CHAPITRE IJI
Des opinions qui se sont introduites parmi les Juifs trois cents ans environ avant Jésus-Christ.
J?rM«*Ta'!f' Jusqu'à la captivité de Babylone les Juifs con-
d'Alexandrie a- , i • i i • -rx*
«lopièreniie.iii. scrvcreut sans altération la doctrine que Dieu leur avait donnée par Moïse ; et même encore après leur retour à Jérusalem , tant qu'ils furent éclairés par Esdras, Aggée,.Zacharie et Malachie. Mais, après la mort de ces hommes inspirés, la prophétie ayant cessé , et les systèmes des philosophes ayant peu à peu pénétré en Judée, les mauvais raisonnemens y produisirept, comme ailleurs, dçs sectes et des absurdités.
Cette révolution répond au temps des premiers Ptolémées. Les Juifs d'Alexandrie ne purent se refuser à la curiosité de connaître une philosophie qui promettait de pénétrer dans la nature de l'qnivers., qui , d'après Platon , parlait de Dieu en termes magnifiques , et qui donnait une grande considération à ses sectatieurs. Ils étudièrent donc ce sincrétisme, qui, conciliant ' Platon , Pytba-
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gore, Hermès et Zoroastre, leur fitcoocevoir ledessein de concilier encore Moïse aveccçs philosophes, et leur en montra lemoyen dans l'usage des allégories. En effet il ne fallait qu'étendre les expressions, les restreindre, ou leur donner des seqs figurés, pour faire dire k tous les mêmes choses. Ainsi frappés de la manière dont les platoniciens parlaient de Dieu, ils se regardèrent dans le Musée comme dans l'ime de leurs • écoles : ils crurent entendre Moïse. Cette conformité les flatta ; ils en cherchèrent la raison ; ils se f^rsuadèrent bientôt que Moïse était la source où Pythagore et Platon avaient puisé leur doctrine ; ils en cherchèrent la preuve dans le sincrétisme , qui conciliait tout. C'est ainsi qu'ils devinrent partisans outrés de cette méthode ridicule , et qu'ils répandireirt comme une chose sûre que les philosophes païens avaient tiré des livres de Moïse tout ce qu'ils avaient dit de mieux. Ils comptaient par-là détruire la prévention où l'on était contre leurs lumières. / *
Tels étaient les Juifs d'Alexandrie. Mais FÉ- ««^STÎL" gypte en avait encore d'autres qui vivaient loin ÎJ-ÏX* '**""* des villes dans la retraite , et qui s'étaient fait une doctrine singulière. Voici œ qu'on en peut conjecturer.
Lorsque Jérusalem fut détruite , et que lé peuple fut emmené en captivité à Babylone, ceux qui fmrent échapper dberchèrent 4eur salut hors de
la domination du vainqueur, et se réfugièrent en Egypte, c'est-à-dire dans un pays où leur nom était odieux. Afin donc d'y trouver leur sûreté, ils furent forcés d'éviter les villes, et de se retirer dans les lieux les plus reculés et les plus déserts. Telle fut parmi les Juife l'origine de la vie monastique : car, dans de pareilles circonstances, ils ne pouvaient se rassembler qu'en petit nombre , et plusieurs sans doute étaient dans la nécessité de vivre seuls. Sans temple, sans autel, sans sacrifice, ils s'accoutumèrent insensiblement à penser que la religion pouvait absolument subsister sans ces choses; et ils songèrent seulement à suppléer au culte par une vie dure et austère. Devenus moines par choix, ils se firent une habitude de la vie ascétique; il s'introduisit peu à peu parmi eux des. usages qui devinrent des règles; et ces règles s'étant multipliées , et ayant été recueillies, for mèrent enfin un système de morale et de conduite.
