CHAPITRE V
Considérations sni: le premier siècle de l'Église. ^ Le peuple ne raisonne pas .^ il juce par habi- .combien u
*^ * * J O r raison esl m-
tude, et il est porté à croire toujours ce qu'il a JcSiMpî" cru une fois. Il croit par imbécillité et sans ré- ^"^** fléchir.
Le philosophe tient encore plus à ses opinions* Il s'imagine être éclairé, parce qu'il raisonne; il compte d'autant plus sur ses bimières, qu'il raisonne plus mal; il ^'offense, s'il est contredit; il s'entête par amour-propre.
Les gens du monde , qui se piquent d'avoir le plus de jugement, observent les préjugés du peuple , s'amusent des disputes des philosophes ; et, finissant par mépriser ce qui se dit de part et d'autre, ils jugent que tout est problématicjue. Ils considèrent surtout d'un œil indifférent les questions les plus importantes , lorsque les cir-
constances détournent leur attention sur de grands intérêts où il s'agit de leur fortune et de leui' vie. C'est ce qui a dû arriver dans le premier siècle, sous les règnes de Tibère, de Caligula, de Gaude, de Néron et de Domitien.
Dans de pareilles conjonctures, les hommes les plus éclairés ne sauraient faire une révolution subite, quelque science et quelque éloquence qu'on leur suppose. Le peuple ne sera pas capable de suivre leurs raisonnemens , les philosophes les combattront , les gens du monde ne les écouteront pas. Il faudrait des siècles pour éclairer l'uni vers avec le secours seul de la raison.
Aussi lesapgtreà étaient-ils tout-à-fait ignorans.
igooraas étaient "^ • , .
lu'iwr' ^ *" Leurs écrits sont sans art; as ne montrent que du mépris pour les sciences des Gentils; ils font gloire d'une sagesse qui paraît folie aux yeux du siècle; et ils n'appellent d'abord à eux que les hommes simples dont l'esprit est mieux disposé, parce qu'il est moins corrompu.
On ne manqua pas de reprocher aux chrétiens que la plupart de ceux qu'ils convertissaient étaient des hommes sans lettres; et c'était avec fondement, dans le premier siècle de l'Église. Mais ces ignorans , une fois convertis , étaient éclairés par une sagesse bien supérieure à la sagesse humaine; et, devenant capables de prêcher eux-mêmes l'évangile , ils devaient enfin convaincire les savans. L'ignorance n'est donc pas un
Des hommes gooraa] lestinés éclairer.
ANCIEIÏNE. iSg
reproche à faire aux premiers chrétiens. Cest une preuve que la religion ne se répandait pas par les mêmes moyens que les sectes des philosophes.
Les miracles de Jésus-Christ, annoncés parles se» miracle»
'^ sont des dé-
apotres qui en avaient été témoins , et confirmés up^Jl^dîton?. parles*miracles qu'ils faisaient eux-mêmes, voilà les causes de la propagation du christianisme. Les boiteux qui marchent , les aveugles qui voient , les morts qui ressuscitent , le don des langues communiqué par l'imposition des mains , sont autant de démonstrations à la portée de tout le monde. Elles ne demandent pas que ceux qui les donnent se soient instruits dans les sciences humaines, ni que ceux qui s'y rendent se soient exercés dans l'art de raisonner. 0n vityon crut ; et la foi, scellée du sang des martyrs , parvint dans lès siècles suivans à ceux qui 'n'iavaient pas vu. En effet peutil rester quelque doute quand dés milliers de témoins prouvent la vérité de ce qu'ils attestent, en souffrant la mort au milieu des tourmens ? i Saint Etienne fut le premier martyr, et c'est vrtm^tsvri-
1 1 r» 1 M \ 1 dicatîons dan*
alors que. les fidèles , persécutés a Jérusalem , se »» p*i«»tine. dispersent dans la Palestine, prêchent partout l'évangile, mais ne l'annoncent néanmoins encore / qu'aux seuls Juifs. Philippe, un des sept diacres, vint prêcher à Samarie : car on ne confondait pas les Samaritains avec les gentils, quoique les Juifs les jugeassent hérétiques : en effet ils avaient la
l6o HISTOIRE
circoncision , et Élisaient ' profession d'adorer le vrai Dieu suivant la loi de Moïse. Plusieurs se convertirent à la vue des miracles, et furent instruits et baptisés. Le saint diacre ne pouvant leur donner lui-même le Saint-Esprit, Pierre et Jean vinrent consommer son ouvrage ; ils imposèrent les mains sur les nouveaux convertis ; et le Saint- Esprit, descendu siu* eux, donna des marques de sa présence par le don des langues et d'autres grâces sensibles. *
siniooieina- Parmi ceux qui embrassèrent la foi, était un magicien , nommé Simon. Mais sa conversion n'était pas sincère : il songeait seulement à se perfectionner dans son art, et il espéi^ait d'apprendre de Philippe le secret de faire des prodiges. Aussi, quand il vit les merveilles opérées par l'imposition des mains, il offrit de l'argent aux apôtres, pour obtenir d'eux le pouvoir de communiquer lui-même le Saint-Esprit. Que ton argent périsse ai^ec toi, lui dit saint Pierre, toi qui penses que le don de Dieu peut s* acquérir ai^ec de l'argent.
