CHAPITRE IV
Des obstacles qui s'opposaient à rétablissement de la religioa chrétienne.
obsuçiesqnt PoiuT jugcr dc la propagation miraculeuse de propagation dn [a reufiion chrétieune , il faut considérer les obs-
tacles qu'elle a eus à surmonter. Ils ont été en
grand nombre.
Premier, u. L'csprit dc disscnsiou et de révolte qui s'était
sectes qui divi- ^ J. • ^i
«aient fes Juifs, r^paudu cu Judéc sous les Asmonéens et sous Hérode en est un des premiers. En effet quoi de plus coûtraire à un,e religion de paix, qui prêche l'obéissance aux souverains, et qui commande à tous les hommes de se regarder comme frères ? Devait-on attendre que les pharisiens, les
' J'ai tiré de Thistoire de la philosophie de M. Bruckerce que j*ai dit sur les pratiques et les opinions des esséniens, des thérapeutes ,y etc. ; et j'avertis que je puiserai encore dans cet ouvrage toutes les fois que j'aurai à parler de-quelqoe sect«.
angieitnë. \ î5i
saducéens et les esséniens oublieraient Içurs cpierelles et leurs opinions , pour se soumettre à une autorité qui les condamnait tous également? Était-il possible de détruire des préjugés transmis de génération en génération depuis plusieurs siècles, et, d'un jour à l'autre, enracinés de plus en plus par des disputes ou par des guerres ? Qu'on observe les passions des hommes, et on verra que les sectes contractent un nouvel attachement pour leurs erreurs, à proportion qu'elles se combattent davantage^ Non-seulement le christianisme trouvait. des Deuxième. Le
. ^ ^ • . caracUre de ces
obstacles dans toutes les opinions, il en trouvait ««**»• encore dans le caractère de cçux qui les avaient embrassées; dans l'orgUeiKdes pharisiens , «qui voulaient dominer s^r le peuple et sur le roi même; dans l'obstination des saducéens, qui niaient les plus grandes vérités plutôt que de céder; et dans l'enthousiasme des esséniens, qui, n'estimant que leur doctrine et leurs usages, croyaient se souiller em communiquafit avec les autres sectes.
Il fallait' d'ailleurs abandonner, proscrire un Troisième. Des culte établi autrefois par des miracles, renoncer J«îfs. i la qualité de peuple choisi , se confondre avec les -gentils, pt avoir désormais avec eux le même Dieu et la même religion. C'était là certainement des nouveautés avec lesquelles les Juifs ne pouvaient pas naturellement s'accoutumer.
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L»idé?'*'fâMS ^' ^^* ^^^^ qu'ayant la connaissance du Messie, w wîaiïnTO ils auraient dû le jeconnaître dans Jésus-Christ* En effet ils n'ignoraient pas qu'il naîtrait de la tribu de Juda , de la famille de David , dans la bourgade de Bethléem , et à la fin des septante semaines marquées par Daniel; ils savaient qu'il aurait un précurseur , que sa venue serait cachée, qu'il demeurerait éternellement , fêtait des miracles, et plusieurs autres circonstances qui se sont toutes accomplies dans notre Sauveur. Mais, partout dans l'Écriture , ils trouvaient le Messie dieu et homme, grand et abaissé , maître et serviteur, prêtre et victime, roi et sujet, soumis à la mort et vainqueur de la mort, riche et pauvre, puissant et sans forces; et ces idées, contradictoires en apparence^, voilaient à leurs yeux le vrai sens des prophéties. Ils imaginèrent donc; poiu* la plupart, un Messie au gré de leur ambition. Ils se le représentèrent semblable à ces hommes que Dieu leur avait envoyés plusieurs fois pour les tirer de l'oppression et de la servitude; et ils le jugeaient seulement plus grand. Ce devait être un héros, un conquérant, dont le royaume serait un monde, qui étendrait son empire sur toute la terre , et qui comblerait les Juifs de toutes sortes de biens temporels. Ces préjugés flattaient si fort leur amour-propre, qu'ils ne voyaient plus les humiliations du Messie, ou qu'ils les expliquaient dans des sens fig^urés. Aussi était-il
prédit qu'ils verraient sans connaître, qu'ils en-' tendraient sans comprendre ^ qu'ils seraient réprouvés; et qu'un peuple auparavant infidèle et étranger entrerait dans la nouvelle alliance. C'est cetaveu^eraent qui leur fit méconnaître le Messie dans Jésus-Christ pauvre , inconnu , méprisé , souffrant, sans éclat, sans suite, sans puissance temporelle. - • •
Les obstacles n'étaient pas moindres du côté ciiMpiiènie.
'' Les faBX dieux
des païens. Il fallait leur persuader que leurs éû"J cher.'"'** idoles n'étaient pas des dieux; et que rien n'était plus injurieux à la Divinité que les fêtes et les spectacles^ dont ils ne pouvaient se passer, et qui faisaient la principale partie de leur culte. Il fallait ouvrir leurs yeux sur cette multitude de fables qu'ils avaient toujours crues, qu'ils aimaient à croire parce ^qu'elles étaient ingénieuses, et dont ils cachaient l'absurdité par des allégories. En un mot il fallait tout à la fois combattre et les goûts du peuple et ses préjugés.