*:o«.m.mip. Cependant, comme les Juifs étaient d'eux- ^b»r^P«uio a- mêmes peu capables de laire des systèmes, il y ?d"«5!*'"^'" " a lieu dé croire qu'ils vécurent ainsi moins par principe que par usage , jusqu'au temps où les pythagoriciens , persécutés pai'tout , cherchèrent aussi une retraite en Egypte. Or ceux-ci commencèrent à s'y répajadre sous Alexandre et sous Ptolémée Soter, qui , protégeant plus particulièrement
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les sectes grecques, ne paraissaient pas leur devoir être favorabïes. Craignant donc les ennemis qu'ils trouveraient dans les villes; ils fuirent, comme les Jui&, dans les déserts, n
Ces anachorètes ou cénobites juifs et pytha* «goriciens eurent donc occasion de se connaître. Rapprochés d'abord par un même genre de vie , ils se lièrent bientôt de plus en plus par le récit de leurs malheurs; et ils se communiquèrent enfin leurs usages et leur doctrine.
Dans ces conversations, les pythagoriciens, naturellement fanatiques, eurent beaucoup d'avantages sur les Juifs, qui suivaient leurs usages par tradition, et sans avoir encore des principes bien arrêtés. Ils leur apprirent l'art de déraciner les passions, de purger l'âme, de l'élever à Dieu, et ils leur montrèrent une piété qui, paraissant excellente , était bien capable d'entraîner des hommes disposés à l'enthousiasme par l'ignorance, la solitude et le climat. Ces Juifs, écoutant donc avec avidité , et toujoiu^ plus curieux , adoptèrent une partie des opinions des pythagoriciens; et, se familiarisait avec les allégories, ils connurent enfin le secret de concilier Moïse et Pythagore. C'est ainsi que se sont formées les deux sectes qu'on nomme esséniens et thérapeutes. Des traces de pythagorisme qu'on trouve dans leur doctrine confirment cette origine, que les circonstances rendent vraisemblable.
Lorsque l'exercice <le toutes les religions eut été autorisé par les rois d'Egypte , les moines juife ou pythagoriciens ne craignirent plus la persécution. Mais il est à présumer que pour la plupart ils gardèrent par habitude le genre de vie qu'ils . avaient embrassé par nécessité. Ils ne se rappro-^ chèrent des villes , et ne commercèrent avec les citoyens que dans la vue de faire des prosélytes; à quoi ils réussirent, parce qu'ils étaient enthousiastes , et que les Égyptiens étaient superstitieux.
usjoif5d'E- Enfin Philadelphe accorda une liberté plus
gypie portent * • r ' ¥
«sagesf * '*"" grande encore; caf voyant que les Juifs venaient d'eux-mêmes s'établir en Egypte , il permit à ceux qui y étaient de retourner en Judée. Il y ^^* donc alors un commerce libre entre tous les Juifs; et vous prévoyez que la doctrine sera altérée a Jérusalem, et qu'il y va naître des sectes.
Manière de L^s csséuieus qui vinrent en Judée, n'y trouvèrent point cette piété sublime dont ils faisaient profession. Scandalisés de tout ce qulls voyaient, ils crurent ne pouvoir conimuniquer avec les autres Juifs , sans se souiller eux-mêmes. Le temple leur parut être profané , et. ils jugèrent que, s'ils prenaient part aux sacrifices qui s y faisaient , ils se rendratent complices des profanations. Ils continuèrent donc de vivre à l'écart, ne venant jamais au temple , se contentant d'y envoyer leurs Q#:andes , et faisant des sacrifices
virre des tssé~
ANCIENNE. iSg
' partout où ils se trouvaient, quoique cela fut contre la loi de Moïse.
Loin des villes , ils vivaient de l'agriculture , dans une grande sobriété, se refusant à tous les plaisirs, se tenant en garde contre les passions, fidèles à leur parole , et observateurs exacts de leur discipline.
Ils étaient tous vêtus de blanc, avaient leurs biens en commun , se regardaient comme frères, et observaient entre eux Thospitalité; Lorsqu'un essénien voyageait dans les pays où ils étaient répandus , il n'avait pas besoin de rien porter avec lui* Partout logé, nourri, vêtu, il trouvait tout ce qui lui était nécessaire. Lors même qu'il se rencontrait parmi des frères qu'il n'avait jamais vus, il était traité comme s'il eut toujours vécu avec eux.