Alors, renonçant au christianisme, Simon ne songea plus qu'à se faire chef d'une secte nouvelle. On le regarde comme hérétique, sans doute parce qu'il avait été chrétien : on devrait plutôt le compter parmi les imposteurs qui se sont donnés pour le Messie. 11 n'a rien conservé ai des dogmes, ni de la doctrine de Jésus-Christ. Son système, qui est on ne peut pas plus extravagant, ne
•rrenrs.
AlïÇIEWNS. l6i
mériterait pas de nous arrêter, s'il ne l'avait paà puisé dans des sources d'où sont nées plusieurs hérésies. ,
D'après les principes de ?oroastre, les Orien- Courte a. •*« taux se représentaient, au delà du monde, une lumière immense qui, étant répandue dans im espace sans corps, était pure et sans mélange d'aucune ombre. Cette lumière toujours vivante était supposée donner la vie à tout; et l'écouïement de ses rayons., qui se répandaient à l'inftni, Êûsait concevoir comment tous les êtres en vç* naient par émanation. Car, disaient-ils , ce monde n'est qu'un lieu de ténèbres , où quelques rayons se sont répandus. Or les ténèbres ne sont qu'une privation de lumière ; elles ne sont rien par ellesmêmes : il n'y a donc de réel dans ce monde que ce qui émane de cette lumière première , pure et immense. Voilà, du moins autant qu'on le peut deviner , comment ces philosophes expliquaient Témanation de la matière. D'où nous pouvons conclure que, selon eux, les corps ne sont qu'un composé de peu de luiûière et de beaucoup de ténèbres, ou autrement d'un peu d'être et de beaucoup de privations.
Mithra , c'est ainsi qu'ils nommaient cette soiu'ce de lumières , ne pouvait produire que des dieux comme lui, puisque les ténèbres ne pouvaient approcher de sa substance lumineuse. Les dieux,
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qui en émanaient immédiatement, participaient donc à toute la plénitude de sa lumière ou de sa divinité. Mais les émanations venant à se succéder^ il se trouvait enfin dçs dieux qui étaient tout-àfait hors de cette plénitude. L'essence divine s'affaiblissait donc en eux à proportion qu'ib s'éloignateat davantage de leur soiu'ce ; et ils devenaient d'autant plus imparfaits , qu'ils se rapprochaient et participaient plus des ténèbres.
Cette suite d'esprits remplissait l'intervalle qui est entre Dieu et la matière ; et ceux qui s'étaient rapprochés des ténèbres avaient seuls produit le monde ; mais ils n'avaient pu le produire que très-imparfait 9 parce que des ténèbres naissent nécessairement le froid , les infirmités , les maladies, la mort. *
Ces esprits présidaient à tout : ils étaient dans les cieux , dans les airs , dans la terre. Plus puissan&que les âmes, qui émanaient comme eux , mais qui étaient aune plus grande distance de la source commune , ils les avaient forcées de s'unir aux corps, et ils les avaient assujetties à toutes les misères de la vie.
