avait adorés, que par sa sagesse il s'était élevé jusqu'à eux, et qu'il en avait obtenu le pouvoir de faire des miracles. Afin même de donner quelque fondement à cette opinion impie , ils entreprirent d'attribuer d'aussi grands miracles à des philosophes qui n'avaient pas abjuré le paganisme;. Ils choisirent, parmi* les plus anciens, Pythagore, et parmi les plus récens, Apollonius de Tyane; et l'on apprit, pour la première fois, les miracles que ces hommes étaient supposés avoir faits dans des temps où personne ^'en avait été témoin, ties éclectiques ne se faisaient point • un scrupule de ces impostures. C'était, selon eux , des fraudes pieuses , et le mensonge même était sanctifié lorsque la défense de leur doctrine

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en était le motif. Us avaient -pris cette façon de penser des prêtres égyptiens, à qui elle a toujours été chère ; ils l'avaient prise de Py thagore , de Platon, et de presque tous les anciens; car elle n'a été que trop générale. ^^

Si cependant Jésus-Christ n'eût ^^ qu'un philosophe , tel qu'Apollonius , ou Py thagore , il n'aurait pas combattu le polythéisme. Aussi les éclectiques prétendaient-ils que les chrétiens lui attribuaient des choses qu'il n'avait point enseignées; comme si les apôtres et les disciples n'avaient pas prouvé par des mû'acles qu'ils prêchaient la vraie doctrine de leur maître.

Telle est Ja philosophie , qui , dans les trois pre- vMtctUmt miers siècles de l'égUse, s'est répandue d'Alexan- ;i,"^';f.*'*"* •**" drie jusqu'à Rome , et dans presque tout l'empire. Quoiqu'on lui donnât le nom d'éclectisme, ce n'était danS' le fond qu'une branche de ce sincrétisme absurde , qui était fort ancien en Egypte. Je me borne' à vous en faire voir l'esprit' et à vous en indiquer les sources que vous connaissez. Il serait inutile d'entrer dansde plus grands détails. Il suffit de vous faire remarquer que , dans le vrai, les éclectiques n'avaient point de système, et qu'ils ne pouvaient en avoir. Leur philosophie était nécessairement variable et sans consistance , puisque , par la nature de l'éclectisme , chacun avait la liberté de choisir ses principes et d'imaginer des allégories à son gré. D'ailleurs quand

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je vous rapporterais 4eurs différentes opinions , vous n'y comprendriez rien , non plus que moi, non plus qu'eux : car certainement ils ne s'entendaient pas.

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