Ils priaient, avant le lever du soleil, et se tonmaient alors du côté de l'orient. Après la prière , ils allaient chacun à leurs occupations:. A la cinquième heure du jour ils entraient dans le bab, et se rendaient ensuite danà un même lieu, où ils dînaient ensemble , en observant un profond silence. Un prêtre bénissait les viandes avant qu'on y touchât ; et qtiând le repas était fini ils rendaient à Dieu des actions de grâces. Alors on se séparait pour retourner au travail : le soir on se rassemblait et on soupait encore en silence.
Les jeunes montraient une grande vénération
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pour les pltis âgés; et dans les conversations on écoutait toujours avec respect le maître qui prenait la parole, iképroQ«>.'ciit Si quelqu'un voulait entrer dans cette secte,
cens qu'ils te- * * ^ •
ctTâiMt. Qjj l'éprouvait pendant trois ans : on ne l'admettait que lorsqu'on s'était assuré de sa continence, de son zèle et de sa constance. Alors il jurait d'observet exactement toutes les cérémonies religieuses, d'être juste, de ne nuire à personne, de rechercher les bons, de fuir les méchans, d'être fidèle à ses supérieurs, stirtout à son souverain; de ne point abuser de l'autorité s'il parvenait aux charges, de veiller au maintien delà règle , de transmettre la doctrine telle qu'il l'aurait reçue , de soufifrir plutôt la mort que de la révéler aux étrangers.
combUn i\ê Les cssénicns étaient singulièrement attachés
iV*on** "****"" ^ leurs superstitions î les épreuves par où ils passaient, leur genre de vie, leur respect aveugle pour leurs chefs, leurs vertus nourries dans le fanatisme, et l'opinion qu'ils avaient de leur sainteté, devaient naturellement produire^cet effet. Aussi Joseph remarque que , lors de la guerre des Romains contre les Juifs, les esséniens mouraient dans les tortures les plus Cruelles, plutôt que de rien faire qui fut contraire à leur croyance. Uttrdocirine. Vous voycz quc , par la manière dont vivaient les esséniens, ils avaient beaucoup de rapport avec les sectateurs de Pythagore. On remarque
ANCIENNE. l4l
la même chose dans leur doctrine ; car ils croyaient au destin, c'est-à-dire à une provi* dence qui , enchaînant les causes et les effets , entramait tout néce;ssairement : ils se représen- I taîent l'âme formée d'un éther subtil, et qui, I immortelle de sa nature , était dans le corps I comme dans une prison, d'où elle s'échappait enfin, pour être punie ou récompensée. Quant aux lieux où elle jpassait, ils les avaient imaginés d'après la mythologie, dont les idées s'étaient l répandues en Egypte. Selon eux les âmes des méchans étaient précipitées dans des souterrains ! ténébreux où elles étaient livrées à toutes sortes de tourmens; et celles des bons étaient transportées au delà de l'Océan , dans une région où les zéphirs entretenaient un printemps perpétuel. f Les essémens formaient plusieurs sectes. Il y ! en avait , par exemple , qui approuvaient le ma- \ riage. Mais le plus grand nombre jugeait que ce n'était pas un état assez saint : ils pensaient d'ailleurs qu'il n'était pas pnldenî; de confier à des femme3 le secret de leur doctrine. Pline remarque avec étonnement que les esséniens durassent des siècles, quoiqu'il ne naquît personne parmi eux. Il ne serait pas si étonné s'il vivait i aujourd'hui.
Les thérapeutes sont regardés coipme une Les th^rapan* classe d'esséniens; mais ils tendent à une bien ur?«éii'en«^î plus grande perfection. Leur vie est toute con- fe"."" *******
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teinplativej; ils ne se regardent plus comme de ce monde; ils abandonnent leurs biens à leurs parens ou à leurs amis; ils quittent leurs pères, leurs mères, leurs frères, leurs femmes, leurs enfans; ils renoncent, en un mot, à tous les attachemens terrestres; et, retirés dans des solitudes où, ravis par l'amour céleste, leur âme s'élance c(Hitinuellement vers Dieu, ils rêvent dans le sommeil des sentences admirables, et voient presque toujours les perfections divines.