Tout étant donc plein d'anges bons et mauvais, il s'agissait de se soustraire aux uns, de se rendre les autres favorables , de se dégager des Uens du corps , de s'élever au-dessus des ténèbres ^ et de tendre vers^ la source de la lumière* Voilà sw
ANCIENNE. l63
Js principes on imagina les superstitions et les • extravagances de la magie; et Simon prit toutes ces absurdités dans l'école d'Alexandrie.
Dieu , selon lui , subsiste dans une lumière inac- son »y»Anie. cessible. Les éons ou éones sont les substances ' divines qui en émanent plus immédiatement. Ils sont les uns actifs , Tes autres passifs ; ils âont de différent sexe ; il n'y en S qu'un certain nombre. L'intelligence était d'abord destinée à former le monde ; mais , s^étant éch9[^ée de la plénitude de lumière , du sein de Dieu , elle avait engendré les anges qui , ayant usurpé l'empire sur le monde , leur ouvrage , eurent l'ambition d'être reconnus pour les seules divinités. Dans cette vue ife avaient empêché leur mère de retourner à son principe, la faisant passer de corps en corps, et l'exposant à toutes sortes d'ignominie.
Simon se donnait pour un de ces éons qui , ses imponuétant émanés immédiatement, avaient plus de puissance que tous les anges ensemble. Il était . venu pour délivrer l'intelligence , et poiu» enlever le monde à la tyrannie* des démons. Il avait avec lui une femme débauchée qu'il avait achetée à Tyr, et qu'il disait être cette intelligence même. Il la nommait Hélène ou Sélène , c'est-à-dire la Lune ou Minerve. Il prétendait qu'elle était descendue en terre , en passant de ciel en ciel ; qu'elle était cette même Hélène qui avait été lacausfede la ruine de Troie ; et il lui donnait quelquefois le
l64 UISTÇIRE
« nom de Saint-Esprit , la représentant comme Fâmc du monde et la source de toutes les âmes. Quant à lui, il n'était rien moins que ce qu'il paraissait: il n'avait que la figure de l'homme. 11 était uu éon , un sauveur , le Messie ; et il voulait bien être adoré sous le nom de Jupiter. Venu pour rétablir l'ordre, pour détruire les maux produits par l'ambition des angts, et pour procurer le salut aux hommes , il assurait qu il suffisait de mettre son espérance en lipi et en son Hélène , disant d'ailleurs que les bonnes oeuvres sont inutiles, et que la distinction du bien et du mal moral n'est qu'une invention des anges pour tenir les hommes dans la servitude.
11 lui fallait des miracles. Il se vanta donc d'attirer des enfers les âmes des prophètes , d'animer les statues, de changer les pierres en pain ,^ de passer sans résistance au travers des rochers, de se précipiter du haut d'une montagne sans se blesser, de voler dans les airs, de se rendre invisible, de prendre telle forme qu'il. voulait, etc. Ces mensonges, aidés de quelques prestiges, persuadaient le peuple , qui croit volontiers lorsqu'on lui promet des merveilles.
Qn» ies Ro- Simon forma donc une secte. Il eut de grands
main* ne l'ont > » n • n* • a. T «
pas mis au nom succcs a Samaric. Si nous en croyons samt Jus-
bre de leuri ^ ^ •'
dieux. ^îjj^ il f^^ j.çç^ ^ Rome comme un dieu, et on lui
éleva une statue , avec cette inscription : Simoni Deo Sancto. Ce saint a vu lui-même cette statue,
ANCIENNE. l65
qui subsistait encore vers l'an i5o. Saint Clément d'Alexandrie , saint Irénée, saint Cyrille de Jérusalem, TertuUien, Eusèbe et Théodorat assurent la même chose ; et saint Augustin ajoute que cette statue av^it été dressée par autorité publique. Voilà un fait bien attesté ; et , ce qui semble le confirmer, c'est qu'il ne paraît pas avoir jarhais été contredit par les païens.
Mais dans l'île du Tibre, au même endroit où saint Justin croit avoir vu cette statue, on en déterra une en i^'j^, avec cette inscription, qui subsiste encore : Semoni Deo Sanco, C'était là les noms d'une divinité qui présidait. aux sermens. Cette découverte a- fait conjecturer que saint Justin, préoccupé de Simon le magicien, aura lu trop rapidement , et sera tombé dans une méprise. Plusieurs raisons viennent même à l'appui de cette conjecture.