Les Romains surtout étaient difficiles à con- Priacipaiemem
aux Romains.
vaincre. Persuadés que leurs succès étaient l'effet de leur piété , et que les dieux de Rome avaient combattu pour eux , ils ne doutaient pas que la ruine de l'empire ne dût suivre de près le changement de culte ; et ils ont été attachés à leurs superstitions plus qu'aucun autre peuple. Aussi étaient-ils intolérans à certains égards. Ce n'est pas qu'ils voulussent forcer les nations d'adorer
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avec eux les mêmes idoles ; ils auraient plutôt été jaloux de conserver les leurs pour eux seuls. Us ne faisaient donc aucun changement dans la religion des peuples conquis ; mais ils ne permettaient pas d'apporter à Rome de nouveaux dieux et d'y introduire de nouveaux cultes. Ib auraient craint d'ébranler l'empire , eh offensant les dieitt qui l'avaient protégé. C'est pourquoi Alexandre Sévère se hâta de renvoyer Élogabal ; démarche qui fut fort agréable au peuple. •
sujime. Les Jamais la Judée , les provinces de l'empire et
imposteurs alors ' L r
fort commun,. R^j^^ mêmc, u'out VU plus dc magiciens et d'as* trologues que pendant les trois premiers siècles de l'Église. Ainsi le peuple, séduit de toutes parts, et peu capable de discerner la vérité, confondait, par une ignorance monstrueuse, Jésus-Christ avec tous ces imposteurs. Les ennemis de la religion , ne pouvant nier les miracles, profitaient démette disposition des esprits ; et , ajoutant l'impiété à l'imposture , ils ne représentaient le Sauveur que comme un magicien. Enfin les hommes les plus éclairés lie considéraient que les inconvéniens d'un changement de culte ; et, jugeant du christianisme par toutes les autres religions, ils le rejetaient sans l'examiner.
Septième. Le II scmblc uédumoius que le courage des mar*
peu d'ëtonne- •*• ^
û^couMgrdM ^y^^ aurait dû de bonne heure attirer et fixer l'at-
«ârtyrs. tention de tout le monde; mais il faut remarquer
que le stoïcisme, alors fort répandu, avait accou-
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tmné les Romains à voir des morts com*ageuses; et qu'en Judée les pharisiens, les saducéens, et les esséniens avaient souvent montré la même fermeté. Les martyrs n'étonnèrent donc pas. On les voyait mourir ; et , sans chercher les motife de leur persuasion , les plus modérés des gentils les accusaient d'être trop obstinés. Tel\est l'effet de la prévention : les meilleurs esprits n'examinent pas ^ et ils condamnent.
Une 'cause de cette prévention, c'est le mépris Huitwmeu
* * prévention con-
qu'on avait généralement poiu» les Juifs, dont on *" •« J«^»supposait que les chrétiens n'étaient qu'une secte. Comme on les cix>yait ignorans , crédjiles , superstitieux , et qu'on avait toujours négligé de s'instruire de leur culte, on ne songeait pas à faire des recherches sur les changfemens qui arrivaient à leur religion.
Il suffit de lire les écrivains profanes pour se convaincre de cette vérité , et pour s'assurer que les gens de lettres, trop prévenus, se sont peu occupés des Juifs et des chrétiens. Les gens du monde ne s'en occupaient pas davantage : plongés dans le vice ou dans le luxe, et tout entiers à leur fortune , ils n'étaient pas disposés pour une religion qui condamnait les mœurs du temps.
Cétait tout au plus pour eux un sujet de conversation. Chacun en parlait suivant ses prétentions et ses préjugés. C'était des contes ridicules , des
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calomnies , des horreurs ; et tous se faisaient des
idées très-fausses. C'est ainsi que raisonnent dans
tous les siècles les hommes riches et désœuvrés.
m^"-^f dS juîS Quand même la prévention eût été moins grande
g^r i«.chré- contre i^s ]mk, elle n'en eût pas été moindre
contre les chrétiens; au contraire, puisque les
Juifs en étaient les plus grands ennemis. Il était
donc naturel qu'on méprisât les chrétiens, ou
parce qu'on les- confondait avec les Jui£s, ou
parce qu'ils en étaient méprisés.
pwi!îL^^t;iî! I^^ philosophes, obstinés dans leurs systèmes
briîi"ieViîSl et livrés à leurs disputes , obéirent à la même pré-
tUaisme. ,
vention, et qédaignèrent d'abord de prendre connaissance des commencemens du christianisme.
Ceux d'Alexandrie, qui le connurent les premiers, ne purent être favorables à une doctrine dont l'esprit était contraire à leurs opinions, et qui, condamnant J'orgueil et la confiance, ordonnait de croire avec humilité. C'est pourquoi , si quelques-uns se convertirent , le plus grand nombre se déclara conti^e la religion chrétienne , et n'omit rien pour l'empêcher de se répandre.
En un mot, Ouaud OU cousidèrc la magie , l'astroloeie , les qui régnaient oraclcs, Ics cérémouics religieuses, les superstitions , les opinions des sectes, et tous les préjugés qui régnaient, on n'imagine pas qu'on pût être plus crédule qu'on l'était dans ces siècles. Cependant cette crédulité était opposée à la religion
qui en condamnait l'objet; car, plus on était crédule en ces choses, moins on devait croire en Jésus-Christ.
Tels ont été en général les obstacles à rétablissement du christianisme. Mais il s'en formera encore d'autres. Toutes les puissances vont s^rmer pour le détruire.