Ils vivent solitairement, à une petite distance les uns des autres; et pendant six jours chacun est renfermé dans son hermitage , sans sortir , sans regarder même dehors. Au lever du soleil, ils prient Dieu que leur âme soit remplie de la lumière céleste; et, au coucher, ils demandent qu'étant dégagés du corps et du jou^ des sens, us soient capables de découvrir la vérité. Tout Tintervalle est employé à la méditation. Us ne prennent jamais de nourriture que le soir, persuadés que le jour est destiné à l'étude de la sagesse, et qu'on ne doit donner aux soins du corps que quelques momens de la nuit. Ils sont même^communément plusieurs jours sans rien prendre : u y en a qui, le sixième, sentent à peine encore la faim , tant la contemplation , qui nourrit leui âme leur fait oublier toute autre nourriture.
Ils méditent au reste sur la loi, sur les prophètes : ils les commentent, ils étudient les com-
mentaires de leurs préd^esseurs. he prfncipe qui sert âe fondement à toutes leurs interprétations est que, dans l'écriture, le sens littéral est comme le corps , et que le sens spirituel ou allégorique est comme l'âme. Ils s'écartent donc du premier, pour se rapprocher du second; et, à force d'allégories, ils donnent à l'écriture telle âme qu'il leur plaît.
C'est ainsi qu'ils vivetit séparément pendant six jours. Le septième ils se rassemblent; et, comme ils ont une grande vénération pour le nombre sept , ils font de sept en sept semaines nne fête qu'ils célèbrent ensemble avec solennité. Dans les assemblées ils sont placés suivant l'âge , les bras cachés sous le manteau , la main droite posée sur la poitrine au-dessous de la barbe, et la main gaiiche appliquée sur le côté. Au milieu d'eux s'avance un des plus viemx et des plus savons : il disserte avec gravité et modestie; les autres écoutent dans le silence , montrant , d'un mouvement de tête , leur approbation ou leur doute.
On ne sert sur leur table que du pain , du sel et de l'eau ; toute l'attention qu'on a pour les plus délicats , c'est de faire chauffer leur eau, et de leur donner de l'hyssope.
Dans les grandes solennités ils mangent ensemble , mais dans le silence. Un d'eux seulement propose une question , ou résout celle qui a été proposée par un autre. S'il est applaudi , il
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se lèv%, chante à la louange de Dieu une hymne qu'il a Éaite, ou qu'un autre poète- a composée; et , lorsqu'il finit, tous chantent avec lui les derniers mots.
Ils ne se séparent pas d'abord après le repas. Ils passent la nuit à chanter des hymnes, jusqu'au moment où l'aurore va paraître. Alors toutes les voix se réunissent ; et , se tournant ensuite vers le soleil levant, ils demandent à Dieu l'esprit de sagesse. C'est là que la fête finit. Chacun se retire, et va chercher la sagesse dans son herinitage. Tels ont été les thérapeutes. Il faut seulement remarquer qu'ils admettaient des femmes dans leur secte, et qu'ils ne paraissent pas s'être répandus au delà de l'Éjgypte.
ceuemwcrf. J'ai omis plusieurs détails sur les esséniens et
ti<|ae a été «d-
ïfoidV^K." ^^^ *^^ thérapeutes : mais c'en estasgez pour vous faire connaître c^ moines, dont Joseph et Philon admirent la haute sagesse. Il y a certainement des choses louables dans ces solitaires. Cependant il me semble qu'on se fait des idées peu raisonnables, lorsqu'on pense trouver la vertu jusque dans des pratiques qui ne peuvent être ni agréables à Dieu, ni utiles aux hommes. La vraie sagesse ne consiste-t-elle donc qu'à fuir la société ' pour laquelle nous sommes nés ? et faut-il appeler vertu ou délire ces allégories où l'esprit s'égare, ces contemplations où la raison se perd , et ces extases où l'âm^ s'abîme ? Est-ce là adorer Dieu?
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est-ce là le servir ? Vous voyez que l'enthousiasme de ces ascétiques a séduit Joseph et Philon. Il eiF séduira beaucoup d'Jutres : car le fanatisme, qui ne permet pas de se faire des idées exactes, fait admirer tout ce qui étonne.