Premièrement, l'esprit du gouvernement ne permettait pas d'introduire à Rome de nouvelles divinités. Si les Romains ont déféré les honneurs divins aux empereurs, c'était par crainte ou par flatterie ; comment les auraient-ils accordés à un étranger sans naissance, sans crédit, sans autorité ?
En second lieu, les lois condamnaient les magiciens; elles ont plus d'une fois sévi contre eux: elles punissaient sévèrement ceux qui les consultaient. Que la poqpulace ait donc été séduite par
l66 HISTOIRE
les prestiges de Simon , le sénat se sera-t-il aveuglé lui-même jusqu'à diviniser, dans cet homme , ce qu'il mépri^it dans les autres magiciens ? Cette apothéose , si contraire aux lois, se ^rait-elle » faite sans obstacles ? les historiens n'en auraiei^t* ils point parlé? et ne se seraient-ils pas fait un devoir d'en marquer toutes les circonstances ?
En troisième lieu , si les RomaiQS avaient adoté Simon, ils auraient adopté ses erreurs, et on en trouverait depuis ^quelques traces dsms leur religion. Or cela n'est pas. Les pères mêmes, qui leur reprochent de l'avoir reconnu pour Dieu, ne leur reprochent pas d'avoir embrassé sa doctrine. Les Romains ne paraissent seulement pas l'avoir connu; ou du moins il faut qu'ils l'aient bien négligé , car le nom de cet imposteur ne se trouve dans aucun de leurs écrits.
Enfin , quant aux pères qui parlent de la statue de Simpn, ils n'ajoutent rien au %émoignage de saint Justin, parce qu'ils auront répété le fait d'après lui, ou d'après des bruits populaires, auxquels la méprise de ce saint avak donné lieu. Si saint Augustin dit que cette apothéose s'était faite par autorité publique, c'est que, l'ayaut supposée vraie , il a jugé avec raison qu'elle n'avait pas pu se faire autrement. D'ailleurs, quand un fait s'est une fois répandu, il n'est pas étonnant qu'il s'y joigne de nouvelles circonstances.
Auire fait qn'on Vers l'au 65, SOUS Nérou , Simon , étant à Ecmie,
AITGIEKKE. 167
entreprit de voler, et vola, dit-ou, quelques mo- apporte .vec
* ^ * aussi peu dt
mens : mais saint Pierre et saint Paul s'étant mis ^•"^«"•»«en prière , il fut préç^ité , et mourut de sa chute. €e fait est encore bien suspect : car on ne le trouve point dans les écrivains anciens, qui ont recueilli avec plus de soin tout ce qu'ils savaient de cet imposteur; et ceux cpii le rapportent ne remontent pas plus haut que le troisième siècle; encore ne s'accordent-ils pas sur les circonstance^. Quoi qu'il en soit , les apôtres n'avaient certainement pas besoin de ce triomphe.
Je passe sous silence d'autres magiciens moins usgiwstiaues
* *-' oui puisé dans
célèbres. Mais j'ai dû vous faire connaître Simon, ^^rliSon"*' parce que plusieurs hérétiques ont puisé dans là même source que lui, et sont tpnd>és dans des erreurs semblables, pn les nomme gnosUques^ •
mot qui signifie éclairés.
Les gnostiques onfc formé quantité de sectes. Il serait bien difi&ôle de marquer^n quoi çUes diffèrent. Il y en a même plusieurs dont on ne sait que le nom. £n général, les ai3j:^ie^s t^érétiqu/çs affectaient de ^e dire gnpstiques, parce qu'ils se flattaient d'être venus pour répandre 1î| Ijimière : mais ceux qu'on nomme plus particulièrement ainsi sont des philosophes qui se piquaient d'avoir des connaissances supérieures sur Dieu et sur le monde. Lçqr systènae , ainsi que cjelui de Simon, portait sur les émanations de Zoroastre.