La philosophie mystérieuse et symbolique !«• pharisien» causa des désordres en Judée aussitôt qu'elle s'v '* p]»».'o8ophie
T. J myslérieuae «t
répandit. Elle était toute nouvelle ; mais les pha- 'y"*^*"*"*risiens, c'est ainsi qu'on nomma ceux qui l'adoptèrent , imaginèrent que Dieu l'avait révélée à Moïse , et qu'elle leur avait été transmise par une tradition orale. Sur ce principe ils appliquèrent les allégories à l'Écriture, et ils la corrompirent.
Surchargeant la loi d'une infinité d'observances lUontsurchar.
%i \» loi d'aa-
frivoles , ils se piquaient surtout de faire des ^oTrés!"*^'***"
œuvres de surérogation. Ils jeûnaient plus souvent
que les autres Juifs, fsûsaient de plus longues
prières , couchaient sur des pierres ou même sur
des épines, et pratiquaient des austérités de toute
espèce. Cependant, comme chaCun observait ce
qu'il croyait voir -daûs l'Écriture, chacun aussi
imaginait des n^ortifications différentes. Les uns,
par exemple , marchaient sans lever les pieds ;
d'autres, en marchant , se frappaient la tête contre
les murs ; et quelques-uns étaient^nveloppés dans
un grand capuchon , d'où ils i^egardaient comme
du fond d'un antre. Au reste , s'ils voyaient toutes
ces obligations dans la loi , ils y voyaient aussi tout
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ce qui leur était favorable : car ils savaient l'interpréter suivant leurs intérêts.
A cette vaine science et à cette feusse piété, qui en imposait à la multitude , les pharisiens joignaient encore l'ambition de commander; ib ne négligeaient rien pour s'attacher le peuple. Leur grand art fut de pencher toujours à la douceur dans les jugemens qu'ils rendaient ; ne montrant pas moins d'indulgence pour les autres que de sévérité pour eux-mêmes. Ils acquirent beaucoup d'autorité; ils excitèrent des guérites civiles; ils persécutèrent lorsqu'ils furent les maîtres; ik souffrirent l'exil et la mort plutôt que d'obéir à leui^ souverains.
Leur doctrine. Hs coudamnaicnt les âmes des méchans à demeurer éternellement dailsdes cachots ténébreux. Ils admettaient la métempsycose pour celles des bons, et ils croyaient qu'un des cor^s auxquels elles auraient été unies ressuciterait un jour.
Ils reconnaissaient la providence, ainsi que les esséniens , et ils lui soumettaient tout ce qui ne dépend pas de la liberté. Mais ils pensaient que les actions méritoires sont tout à la fois l'effet du concours de Dieu et de l'homme. Voilà ce qu'ils avaient de particulier dans leur doctrine. Ils étaient d'ailleurs aussi différens des autres par leurs habits que par leuts pratiques.
Us rabsistent Lcs pharisicus n'ont pas cessé avec le temple.
encore «ous •«,,!. ■, t t t •
b?M ^* "^' ■'■'^ subsistent encore sous le nom de rabbins; et
c'est presque l'unique secte que suivent aujourd'hui les Juifs. Toujours attachés de plus en plus à leur méthode secrète et symbolique , ces docteurs ont Êdt un corps d'opinions où l'on retrouve des idées deZoroastre, de Pythagore, de Platon, et qui n'est qu'un ramas de contes , de puérilités et d'2d)surdités. C'est ce qu'on nomme cabale.
Ce ne fat pas sans quelque opposition que la u» «adoc^eiu ffléthode allégorique et secrète s'introduisit parmi î^f°"*ît,Viois! les Juife de Jérusalem ; plusieurs en sentirent les T îl* "uîïï'*dl abus; ils jugèrent que la loi ne pouvait subsister, s'il était permis à chacun de Finterpréter arbitrairement; et, s'attachant à la lettre, ils rejetèrent toutes les traditions prétendues des pharisiens. Mais la dispute , comme il arrive presque toujours, fit tomber dans une extrémité opposée, et produisit de nouvelles erreurs.