l68 HISTQIAB
Ils entreprenaient d'expliquer la génération de tous les (êtres par une suite de dieux, d'éons, d'anges, d'esprits; considérant le premier principe comme une mer immense , comme un abîme qui comprenait tout, et d'où ils voyaient sortir des écoulemens qui s'altéraient peu à peu, et qui se terminaient à la matière. Enfin ils croyaient rendre raison du mal moral et du mal physique ; parce qu'ils imaginaient que les anges qui avaient formé le monde étaient imparfaits, et qu'il s'était d'ailleurs répandu dans leurs ouvrages des démons malfaisans. Prévenu pour cette doctrine, ils se précipitaient dans toutes les erreurs qu'elle entraine. Ils n'étaient occupés que des moyens de se soustraire aux puissances des ténèbres ; et ils se vantaient d'y réussir par des initiations , des sacrifices et des abominations de toute espèce. liflfierrïars Frappés dcs miraclcs , ces philosophes embrassèrent le christianisme ; mais, bien loin de renoncer à leurs principes , ils crurent pouvoir les allier avec la doctrine de Jésus-Christ; et jugeant même qu'ils étaient destinés pour l'expliquer, ils accusèrent les apôtres de l'avoir mal entendue.
Ils dirent que le Sauveur n'était qu'un de leurs éons , une de ces premières émanations qui participaient le plus à la Divinité; et ils en conclurent qu'il n'avait pas pu preijdre réellement un corps ; et que sa naissance , sa vie, sa passion , sa
AKX31ENNE. 169
mort, n'étaient que des apparences. En un mot, ils nièrent qu'il se fut incamé, qu'il eût souffert, et qu'il fût ressuscité. •
Sur les mêmes principes, ils niaient encore la résurrection, n'imaginant pas que les âmes pussent tout à la fois retourner à Dieu et être unies à des corps. Ils les condamnaient même à passer successivement xlans plusieurs animaux; et ils ne les jugeaient dignes de remonter au principe dé toutes choses, qu'autant qu'elles seraient remplies de la doctrine qu'ils enseignaient. Je ne m'arrêterai pas davantage sur les erreurs des gnostiques : je négligerai même de j0us parler des différentes sectes qu'ils ont formées : il me suffit de vous avoir montré la source d'où ils ont tiré toutes les absurdités qu'ils ont pu dire. *
L'Église, troublée par des hérétiques, et côm- j^J^^g'j;/"' battue par des imposteurs , était encore persécutée parles Juifs, et faisait néanmoins de grands progrès. Saint Paul, converti miraculeusement lorsqu'il ne longeait qu'à répandre le sang des chrétiens, devint apôtre lui-même, et contribua beaucoup à répandre la foi.
Il vint à Jérusalem trois ans après sa conver- M««r«a«,pw-
* nuenchretieni.
sion. Les fidèles alors y jouisss^ient de la paix , marchant dans la crainte du Seigneur , et s'édifiant mutuellemefnt« Il n'y avait point de pauvres parmi eux. Les plus riches veiidaient leurs maisons ou leurs terres : ils en mettaient le prix aux
l 'JO HISTOIflE
pieds des apôtres, etle&biens étaient en eemmun.
Les fidèles s'assemblaient les dimandies dans une maisiip particulière. Ils lisaient l'Écriture , ik écoutaient les exhortations des apôtres , des prêtres ou déSs prophètes inspirés extraordinairement. Ils. chantaient ensuite les psaumes de David, ou d'autres cantiques, et faisaient ensemble un repas , qu'on nommait agape,mot grec, qui exprime une charité mutuelle. Cet usage s'était introduit pour entretenir l'union , et en mémoire die la scène où Jésus - Christ institua l'eucharistie. C'est aussi dans ce repas qu'on donnait la communion aux fidèle
Cependant, la persécution ayant recommencé , les apôtres se dispersèrent vers l'an 4^9 au commencement du règne de Claude. Ce fut alors que saint Pierre vint étabUr son siège à Rome, après l'avoir tenu sept ans â Antiôche , et avoir prêché aux Juifs dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie.
Beaucoup de Juife s'étaient convertis : mais , le corps.de la nation s'étant opiniâtre dans son aveu* glement , l'évangile fut porté aux gentils , et les apôtres prêchèrent avec fruit dans toutes les provinces de l'empire. • L. «myertion La convcrsion des païens occasiona quelques nriiêï^à une dlvisious : car les fidèles circoncis^ se regardant
question . ' ^
comme le seul peuple de Dieu, ne croyaient pas devoir partager avec d'autres la gràee de l'évan-
AJKCIENNE. 171
gile : ils voulaient an moins obliger à la circoncision et aux observances de la loi mosaïque tous les gentils qui embrassaient le christianisme.
Cette question donna lieu ^u premier concile. J^ç^^p""^' Cinq apôtres , saint Pierre, saint Jean , saint Jacques , saint Paul , saint Barnabe et plusieurs pré- . très s étant assemblés , il bxï décidé que les observances légales n'étaient plus nécessaires. Néanmoins on les toléra encore dans les Juifs convertis ; et les apôtres, voulant maintenir la paix , s'y conformèrent eux-mêmes quelquefois. Ils étaient bien éloignés de condamner, comme mauvaises, des cérémonies qui avaient été bonnes pour le temps auquel Dieu les avait ordonnées.
La charité régnait entre toutes les églises. Les u chanté ri*
. , «n»it parmi le»
riches se faisaient un devoir de soulager* les pau- *«»»»«>•
vres; et on envoyait de toutes parts des aumônes
à Jérusalem , pour secourir les fidèles qui étaient
en grand nombre dans la Judée. Les apôtres ne
négligeaient rien, pour maintenir cette paix et
cet amour. Ils ne voulaient pas que les chrétiens
eussent des procès, ou du moins ils voulaient
qu'ils priassent d'autres chrétiens pour arbitres.
En effet, il y avait quelque danger d'idolâtrie à
paraître devant les tribunaux des païens, ne fut-ce
qu'à cause des sèrmens. C'est pourquoi , dans la ' ^
prinlltive église, les évêques ont été les arbitres
des différeqts qui ^élevaient parmi les fidèles ;
et cet usage a subsisté lon^emps.
De« impes- La charité des chrétiens excita l'avidité de ces
l««n troublent
»• p^«. hypocrites qui font dégénérer en abus les choses les plus saintes. Il y eut de ces hommes qui prêchèrent l'évangile pour exiger de grosses rétributions. Ils pill^ûent les fidèles ; ils les traitaient durement : faisant un trafic de leurs travaux , et cherchant à s'élever en abaissant les vrais apôtres. C'est ainsi que des imposteurs abusaient de la piété des chrétiens.
Persëe«tioM Alors régnait Néron. Ce prince , voulant détourner sur des innocens la haine qu'on lui portait, accusa les chrétiens de l'incendie dont on l'accusait lui-même. C'est le premier empereur sous lequel ils ont été persécutés, et ils en faisaient gloire. Sur la fin de son règne, saint Pierre etsaint Paul souffi:*irent le martyre à Rome ; etsaint Marc, en Egypte, où il avait répandu la foi. Il y avait déjà dans cette province des chrétiens qui menaient la vie de thérapeutes.
^flui Vfipaiifn Alors Vespasien marchait contre les Juifs , qui,
*îSîi!^iÉcti.'* après avoir essuyé bien des vexations , s'étaient enfin soulevés. Divisés entre eux, pressés par les troupes romaines, dont Titus prit le commandement, ils furent réduits aux plus cruelles extrémités. La ville de Jérusalem fiit prise et détruite,
^ ainsi que le temple , comme Jésus-Christ l'avait
prédit. •
Les Juifs ayant ensuite causé quelques troubles . en Egypte, Vespasien ordonna d'abattre le temple
ANCIENNK. 173
qu'ils j avaient bâti ; malgré les défenses de la loi, environ cent cinquante ans avant Jésus-Christ. Il craignait que ce ne fût pour eux une occasion (le se réunir , et de se porter encore à là révolte. Ses ordres ne furent pas 'absolument exécutés : mais ce temple fut au moins fermé , et on ne permit plus d'y faire aucun exercice de religion. Alors les Juifs, restés sans temple et sans sacrifices, cessèrent de former un peuple à part ; et depuis il ne leur a jamais été possible de se réunir. Il semble que Joseph, leur historien, n'ait écrit que poiu* montrer l'accomplissement des prophéties : témoignage d'autant plus fort que , venant d'un Juif, il ne saurait être suspect.
Les Juifs souffrirent beaucoup sous Domitien , j^, chr^iient