Tout ne peut pas être 'éfcrit. Il ïi'est donc pas possible qu'une religion et qu'un corps de loi
i subsistent sans laisser quelque chose , qui se perpétue par la pratique, qui se transmet par la tra-
. ditiouy et qui s'explique, suivant les circonstances, par ceux qui gouvernent le peuple. Il
j faut par conséquent admettre des traditions tt
! des interprétation^. Tout consiste seulement à distinguer les vraies des fausses. Cela est difficile. Aussi les saduc^ens , craignant d'accorder un principe dont les pharisiens pouvaient abuser pour appuyer leur doctrine , condamnèrent le§
its pharisiens.
traditions et les interprétations de toute espèce,
et soutinrent qu'il n'était permis, en aucun cas,
de s'écarter du texte.
Ils tombaient Lcs pharisicus et les saducéens, toujours endam des erreur* , ^ !f;.^ «»L\' nemis , faisaient deux partis dans l'état, comme
penser comme ' x ^
deux sectes^ dans la religion. Ils devaient donc se contredire plus par haine que par principe; et tomber par conséquent d'erreur en erreur.
Ainsi, comme les pharisiens proposaient des récompenses pour les œuvres de surérogation , les saducéens , qui ne voulaient pas de ces oeuvres, dirent d'abord : -Ne soyez pas comme des esclaves; n'obéissez pas à votre maître simplement par la vue des récompenses ; obéissez sans intérêty et sans espérer aucun fruit de vos trai^aux.
Cet excès de spiritualité est déjà une erreur; car il n'est pas dans la nature de l'homme de renoncer à tout intérêt; et Dieu n'exige pas de nous un culte absolument désintéressé, puisqu'il nous offre lui-inéme des récompenses.
Cepeoidant 4es saducéens, au lieu de reculer, avancèrent encore. Pour prouver que nous ne devons pas agir dans la vue des récompenses, ils assurèrent qu'il n'y en a pçint après cette vie. En conséquence ils nièrent l'immortalité de l'âme et la, résurrection ; et, parce que vraisemblablement on voulut leur prouver que l'âme pouvait être immortelle, puisqu'il y a des esprits immortels, ils nièrent encore l'existence des anges.
Enfin les esséniens avaient soumis au destin jusqu'aux actions des hommes; et les pharisiens, convenant de l'influence de la providence , avaient soutenu que nous agissons avec elle comme elle avec nous, puisque nous avon» le pouvoir de Eure ou de ne pas faire des actions de justice. Il restait un troisième sentiment; c'était de dire que le libre arbitre se suffit, et qu'il n'a pas besoin du concours de Dieu. Les saducéens l'embrassèrent.
Voilà du moins, autant que je le puis conjec- ^^^^^.,^'^'f,.fj; tarer, comment les saducéens s'engagèrent dans JÎ;; '*»«"»«une suite d'erreurs. Les caraïtes fiu'ent plus raisonnables ; car ils s'appliquèrent à s'écarter également de ces deux sectes et à prendre un juste milieu. Gohdamnant les opinions particulières aux pharisiens et aux saducéens, ils ne connaissaient d'autre règle que l'Écriture , et ils s'attachaient surtout à la lettre, sans néanmoins rejeter les explications lorsqu'elles étaiept nécessaires et faites avec sagesse; aussi reconnaissaient-ils la providence, la liberté, l'immortalité de l'âme, les récompenses et les peines de l'autre vie.
Oueloue différence qu'il y eût entre ces sectes, tes ieeusaM
^ ^ T J ' Juifs étaient n-
et quelles que fussent leurs erreurs, elles n'ont ;H*« jan^ais songé à s'accuser d'hérésie. Au contraire elles étaient unies de communion ; et si les esséniens ne venaient pas au temple, ce n'est pas
î So HISTOIRE
qu'ils en eussent été exclus , c'est qu'ils s'en exclurent eux - mêmes. Il fallait par conséquent que les Juife regardassent la liberté, l'iramiortalité de l'àme et l'existence des esprits comme autant de choses problématiques; c'est-à-dire qu'ils n'avaient plus d'idées de religion '.